LE FILS NATUREL
Il est, dans le monde littéraire et artistique, peu de tuations aussi enviables que celle de l'administraur général de la Comédie-Française.
M. Perrin dirige la première scène du monde, une ène qui n'a son équivalent dans aucun autre pays. Il a un Opéra dans toutes les grandes villes, mais, uUe part, il n'existe un théâtre national comparable la maison de « notre Molière. » Là, plus que partout Heurs, M. Perrin a pu donner carrière à ses goûts artiste et de lettré. Il n'a eu garde d'y manquer, et i gestion lui a rapporté gloire, honneur et profit, ^puis qu'il préside aux destinées de la Comédie, le accès a récompensé tous ses efforts, et les recettes ont teint, rue Richelieu, des hauteurs que les précéints administrateurs avaient laissé ignorer à MM. et .^^^ les Sociétaires.
Cependant, on affirme et on va jusqu^à écrire un peu irtout que M. Perrin songerait sérieusement à quitter théâtre qu'il a rendu si prospère, pour prendre une itre direction qui n'est même pas encore vacante.
398 LKS SOIRÉES PARISIENNES.
Comment ne pas s'étonner de tels bruits ? Gommer voulez-vous qu'il n'en soit pas question, ce soir, au Français, à cette reprise du Fils naturel^ qui réun le tout Paris littéraire, artistique, financier et mon dain, tous ceux qui s'intéressent au théâtre, s'occupei de théâtre ou vivent de théâtre?
Cette nouvelle, encore très-incertaine, est naturelle ment le sujet de tous les commentaires.
— Perrin veut-il s'en aller? Perrin ne veut-il pi s'en aller?
On n'entend que cela, au foyer et dans les couloir Il est vrai que la question reste sans réponse. On se contente, en attendant, de prêter à M. Perri de nombreux projets... pour la Comédie-Français' Des amis de la maison, pouvant être à la rigueur bie informés, croient savoir que certains engagements c nouveaux artistes sont dans l'air.
En première ligne, on. parle de celui de M"»* Barte Il est vrai, me dit-on, que des pourparlers sont eng; gés. Un résultat prochain semble assez probable de < côté, d'abord à cause du talent, de l'élégance et d grands succès de cette actrice; et puis, M. Perrin, q' compte déjà dans la troupe de la Comédie plus d'ui artiste en vogue, serait cependant heureux de posséd assez de premiers sujets pour n'être plus à la mer d'indispositions qui ont le double tort d'être à la fc subites et fréquentes.
Autre changement. On affirme que les gens 1 mieux informés supposent que M. Perrin ne serait p éloigné d'avoir Tintention cfentamer à^s négociatio avec M°** Pasca, dans le cas où le hasard amènerait départ de M""' Agar, Joni l'engagement peut se te miner bientôt.
Enfin, M. Maubani, qu'on me dit fatigué, ce do je me doutais bien un peu, commencerait à se fai à l'idée d'une retraite prochaine. Cette éveniuali
•ait fait prononcer le nom de M. Dumaine — vous ;z bien lu — pour l'emploi qui deviendrait vacant. . se serait rappelé, rue Richelieu, que cet acteur fut ève préféré de Beauvallet comme tragédien, /oilà le résumé fidèle des racontars de la soirée. Want d'aller au théâtre, j'ai voulu parcourir quelîs journaux d'il y a vingt ans et relire quelques-uns
feuilletons consacrés à la première représentatiori Fils naturel.
^e goût du public, ses impressions, ses appréciais se modifient si totalement d'une époque à l'autre il m'a paru intéressant de savoir ce que pensaient critiques de i858 de Dumas fils et de son œuvre, moment où ceux d'aujourd'hui vont, à leur tour, lir à nous dire ce qu'ils en pensent, 'ai trouvé, dans les feuilletons d'alors, bien des sages qu'il serait intéressant de reproduire. Malireusement, la place m'est mesurée et je dois me ner aux quelques citations suivantes :
)ans le Moniteur universel du 25 janvier i858, éophile Gautier définit brillamment le talent et la nière de l'auteur du Fils naturel.
A beaucoup de talent, M. Dumas fils joint beau- Dup de bonheur, le bonheur, cet élément dont on e tient pas assez compte, et qui n'est peut-être u^une harmonie secrète avec le temps, les hommes : les choses. De grands génies en ont manqué; ils 'rivaient trop tôt ou trop tard ; ils étaient incompris
I repoussés, à leurs qualités se mêlaient des défauts loquants, ils frappaient à coups de hache avec une )rce de géant à côté du joint, et brisaient ce qu'il
II mieux valu ouvrir ; aussi la gloire ne leur estle venue que tard ou même après leur mort. I. Alexandre Dumas fils a résolu ce problème de îussir sans lutte et sans concession pourtant, car il tprime sa pensée en toute franchise...
400 LES SOIREFS PARISIENNES.
« Un des caractères les plus singuliers des œuvn « de M. Dumas fils, c'est qu'elles ne relèvent d'aucu c( modèle antique ou étranger ; elles semblent né( tt spontanément sur un sol vierge; aucune racine i c( les rattache au passé : nulle trace d'étude ou de tr « dition ni dans l'idée ni dans la forme. L'on pourrs a croire que l'auteur de la Dame aux Camélias, ( c( Diane de Lys, du Demi-Monde^ n'a jamais rien 1 « si cette ignorance était vraisemblable chez un jeu « homme élevé dans un milieu littéraire; les maîtr « semblent ne pas avoir existé pour lui, pas plus « vieux Will que Poquelin. Ce n'est pas un blâme q « nous formulons ici, nous constatons purement « simplement un fait caractéristique.
« Supposez un artiste qui n'aurait jamais vu \ « tableau, qui ne connaîtrait ni Michel-Ange, ni P « phaël, ni le Titien, ni Corrège, et peindrait direc « ment d'après nature des toiles remarquables endeh( c( du style et de l'idéal. M. Alexandre Dumas resseml « beaucoup à cet artiste.. — S'il a vu, il a eu la foi « d'oublier. »
Dans son feuilleton des Débats, Jules Janin ne apprend où Dumas a trouvé son dénoûment et fameux « Je suis le fils de Clara Vignot » qui clô pathétiquement l'action du Fils naturel.
« Cette question de la bâtardise, dit-il, fut réso « au siècle passé d'un seul mot, mais d'un mot s; c( réplique. j
« — Je suis le fils de la vitrière! répondait d'AIe a bert à la mère infâme qui l'avait fait exposer sur « marches de Saint-Jean-le-Rond et qui le voulut « connaître en retrouvant dans ce fils abandonné « des maîtres les plus sincères et les plus respectés « la philosophie et de Fesprit français. »
Janin rappelle plus loin qu'un siècle auparav. le 3o décembre 1757, Denis Diderot publiait un dru
nphatique et surnaturel, intitulé le Fils naturel. Ce drame obtint un succès immense à la lecture et fut joué deux fois à peine au Théâtre- Français. Les lecteurs avaient tort, les spectateurs avaient raison. » Dans la Revue des Deux-Mondes, Emile Montégut ; prononce, avec une certaine véhémence, contre le léâtre « réaliste, » tel que Dumas le comprenait alors. Le Fils naturel, en i858, passait pour du théâtre ialiste. Qu'en dites-vous, ô Becque, et qu'il a fallu ire du chemin pour arriver à Li Navette! a M. Dumas, selon le critique de la Revue, est un cobin dramaturge qui ne recule devant aucun moyen our atteindre son but, et qui pense que la fin légitime ous les expédients.
« Mais il ne sera jamais un homme de génie, car les ommes de génie sont toujours, hélas! les dupes de uelque grande idée ou de quelque grand sentiment. » Cependant Emile Montégut constate le succès du nls naturel. Il est vrai qu'il se charge de l'expliquer, a La pièce, dit-il, aura peut-être cent représentations. Pourquoi pas? La curiosité publique aux abois cherche sa pâture là où elle peut la trouver. Voilà pourtant ce qu'on offre au public sous le nom de comédie, dans la patrie de Rabelais et de Molière, ; de Voltaire et de Beaumarchais I Pauvre esprit fran- : çais! Grand seigneur ruiné, il fait maigre chère au- : jourd'hui. L'esprit français dîne maintenant en table c d'hôte, qu'on nous pardonne ce style réaliste, qui est : en parfait accord avec le sujet que nous traitons. Il i fait les plus orduriers des dîners à trente-deux sous, ( soit le Fils naturel, et les jours de gala des dîners à < trois francs, soit le Demi-Monde. »
Clément Garaguel, dans son compte rendu du Cha- Hvari, raconte un incident de la première, qui nous ramène tout droit à la Soirée théâtrale : a Après la représentation, M. Dumas fils, appelé à
402 LFS SOIREES PARISIENNES.
« grands cris par des amis terribles, a paru sur « scène et on lui a jeté une couronne. Il ne faudr c( pourtant pas que les auteurs prissent l'habitude d't « trer ainsi dans la loge de ce grand lion qu'on appe « le public. On les appelle aujourd'hui pour les co' « ronner; qui sait si un soir, dans un moment de ma « vaise humeur, on ne leur jettera pas à la tête c « pommes cuites et des trognons de choux ? »
Hâtons-nons de dire qu'à la reprise de ce so Dumas — dont l'ardeur juvénile s'est quelque p apaisée — n'a pas songé un instant à se montrer public de la Comédie-Française.
Des conversations très-animées, pendant les e tr'actes, dans les couloirs.
— Cette succession de fils naturels est amusante dit quelqu'un. A peine le fils naturel d'Augier a-t quitté l'affiche, que voilà le fils naturel de Dumas On ne nous laisse même pas le temps de respirer!
— Vous connaissez le proverbe : Chassez le natun il revient au galop !
On parle de l'élection de Massenet, comme memb de l'Institut.
La partition des Erinnyes, un des morceaux 1 plus goûtés des Concerts populaires, est certaineme pour beaucoup dans ce choix.
Un de mes amis, doué d'une mémoire étonnant me rappelle qu'à l'occasion de ces mêmes Erinnyes i critique, qui a pourtant d'assez bonnes oreilles poi bien entendre, terminait son feuilleton comme cec-
a Le dire(iteur de l'Odéon a cru devoir accompagn la tragédie de Lecomte de l'Isle d'une musique tout fait inutile et d'ailleurs absolument insignifiante. »
L'Institut n'a pas été de l'avis de ce critique que haine pour le directeur actuel de l'Odéon avait peu être entraîné un peu loin.
Pour cette reprise, M. Perrin s'est vivement préoi
upé des toilettes. Dans le premier acte, qui se passe n 1821, il a nettement adopté les modes de l'époque. Mais l'action reprend vingt ans après. Or, en 1841, 3 luxe des femmes laissait beaucoup à désirer, sinon [uant à la coquetterie, du moins sous le rapport du )on goût. M. Perrin autorisa donc ses actrices à s'ha- )iller selon la mode actuelle, mais en leur faisant force ccommandations.
•— Avant tout, a-t-il dit, soyez d'une grande simplicité. Ne vous croyez pas obligées d'aborder la sainte nousseline de la Famille Benoiton, ce serait fort laid ît je tiens à ce que vos toilettes soient jolies, mais :herchez un milieu entre cet excès et les excentricités d'aujourd'hui. Celle qui trouvera la note juste pourrait bien donner la mode de demain.
Ce programme a motivé une sorte de concours entre les actrices qui jouent dans le Fils naturel. On s'est même fort appliqué, car l'une des concurrentes, M"^ Lloyd, a fait recommencer deux fois toutes ses robes. En somme, si les toilettes de M"" Favart sont, quoique riches, d'une certaine sévérité, c'est assurément le goût moderne qui a dominé dans presque toutes les autres, qui sont aussi luxueuses que M. Perrin pouvait ne pas le désirer. Cependant, ce reproche ne saurait guère s'adresser à M''« Baretta, pour l'étonnant petit boisseau blanc qui lui sert de chapeau au quatrième acte. Il faut que la jeune sociétaire soit vrai- , ment bien séduisante pour ne pas paraître affreuse avec une telle coiffure !
Après avoir félicité les nouveaux interprètes de son œuvre, Dumas a tenu à remercier officiellement M. Delaunay, qui en a dirigé les études sans manquer une seule répétition, et qui a fait preuve d'autant de zèle et de dévouement que s'il eût été l'auteur en personne.
— Vous avez été un second père pour ma pièce,
lui a dit Dumas, et vous venez^ sans vous en douter de lui trouver un dénoûment nouveau.
— • Comment cela ?
— Vous avez adopté le Fils naturel!
LA PRINCESSE BOROWSKA.
Une pièce nouvelle — le second début au théâtre — de l'auteur des Danicheff dQ\ ait naturellement excite: une certaine curiosité. L'Ambigu a largement profita ce soir de ce sentiment, et la coquette salle de M. Cha brillât, si gaie maintenant, si confortable même, avai un air d'élégance qui rappelait les grandes première: de la Comédie-Française, où d'ailleurs le drame nouveau a été refusé — ce qui peut arriver à tous les drames.
A l'heure où j'écris ces lignes, la Princesse Borowska, qui n'est pas une personne commode, est pro bablement en train de faire passer la nuit à plusieun clercs d'huissiers.
Ces malheureux rédigent ou copient ou classent le5 nombreux papiers timbrés que M. de Corvin — Pierre Newski pour les actrices — envoie depuis quelques jours au directeur de l'Ambigu.
M. Newski — de Corvin pour les gens du monde — aurait voulu s'opposer à la représentation de sor drame.
Cette idée lui est venue subitement, il y a quelques jours.
Pourquoi?
Son drame avait-il cessé de lui plaire?
L'a-t-il trouvé mal joué?
Mal su?
Mal mis en scène?
Je crois savoir que le grief, principal du trois jarts d'auteur des Danicheff n^csi aucun de ceux-là. [. Newski aurait voulu appeler sa pièce les Borowski. I. Ghabrillat l'a intitulée : la Princesse Boron^ska. /auteur prétend qu'il n'a jamais consenti à ce chanement de titre; le directeur affirme le contraire. Et oilà plus qu'il n'en faut, paraît-il, pour mettre les uissiers sur les dents.
Je suis plein d'indulgence pour les auteurs à la eille de leurs premières. Chez eux, tous les énervenents s'expliquent. M. Newski peut maudire M. Cha- )rillat aujourd'hui; il est probable qu'il voudra l'em- )rasser demain. Ces affolements de la dernière heure ;ont si compréhensibles!
Il paraît qu'au point de vue de ce mal spécial que ressentent les écrivains dramatique: au moment 011 leur œuvre va être présentée au ^<ublic, M. Newski surpasse Sardou lui-même.
On me cite un exemple très-curieux de sa nervosité. Avec la Princesse Borowska, dont les cinq actes sont un peu courts, on devait jouer un petit drame intime en un acte : le Grand-Père, de M. Georges Petit.
Les deux ouvrages avaient été répétés ensemble, affichés ensemble, ils étaient destinés à passer ensemble. C'est naturellement par le petit drame que l'on voulait commencer le spectacle.
Lundi dernier, M. Newski arrive à l'Ambigu, le soir, pour la répétition générale de sa pièce. Il est en avance et il assiste, par conséquent, un peu malgré lui, à la répétition non moins générale de la pièce qui doit précéder la sienne.
Il l'écoute, avec indifférence d'abord, puis il se sent
empoigné et — ce qui est plus grave — les quelqi personnes qiTi se trouvent dans la salle sont non mo: empoignées que lui. Les larmes coulent, les moucho sortent des poches. Alors M. Nev^ski n'y tient plu il se lève, il sort bruyamment, en déclarant que 1' veut tuer son drame, qu^il ne souffrira pas une te indignité, qu'il ne veut pas être joué dans de tel conditions !
A la sortie, il se trouve en face de sa principale i terprète, de M"" Rousseil.
— On va donner, lui dit-il, avant nos Borowsi un acte dont la situation est identiquement pareille à situation capitale de mon œuvre! C'est une infami-i Je ne la tolérerai pas !
M"^ Rousseil est sur le point de se trouver mal. El quitte le théâtre en partageant l'indignation de son a ' teur.
Or, on m'affirme qu'il n'y a, dans le Grand-Pèr • ni situation, ni scène, ni rien qui ressemble à la PrL i cesse Borojpska.
M. New^ski est trop homme d'esprit pour avoir p craindre le succès d'un drame qui devait précéder sien. Il faut donc mettre sa colère sur le compte d'ui de ces hallucinations nerveuses qui font partie d' souffrances ordinaires ressenties par les auteurs a moment de leurs premières. Vous voyez que j'ava raison en vous disant que le demi-auteur des Darii c/ze^" rendait des points à Sardou.
En attendant, la première représentation du Granc Père a été remise à la semaine prochaine.
De même qu'une véritable salade de pièces russe nous a été servie dans les théâtres au moment de Danichejff\ de même on nous annonce pour cet hive une avalanche de pièces polonaises.
Le citoyen Floquet pourra être content. Vive la Pc logne! monsieur.
^! On nous promet Samuel Brohl kVOdéon; Ladisis Bolski, au Vaudeville; les Borowski enfin sont es polonais, tout ce qu'il y a de plus polonais.
M. Chabrillat, qui a la chance d'arriver premier, a ;nu à soigner sa Pologne.
Il a apporté un soin extrême à ses décors, à ses cosames et à sa mise en scène.
Il a tenu à faire bien et surtout à faire exact...
Les deux derniers actes, par exemple, se passant [ans un vieux château perdu dans la forêt du district le Nieboroff, M. Chabrillat a fait chercher et a fini par rouver les plans complets et détaillés d'un antique :astel du seizième siècle, que les comtes Jablowski ont :onstruit à grands frais dans le district de Minsk, et le lécor que nous avons admiré ce soir, et qui a été oeint par Zara, n'est que la reproduction scrupuleuse de la grande salle de ce château.
Les tapisseries qui le garnissent sont la copie fidèle Je celles qui se trouvaient, à Cracovie, dans le palais du roi Stanislas Leczinski.
Le boudoir capitonné du second acte> gris-perle et rose, avec garnitures en dentelles, est une merveille de luxe et d'élégance.
Les lustres, les girandoles, les candélabres, les vases, les pendules, tout est en porcelaine de Saxe. Si la Pologne n'est pas contente ! . . .
Les costumes ne sont pas moins exacts que le reste.
Le costume de général que porte M. Fleury — le général Fleury, comme on l'appelle dans les coulisses — est celui des généraux de cavalerie, aides de camp de l'empereur. Les épaulettes et les aiguillettes ont été achetées à Saint-Pétersbourg même.
M. Angélo, qui joue le rôle d'un capitaine de lanciers, a sur sa poitrine la médaille de V émancipation. C'est une médaille qui lui a été donnée par l'auteur. M. de Corvin la portait, après l'insurrection, lorsqu'il
fut nommé commissaire du gouvernement dans t district polonais.
Enfin, parmi les différentes toilettes de M"« Rou seil, il en est une qui a un cachet très-étrange. Ce une sorte de toilette politique que la princesse polc naise met pour aller à une fête donnée à l'ambassac de Russie. La robe se compose d'une tunique en boui lonné blanc sur une jupe de satin jaune à broderie noires : les trois couleurs de la Russie. La ceinture le bouquet du corsage sont de couleur pensée : la coi leur nationale de la Pologne. Dans les cheveux, l'aig blanc de Pologne en diamants.
On a été si loin, dans la recherche de l'exactitud locale, que la musique de scène elle-même s'en est re: sentie. Le trémolo banal à fait place à des morceau ; qui sont russes ou polonais pour la plupart.
Ainsi, le lever de rideau du second acte est imit d'une invocation de Moninsko, que chantaient les fa meux faucheurs pendant l'insurrection;
Au troisième, on joue un hymne russe :
Au quatrième, un chant national polonais;
Et au cinquième, une mélodie populaire du Mo ninsko déjà nommé.
Que va-i-il rester aux Polonais des autres théâtres
J'ai dit plus haut que le quart d'auteur des Danicheff" Qi le directeur de l'Ambigu échangeaient du papier timbré à propos du titre.
Outre les deux titres en litige, il en existait bien un troisième, sous lequel la pièce avait même été présentée et reçue, c'était VAmnistie.
Ce troisième titre avait même ses partisans. L'auteur d'abord ; puis M"^ Rousseil qui, comme fil ie d'un proscrit, aurait été heureuse sans doute d'attacher son nom ù une étiquette aussi démocratique et de recueillir une part des manifestations qui se seraient infailliblement produites.
Mais, c'est justement par crainte de ces manifestations que M. Chabrillat ne s'est même pas arrêté une minute à cette idée.
D'autre part, la censure n'eût pas toléré l'Amnistie. Jamais ces messieurs de la commission, si sages, si prudents, n'auraient voulu engager à ce point la politique du gouvernement.
Le drame se passant dans un pays froid, on comprend que le public ait été pris de temps en temps, d'accès de... fourrures. (Calembour recueilli dans une baignoire.)
Mais il m'a paru qu'on a ri un peu à tort et à travers. Ainsi, je ne m'explique pas très-bien l'hilariié prolongée et répétée qui a accueilli les entrées d'un domestique en grande livrée, très-correctement habillé et ayant fort bonne mine.
On n'est pas habitué à voir d'aussi beaux laquais à l'Ambigu. C'est peut-être à cause de cela qu'on a ri.
M. Duquesnel me raconte, pendant un entr'acte, qu'autrefois à l'Odéon c'est ainsi qu'on recevait les gardes romains dans les tragédies.
Dès que ces malheureux gardes paraissaient, les spectateurs se tordaient. C'était une tradition.
Un jour, M. Duquesnel eut une idée.
— Ce soir, dit-il, à ses comparses, vous rirez les premiers !
En effet, les gardes entrèrent la figure souriante, épanouie.
Le public ne broncha pas.
A la place du signataire dts Danicheff, je donnerais, dès demain, ce même conseil à mes interprètes :
Qu'ils rient un peu en jouant leur drame. Peut-être alors ne rira-t-on plus dans la salle ?
410 LES SOIHEES PARISIENNES.