SALLES D'EXPOSITION : LE THEATRE - FRANÇAIS
Un fait qui prouvera mieux que tout le reste l'ir portance de la Comédie Française aux yeux du pub expositionnel, c'est que, malgré la chaleur, les i certes n'y ont presque pas baissé.
On pourrait croire que ce sont surtout les prov ciaux de passage à Paris qui forment, en ce momt la clientèle du théâtre de la rue Richelieu ; ce se une erreur. Les étrangers y sont également ne brcux. Notre grande scène classique jouit d'une réf tation universelle. Paris, là Chronique, les boulev dicrs créent de temps en temps des types dont on pa ensuite, un peu partout, au Nord et au Sud, corn s'il s'agissait de quelque personnage de reno M^'* Groizette, par exemple, est célèbre dans les p les plus lointains. Aussi y a-t-il parmi nos visite internationaux, des gens nullement initiés à ne langue et qui, néanmoins, vont aux Français — qi ques-uns pour voir M"'' Groizette, comme si elle a^ été construite par M. Garnier.
Le foyer surtout présente un spectacle curieux.
On s'y promène comme dans un musée.
Des groupes de provinciaux stationnent autour des )ustes.
On entend des exclamations.
— Tiens, regarde donc celui-là, comme il a le nez rochu.
— A la bonne heure... là-bas... voilà un joli ;arçon !
— Je trouve qu'il a l'air fier!
— Il y a bien de quoi... Avoir son buste ici, cela •quivaut aux plus grands honneurs.
Un père de famille s'arrête devant le marbre repréentant Ponsard.
Il se retourne vers sa femme et ses deux filles en rappant dans ses mains :
— Chapeau bas ! leur dit-il, voici Ponsard, le plus ;rand auteur moderne. Il était de Vienne, en Isère.
Puis avec orgueil :
— De la même ville que nous!
Le monsieur raconte ensuite une foule d'anecdotes;
Il a connu un ami de Ponsard, et il a aperçu Ponard lui-même plus d'une fois, quand il rentrait chez ui comme un simple mortel. Il avait, malgré son mmense talent, une mise des plus modestes. Plus /une fois, il a failli faire la partie de dominos avec ui.
La femme et les deux filles écoutent avec recueilleaent.
. Le père, en examinant le buste de l'auteur de Lurèce, a les yeux remplis de larmes.
Les huissiers du foyer, Picard et Lesage, ne doivent »as être enchantés de ce public de passage. Habituel- -ment, leur existence, au milieu des spectateurs pariiens, est exempte de tout tracas; il est bien rare u'on ail à leur demander un renseignement, car, à orchestre comme à la dernière galerie, on est plus
OU moins des habitués de la maison. Ils peuve donc, chaque soir, goûter les douceurs d'une somm lence que nul ne songe à troubler.
Mais, en ce moment, ils sont sans cesse aux pris avec de braves gens qui veulent absolument avoir d indications sur les pièces, les artistes et surtout s Molière.
Et vous voyez de quel air les deux huissiers peuve recevoir en pleine poitrine des questions de ce genn
— Alors, c'est bien ici la maison de Molière?
— C'était ici son salon, n'est-ce pas?
— Et sa chambre à coucher, peut-on la voir ?
— Nous sommes bien sous son toit?
— On a dû faire des réparations depuis sa mort?
— N'est-ce pas. Monsieur, que c'est en argent ma siF, la chaîne que vous avez autour du cou?
— Savez-vous des histoires sur Molière?
— Vous devriez vendre des petites médailles comn celle que j'ai achetée aux Invalides.
— Il avait du bien, n'est-ce pas, à part cette me son?
— Sa maison n'a jamais été hypothéquée, n'estpas?
— C'était un homme d'ordre?
— Cela a été une bien grande perte pour la littér ture, hein ?
Un autre provincial, qui a lu dans un journal u série d'articles sur le foyer de la Comédie-Françai que l'on cite comme étant le rendez-vous d'un grai nombre de célébrités artistiques, demande avec u certaine stupéfaction, à l'huissier, comment il se l qu'il ne voie ni M. Delaunay, ni M. Got, ni M. Ma bant, ni M. Coquelin, ni aucun des sociétaires se pi mener avec des peintres ou des journalistes.
Il croit avoir droit à cette exhibition, et il est pre que tenté de réclamer au contrôle.
Inutile de dire que le grand succès de curiosité est lour la fameuse statue de Voltaire, devant laquelle on ntend les propos les plus bizarres.
— Je trouve qu'il ressemble à notre ancienne bonne, it un brave rural de Pont-Arcy ou d'ailleurs.
— Comme il a les mains maigres! comme il a l'air naladif pour un homme qui vient de mourir centelaire!
Autre réflexion, entendue sous le péristyle d'en )as.
— Voilà la statue de Talma!
— Il est bien peu vêtu !
— Dame, tu comprends, à cette époque-là, les aristes ne gagnaient pas encore ce qu'ils gagnent auourd'hui !