Un des plus braves otticiers de l'armée pontificale
consultés sur Je parti qu'il y avait à prendre. Tous, à l'exception de M. de Becdelièvre et moi 1 , furent obligés d'à-
vouer que leurs hommes ne voulaient plus se battre. Le colonel Gutenhoven proposa la capitulation et fut chargé de cette triste mission. Les Franco-Belges, comme les guides, durent donc subir cette dure alternative... Cette capitulation, du reste, a été honorable, puisqu'elle ne nous soumet à aucun engagement vis-à-vis de l'ennemi, que nous avons reçu les honneurs de la guerre, et que nous nous sommes retirés avec armes et bagages. »
J'extrais ce qui suit d'une lettre de M. le vicomte de La Béraudière, du corps des guides :
< De neuf mille hommes que nous étions le matin,
il en est rentré deux mille dans Loreto, et encore on ne nous a pas poursuivis... D'environ quatre cents Français que nous étions dans l'armée, nous sommes rentrés cent vingt. Tous nos canons ont été pris, ainsi que nos bagages*.
» Rentrés dans Loreto, voici quelle était notre position : nous nous trouvions un petit noyau de cent vingt Français et deux cents Autrichiens, au milieu d'une ville ennemie et entourés par les Piémontais au nombre de trente mille, avec une artillerie admirable.
» Dans ces circonstances, on envoya des parlementaires
4. Et à l'exception de quelques chevaux-légers, qui entrèrent à Ancone à la suite du général en chef.
2. Tous les canons, moins deux, que l'énergique lieutenant Oude sauva et conduisît à Ancone.
au général Cialdini, qui fit dire de capituler... Nous ne voulions pas nous rendre; nous voulions nous enfermer dans une maison et la défendre... Le colonel Gutenhoven, commandant comme le plus ancien chef de corps, eut une entrevue avec Cialdini, et il en résulta que nous sortirions de ia ville avec nos armes, et que l'armée piémontaise nous rendrait les honneurs militaires. Quant à la garnison, elle devait être désarmée et licenciée; de plus, nous devions retourner en France tout de suite.
» Nous nous acheminions sur Recanati, où se trouvaient les généraux Fanti et Cugia, qui nous attendaient; l'armée faisait la haie sur la route en nous présentant les armes, les tambours battant aux champs. A l'entrée de Recanati, les généraux nous saluèrent du sabre et nous introduisirent dans la ville, où nous restâmes deux jours, en attendant que notre situation fût réglée. Il est juste de dire que, pendant ces deux jours, nous fûmes très-bien traités. Les simples soldats piémontais eux-mêmes avaient une attitude très-digne envers nous. Quant aux officiers, ils nous firent beaucoup de compliments sur la manière dont nous nous étions battus, disant qu'ils regrettaient que nous nous fussions fourvoyés dans la question italienne (ce sont leurs expressions).
» Cossette et moi sommes les seuls officiers inférieurs qui ayons diné en tête à tête avec le général Cugia, commandant la brigade de Recanati; c'est, du reste, un jeune homme charmant, et c'est dommage qu'il serve la révolution. Au bout de deux jours, la réponse à notre égard ar-
riva de Turin ; il fut décidé que Ton nous enverrait prisonniers sur parole jusqu'à Livourne, où nous deviendrions libres. Nous devions passer par Macerata, Pérouse, Sienne etPise... Dans ce voyage, qui a duré six jours, nous en avons été quittes pour beaucoup de sottises et de huées, et un cheval à M. de Gontaut, qui a été tué sous lui par troi3 balles, en passant dans les montagnes. »
Chacun rend justice à la courtoisie de M. le général Cugia. Quand on lui présenta la liste des morts et blessés de l'escadron des guides et du bataillon franco-belge, il 6'écria :
— Quels noms! On dirait une invitation de bal à la cour de Louis XIV 1 !
«• Privés de chefs, dit M. de Becdelièvre, nous nous dirigeâmes sur Loreto, où les officiers supérieurs se réunirent en conseil de guerre, sous la présidence du colonel Gutenhoven. Après avoir constaté qu'il ne restait dans les murs de la place que 3000 hommes très-peu décidés à se battre, il fut décidé qu'une capitulation serait offerte. Le général Gialdini l'accepta avec des conditions très-avantageuses.
« Article premier. L'armée serait libre et rapatriée dans ses foyers.
» Art. 2. Les honneurs militaires seraient rendus à la
i. Ce mot a été attribué à tort au général piémontais Leotardi par les ans, et au général Brignone par les antres.
troupe du Pape, les soldats déposeraient leurs armes, les officiers conserveraient les leurs.
» Art. 3. L'évacuation de Loreto aurait lieu dans les vingt-quatre heures. »
» Le 49 au soir, nous rentrions tous à Recanati, musique en tète, devant le front de l'armée piémontaiso qui nous rendit les honneurs militaires, et deux jours après nous étions dirigés sur Livourne pour être rapatriés.
» Pendant les deux jours que nous passâmes à Recanati, M. le général piémontais Leotardi reçut les officiers supérieurs à déjeuner et fit publiquement l'éloge des tirailleurs, qu'il appelait zouaves, à l'exemple du public...
» Aucun ordre ne fut donné, après la bataille, pour diriger la retraite. Bien des hommes se portèrent sur Porto- Recanati, dans le but de s'embarquer pour Ancône ou de se diriger vers les montagnes et de rentrer à Rome. Quelques-uns furent assez heureux pour trouver des bateaux et gagner le large. Un certain nombre prirent la route de Fermo; et, encore qu'ils fussent conduits avec beaucoup d'intelligence et de sang-froid par M. le lieutenant de Chérisey, ils tombèrent successivement au pouvoir de l'ennemi...1 »
Il faut lire encore cette belle page du comte de Tournon : « Nous traversons lentement la plaine incessamment sillonnée par les boulets ; car notre poloton, seul en ordre,