‹ Les soirées parisiennes de 1874- 1884Chapitre 41 sur 112 · LE FEUILLETON DE LA NOUVELLE ECOLE · texte numérisé non relu

LE FEUILLETON DE LA NOUVELLE ECOLE

5 avril.

— Avez-vous lu, me demandait-on ce soir dans ] coulisses des Variétés, le dernier feuilleton de Sarce

— Ma foi, non. Est-ce qu'on y dit du mal de vou

— Ce n'est pas cela. Il s'agit du compte rendu à Misérables. Le public ayant accueilli par des mi: mures la fastidieuse complainte de Fantine, cor plainte aujourd'hui coupée, voici comment s'exprii le critique théâtral du Temps :

« C'est M"'' Jane Essler qui a écoppé, »

— Eh bien, quoi, cela vous étonne, mais M. Sarc dans presque tous ses feuilletons, cite avec comp! sance une ou deux expressions empruntées à l'ar. des coulisses. Ce sont des citations, soigneusem^ soulignées, et voilà tout.

M. Francisque Sarcey est un écrivain qui ne reci devant aucune hardiesse, un innovateur qui per sans doute que la critique élevée a fait son temps que le moment est venu d'inaugurer la critique n liste, la critique à la portée de tous, le feuilleton éc en argot. Est-il bien utile de consacrer, au prem mélodrame venu, une de ces belles pages comme G. tier aimait à en ciseler, un de ces feuilletons étin. lants comme Paul de Saint-Victor en fait encoi Est-il vraiment besoin de se donner tant de mal?

Non. La familiarité du style est une bonne chc et, puisqu'elle a réussi jusqu'à ce jour au fcuilleto nistedu Temps, il n'y a vraiment pas de raison po qu'il ne continue pas à remployer.

Je me demande même pourquoi nous ne lirions pi avant peu , des feuilletons de Sarcey compléteme écrits en argot des coulisses ou d'ailleurs.

Q.uelle joie pour le farouche critique s'il avait j

iplo}xr plus compjétement ce joli langage, à propos Balsamo, par exemple, comédie pour laquelle il a t preuve de tant de parti pris.

Et comme le public eût été charmé de lire un rnpte- rendu libellé dans les termes délicieux que )ici :

« Enfin, ça y est. Après nous avoir fait tirer la lan-

le pour Balsamo, M. Duquesnel a fini par accou-

ler de son ours.

« On sait que depuis longtemps, tous les copins du

recteur de l'Odéon ne cessent de faire un boucan à

ut casser autour de cette grande machine. Quand

nsanité des pièces nouvelles nous faisait faire un 2z, il se trouvait quelqu'un pour nous dire :

« — Oui, tout ça, c'est de la rude camelotte... mais 3US verrez Balsamo, ça serarien bath!

« Et autres rubriques du même tonneau.

« Et la réclame, en a-t-on assez pincé!

« Nous avons tous lu, dans ces canards impurs que ; n'ouvre jamais, des articles où l'on cherchait à épair les populations en décrivant les décors pommés ou léme les frusques huppées auxquels quarante prolélires turbinaient jour et nuit.

c( Un tas de blagues, quoi !

« Malgré toute cette mousse, Balsamo n'a rien assé.

tt Voyons un peu ce que la nouvelle pièce a dans le entre.

« On nous montre d'abord un petit sournois qui arive toujours en sondeur sous le fallacieux prétexte [u'il en tient pour une bégueule de la haute qui ne e gobe pas et sur laquelle veille son benêt de frère, qui rrive toujours à la façon des carabiniers de mon ami 3ffenbach; puis une vieille galette de gentilhomme ians la dêche, auquel ce vieux roublard de Richelieu

l3o LES SOIRÉES PARISIENNES.

propose d'acheter sa fille pour le roi, que la Du Ba ne sait plus faire rigoler comme il faut et qui s'emb à trois francs l'heure; une drôlesse de servante qui demandé qu'à faire toutes sortes degredineries, poui que ça lui fourre du poignon dans la profonde. Ne 1 voyons aussi Marie-Antoinette qui s'évanouit en ap cevant une carafe qui pique un fard, la Du Barry ^ dégoise un tas d'indécences et enfin Balsamo, un chj latan, un sauteur qui se ballade à travers l'action s. qu'on sache ni pourquoi ni comment. Celui-là, com monteur de coups, enfonce encore M. Duquesnel fabrique de l'or et du poil à gratter, dit la bonne av( ture, repasse les ciseaux, les canifs et les lames de soir, tond les chiens, coupe les chats, prépare le trio phe des immortels principes de 89 et magnétise somnambules extra-lucides.

« Quelle jolie société !... Sont-ils assez intéressan tous ces pignoufs !

« C'est tout au plus s'il y a une scène qui m botté, celle 011 Andrée , que Balsamo vient de fa pioncer magnétiquement, raconte la fumisterie de elle a écoppé.

ce Un breuvage l'avait engourdie , cependant e voyait ce qui se manigançait autour d'elle : Le i vient d'abord, mais la voyant pâle, il la croit mach bée et s'esbigne; au roi succède Gilbert, le lart amoureux; celui-là, loin de se carapatter, profite l'occasion pour... satisfaire son béguin. Naturellemei Andrée ne veut fournir aucun détail sur cette ma vaise plaisanterie et se fait réveiller par Balsamo.

« Eh bien, à part cette scène qui est émouvan pour de vrai, le public se fouille sur toute la ligne.

ce On me dira : et les décors ?... et les pelures copié sur des tableaux du temps ?... et la galerie des glaces? et la présentation?... et le coup de chahut de la pla

AVRIL. l3l

- XV ?... et les diamants de M"'= Léonide Leblanc?

Ma réponse sera facile :

— C'est pas tout ça!... Sommes-nous à la Gaîté i au Châtelet?... Est-ce que M. Duquesnel va long-

s nous la faire à la féerie? — Vous me dites que

Léonide Leblanc porte 700,000 francs de bou- ( jns de carafe à l'acte de la présentation, qu'est-ce ( e cela prouve? que c'est une personne calée, qui a i belles connaissances, voilà tout ! et puis je préfère J toc, moi !

I « Oui ou non, M. Duquesnel a-t-il une subvention ) ur la flanquer par les fenêtres ?

' « Quant à moi, si j'étais le ministre de l'Instruction ! .blique et des Beaux-Arts, je n'irais pas par quatre ! emins avec le directeur de l'Odéon, et je te lui flanlerais une lettre à cheval pour lui demander compte la façon dont il emploie la braise du gouverne- Unt. »

Au besoin, M. Sarcey, s'il adoptait ce système de

;utale franchise littéraire, pourrait cultiver ses excel-

ites dispositions naturelles en relisant V Assommoir

son confrère en critique théâtrale, M. Emile Zola.

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