‹ Les soirées parisiennes de 1874- 1884Chapitre 69 sur 112 · DANSEURS ESPAGNOLS AU GYMNASE · texte numérisé non relu

DANSEURS ESPAGNOLS AU GYMNASE

7 août.

Ce n'est pas la première fois que le Gymnase, faiant diversion à son genre de programme, présente au )ublic des danseurs transpyrénéens. Les castagnettes »nt déjà retenti sur la scène du boulevard Bonne-Nou- ■elle.

Sans parler du divertissement intercalé dans le Don Quichotte de Sardou, il y eut, en 18 52, un spectacle lont une troupe de danseurs espagnols était le prin- :ipal attrait. La partie littéraire se composait exclusi-

vement d'une charmante pièce en un acte, de Barrièr intitulée Midi à Quator:{e heures.

Ces ballets, très-variés, très-pittoresques, eurent u grand succès, et, grâce à eux, tout Paris courut a Gymnase pendant une longue série de représent: tiens.

Leur vogue eut même une conséquence des pL heureuses pour Barrière. En pareil cas, la totalité d droits est acquise à l'auteur de la pièce, si peu c place que celle-ci tienne dans le programme de soirée.

Midi à Quatorze heures bénéficia donc des d pour cent que le théâtre paya chaque soir, penda assez longtemps, sur les brillantes recettes que fit troupe espagnole, et ce vaudeville rapporta à son ai teur plus d'argent que certaines comédies en cii actes.

Souhaitons au Gymnase que la nouvelle série i représentations chorégraphiques soit aussi fructueu et permette au directeur de monter à loisir des pièc avec lesquelles il puisse retrouver sa veine d'autrefo

Chargé de s'entendre ave: don Manuel Guene M.Dervaleut d^abord l'idée d'apprendre l'espagn' mais pressé par le temps, il dut y renoncer.

Aussi, est-ce avec une certaine difficulté qu'il a | correspondre avec la troupe espagnole.

Néanmoins il y arriva. Partant de ce principe qu faut appeler tous les hommes « senors « et toutes femmes « senoritas; » que la plupart des mots se u minent par les syllabes en o ou en a, l'excellent a ministrateur du Gymnase a fini par apprendre i espagnol de fantaisie qui lui permet tant bien q mal de se faire comprendre des artistes de don M nuel.

Un homme auquel l'apparition des danseurs esp gnols au Gymnase a également causé beaucoup c

-irment, c'est M. Victor Chéri, chef d'orchestre du éàtre.

Habitué à guider les acteurs qui, dans les matinées, mtent les couplets de Scribe sur l'air de : J'en guette petit de mon âge, M. Chéri, dont l'orchestre a, du 5te, été renforcé pour la circonstance, s'est vu conint de suivre toutes les répétitions de la troupe esgnole.

Pendant que don Manuel guidait ses artistes, . Victor Chéri conduisait ses musiciens. Par malur, l'imprésario et le chef d'orchestre étaient en per- :uel désaccord, et à chaque instant une nouvelle icussion éclatait entre eux.

Ils avaient d'autant plus de mal à s'entendre que

, Victor Chéri ne sait parler que le français, tandis

' e le maître de ballet ne peut s'exprimer qu'en espa-

; Ol.

On voit d^ici les scènes renouvelées de la Tour de

bel, auxquelles donnaient lieu de semblables dis- ( ssions!

3'est alors qu'intervenait généralement M. Derval : : servant du peu d'espagnol de fantaisie qu'il avait ■' pris, il essayait de calmer les deux adversaires et < .pporter quelque ordre dans la discussion.

11 disait par exemple à M. Chéri :

— Don Manuel prétend que vous n'allez pas assez je.

|i— Je suis dans le mouvement, répondait M. Chéri. 5'adressant alors à Don Manuel, M. Derval tradui- ! t :

— // senor Cherito lui existera in movimento ! D'ailleurs, depuis l'arrivée des danseurs au Gvin-

I se, tout le théâtre s'est espagnolisé. 3n ne peut plus passer devant la loge iu concierge ' is y voir ce dernier jouer du tambour de basque,

25o LES SOIRÉES PARISIENNES.

tandis que sa femme l'accompagne avec des cas gnettes.

Au foyer du théâtre, les actrices attendant le n ment de jouer le Monde où l'on s^amuse, essayent i pas de deux, drapées dans des manteaux espagn( tandis que les acteurs font le simulacre de jouer dt guitare.

Avant de traiter avec le Gymnase, ces danseurs sont offerts, ou plutôt ont été offerts, par l'agent leur sert de cornac théâtral, à plusieurs directeurs risiens.

Partout, ces propositions ont été d'abord très-b accueillies, mais leurs prétentions parurent excessi et leur séjour à Paris faillit se borner à une sim visite d'Exposition.

M. Koning fut le premier qui reçut la visite l'entrepreneur espagnol.

Gomme il se récriait sur le prix demandé :

— Ge n'est pas cher, allez, lui répliqua l'agent, a un accent délicieux, pensez donc que mes danseu sont les plus :{oulies femmes de l'Europe... oui, plus poulies!

Get argument parut tout d'abord faire une vive i pression sur les instincts d'artiste et de metteur scène du directeur de la Renaissance.

— Sont-elles vraiment aussi bien que ça? Demanda-t-il à la façon de Desclauzas dans le P<

Duc.

— S'il vous faut ma parole, la v'ià.

Lui répliqua le tentateur en levant la main et crachant par terre avec conviction.

— Diable!... Si c'était vrail... Mais encore faudr il les voir.

— J'ai leurs portraits... jugez vous-même.

Et M. Koning parcourut avidement les cartes qi venait de saisir d'une main fébrile.

Page 1