REOUVERTURE DE LA GAITE
14 janvier.
Orphée aux Enfers, joué pour la première fois à la jaili, le 7 février 1874, ne quitta l'affiche que le 16 lovembre 1875. Le total des recettes s'élevait à près de
DKUX MILLIONS !
La reprise d'un ouvrage qui a de tels précédents est toujours fructueuse. Aussi M. Vizentini a-t-il eu raison plutôt deux millions de fois qu'une en remontant
le magnifique opéra-féerie d'Offenbach pour inaugun la reprise de sa direction à la Gaîté.
Orphée aux Enfers va lui permettre de prépan quelque autre féerie, en prenant son temps et s( aises.
Pour cette fois, par exemple, il a fallu se hâter.
Depuis quinze jours, on a passé toutes les nuits a théâtre. Aussi, les machinistes, les artistes et les em ployés, qui sont généralement sur les dents, ne sont-i pas fâchés de voir enfin luire la rampe sur la premièn ce qui va leur procurer un repos relatif.
Seul, M. Vizentini, qui pendant les répétition: s'est démené comme l'une de ses déesses dans un bén tier, est encore frais et dispos, ainsi qu^au premier joui Ce diable d'homme est absolument infatigable.
— Reposez-vous donc un peu ! lui disait hier so fidèle Baudu.
— Me reposer !... c'est cela qui me fatiguerait, pa exemple... — affirmait le fougueux Albert.
Allez donc répondre à des arguments aussi im prévus!
Grande animation féminine ce soir dans les cou lisses ; la plupart des déesses se plaignent du peu d confortable qui règne dans leurs loges. Ces jolies im mortelles rêvaient des lambris dorés, des glaces et de tapis, et, retombant de leurs nuages dans la réalité elles ont dû se contenter de chaises de paille pour ton mobilier.
Peschard a pris la loge de Mlle Marimon ; Piccol celle de Marie Heilbron ; Christian, lui, s'est empai de celle de Bouhy.... il espère bien y trouver quelque points d'orgue oublies.
Quant à la loge de Capoul, elle a été transformée e un bain : c'est ainsi qu'on désigne l'endroit où plu sieurs « Suzanne » abritent leurs charmes sous un onde transparente et pure.
JANVIER. l5
Les splendeurs d'Orphée, d'ailleurs complètement
nouvelées, peuvent se passer d'historien.
Elles ont fait aujourd'hui un effet non moins grand a'il y a quatre ans.
Le cortège des dieux, le ballet des mouches et le baclanal final ont soulevé des transports d'enthousiasme.
Mais j'ai surtout à vous parler des
INTERPRÈTES ANCIENS ET NOUVEAUX Côté des hommes
Christian. Rayonnant de joie. A embrassé sa bonne biidre de Tolède {sic) quand on la lui a rendue. Se eplonge avec dél ices dans les calembours, jeux de mots, alembredaines. Je m'étais proposé d'en noter queliues-uns, dans le tas, mais il y en a tant eu — et pres- [ue tous si drôles — que le talent d'un sténographe n'y lurait pas suffi.
Noter les calembours de Christian, autant vouoir compter les étoiles ! Il va sans dire que l'excellent )apa Piter ne parle plus des chanteurs sérieux qu'en iffectant un dédain des plus divertissants.
Grivot. Désolé, lui !... Regrette ses succès de trial îu Lyrique. On a beau lui affirmer que rien ne l'empêchera d'en avoir d'aussi complets à la Gaîté,il se contente de secouer tristement la tête, persuadé que son avenir est brisé ! Parle d'aborder la carrière italienne. En attendant fait contre fortune bon cœur et dissimule son chagrin en marchant sur les mains.
Habay. Aborde pour la première fois le rôle de Pluton. Un des rares acteurs-amateurs de Paris. N'a pas besoin de faire du théâtre pour vivre et, cependant, ne pourrait vivre sans faire du théâtre.
Meyronnet. — Pour lui faire reprendre le rôle et le crincrin d'Orphée, Vizentini a dû l'arracher mo-
ï6 LES SOIRÉES PARISIENNES.
mentanément au pupitre du chef d'orchestre de l'Arti i bigu. Aussi, de temps en temps, lorsqu'il n'a rie à dire ou à racler, le voit-on oublier subitement o il se trouve, et triste, le regard noyé de larmes, faii des gestes désespérés. C'est qu'alors il croit accompa gner encore la Cause célèbre ou la Case de Voncl Tom.
J. VizENTiNi. — N'oublions pas ce personnag sans lequel il n'y a pas de pièce à la Gaîté et sans le quel il n'y en avait pas non plus au Lyrique. Ses ir carnations sont plus nombreuses que celles de Vau train : on l'a vu Commandeur de plantations dan Paul et Virginie, Doge de Venise dans le Bravo, sei gneur polonais dans Dimitri^ invité dans la Clé d'Or Pierrot dans le Timbre d'argent, Brahmane dans S fêtais roi! Qnûn nous le revoyons ce soir^ et toujour avec un nouveau plaisir, sous la toque rouge du jug Rhadamante, dans Orphée.
Côté des Dames
Pkschard. Enfin ! ne joue pas de travesti. Nous i prouvé ce soir que le costume masculin ne lui étai nullement indispensable pour plaire. Le public a pan charmé de cette métamorphose qui a pris toutes les al lures d'une révélation : personne n'en croyait sa lorgnette !
Entendu pendant qu'elle chantait r£'vo/ze du dernier acte :
— Décidément, nous sommes toujours au Théâtre- Lyrique !
Perret. La Diane rêvée, idéale, la Diane consacrée, la plus complète des Dianes passées, présentes et à venir, véritable Diane antique auprès de laquelle les autres ne sont que des Dianes en toc. Malgré cette per-
ction de spécialiste, reste la Diane malgré elle, trieuse de se remontrer en Diane. Habituée mainteantà la prose sérieuse de Jules Barbier ; fait la moue 1 chantant tontaine tonton. Parle de rompre son enagement.
Ne faites pas cela, mademoiselle !
Claudia. Tiens, une Junon agréable à voir ! Enfin, n a donc rompu avec cette déplorable tradition qui ous a valu tant de Junons laides. Jupiter la trompait, le direz-vous ?... Ce n'est pas une raison.
PiccoLO. Un amour d'amour brun. Vainement on ^est évertué à lui expliquer que l'amour a toujours été )lond. A répondu d'un petit air très-entendu que la luance ne fait rien à la chose et que d'ailleurs, le blond ui allait fort mal.
Après tout, chacun a sa façon de comprendre Ta- Tiour, n'est-ce pas ?
Fanny Robert. La direction demandait une Vénus i tous les échos. Les Vénus sont rares sur le pavé de Paris et nulle ne répondait. Cependant, à la fin, il s'en est présenté une, un peu timidement, comme une (emme qui, bien que sûre d'elle-même, n'est pas habituée à jouer les Vénus en public. Mlle Fanny Robert est jolie et surtout très-bien faite. Marseillaise de naissance, elle est venue à Paris en passant par Orange. La capitale l'attirait, elle y serait venue quand même, sur les majns au besoin. On affirme — et je donne ces renseignements sous les plus expresses réserves— qu'elle a servi de modèle pour certain tableau gymnastico-académiquequi attirait les amateurs à une vitrine du boulevard Montmartre. Douée d'un fier trac. A juré de prendre le théâtre au sérieux. Mais professe dès à présent, une sainte horreur pour les répétitions générales qui finissent après l'heure des soupers.
Ramellini. L'Opinion Publique. La sœur de la Ra-
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melliniqui a débuté dans Gilles de Bretagne. Sasœu nous a prouvé qu'elle avait une belle voix ; elle nou prouve ce soir qu'elle a une belle jambe.
HEUMANN-Flore. Se trouve dans l'Olympe commt chez elle. Déesse par complaisance en aitendan mieux.
DESNOYELLES-Thémis. Christian la présente ainsi a La justice, messieurs, la justice pour tous ! »
Ce seul mot me dispense {ter) d'en dire plus long.
SABiNE-Amphitrite. S'était fait faire à son idée, ur costume qui lui a coûté 2,000 francs. Le directeur refusé le costume.
Que de larmes à la mer !
Dareine. Une Minerve plantureuse. Arrive de h Renaissance, après une station de quelques soirées au petit théâtre de la Porte-Saint-Denis.
La représentation finit à une heure fort avancée.
La musique toujours jeune d'Offenbach a grisé toui le monde. On sort en dansant et en chantant.
J'entends deux critiques graves — apôtres de l'art sérieux — s'en aller en fredonnant :
Tra la la la la la, partons !