MA
je crois même qu'au moment syndicologique, les directeurs de la salle Taitbout se disposaient à monter une Psyché quelconque, aujourd'hui sans asile.
Dans Taprès-midi, on avait eu une vive émotion à rOpéra-Comique.
M''^ Heilbron avait fait dire qu'il lui était impossible de chanter.
M. Carvalho se désolait comme un homme qui ne connaît pas bien sa jolie pensionnaire. Son ex-confrère Vizentini était autrement aguerri contre les incidents de ce genre.
Il était au courant des frayeurs in extremis de la chanteuse, les jours de premières.
M"^ Heilbron adore son métier, mais elle voudrait ne jamais avoir de premières. Malheureusement, comme elle ne peut commencer par la seconde, sa terreur la reprend à chaque occasion nouvelle.
Les jours de création, son esprit se frappe, se surexcite à ce point que cette seule influence morale suffit généralement pour la rendre malade et provoquer un malaise qui ne laisse pas que d'augmenter encore son embarras.
De là, des bulletins à sensation comme celui que M. Carvalho a reçu aujourd'hui au dernier moment.
Il est vrai que tout s'arrange à la fin et qu'une fois bien en règle avec sa propre tradition, M"^ Heilbron reprend courage et revient aisément sur une première décision.
Elle nous a paru fort jolie l'aimable chanteuse, quand elle a fait son entrée, toute de blanc habillée, en tunique blanche et une couronne de roses blanches dans ses cheveux noirs. De vifs applaudissements ont salué son entrée, et nous nous sommes rappelé alors l'époque, pas bien lointaine en somme^ où Marie Heilbron, une petite fille à peine connue, sortant de l'école de Duprez, débutait à ce même Opéra-Comique dans
je ne sais quel lever de rideau. Que de changements depuis ce temps-là, n'est-ce pas, mademoiselle?
jy[me Engally aussi a été reçue par le public d , rOpéra-Comique comme une ancienne connaissance • bien qu'elle n'ait jamais chanté rue Favart. L'ex-pen sionnaire du Théâtre-Lyrique porte avec une certaim désinvolture la tunique courte et le bonnet phrygiei d'Eros. Mais elle ne sait toujours pas marcher en scène et je crains bien que cet art-là ne lui soit jamais familier
On ne lui a pas marchandé les ovations ce soir, et pendant qu'on l'acclamait, plus d'un spectateur di balcon s'est tourné instinctivement vers la loge d( M. Halanzier.
M. Carvalho a fait des frais sérieux de costumes e de décors. Celui du palais de Psyché, peint par Rubt et Chaperon, est joli. A la place du grand ballet écrii par M. Ambroise Thomas pour sa nouvelle partition, on nous en a servi un tout petit et pas bien méchant. Il est vrai que les danseuses font totalement défaut à r Opéra-Comique, et que l'on ne peut malheureusement pas en recruter au Conservatoire comme on y a recruté des chanteuses pour le fameux chœur des Nymphes, un des rares morceaux qui restent de l'ancienne partition.
Pendant les entr'actes, j'ai assisté à une petite scène qui s'est renouvelée plusieurs fois et qui me paraît digne d'être racontée.
Il y a, au foyer du public, un piano qui sert probablement aux répétitions. Un piano assez ordinaire, en palissandre, comme on peut en rencontrer dans les loges des portiers les moins élégants.
Devant ce piano on avait mis un garde municipal en faction.
Toutes les fois que quelqu'un s'approchait de l'instrument et s'y appuyait machinalement, la garde s'avançait en s'éc riant :
MAI. IjS
— Ne touchez pas au piano, s'il vous plaît!
On se reculait, un peu surpris, et quand on intergeait le municipal, quand on lui demandait si ce ano était donc bien extraordinaire, il répondait en se sant la moustache :
— Que je ne sais pas s'il est extraordinaire ou pas, ais que je sais que c'est ma consigne !
Drôle déconsigne, tout de même! M. Carvalho st-il figuré, par hasard, que l'on pourrait, en s'en ant, emporter ce piano pour se jouer des airs de yché en voiture ?