‹ Les soirées parisiennes de [1874-] 1884 (volume 5)Chapitre 80 sur 126 · RÉOUVERTURE DU THEATRE ITALIEN · texte numérisé non relu

RÉOUVERTURE DU THEATRE ITALIEN

io octobre.

S'il y a eu un théâtre dans Paris qui ait eu plus de déveine que le Théâtre- Italien, c'est bien certainement le Théâtre-Lyrique. Aussi l'idée de réunir sous une seule et même direction ces deux scènes, m'a-t-elle paru heureuse, la déveine de Tune pouvant neutraliser celle de l'autre.

La situation du directeur qui s'expose à perdre de l'argent à Ventadour, et de l'argent au Lyrique, et qui espère néanmoins, comme le restaurateur classi-

que, se rattraper sur la quantité, peut paraître étrange; elle est excessivement simple.

Les Italiens, sans subvention, ne pouvaient exister; or, le directeur du Théâtre-Lyrique apporte une partie de sa subvention au directeur du Théâtre- Italien.

La subvention du Théâtre-Lyrique était insuffisante, vu les frais énormes auxquels entraînait l'exploitation.

Or, le directeur des Italiens allège les frais du directeur du Lyrique en les diminuant du loyer d'abord, puis d'une foule de dépenses qui ne sont guère plus considérables pour deux théâtres que pour un seul.

Il est donc permis d'espérer que M. Bagier, dont la direction à Ventadour fut si brillante naguère, ramènera le public dans ses deux théâtres, et réussira dans s^a double entreprise.

M. Bagier, qui voudrait bien nous servir du nouveau, j'en suis convaincu, a dû, comme ses prédécesseurs, chercher, dans le répertoire, son opéra d'ouverture. C'est par Lucrèce Borgia qu'on a ouvert le feu.

La nouvelle Lucrèce est Mme Pozzoni. C'est une italienne blonde qui ressemble à Olympe Audoir comme Anatole Lionnet ressemble à Hippolyte. La Pozzoni est une élève du conservatoire de Milan, et elle a débuté à la Scala dans le rôle de Faust»

Quant à son mari, le ténor Anastasi :

— Qu'en pensez -vous? demandait -on à Robert Mitchell.

— Eh, eh ! répondit celui-ci, il possède l'aide... nez!

Depuis qu'on a joué Marcelle, je ne résiste pas un seul soir au plaisir d'aller passer quelques instants au Vaudeville.

Et je n'ai pas à me plaindre de ma persistance ; voyez plutôt ce qui y est arrivé ce soir :

Afin d'éviter des accidents comme celui de la veille, on a rendu à Delannoy V Union qui, lors de la première représentation, rendait son sommeil si naturel.

Eh bien ! on avait oublié de prévenir le malheureux de ce changement, et, croyant toujours tenir le Figaro entre les mains, il a eu l'imprudence de commencer la lecture d'un premier- Paris de la vénérable feuille.

Aussitôt, Delannoy s'est endormi d'un sommeil pour de bon, et si profond cette fois qu'il a été impossible de le réveiller.

Comme son rôle n'est pas indispensable au drame, on l'a laissé dormir.

Eh bien ! on a entendu des spectateurs dire à la sortie :

— Elle n'est déjà pas si mauvaise que cela... cette pièce... le type de l'homme qui ne dit rien est fort spirituel!

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