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LE REPERTOIRE A L'ODÉON

78 septembre.

C'est invraisemblable si vous voulez, mais cela est : je suis allé ce soir à POdéon et Ton y jouait le répertoire.

On se figure assez volontiers que les représentations classiques de TOdéon se donnent devant des banquettes à peu près vides. Par ci par là, dans des coins, des invités auxquels on est parvenu à faire accepter des billets se sont installés le plus commodément possible pour dormir; les employés du contrôle font un somme derrière leur comptoir; les ouvreuses ronflent; les chats de la maison, accroupis sur les fauteuils des loges, ronronnent paisiblement-et, de temps en temps, un aide-machiniste vient pincer les mollets au souffleur afin de l'empêcher de prendre part à la somnolence générale.

C'était un peu comme cela autrefois

Les vendredis de l'Odéon avaient jadis pour résultat infaillible de faire le vide dans la salle, et ce n'est qu'à force de billets distribués à des gens d'extrême bonne volonté que Ton parvenait à réunir quelques rares spectateurs aux fauteuils d'orchestre,

Si bien que lç directeur pouvait s'écrier, sans être taxé d'exagération ;

— Je reçois le vendredi !

M. Duquesnel,' qui venait de mettre la ipain sur un succès avec la Jeunesse de Louis XIV, avait renoncé depuis quelque temps à ces représentations si peu lucratives qui lui étaient du reste imposées par son cahier des charges. Mais il paraît qu'on s'est plaint en haut lieu et il a fallu reprendre cette année les réceptions officielles.

Au moins M. Duquesnel a-t-il cherché à piquer la curiosité par le choix de la pièce de résistance, qu'il offre à ses invités.

Le Célibataire et V Homme marié, de Wafflard et Fulgence, n'a pas été représenté depuis fort longtemps. En outre, la première représentation de cet ouvrage, datant de 1822, M. Duquesnel s'est avisé de le faire jouer avec les costumes du temps.

J)e cette façon, s'est-il dit, je suis certain d'attirer chez moi un certain nombre de spectateurs : ceux et celles qui étaient jeunes sous le règne d u roi Louis XVI 1 1 et qui ne manqueront pas de venir se revoir vivre et marcher en effigie sous les traits de MM. Porel, Richard et de M,le Gravier.

Le raisonnement de M. Duquesnel avait du bon. La

±gi les soirées parisiennes.

grande salle de l'Odéon est fort bien garnie, mais l'élément mûr, très-mûr même, y domine. Une vague ressemblance avec la salle des Antiques. Ajoutez à ces honorables débris des temps passés les nombreux professeurs qui ne manqueraient, pour rien au monde, une de ces solennités littéraires; des élèves du Conservatoire, en quantité, et les mamans de ces élèves; puis, enfin, les critiques de fond , tels que Sarcey, Paul Foucher, Fournier, etc, et vous aurez une idée du public grave et recueilli de ce soir.

J'avoue que l'exhumation des toilettes de 1820, pour une pièce qui se passe en 1820, m'a fait plaisir.

Voilà un exemple que la Comédie-Française ferait bien de suivre.

Précisément, l'autre soir, à l'occasion de la reprise d'Une Chaîne , je reprochais à Mllfl Favart de jouer, avec des toilettes toutes modernes, le rôle de la femme d'un pair de France. C'est comme si Ton jouait une pièce Louis XV en habit noir.

Les toilettes de l'Odéon, fort exactement copiées sur les gravures du temps, mériteraient toutes d'être citées, celles des hommes comme celles des femmes, mais la place me manque aujourd'hui. Je mentionnerai pourtant la toilette de la jolie Mlle Gravier au premier acte :

Robe en cachemire bleu à haute taille, ceinture en velours noir perlé de jais, trois petits rubans de velours noir à perles de jais au bas de la jupe, collet rabattu également en velours et jais, fichu de tulle noir à jais, chapeau cabriolet en soie blanche tout garni de mar-

guérites rouges et de plumes de couleur. Eh bien, cela n'est pas laid du' tout. Il est vrai que c'est si bien porté!

Après le Célibataire, c'est un sauve-qui-peut général. C'est de tradition à l'Odéon, les soirs de répertoire surtout, de s'en aller à onze heures. La pièce qui finit pourtant s'appelle le Tricorne enchanté. Mais qu'importe ce bijou de Gautier, quand il s'agit de ne pas manquer l'omnibus!

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