A QUOI PENSE UN TENOR ITALIEN
Je me le demandais, hier soir, en voyant le jeur ténor Nouvelli représenter, dans la Traviata, le pe sonnage d'Alfredo, auquel Capoul a donné tout 1 cemment un caractère si passionné et si émouvant.
A quoi peut bien penser un ténor italien, pendai qu'il est censé jouer son rôle?
Car ses mouvements automatiques, toujours 1< mêmes, son œil distrait, sa mine ennuyée, prouvei surabondamment qu'il pense à tout, excepté à la s tuation de la pièce. Il ne s'anime, de temps en temp: que pour soupirer une romance ou pour enlever u duo, mais dès que Ton entame les récitatifs, cette ani mation passagère disparaît. Et alors... à quoi pei bien penser un ténor italien ?
J'ai essayé de surprendre le secret de ses rêveries
.. je n'oserais pas garantir que ) y sois arrive et )e donne ce qui suit qu'à titre d'essai seulement. Premier acte de la Traviata.
Violetta, une coupe de limonade gazeuse à la main, iTiiie le fameux brindisi.
. Libiamo — Buvons! L'amour a des baisers plus ux au bruit des verres! »
Alfredo, assis, regarde la salle. — Il y a du Dode ce soir! Et du beau monde! Cependant, la son est pas mal avancée. Effet de l'Exposition. lens, voilà la dame en blanc qui m'a tant lorgné lutre jour! Elle est jolie. Quel peut bien être ce eux monsieur qui l'accompagne? Son mari, sans )ute. Usiglio (le chef d'orchestre) m'a l'air d'être de auvaise humeur. Il tape sur son pupitre comme il lui en voulait. (// lève le bras droit en Pair,) La scène se vide. Violetta reste seule avec Alfredo. 'Ile détache une fleur de son bouquet.
« Riportralo quando sara apassito. Vous me la rap- Drterez quand elle sera fanée. y> Alfredo {il prend la fleur avec transport). C'esi .Ole; il suffit que je me mette à table au théâtre pour v'oir faim. Aussi j'ai diné de trop bonne heure. Mais souperai. Précisément il y a fort longtemps que je ai mangé du macaroni... {Il lève le bras gauche en air. Haut:) Oh! quanto vamo! Oh! si je vous ime!
, Second acte de la Traviata.
Les adieux déguisés de Violetta à Alfredo. Elle s'ef- 3rce de retenir ses pleurs.
« Ama mi, Alfredo. — Aime-moi ^Alfred, autant que 2 faime! »
Alfredo. -- Non, le vieux monsieur ne doit pas tre son mari. Il a l'air trop galant. Mais quoi donc, lors? Son oncle, peut-être. Elle m'a encore lorgné. e ne mangerai pas de macaroni, à souper. Il n'y a
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rien de lourd comme cela, le soir! [Il porte la main sqn cœur.)
Le père Germont console son fils que Violetta vie d'abandonner : «£)/ Proven^a, il mar, il siiol, ta Pr vence, ton pays, la mer... »
Alfredo. — Eh bien! oui, il lui en veut à son p pitre. Comme il tape! Ce Pandolfini m'ennuie! To les effets sont pour lui! C'est égal, la dame ne lori: que moi... (Il porte les deux mains à sa poitrine.) Bl le voilà qui commence son point d'orgue! Et penda ce temps-là, je meurs de faim... Après cela. .. le mac roni... en mettant beaucoup... beaucoup de poivre, ce n'est pas si lourd qu'on veut bien le dire... froisse avec colère la lettre de Violetta )
Final du second acte.
Violetta : « Di questo core, — tu ne peux co prendre tout l'amour qui est dans mon cœur! »
Alfredo [le bras gauche en l'air). Elle est ravie moi, la dame en blanc... (Il baisse le bras gauche lève le bras droit.) Nous n'en avons plus pour Ion temps maintenant... Un quart d'heure d'entr'ac vingt minutes d'acte. Je serai libre à onze heures dix. (// baisse le bras droit et lève le bras gauche.) Esc dier est dans sa baignoire... C'est un brave homm mais il me fait jouer trop souvent! (// lève les de: bras.) Il devrait me défendre de chanter quand je si enrhumé. C'est peut-être ce satané rhume qui i creuse... Voyons, Usiglio, cher maestro, tu vas cass ton bâton de chef d'orchestre... (// baisse les dei bras et chante plus fort que les autres :)
Ah ! qùante pcni !
Dernier acte. Scène d'amour. Après la scène, Vi letta se laisse tomber sur une chaise, la tête renvers en arrière.
AVRIL. l6l
ViOLETTA. — Gran Dio! Mon Dieu! mourir si eune.
Alfredo. — Ah! certainement non... ce n'est pas >on oncle... C'est son mari, le voilà qui s'endort. Elle lie lorgne plus que jamais. Elle est charmante!... J'en ai des crampes dans l'estomac, de vraies crampes... Ma foi, j'en mangerai, du macaroni... Qui ne risque rien n'a rien ! (// tombe à genoux auprès de Violetta, morte.)
oMoâ L
Maigres, bien maigres ce soir, les recettes de théâtre. Sauf quelques rares privilégiés comme les Français, la Renaissance, qui, avec le Petit Duc, réalise encore 3,502 francs, les théâtres ressemblent au cerveau de M. Paul Meurice. Ils sont absolument vides.
Le spectacle est dans la rue, sur le boulevard.
Aussi tous les malheureux que leurs fonctions retiennent enfermés dans les salles de spectacle aspirent-ils après le moment bienheureux où à leur tour ils pourr )nt aller voir les illuminations.
On ne se figure pas avec quel entrain ils expédient la besogne !
Les contrôleurs se hâtent de compter leur recette, tache heureusement fort courte pour la plupart d'entre eux.
Les acteurs jouent avec une rapidité vertigineuse. 'yjlui-ci oublie volontairement sa romance; celui-là, pressé d'en finir, passe toute une scène. Une actrice ne change pas de toilette et porte la même robe pendant cinq actes. Dans un théâtre que je pourrais citer, tel acte qui dure ordinairement trois quarts d'heure est expédié ce soir en vingt-cinq minutes. Chose inouïe et qui ne s'était jamais vue : Dupuis débite son rôle de Niniche sans perdre de temps I
• Les ouvreuses ellcs-mêmes'soUiciient dès le milù du spectacle les spectateurs de reprendre leurs pa dessus.
Par exemple un théâtre sur lequelil me serait impo sible de donner le moindre renseignement, c'est l'Opcr dont aucun cocher — et j'en ai pris plusieurs dans seul but — ne pouvait s'approchera moins de deux ( trois cents mètres, tant était grand l'encombrement d abords du gigantesque monument.
En revanche, j'ai vu à onze heures du soir toute ui famille qui se désolait dans un idiome [étranger : c pauvres gens avaient loué une loge dont la foule 1 leur a pas permis de prendre possession.
Un directeur désolé de la pénurie des spectateu n'a pu s'empêcher de dire en voyant la masse de b; dauds :
— S'il pouvait tomber une bonne averse, on se réfi gierait peut-être ici.
REOUVERTURE DE L'HIPPODROME.
Après son énorme succès de l'an passé, la directio de l'Hippodrome, quand la bise fut venue, pouvait s croiser les bras et attendre tranquillement le retour C. la saison d'été. C'est ce qu'elle n'a pas voulu faire.
Loin de s'endormir sur ses lauriers, M. Zidler se m à examiner quels pouvaient bien être les vices de S( entreprise.
Il y en avait un qui sautait aux yeux : la néccssii de régler les représentations sur les caprices du baro mètre, de fermer les jours de pluie, de voir la recett compromise les jours de grande chaleur, d'avoir
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Dmpter avec le vent, avec Forage, autant qu'un cap
ine de navire. On prit donc une grande résolution. .es arènes de l'Hippodrome étaient à ciel ouvert, on 3 décida à les couvrir. Decette façon on pouvait donner es représentations tous les jours sans exception.
On n'épargna ni le travail, ni l'argent. Les ouvriers e s'arrêtèrent pas plus la nuit que le jour et, en quelues mois d^hiver, on acheva une œuvre gigantesque, in immense plafond de plus de i,6oo mètres carrés, ne couverture mobile s'ouvrant pendant les beaux mis et se fermant les jours de pluie, un toit qui ne emporte pas moins de 640,000 kilos de fer!
Pendant qu'on y était, on reconstruisit la salle, les curies, les dépendances, si bien que les arènes de l'Hip- )odrome — les arènes couvertes les plus vastes et les ilus somptueuses qu'il y ait dans le monde entier — meuvent prendre place aujourd'hui parmi les grandes uriosités de Paris — à côté des monuments que l'on le peut pas ne pas visiter.
J'ai parcouru l'établissement jusque dans ses écuries es plus reculées, et je déclare n'avoir jamais rien vu ie plus intéressant, de plus complet, de mieux amélagé. On a tiré parti de tout avec une ingéniosité ex- :rême. Ainsi, sans compter les écuries qui renferment environ deux cents chevaux — l'Hippodrome possède en outre une ferme d'élevage — sans parler des vastes .espaces réservés à la ménagerie, et qui contiennent actuellement des chameaux, des éléphants, etc., on trouve, autour des arènes de l'avenue de l'Aima, des bâtiments avec des magasins de costumes plus grands que ceux de l'Opéra, des loges bien installées pour les écuyers et les écuyères, la sellerie, la salle des armures où l'on exposera les armures qui doivent servir au prochain tournoi, des remises pour les voitures et les chars, les magasins d'accessoires, un petit cirque ou se
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donnent les répétitions de haute école et deschevai dressés en liberté, enfin la chambre des machines dai laquelle deux machines à vapeur de la force de cei chevaux sont spécialement affectées au service c ' l'éclairage électrique.
Cet éclairage ne sera pas une des moindres attra tions des fêtes de nuit qui vont commencer bientôt. l'Hippodrome, le soleil ne se couchera jamais. L feux du jour seront remplacés par des feux factices ai près desquels tous les éclairages que nous avons vi jusqu'à présent ne sont que des jeux d'enfants.
Parmi les curiosités nouvelles de la maison, il fai mentionner aussi un carrosse de gala qui n'est pas u carrosse de gala ordinaire. C'est celui du feu duc t Brunsw^ick. Le feu duc ne s'en est servi que pour 1< grandes cérémonies de son règne. La caisse du carros: est jaune, couverte d'armes très-finement peintes; 1< roues sont rouges, sculptées et dorées.
M. Zidler, qui a trouvé cette voiture chez un carr* sier de Paris où elle était depuis des années, l'a tran formée en calèche et s'en sert aujourd'hui pour rempl cer le char antique sur lequel ses artistes opéraient leii entrées et leurs sorties. O décadence des carrosses . gala ! Avoir porté un souverain régnant et véhicu! maintenant des gymnasiarques en maillot et u écuyères qui envoient des baisers au public !
La partie mobile de la toiture n'est pas encore absolu ment achevée, et cependant la pluie n'a gêné personn aujourd'hui.
La salle était splendidement composée. Tous le journaux étaient représentés; le dessus du panier d monde des courses, le monde élégant, le monde artis tique, le monde des théâtres, le monde galant garnie
ent les loges et les gradins de l'immense amphiiâtre dont l'aspect était vraiment grandiose. Au pourtour l'animation était extrême et c'est à peine l'on pouvait circuler du côté des bars. Les émouvantes courses en char, dans lesquelles lUs avons revu l'intrépide Adèle sans laquelle il n'y a s de courses en char; les courses plates, les courses s postillons à dix-huit chevaux ont obtenu leur suc- 5 ordinaire. Parmi les écuyères nouvelles j'ai aperçu "' Becker qu'on peut encore voir aux Folies-Drama- [ues où elle joue un petit rôle dans les Cloches de jrneville. Cette jolie personne monte un cheval de ute école comme si elle n^avait jamais monté que la. L'^art dramatique mène à tout !
Les étonnants Japons, Bevans et ses automates, les ipézistes Gonza et Azella, la pittoresque pantomime s Zeg-Zeg, épisode d'un voyage au Soudan, dont les agnifiques costumes sont dessinés par M. Thomas, t été bruyamment et longuement applaudis. Bref, le ccès de la représentation d'ouverture a été énorme. D'ailleurs, afin de prouver l'importance que la dircc- )n de l'Hippodrome attache à toutes les parties de son treprise, il suffira de dire que l'orchestre est dirigé par . Albert Vizentini, l'ex-directeur du Théâtre-Ly- |ue ! On pourra, grâce à ce concours précieux^ ajou- ^ au spectacle équestre les attraits d'un véritable conrt et qui sait si, un de ces jours, nous n'assisterons s à la reprise de Paul et Virginie^ arrangé en pantoime équestre.
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