LE NID DES AUTRES
27 janvier.
La grippe — la fâcheuse grippe — a retardé de plus ie quinze jours la première représentation, à l'Odéon, le la comédie de MM. Aurélien SchoU et Armand l'Artois : le Nid des autres. C'est d'abord M"*^ Charierqui a été atteinte; à peine commençait-elle à aller Tiieux que M"*^ Marie Eiram a eu son tour; quand M"^ Eiram a pu redire « merci » sans rappeler l'Entrepôt des vins, c'est M"^ Lody qui a été prise du fatal :oryza.
Aussi quand on demandait à SchoU des nouvelles de sa comédie, répondait-il :
— Toutes mes interprètes passent leurs journées à se moucher. Ce n^est plus du Nid des autres que j'ai à m'occuper, mais du n<?^ des autres!
Bref, la nouvelle comédie a certainement coûté plus cher en réglisse, en pâte pectorale et en tisanes variées qu'en frais de mise en scène, car les trois tout petits actes du Nid des autres ne se prêtent à aucun déploiement de décors, et en fait 'de toilettes je ne puis vous signaler que celles de Tagréable M"® Chartier, d'une excentricité voulue, fort bien en rapport avec le personnage qu'elle est appelée à représenter.
La seconde a fait assez d'effet. C'est une robe en velours noir avec tablier de satin paille à appliques de velours noir garnies de jais.
Mais ce n'est pas sur la mise en scène que comptait le public fort élégant qui garnissait la salle de l'Odéon, où la grande avant-scène de gauche était occupée par S. M. la reine Isabelle et des personnes de sa maison.
Dans une pièce d'Aurélien SchoU, ce que l'on guettait c'étaient les mots.
43 LES SOIREPS PARISIENNES.
Il y en a beaucoup et — n'ayant pas la moindi notion de la sténographie — je n'ai pu en noter qu deux ou trois.
Un artiste, tant soit peu bohème, se présente che un de ses amis — un richard.
— Que lui avez- vous dit? demande ce dernier à se domestique.
— Je lui ai dit que monsieur était à déjeuner.
— Et que vous a-t-il répondu?
— Il m'a répondu que monsieur était bien heureux Une femme plaide en séparation avec son mari. Le mari raconte à un ami qu'il a reçu de nombreu
papiers timbrés dans lesquels on l'accuse de toute sortes de crimes imaginaires.
— Tenez, s'écrie-t-il, voici le dernier... il y en a troi pages et cela ne coûte que sept francs cinquante !
— Ils y perdent !
Il va sans dire que ma bonne fée m'avait encore un fois donné pour voisin ce critique à la conversation 5 attachante, que je rencontre aux seules premières d rOdéon, ce brave, cet excellent Anatole Le Grincheux
Le Grincheux m'a paru fort sensible aux choses ai niables que j'ai dites à son sujet dans plusieurs de me chroniques et ce soir encore il n'a pas craint de me Wu ser lire au fond de sa pensée.
— Le croiriez-vous, m'a-t-il dit, en levant les bra en l'air ce qui, chez lui, dénote une extrême colère dans Balsamo — dans ce fameux Balsamo! — il ; a... un feu d'artifice!
— Un feu d'artifice d'esprit? Les mots de Dumas
— Non pas, un vrai feu d'artifice, s'il vous plaît! E une illumination!
— Une illumination ! Qu'est-ce que cela vous fait Connaissez-vous rien de plus littéraire?
— Comment! littéraire! une illumination ?
— Certainement, puisqu'elle sera en vers!
— En vers !
— Mais oui, en verres de couleur !
— 11 n'y a jamais moyen de causer sérieusement vec vous!
Q^uand le Nid de^ autres est joué, quand les noms es auteurs ont été applaudis par tout le monde, Ana- :1e reste dans son fauteuil.
— Vous restez pour le Médecin de Molière!
— Dame, c'est la pièce d'un jeune, M. Aristide loger...
— Ce n'est pas pour cela, c'est parce que je ne l'ai )as vue!
— Eh! quoi, vous ne vous êtes pas dérangé pour la )ièce d'un jeune, vous?
— Je ne pouvais pas! Duquesnel fait tout ce qu'il 3eut pour désobliger la presse ! Il a célébré l'anniversaire de Molière le même jour que le Théâtre- Français !
— Dame, un anniversaire !
— Cela ne fait rien! Il aurait pu s'arranger autrement!
Le Château-d'Eau aussi aurait pu s'arranger de laçon à ne pas jouer son nouveau drame — un drame inédit — le soir même de la première de POdéon.
Je garderai Georges le Mulâtre pour la semaine prochaine.
Mais il m'est impossible de ne pas dire quelques mots du Dernier jour des jeux de Saxon, à-propos intercalé dans la revue du Théâtre-Taitbout.
Etant donné que le public étonnant et heureusement très-spécial qui fréquente ce temple du boucan se soucie fort peu de ce qu'onyjoue et vient là plutôt pour se faire entendrequepour entendre lui-même, Tidéede cette intercalation me paraît pratiqueetingénieuse. Decette fa-
çon, la revue pourra ne jamais quitter l'affiche et pai venir, de transformations en transformations, jus qu'aux âges les plus reculés!
Je conseillerai seulement aux auteurs d'en corser u peu le titre et de l'appeler dorénavant :
On fera du bruit ce soir ou le Couteau de Jeannoi