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Le Sport, 27 novembre

2. On en trouvera le récit détaillé dans les Swvenirs de formée pontificale.

« Zouaves,

n Au moment de me séparer de vous, je veux avant toutes choses vous remercier des regrets que vous m'avez manifestés, lors de mon départ d'Anagni et pendant les quelques jours que j'ai passés à Rome.

» Ces marques de sympathie sont bien certainement la plus flatteuse distinction que je puisse emporter en France, et elles ont eu le privilège, très-précieux pour moi, de me parvenir en môme temps que je recevais dir Saint-Père les plus paternelles expressions de son auguste bienveillance.

» Après vous avoir organisés et conduits, aux dangers, au moment où des difficultés de toute nature menaçaient l'existence même de votre corps, j'avais cru pouvoir demander pour vous une position plus en rapport avec votre glorieux titre de volontaires, et votre dévouement qui a tant de fois fait ses preuves. Ces démarches de ma •part n'ont pas été considérées comme compatibles avec mes fonctions d'officier placé à votre tête, et ont nécessité mon départ.

» Plus que jamais, rappelez*vous les principes de discipline que j'ai essayé de vous inculquer; soyez fidèles au Saint-Père et dévoués à sa cause, servez-le exclusivement et sous n'importe quels chefs.

Souvenez-vous en même temps des imprescriptibles devoirs que vous impose votre titre de Français, et n'ou-

bliez pas ce que je vous ai répété sans cesse : la première 7ertu du soldat est la résignation, et le vrai courage se montre dans les épreuves journalières de la vie militaire plus encore quo sur les champs de bataille.

» Il ne vous appartient pas de juger par vous-mêmes la portée des services que vous êtes appelés à rendre, en restant sous les drapeaux, pontificaux. Dans l'intérôt du Saint-Siège non moins que dans le vôtre, j'aurais vivement désiré de pouvoir utilement m'occuper de l'avenir qui vous est réservé; mais forcé, précisément par ces motifs, de quitter votre commandement, je n'ai rien fait pour influencer vos déterminations individuelles à ce sujet, même alors qu'une plus large part de libre arbitre semblait vous être faite par suite de manifestations et d'actes partant de haut lieu.

» Je me retire fier de la gloire quo vous avez acquise, déclarant avec orgueil que je vous ai vu accomplir tout ce qu'on peut attendre des plus vaillants cœurs, et vous laissant l'assurance que je protesterai hautement, toute ma vief contre les insinuations mensongères qui pourraient por ter atteinte à votre juste renommée.

» Lu A. de Becdejlièvre. »

At partir de la retraite du comte de Becdelièvre jusqu'aux événements do 48G7, le bataillon do zouaves ne devait plus mener que la vie monotone de garnison, si lourde à des volontaires, hérissée d'ennuis, si pleine de décourage-

ments, vie sans ardeur, sans péril, sans gloire, mais non sans mérite; car il fallait à tous ces jeunes gens un dévouement véritablement absolu, — du moins jusqu'au départ du corps d'occupation français, — pour s'astreindre sans utilité immédiate aux rudes sacriûces de la vie militaire.

Celui qui fut appelé par monseigneur de Mérode à remplacer le comte de Becdelièvre, dans le commandement des zouaves, avait fait ses preuves sur plusieurs champs de bataille, notamment à Castelûdardo.

» M. Allet, disait dernièrement un journaliste parisien, M. Allet, qui a l'honneur de commander les zouaves du Pape, et par qui les zouaves du Pape ont l'honneur d'être commandés, passait, lorsqu'il n'était que capitaine, pour le plus grand capitaine de l'armée pontificale ; car s'il n'a pas six pieds de haut, c'est qu'il cache son jeu pour ne pas humilier ses subalternes, et sa carrure est à l'avenant.

» Bon, brave à la guerre, — comme dirait un mangeur de racines grecques, — affable, indulgent et ferme à la fois, courtois comme un colonel de Marly, vaillant comme un colonel de M. Scribe, M. Allet est un enfant de Bâle, Berne ou Genève, je ne sais plus au juste, mais enfin, c'est un fils de l'Helvétie, et, du haut des cieux, sa demeure dernière, Guillaume Tell doit être content de ce colonel papal, non moins que son illustre ancêtre, l'ami de Henri IV, Barthélémy Allet, dont la Suisse conserve fidèlement la glorieuse armure.

» Le colonel Allet n'est donc pas une nouvelle connais-

sance pour des Français,— surtout pour les Français qu'il avoue avec raison être très-fier de commander ; — ces messieurs se sont connus, il y a de deux à trois siècles, dans la personne de leurs pères, sur les champs de bataille du premier roi Bourbon.

» Pas d'argent, pas de Suisse ! » dit chez nous un vieux proverbe, et savez-vous seulement d'où il vient? Ah! messieurs les chroniqueurs, vous qui savez tout, avant tous, que n'avez-vous rappelé, en l'honneur du colonel des zouives pontificaux, l'origine de ce vieux dicton, que vous aviez certainement lue dans l'hist ire de HenrilV?^* . %

» C'était à Ivry. ; i

» Le seul roi dont le peuple eût gardé la mémoire à cette époque, donnait bravement l'exemple du pourpoint

ite renversée et de l'escarcello à sec, mais l'exemple n'est pas toujours contagieux, de si haut il parte, et le régiment des Suisses commandé par le Allet, commençait à montrer les dents, qu'il avait d'ailleurs fort longues, si bien qu'un capitaine, plus audacieux ou plus nécessiteux que les autres, s'en vint

tint ce propos laconique :

le Béarnais, quatre mots ?

« Pas d'argent, paa de Suisses! » disait- on le jour même au camp royal*.

+ « Quelque* heures plus tardy le combat s'engageait Henri IV, passant dasant 1» firent de: sou armée, criaiau colonel des Su isses :

— Si. vous ne pouvez faire crédit aifcsoi de France,» messieurs/allez-vous-en !

—Sire, répondit le brave ÀUet* en soupçonnant de félo-nie ou de lâcheté um de ses Majesté a dicté mou arrêt de mort

» Il n'y avait pas d'argent, mais il y eut tout [de même des Suisses. Ils se battirent comme des lions... de ThorwaloV sen. Henri fut vainqueur, et l'on dit qu?il répandit de grosses larmes quand oalui apporta le corpsde L'héroïque colonel, littéralement criblé de blessures. »

J'ai dit que» le chef des zouaves pontificaux e9t d'une parfaite courtoisie; ce. slest pas assez dire : il est d'une, exquise galanterie^ Jenfen donnerai qu'une preuve. Alors quelles zouave* tenaient garnison à Fraecati, venait-il de Rome la mère, , la soeur ou la femme de quelqu'un de ses officderSj ou môme sous-officiers? d'ordre du colonel, la musique du régiment donnait une aubade à la visiteuse* sous les fenêtres de l'hôtel de Paris, le pied à terre aristocratique de l'endroit, c'est-à-dire une bicoque un. peu moins obscure et un peu moins lézardée que les autres. — Bien plus,. il était rare que ces gracieuses visites ne fussent pas suivies d'une amnistie partielle ou générale.

Voilà bien l'homme qu'il fallait pour commander ce

bataillon d'élite, <jfii, comme autrefois Fleu ranges, pourrait prendre pour devise : « Dieu et ma damel »

A Castelûdardo, M. AUet, alors lieutenant-colonel d'un régiment d'infanterie romaine, essaya vainement de lancer ses hommes sur les batteries piémontaises : quelques volées de mitraille jetèrent le désordre et la panique dans les rangs. Le cri de sauve qui peut ! se fit entendre, et le colonel resta seul au poste d'honneur, à cheval, entouré de quelques officiers.

— Où allez-vous? où allez-vous donc, criait-il aux fuyards.

— Mon colonel, répondit un joli phraseur du régiment indigène, — petit-fils de Cicéron ou d'Horace, — mon colonel, les Piémontais sont vingt fois plus nombreux que nous... nous sauvons lo drapeau!...

Us sauvaient le drapeau comme ailleurs en sauve la caisse; mais, que voulez-vous? tout le monde n'a pas le courage de l'opinion de son commandant.

Le colonel Allet est adoré des zouavesj qui le considèrent plus encore comme un père que comme un chef ; aussi peut-il attendre d'eux des prodiges do discipline, d'abnégation et de valeur.

Le lieutenant-colonel du bataillon est aujourd'hui le baron Athanase deCharettede la Contrie, qui commandait la 1re compagnie à Castelfidardo, où il fut grièvement blessé.

a Zouaves, criait le baron de Gharette à Mentana, à ce moment terrible où le capitaine de Veaux tombait frappé d'une balle en plein cœur et où ses hommes écrasés par

le nombre semblaient prêts à fléchir, zouaves, en avant ! L'armée française vous regarde I »

Et ce seul mot suffit pour doubler l'ardeur et le courage des soldats du Pape, et pour les enlever jusqu'aux portes de Mentana.

« Tel homme vaut une armée, !» disait Napoléon I«r, sans doute en voulant parler de lui-même. — Grand, robuste, d'une figure martiale et dont l'énergie est tempérée par la douceur du regard, homme d'esprit et homme de cœur, d'une bravoure chevaleresque, d'une suprême distinction, d'une gaieté communicative, d'une libéralité de grand seigneur quand même, le baron Athanase de Charette, — l'aîné des neveux de ce général improvisé qui fit la guerre des géants, — est un véritable type de noblesse militaire.

Comme les anciens preux, — en dépit de l'inventkû de la poudre, — à Castelûdardo, le baron de Charette recher-

cha de préférence les combats singuliers à l'arme blanche. Il était magnifique dans son élégant uniforme bleu couturé d'or, portant sur la poitrine une belle croix autritrichienne, le sabre au poing, dédaignant son revolver, quérant quelque adversaire digne de son bras. Il le trou a dans un capitaine piémontais, du nom de Tromboni, — avec un nom pareil on ne devrait être que musicante, — qui accepta vaillamment le combat au sabre.

Les deux armées s'arrêtèrent un instant pour contempler ce duel qui s'accomplissait au milieu des éclats de bombes

et d'obus. Une, deux, et le Piémontais tomba deux fois touché, en disant:

— Capitaine, je vous rends mon épée.

— Il est mon prisonnier, cria Charette à des zouaves; ayez-en soin.

Et il se disposait à chercher un autre adversaire, quand Pofficier piémontais lui dit :

— N'étes-vous pas le baron de Charette, et ne reconnaissez-vous pas votre ancien camarade de l'École militaire de Turin? *

Charette serra silencieusement la main que lui tendait le capitaine Tromboni, et se jeta dans la mêlée, où il tomba biéntôt frappé d'une balle.

Bon sang ne ment pas, les Charette le prouvant! Des six fils du baron Ludovic, frère du grand Charette, cinq sont actuellement sous le drapeau delà Papauté:

Athanase, veuf de mademoiselle Antoinette de Fitzjames, sœur du duc de Fitzjames et de la duchesse Salviati-Borghèse; — Urbain et Ferdinand, anciens officiers au service du roi des Deux-Siciles, deux héros de Gaëte, aujourd'hui simples soldats au régiment des zouaves ; — Alain,

dernière à mademoiselle de Bourbon-Busset ; et Armand, un mercenaire trois ou quatre fois millionnaire, filleul et héritier de feu madame la duchesse de Narbonne-Pelet.

Louis de Charette, ancien sous-officier aux dragons pontificaux, est resté en Bretagne, où il a épousé, il y a quelques années, une noble et riche héritière, mademoiselle

d'une compagnie du 2e bataillon, marié l'année

de Goyon-Matignon. n fût reparti pour Rome, toi aussi avec ses frères ; mais ne fallait-il pas mettre à l'abri de ia faulx cette vaillante tige des Charette, pour la conserver à notre histoire?

Combien d'exemples admirables je pourrais citer encore! Le comte de La Vaulx envoyant ses deux ûls au Pape , et venant lui-môme à Rome se mettre au service de Pie IX ; M. de la Carte et ses deux fils, tous trois ensemble volontaires au régiment des zouaves; le duc de Chevreuse, différant les joies d'un mariage où se trouvait réuni tout ce qui pèse dans la balance du bonheur, naissance, fortune, jeunesse et beauté , et rentrant comme simple soldat dans ce régiment où il fut officier ; le duc de Luyoes et le duc de Lorges , courant à Rome pour se transformer en infirmiers sur les champs de bataille!

Le comte Charles de Lambilly, chef de bataillon au régiment des zouaves , appartient à une maison d'ancienne chevalerie bretonne, alliée aux maisons dp Beau manoir, de Quélen la Vauguyon , de la Forest d'Armaillé , de Ferron du Quengo, de Troguindy, de Harscouet de Saint-Georges, de Roquefeuil, de Sesmaisons, de Piré de Rosnyvinen, de La Motte-Rouge , etc. Le sire de Lambilly se trouvait au nombre de croisés bretons qui suivirent saint Louis en Palestine, en 4Î48; le croisé de Casteîfidardo et de Montana ne peut rien envier à son illustre ancêtre.

M. de Lambilly est, après le colonel des zouaves, le plus ancien officier du régiment au service du Saint-Stëge.

M. Ferdinand LeCaron de Troussureâ, chef de Uu l'on

aux zouaves, et dont la brillante conduite à Montana a mis dans leur plein jour les grandes qualités militaires, est non 1 moins aimé et non moins estimé au régiment que le corn* mandant de Lambilly.

M. de Troussures sort de Saint-Cyr, — promotion de 4S64; — il servait au 75e de ligne quand il donna sa démission pour servir le Pape. C'est un lettré ; il cause avec infiniment d'esprit et manierait certainement la plume avec autant de succès que l'épée.

Allet, Charette, Lambilly, Troussures, chefs modèles d'un régiment modèle I,

TV

La loi du talion ne se pratique pas à Rome ; aussi le roi Victor-Emmanuel est-il encore % aujourd'hui possesseur d'une magnifique villa, sise sur le territoire actuel de l'Etat ecclésiastique. Cependant, à la suite des annexions des Romagnes, des Marches, de l'Ombrie et des enclaves napolitains, si le gouvernement pontifical se fût purement et simplement annexé les propriétés de S. M. le roi de Sardaigne , quelles raisons valables eût opposées à ces mêmes représailles le spoliateur subalpin ?

Pendant que les zouaves étaient en garnison à Frascati , ils faisaient de temps à autre une excursion à la villa royale de La RufineUa.

J'ai visité cette maison de campagne , et quand on Ta

parcourue en détail , ses riches ornements , ses superbes promenades, tout ce qu'elle renferme d'antiquités , et sa magniûque position, ne permettent plus de l'oublier.

Quoique admirable, elle n'est cependant pas la plus admirée par la plupart des étrangers qui la visitent. De toutes les maisons de plaisance de Frascati , la préférée est la villa Aldobrandini, appartenant à la famille Borghèse, et qui fut bâtie par le cardinal de ce nom, neveu du pape Clément VI II. Il faut attribuer sans doute cette préférence aux merveilles de l'art que son éminent fondateur sut y prodiguer à l'aide des plus habiles artistes, dont il eut le bon esprit de s'entourer. Là sont, en effet, de remarquables avenues , de vastes promenades , de nombreuses cascades, des jets d'eau, des terrasses en amphithéâtre, des orgues produisant des sons mélodieux avec le secours de l'eau , le cabinet des Muses , celui d'Apollon , et de belles statues disséminées sur tous les points, parmi lesquelles se font remarquer surtout un centaure sonnant de la trompette et le dieu Pan jouant de la flûte. On s'arrête devant ces merveilles pour les contempler avec délices; mais on sait qu'elles sont modernes et dépouillées de ce vague mystérieux du passé; après ces premières impressions, elles n'offrent bientôt à l'esprit qu'un intérêt secondaire , celui de la curiosité satisfaite. Il n'en est pas ainsi de la maison de campagne de Victor-Emmanuel. A l'avantage de sa position ravissante, dont le point de vue est des plus riches et des plus variés , viennent se grouper les plus antiques , les plus beaux et les plus utiles souve-

nirs. De son palais, le regard se promène au loin dans de vastes campagnes pour ne se reposer, à l'horizon , que sur Rome et sur la mer. Occupant presque remplacement de la villa de Cicéron, dont quelques ruines existent encore, elle possède une partie du plateau sur lequel brilla jadis l'ancien Tusculum.

C'est donc dans ce lieu que résidait le plus souvent le célèbre orateur romain, lorsque n'ayant presque plus rien à faire ni au Sénat, ni au barreau, il voulait , comme il le dit , se consoler des vicissitudes capricieuses de la fortune, en cherchant en lui-môme le bonheur de la paix et du repos. C'est de là aussi que sortirent ces immortelles Tusculanes, fruits de ses profondes méditations sur l'inanité des biens les plus convoités, sur les fausses idées attachées à ce qu'on appelle les maux de la vie, et dont le but était de persuader à l'homme qu'il ne tient qu'à lui d'être heu» reux. Tusoulum fut pour cet orateur philosophe un séjour si délicieux qu'il voulut en perpétuer le souvenir en l'attachant à ces dissertations philosophiques qui furent pour lui comme le dernier chant du cygne.

Lucien Bonaparte fit l'acquisition de la Rufinella. Ses goûts scientifiques le portèrent à y faire des fouilles dont les résultats furent heureux. Ce fut par ses soins que le théâtre et l'amphithéâtre de Tusculum furent remis au jour, que l'antique voie qui menait à ces deux monuments fut déblayée , que celle de Préneste et la voie latine conduisant à Rome furent mises à découvert sur un assez long parcours, que des bains et des aqueducs furent re-

trouvés, et que de riches débris, attestant Ja plus brillante époque des arts et des sciences, vinrent orner sa magnifique demeure.

En voyant ces admirables ruines, on croirait que la destruction de Tusculum ne remonte qu'à peu de siècles. On ne se tromperait pas. Les Guelfes et les Gibelins s'y battirent tour à tour, et Henri II y envoyait encore des députés à Alexandre III pour se justifier du meurtre de Thomas Becket. Cette ville fut détruite on 4491. Ceux de ses habitants qui échappèrent à sa destruction se fixèrent au pied de la colline : de là l'origine de Frascati *.

Ce qui a rendu européen et même universel le nom de Frascati , c'est la beauté de son site, la splendeur de ses aspects, la magnificence de ses villas, ses féeriques jardins aux poétiques senteurs , ses longs berceaux de feuillage , ses labyrinthes do rosiers , ses forêts de lauriers touffus, son éternelle fraîcheur, ses ruines pittoresques, son ensemble toujours délicieux; couronnez-le d'un ciel si pur qu'on le dirait limpide, et vous envierez le bonheur des zouaves, comme faisait ce touriste anglais, disant :

— On se ferait soldat du Pape, rien que pour être en garnison à Frascati!

Que n'avait- il visité la caserne des zouaves? Peut-être eût-il retiré son mot ! Ces fameux mercenaires ne sont pas seulement des héros de vaillance en temps de guerre ; en

i. Extrait d'un savant travail de M. l'abbé Audierne.

tout fcemp», ce sont des héros de résignation. Quand l'homme a fait d'avance le sacrifice de sa vie, quel autre sacrifice pourrait lui coûter?

Les magnificences naturelles de Frascati n'étaient en réalité que de justes compensations. Combien de fois nous avons passé des heures silencieuses et toutes pleines d'émotions infinies , assis dans la verdure , sous un dôme de feuillage embaumé , le regard perdu à l'horizon sur les vagues bleues do la mer Tyrrhénienne, ou sur les cent clochers de la ville des Papes !

Un jour, les zouaves allèrent camper à Porto d'Anzio, petit port à cinquante-six kilomètres au sud de Rome. La vie de camp n'était pas nouvelle pour eux; en 4860, ils avaient déjà campé à Collescipoli, d'où ils avaient eu la joie de partir pour aller au-devant de l'ennemi. A Porto d'Anzio, ils eurent la joie de recevoir une auguste et paternelle visite.

Une après-midi, la population de Porto d'Anzio, —composée en grande partie do familles de pêcheurs, — avait revêtu ses habits de fête; les rues étaient tendues de draperies aux couleurs pontificales; les maisons et les barques^ pavoisées; le sol, jonché de fleurs; des mains filiales avaient élevé, çà et là, des arcs de triomphe de verdure et de lis; les acclamations populaires se mêlaient aux vibrations des cloches qui chantaient à toute volée.

Pie IX venait voir ses zouave3.

Quelle journée d'enthousiasme et de bonheur!

Tous ces volontaires de la foi se brisaient la voix à crier

leur amour, leur vénération, leur dévouement, et cependant il leur semblait qu'ils ne l'exprimaient pas assez vivement encore !

— Très-Saint Père, dit au Souverain Pontife le colonel des zouaves, il n'est pas un de nous qui ne vous donnerait sa vie avec joie.

Les acclamations redoublèrent, pendant que Pie IX, visiblement ému, étendait sur cette noble et mâle jeunesse une main paternelle et bénissante.

Mais toute lumière a son ombre; le mal est l'ombre du bien. — À ce moment, un vapeur de guerre, chargé de soldats qui s'en vont gaiement fusiller des napolitains au nom de l'Italie une et de la liberté, — un vapeur de guerre piémontais passe devant Porto d'Anzio, pavoisé aux couleurs révolutionnaires, et rasant la côte d'assez près pour que de grossières injures, proférées contre Rome et son saint Roi, parviennent distinctement jusqu'à

la plage.

Quel sublime tableau, et comment ne s'est-il pas levé un grand peintre catholique pour le transmettre aux générations à venir! Les zouaves frémissants d'indignation, se pressant avec amour autour de leur père et leur roi; les uns à genoux, levant vers ce vieillard en robe blanche des mains énergiques et suppliantes ; les autres égarés par le ressentiment, chargeant avec précipitation leurs fusils; un rayon de soleil, auréolant le doux et noble visage de Pie IX, pendant que sa voix puissante répond aux outrages par des paroles de bénédiction, et que, d'un geste, le

successeur de saint Léon le Grand fait tomber à genoux ses défenseurs les plus exaltés.

— Pardonnez, dit-il; moi, je pardonne et je bénis ! A la suite de la convention du 45 septembre 4865, — qui traitait du Pape sans le Pape, et fixait l'époque de l'abandon de Rome par l'armée française, — le gouvernement pontifical résolut d'augmenter l'effectif de ses troupes.

« Dans ces conjonctures, dit le colonel de Becdelièvre, il fallait pour réorganiser cette petite armée, et sans pour cela admettre la convention, s'entendre avec la France ou du moin sne pas la froisser. Dès lors, Mgr de Mérode n'était plus l'homme de la situation ; malgré ses talents, son activité et son dévouement, il devenait impossible; il fut remplacé par le général Kanzler, officier de mérite, dont le rapport du général Lamoricière avait mis en lumière la belle conduite au siège d'Ancône. Toutefois, la direction supérieure du ministère des armes fut donnée au cardinal secrétaire d'État, Mgr Antonelli. »

x Pour opérer contre les bandes, dit le général de Lamoricière dans son Rapport, le général de Courten avait fait * deux détachements, l'un aux ordres du colonel Kanzler, Vautre aux ordres du lieutenant-colonel deVogelsang. il avait prescrit à ces deux détachements ,de se réunir, et leur jonction s'était faite heureusement à Mondavio, le 1 S au soir. Cette colonne était forte de 4200 hommes d'infanterie et d'une section d'artillerie. — Le 43, le colonel Kanzler voulait se diriger sur Senigaglia pour gagner la

route de la mer; mais ayant appris que cette ville était

354 L18 ROtBATS DU PA?E

occupée par une division piémontaise, il resta sur les col- lines et alla passer la Misa, à deux lieues environ au-dessus de son embouchure. — La division piémontaise, informée de la présence de cette petite colonne, tenta de l'enlever Sa cavalerie et son artillerie, que suivait l'infanterie, la. joignirent vers Sant'Angelo. — Le combat commença à une heure de l'après-midi, et dura jusqu'à cinq heures du soir. — Plusieurs charges de cavalerie furent brillamment repoussées; notre artillerie, ainsi que le feu de notre infanterie, ayant fait beaucoup de mal aux lanciers piémontais, ils cessèrent la poursuite à Monte-Marsciano. — Ce combat nous avait coûté cent cinquante hommes tués, blessés ou pris, dont quatre officiers. Le colonel Kanzler arriva à Ancône au milieu de la nuit, après avoir fait une marche de quarante-cinq milles, et fut reçu aux acclama* tions de la garnison, heureuse de revoir ses camarades, sur le sort desquels on avait eu des inquiétudes. *

Le lecteur connaît à présent le pro-ministre des armes appelé à succéder à monseigneur de Mérode. — Intelligent, actif, dévoué, calme, énergique et brave, le général Hermann Kanzler possède toutes les qualités d'un cf:ef militaire ; aussi nul ne pouvait-il plus dignement que lui rem— placer monseigneur de Mérode, dont il serait ingrat d'oublier l'infatigable activité, le coup d'œil si prompt, le dévouement inébranlable et les services multipliés.

« Le général Kanzler, aussitôt en possession de son portefeuille, s'occupa tout de suite de donner à l'armée une impulsion nouvelle. L'élément indigène prima l'él(5ment

étranger, chose naturelle et pratiquée partout; certains officiers furent écartés, d'autres rappelés, toutes choses qu'on retrouve dans les changements de ministère.

» La France offrit au Saint-Père d'organiser, d'équiper et d'armer à ses frais un corps de troupes composé d'officiers, sous-officiers et soldats appartenant à l'armée française. Cette offre fut acceptée, et l'armée pontificale compte aujourd'hui parmi ses régimentsune légion française dévouée, bien commandée, et qui ne faillira pas à sa double mission de défendre la Papauté et de donner à ses troupes l'exemple de la discipline et de l'esprit militaire. Ce corps de troupes a été reçu avec uno franche cordialité par les troupes pontificales et les zouaves en particulier, et aujourd'hui se justifie cette parole que le brave colonel d'Argy me disait; * *

« Si l'union fait la force, l'armée du Pape est réellement très*forte, et son gouvernement n'a rien à craindre des bravades de la révolution1, i

Le général Kanzler est d'origine badoise, et non helvétique, comme l'ont dit tous les journaux.

Un autre général pontifical, le marquis Zappi, est pareillement nommé avec honneur dans le Rapport du général de Lamoricière:

« Les tôles de colonnes piémontaises qui s'avançaient pour cerner Ancône n'étaient qu'à une marche de nous, dans la direction de Iesi. Elles avaient été retardées d'un

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