LA VIE ORDINAIRE
24 mars.
Je vous signale un type de spectateur qui tend à se multiplier. La première des Misérables et la reprise de Monsieur Alphonse m'ont fourni Toccasion de l'observer de très-près.
C'est le monsieur qui étendu plutôt qu'assis dans son fauteuil, affecte de donner des signes d^un étonnement profond toutes les fois qu'autour de lui on commence à essuyer quelques larmes. C'est le spectateur blindé, inaccessible aux émotions, qui n'admet pas que l'on puisse s^attendrir au théâtre, devant une belle action ou pleurer devant une grande infortune. Plus le public s^émeut, et plus il se tord, lui, plus il pouffe plus il éclate !
Il jette sur la salle des regards empreints de commisération, des regards qui veulent dire :
— Tas de gobeurs que vous êtes, si vous saviez quelle pitié vous m'inspirez !
Est-il donc plus intelligent que les autres, ce spectateur que rien ne touche?
Mon Dieu non.