‹ Les soirées parisiennes de [1874-] 1884 (volume 5)Chapitre 78 sur 126 · RENTRÉE DE M*« GALLI-MAR1É · texte numérisé non relu

RENTRÉE DE M*« GALLI-MAR1É

5 octobre.

Comment Don Juan d'Autriche a-t-il émigré de la Comédie-Française à la Porte-Saint-Martin î La chose est des plus simples : il y a quelques années, la propriété littéraire des œuvres de Casimir Delavigne a été achetée par un ancien homme d'affaires d'Alexandre Dumas père, M. Hirschler.

Comme on se bornait, rue Richelieu, à donner de loin en loin quelques représentations de Louis XI ou de Don Juan d Autriche ou des Enfants d'Edouard, M. Hirschler a pensé que, sur une autre scène, le répertoire qu'il venait d'acheter produirait, sans peine, des droits plus élevés, et il a traité avec MM. Ritt et Larochelle pour trois pièces : Don Juan, Marino Faliero et Louis XI, ces messieurs s'engageant à jouer une pièce par an.

Don Juan ouvrait ce soir la marche. L'an prochain

ce sera probablement le tour de Marino Faliero avec Dumaine. Quant à Louis XIy M. Duquesnel aurait bien voulu ravoir pour l'Odéon, où Geffroy aurait donné une série de représentations. Mais MM. Ritt et Larochelle ont été inflexibles. Malheureusement Geffroy, qui consentait à reprendre son rôle à l'Odéon, ne veut pas venir le jouer à la Porte-Saint-Martin. On lui a envoyé un traité en blanc, en lui disant d'écrire lui-même les conditions, et il Ta retourné sans le signer. Qui sera Louis XI ?

Les anecdotes sur Casimir Delavigne affluent autour de moi.

Comme tout le monde, le grand poète a eu sa première tragédie, les Vêpres siciliennes, refusée au Théâtre-Français.. Mais ce qui est amusant, c'est qu'une jeune sociétaire — qui devait sa situation de sociétaire à sa beauté plus qu'à son talent — cela ne se passe plus ainsi aujourd'hui ! — une jetlflê sociétaire motiva ainsi son vote :

— Je refuse l'ouvrage, parce que je ta trouve mal écrite! j

Autre anecdote, se rapportant plus directement à Ùon Juan d'Autriche :

Le jour^le la première représentation de ce drame, Delavigne reçut la visite de la petite-fille de Corneille, qui venait, grâce à ses démarches, d'obtenir un bureau de tabac. Il lui fallait déposer en caution une somme qu'elle ne possédait pas.

L'auteur de Don Juan d'Autriche écrivit immédiatement au fils aîné du roi, le duc d'Orléans.

a Monseigneur, lui dit-il, c'est m* soldat qui, le jour de la bataille, vient réclamer vos bontés en faveur de la petite-fille de son général... »

La requête fut accordée.

Et le soir, en se rendant à sa première, Casimir disait :

— Si je ne réussis pas ce soir, j'aurai du moins fait une bonne journée !

Réflexion entendue à la sortie :

— Ah | si tous les Casimir avaient cette éloquence- * là, la République serait faite !

Page 1