‹ Les soldats du papeChapitre 14 sur 28 · Les Volontaires pontificaux à cheval, p · texte numérisé non relu

Les Volontaires pontificaux à cheval, p

'adresse du foudre Cialdini, et dans laquelle la botte d'un maréchal de France jouait un rôle important.

Cette lettre était signée : « Maréchal Pèlissier, duc de Malakoff. »

Pouvait-on dire impunément, à la face de l'Europe, qu'un générai français,, un Lamoricière, eût fui d'un champ de bataille? Cela n'est bon que pour des généraux en chemise.

Le glorieux Criméen était libre de mettre ses bottes où il voulait; pour moi, je me contenterai d'appliquer à l'homme de Castelûdardo ce vers dont il comprendra la portée :

Vous prêtez sottement vos qualités aux autres )

M. Cialdini a-t-il donc oublié la piteuse grimace qu'il fit, après le combat, lorsqu'un des nôtres remarqua tout haut que le foudre italien avait reçu une balle dans le dos ?

La tombe s'est fermée sur le vainqueur africain, sur le glorieux vaincu d'Àncône. La mort rend aux jugements des hommes l'impartialité qui n'existe jamais dans la lutte. Au bord d'un cercueil, les haines de parti s'assoupissent, les préventions s'évanouissent, l'histoire commence, sévère, mais calme et juste !

Aujourd'hui que le nom de Lamoricière appartient à l'histoire, et qu'il ne doit plus réveiller ni la calomnie ni la haine, un de ses soldats élèvera la voix, non pour paraphraser l'admirable panégyrique d'un illustre orateur

chrétien, mais seulement pour montrer, dans cette prétendue défaite de CastelBdardo, la plus belle page militaire du général qui n'est plus.

J'ose dire que, surpris à l'improviste par une formidable invasion, sans déclaration de guerre, à la tète de quelques milliers d'hommes, d'une armée improvisée de la veille, sans artillerie, sans munitions, sans vivres, Lamoricière fut à la hauteur de ses plus brillants faits d'armes en organisant le combat de Castelfidardo.

Il court à marches forcées sur Ancône, la seule place forte de l'État où il puisse tenir haut le drapeau pontifical, jusqu'à l'arrivée des secours promis par l'ambassadeur de France; car il faut qu'il entre dans Ancône, et pour donner à nos soldats le temps de venir au-devant des envahisseurs, et pour raffermir par sa présence le courage d'une garnison déjà bloquée.

Devant lui LamoriGière sait qu'il trouvera les vingt mille hommes du corps Cialdini, et sous les murs d1 Ancône les vingt mille hommes du corps Fanti. Que résoudre? Le général Pimodan attaquera les Piémontais aux Grocette, à quelques lieues d'Ancône, pour occuper l'ennemi et faire diversion. Pendant le combat, le général en chef, à la tète de cent cinquante gendarmes, suivra le bord de la mer et gagnera Ancône.

M. Cialdini, qui nous mitraillait ù pleines volées de ses vingt-quatre canons rayés, pendant que nous chargions et rechargions à la baïonnette, ne sut pas deviner que nous n'avions qu'un but : celui de distraire son attention.

Lamoricière se fût fait tuer cent fois, comme Pimodan, plutôt que de tomber vivant aux mains do l'ennemi. II entra, le soir, dans Ancône, au bruit du canon, aux accla mations du peuple et de l'armée, au milieu des illuminations, à la tête de vingt ou trente cavaliers.

Les autres avaient été désarçonnés parles boulets de la flotte piémontaise, qui balayaient le rivage.

Le soir, nous, les blessés français, relevés par l'ennemi sur le champ de bataille ou dans la ferme des Crocettc, nous gisions pêle-mêle, sur la paille ou sur la dalle, dans la froide église de Caslelfidardo.

Il faisait nuit au sanctuaire transformé en ambulance; on n'entendait dans l'ombre quo le pas des gardes qui se mêlait aux sanglots de la souffrance, aux râles de l'agonie.

Dix heures sonnent au vieux beffroi dont les vibrations nous agitent douloureusement.

Tout à coup, l'écho nous apporte le roulement lointain d'un coup de canon. — Les blessés s'agitent joyeusement sur leur grabat de pierre ; une voix crie :

— Victoire !... Lamoricière est dans Ancône !...

Telle est l'histoire vraie du combat de Castelfidardo : tout le succès fut aux vaincus.

Hélas ! la France ne vint pa9Î...

Le duc de Gramont avait omis de spécifier que l'intervention de son gouvernement d wait se borner à des secours diplomatiques.

Douze jours après, Lamoricière signait la capitulation d'Ancône î

Un article de la capitulation de Loreto exigeait la rentrée des volontaires français dans leur patrie; il fut exécuté le 24 septembre. Les officiers furent autorisés à voyager ensemble sous l'apparente protection d'un officier d'étatmajor qui ne sut prendre aucune mesure pour leur épargner les outrages que leur prodiguèrent les italianissimes de Macerata, Foligno et Pérouse.

Les simples volontaires ne furent pas plus heureux que leurs chefs; on en jugera par les divers récits qui vont suivre, et qu'on croirait écrits d'hier par un des héroïques prisonniers de Monte-Rotondo.

« On nous enferma, dit M. deTournon, dans un couvent où nous dûmes, pendant deux jours, attendre que le cabinet de Turin eût disposé de notre sort. Enfin, le tl. septembre, nous recevons ordre de partir: on nous conduit en France; nous serons libres en touchant la frontière.

» Une centaine d'officiers,' Suisses, Allemands, Français, composaient notre triste convoi, marchant les uns à cheval, les autres dans ces indescriptibles voitures à volonté que les Italiens préfèrent de beaucoup aux services réguliers, aux diligences. Nous rapportions avec nous, sous la garde de Rainneville et de Ligne, le corps de notre jeune et brillant général. Grâce à sa mort héroïque, grâce aux zouaves si bravement tombés à ses côtés, la catastrophe de Castelûdardo ne sera pour la France ni sans larmes ni sans gloire.

» Le passage à Macerata ne fut pas sans quelque danger, et plus d'un cœur qui n'avait pas faibli pendant le combat se troubla sous les imprécations et les menaces de l'ignoble populace. Dans notre longue retraite jusqu'à Livourne, nous avons eu le temps de nous y habituer, et, pour ma part, le mépris n'a jamais cessé d'avoir le dessus. A Camerino, cependant, la démonstration prit un caractère plus grave • reçus à coups de fusils par les prétendus gardes nationaux de l'endroit, nous perdîmes un cheval, frappé de trois balles sous Anselme. MM. les officiers piémontais do notre escorte doivent être bien honteux de leurs auxiliaires. Nous n'avons pas appris, cependant, que cet incroyable attentai contre le droit des gens ait été de leur part l'objet de la moindre répression.

» Le 30 septembre, tristes et confus, nous rentrions en France, ne nous attendant guère à l'accueil si sympathique, aux remercîments que devions y trouver. Nous avons fait bien peu pour les mériter. Ils ne nous en sont pas moins précieux ; ils nous prouvent qu'à défaut de ses armes, le cœur et la conscience de la France étaient avec nous.

» Tandis que nous quittions d'une manière si inattendue cette terre d'Italie où nous* avions espéré combattre plus longtemps et avec un tout autre succès, trois de nos camarades, de France, de Terves et la Perraudière, étaient assez heureux pour prendre part à la défense d'Ancône; Montmarin, qui se trouvait aussi à la suite du général,

ayant eu son cheval tué sous lui, n'avait pu y arriver.

« Des Dorides, attache au major Chevigné, était dans les montagnes d'Ascoli; enfin de Lei;ge et la Guiclic, ce dernier arrivé trop tard pour nous rejoindre, combattent en* core sur la frontière napolitaine avec le major de Mortillet *. »

Ulrich de Clock, Élzéar de Sabran, de la Vicuville, de Saint-Gilles, du Bourg, et quelques autres Franco-Belges, rentrèrent en France par étapes, insultés par-ci, menaces par-là, couchant sur de la paille infecte, et recevant du gouvernement sarde, pour v ivre, un pain de munition et trois sous et demi pour deux jours.

« Nous avons été hués, insultés, pillés, écrivait Albert Sisson, et encore un peu écharpés dans les villes où nous étions obligés de passer. On reconnaissait l'influence révolutionnaire du Piémont dans ces manifestations. Nous avions un capitaine d'état-major piémontais pour nous servir de guide; il se contentait de lever sa casquette lorsqu'on nous insultait2 »

Un volontaire écrivait de Pérouse :

« Eugène de Maistre a été chargé de la défense d'un fort qui s'est trouvé le plus exposé do la ville au feu des Piémontais; il avait avec avec lui 150 Italiens, VôQ Allemands et 150 Irlandais. Ils ont résisté sept heures et fait une capitulation fort honorable dans ces cii cw^wees,

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