CONRAD
2 5 novembre.
En consultant l'almanach, je m'aperçois que M. Duijuesnel nous donne la première de Conrad le jour nême de la saint... Conrad.
Au premier abord, on serait tenté de voir dans ce )hénomène un de ces effets de mise en scène dont 'excellent et très-habile directeur de l'Odéon est si riand. Mais il paraît qu'il n'y a là qu'une simple oïncidence dont tout l'honneur revient au hasard.
L'auteur de la Mort civile — le Conrad italien — st le célèbre signor Giacometti, dont la réputation, lU-delà des Alpes, peut se comparer à celle de d'Ennery :hez nous. Toutefois, le d'Ennery de lu Péninsule est oin d'avoir la fécondité prodigieuse du nôtre, car on :hercherait vainement dans le monde entier un écrivain dramatique ayant autant produit que le père de 1 Cause célèbre.
Mais les œuvres de Giacometti forment un bagage ort respectable et la Mort civile est, de toutes les )ièces du dramaturge italien, la plus connue, la plus )opulaire, en même temps que la plus appréciée des :onnaisseurs; son succès est dû en partie à l'éminent nterprète qui s'est incarné dans le rôle principal, en a
fait sa plus étonnante création et qui l'a promen* dans toute l'Italie, absolument comme fit jadis c France Frederick Lemaître de Trente ans ou la r d'un Joueur.
On n 'a certainement pas oublié l'effet saisissant qi produisit à Paris M. Salvini, l'interprète italien, lor qu'il donna, à la salle Ventadour, quelques représeï tations de ce drame célèbre.
Ce soir-là, notre collaborateur Auguste Vitu dont nos lecteurs sont à même d^apprécier le talent la grande autorité en matière théâtrale — se promena: vivement ému par ce qu'il venait de voir et d'entendr au foyer du Théâtre-Italien. Vitu aime beaucoup 1 drames. C'est un des rares critiques qui ne croient p nécessaire de dissimuler leur émotion quand une for situation leur fait verser quelques larmes. La Mo civile l'avait donc littéralement bouleversé, et il pie' rait encore sur le sort de la pauvre petite Emma, lor qu'il rencontra son ami Duquesnel, tout aussi er poigne que lui.
— Savez- vous, lui dit ce dernier, qu'il serait int ressaut de présenter la pièce de Giacometti aux Fra çais, en français et sur une scène française?
— Ma foi, répliqua Vitu, l'idée me semble excelleni Nous savons si peu ce qui se passe à l'étranger, qu'( serait peut-être tout surpris de découvrir qu'il pe exister, ailleurs que chez nous, des dramaturges mérite.
— - Voudriez- vous vous charger de la traduction ?
— Avec grand plaisir I Et Vitu se mit à l'œuvre.
En croyant d'abord ne faire qu'une traduciio notre collaborateur s'aperçut bientôt que quelqu ; changements étaient indispensables, et ce fut à i ^ véritable travail d'adaptation qu'il dut se livrer po
NOVEMBRE. SgS
treindre l'action du drame italien aux nécessités de