PSYCHE
Avec la reprise de Psyché, ou, pour mieux dire, avec la première de Psyché , nouvelle manière , M. Carvalho nous offrait ce soir l'une des épaves qu'il a précieusement recueillies dans le naufrage du Théâtre-Lyrique.
On peut même dire qu'il a commencé à récolter ce que son ex-confrère Vizentini avait si péniblement semé.
Pour ce dernier, l'opéra d'Ambroise Thomas était un des plus brillants atouts qu'il avait encore à jouer lorsqu'il fut contraint de renoncer à une tâche artistique par trop lourde. Sur son radeau de Méduse, il entrevoyait Psyché au fond d'un sombre horizon, comme la voile lointaine qui pouvait assurer son salut en lui ramenant, peut-être, les recettes fantasmagoriques de Paul et Virginie. Pour cette partie suprême, il tenait en réserve une interprétation hors ligne : Heilbron, Engally et Bouhy. Bref, il comptait la jouer à coup sûr.
M. Carvalho, qui sait ouvrir les mains à propos lorsqu'il s'agit de prendre le bien où il se trouve, ne s'est pas contenté de s'emparer de la partition, il a engagé en même temps Heilbron et Engally. Il est vrai qu'il fut moins heureux du côté de Bouhy; mais, à défaut de ce dernier, enlevé par l'Opéra, il possédait dans
sa troupe un jeune baryton, M. Morlet, que ses débuts dans la Surprise de l Amour avaient mis hors de pair, et il se hâta de lui confier le rôle de Mercure.
On comprend donc l'empressement du public à la première de ce soir et l'impatience avec laquelle on a attendu jusqu''à neuf heures moins un quart le lever du rideau annoncé pour huit heures.
Le ministre de l'instruction publique et des beauxarts assistait à la représentation dans une avant-scène.
Ainsi que je viens de le dire, bien que l'œuvre de M. A. Thomas ait été représentée en iSSy, nous avons plutôt assisté ce soir à une première qu^à une reprise.
Tout dans Psyché, poëme et partition, a été complètement, refait : on a supprimé le dialogue pour lui substituer des récitatifs; les scènes ont été transformées, des tableaux ajoutés, deux rôles autrefois tenus par Prilleux et Sainte-Foy et qui semblaient mauvais, — est-ce parce qu'ils étaient comiques ? — ont été réduits en figurations.
Enfin, on a tant arrangé, tant diminué par-ci, tant augmenté par-là, tant retaillé partout, que Psyché est aujourd'hui un opéra aussi inédit que possible.
Depuis le poëme de La Fontaine, Psyché a inspiré de nombreuses œuvres et aux poètes et aux musiciens.
Ce fut d'abord la fameuse tragi-comédie-ballet en cinq actes, à laquelle travaillèrent Molière, Quinault et Pierre Corneille, et dont la musique fut composée par Lulli.
En 1678, l'Académie royale de musique joua une autre tragédie lyrique en cinq actes, avec prologue. Attribuée d'abord à Thomas Corneille, elle fut ensuite revendiquée par Fontenelle. Lulli en avait également fait la musique.
En 1842, M. V. de Laprade, de l'Académie française, a publié un poëme sur Psyché.
Il en existe encore plusieurs de valeurs diverses, et