MARTAINVILLE
se détachait en asses gros caractères.
Puis, ces messieurs ayant eux-mêmes modifié leurs modifications, les caractères diminuèrent comme ceci, par exemple ;
MARTADrVILLB
Aujourd'hui ce n'est plus que :
Martainville,
Les italiques ont succédé aux capitales et le nom de l'auteur primitif est imprimé plus an que celui du moindre fournisseur d'accessoires.
Pauvre Martainville ! En voilà un dont on peut bien dire qu'on lui a coupé l'herbe sous le Pied!
i3 juin,
Le Grand prix de Paris qui se court demain, a porté aujourd'hui le coup de grâce à ces infortunes théâtres.
Les rares Parisiens qui vont encore au spectacle avaient abandonné les plaisirs de Thalie {vieux «yk) pour les émotions ardentes du sport.
J'en m profité pour iairt une petite émdecjue jt ffif
ditais depuis longtemps, sur le public qu'on trouve dans les théâtres quand il n'y a personne.
Aux Français par exemple le répertoire fleurit surtout en été. Ce sont les grands soirs du Misanthrope, du Cid, du Légataire universel. La distribution, il est vrai, laisse un peu à désirer, et bien qu'il fasse trèschaud on a souvent recours aux doublures, mais ces sortes de spectacles attirent invariablement une clientèle spéciale.
Ce sont des collégiens qui vont bravement au parterre et, pour leurs cinquante sols, avalent stoïquement dix actes sans entr'actes.
Ce sont les élèves de l'École normale qui viennent étudier leurs classiques, puis encore quelques feuilletonistes consciencieux, cherchant partout prétexte â causerie et venant constater les progrès des jeunes pensionnaires de M. Perrin,
Des étrangers enfin qui, fidèles" aux recommandations de leur guide, comptent une soirée à la maison de Molière parmi les plaisirs non moins obligatoires qu'une visite au Louvre et aux Invalides.
Aux Variétés, il y a une invasion de cabotins de province ; acteurs sans emploi, venus à Paris à la recherche d'un engagement et qui ont fait des cafés de Suède et des Variétés leur quartier général.
C'est là que Grenier et Léonce, qu'ils sont fiers de connaître, leuf distribuent généreusement des entrées de faveur. Ils venaient voirDupuis et Baron, et essayer de surprendre le secret de leur jeu et les intonations de leur voî*.
Aux Bouffes-Parisiens, la clôture étant imminente, il ne reste plus guère de gens venus pour le spectacle.
Les fauteuils sont garnis exclusivement des amoureux de Judic et de Théo.
C'est une mode, maintenant, d'être épris de lune ou de l'autre. Un jeune homme qui se respecte et qui vit dans un certain monde ne peut guère faire autrement.
Il y en a qui poussent même le chic jusqu'à se payer une toquade pour les deux à la fois.
En ce moment ces messieurs affectent une désolation sans limite. Le théâtre va fermer et il va falloir passer deux mois loin de leur idole ! Si vous leur demandez ce qu'ils vont faire pendant ce temps-là, ils vous répondront fiévreusement qu'ils vont voyager, aller bien loin, bien loin s'étourdir, en attendant l'heureuse époque de la réouverture.
Dans les théâtres populaires, aux Folies-Dramatiques, par exemple, on rencontre toute une classe de négociants à laquelle l'été fait des loisirs : lès marchands * de fourrures, les marchands de bois, les marchands d'appareils de chauffage et autres industriels de la même catégorie.
A l'Opéra-Comique, on donne de nombreux billets aux jeunes élèves du Conservatoire auxquelles les représentations tiennent lieu de cours. Elles viennent en famille avec les concierges qui leur servent de mamans eh attendant que ce soient des mamans qui leur servent de concierges.
Mais il est plus d'un théâtre à qui toute espèce de
public fait absolument défaut. Un de ceux-là a failli fermer hier, et s'il est resté ouvert, c'est que son directeur avait lu dans le Journal officiel l'arrivée à Paris des ambassadeurs birmans, et qu'il s'était dit : — Qui sait,, ils viendront peut-être !
ii> juin.
Première de Tabarin à la Comédie - Française, Jolie salle. Le chevalier Nigra dans la. loge de M. Perrin, le duc d'Aumale et le prince de Joinville dans leur baignoire ordinaire, beaucoup d'actrices : Mmes Croizette, Rousseil, Tholer, Bianca, Léonide Leblanc et Céline Montaland qui, depuis qu'elle joue la Dorine de Tartuffe, dans une matinée de M. Ballande, suit les représentations du Théâtre-Français avec une assiduité tout à fait édifiante. Une seule loge est restée vide : celle du ministère.
En lorgnant le balcon et les loges, je suis frappé par la variété extraordinaire des formes de chapeaux. D'habitude, on, adopte, pour la saison, un modèle qu'on retrouve sur toutes les têtes, mais cet été il n'en est pas ainsi. Nous avons des chapeaux bordelais à foulard, des chapeaux-diadème, des chapeaux-bacchante, des chapeaux à couronnes. Ce dernier semble le plus répandu. J'ai vu, aux Français, des couronnes de roses blanches, de roses roses, de bluets, d'épis de blé, de
myosotis, de fleurs des champs, de violettes, de coquelicots et de raisins.
Une coiffure dont on voudrait faire adopter la mode et que je trouve particulièrement laide, c'est la queue en cheveux avec un nœud au bout. On appelle cela la coiffure catacoi. La coiffure n'est pas moins laide que le nom qu'elle porte.
M1Ie Lloyd est bien jolie dans son premier costume : un jupon violet en laine avec jupe retroussée grise à rayures bleues; le casaquin rouge à nœuds noirs, le tablier blanc en mousseline plissée avec garniture de •dentelle et noué par un cordon vert, la fanchon en velours cramoisi garnie de dentelle blanche.
On comprend qu'elle ait tourné la tête à ce pauvre Tabarin.
Tabarin, c'est CoqUelin, Coquelin c'est Tabarin; c'est pour fournir à Coquelin le moyen de faire une création que la pièce de M. Paul Ferrier a été conçue, écrite, reçue, répétée, jouée.
Une création ! voilà longtemps que Coquelin en attendait une. Les types du répertoire auxquels le jeune comédien doit sa célébrité, ne lui offraient pas le plaisir et l'émotion de composer un rôle dans lequel personne n'avait brillé avant lui, de chercher des effets personnels sans être gêné par aucun souvenir, de se voir applaudi ou discuté,, mais non pas comparé à quelque devancier illustre.
Une création ! Cette ambition noble et légitime de tous les véritables artistes, M, Coquelin n'avait pu jusqu'à présent la satisfaire; Les personnages épiso-
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diques qu'il avait créés dans plusieurs* comédies modernes n'avaient rien pu ajouter à ses succès ; sa voix retentissante, sa verve,si expansive et si communicatïve étaient à l'étroit dans le répertoire du jour. Et voilà pourquoi on a joué Tabarin.