PIUS P. P. IX
▲près tous les enseignements qui sont ressortis de la marche des choses en Italie, peut-il être encore un seul homme qui croie de bonne foi à la conciliation du programme révolutionnaire et du non possumus? Autant vaudrait chercher à concilier l'eau et le feu, que ces deux éléments dont l'un est la négation formelle de l'autre!
Pour être trop pressée, la révolution a été maladroite; elle a laissé percer le bout de l'oreille, et le secret de ses trames n'est plus que le secret de la comédie.
Quoi de plus instructif que l'étude rétrospective de la crise italienne depuis l'avènement de Pie ÏX, le doux et saint pontife, arrivant le cœur plein d'amour et de pardon, les mains pleines de libertés! La révolution entoure avec empressement le successeur de Grégoire XVI; 6ur son drapeau, elle écrit cette belle devise : Dieu et progrès! Pie IX est porté aux nues et mis au-dessus des plu-
grands hommes et des plus grands sainte. La révolution crie à tue-tête : Vive le Pape/ — Le Pape la bénit. — Garibeidi va jusqu'à lui écrire, pour lui offrir son épëe; — une épée de bo$s, ce n'était pas dangereux f Pie IX croit possible Taccord de la religion et de la liberté moderne; il confie à un homme d'État, qui était en même temps un fcomme de coeur, la réorganisation de son gouvernement. La révolution avait cru que 4e Pape ne consentirait jaimais à s'allier avec le progrès; elle comprend qu'elle va être enrayée et elle tue Rossi.
Plus tard, «n petit État subalpin se met à faire tes commissions de la révolution, et nous retrouvons alors^ dans •la bouche de ses agents, les mêmes mots de progrès et de liberté. L'Église libre dans l'État libre! Et Cavour commence par dépouiller l'Église, comme pour donner à la Papauté un solennel avertissement. Les moyens moraux et immoraux ne réussissant pas à entamer le non possumus, on organise, ou soudoie, on lance contre le lambeau de territoire non soumis encore à la conscription et à la ruine italiennes, les mêmes hommes qui, déjà en 4849, avaient assassiné Rossi et proclamé la déchéance du Pape. — Et Ton trouverait un seul homme pour croire la conciliation possible, pour «'étonner 4e l'invincible résistance qu'oppose aux conseils et aux projets des traîtres ou des fous l'àugujste vieillard du Vatican I .
Que répondrait le souverain de tel empire au conseiller epà lui tiendrait ce tournage?
— Sire, vous dovriea vous, réconcilier avec la révola-
tion ; elle vous a déjà détrôné une fois, et elle a juré maintenant de vous détrôner pour toujours ; mais elle ne veut que votre bien. Ainsi vous habiterez aux Tuileries, pendant qu'elle siégera à l'Hôtel de Ville et vous épargnera tous les soucis du gouvernement!
L'empereur enverrait monsieur le conseiller à Mazas ouï à Bicôtre, et l'empereur aurait raison. Pourquoi donc le Pape aurait-il tort de repousser des conseils qu'aucun souverain n'entendrait sans les punir?
Les arrestations, — cousues de fil blanc comme les finesses de Jeannot, — auxquelles le ministère italien n'a pas craint de procéder envers Joseph Garibaldi, resteront dans l'histoire de l'Europe, comme un modèle de la rouerie et de l'impudence italiennes. Comedianti, tutti comediantit...
Politique d'opéra-comique, disait le correspondant de la Liberté; politique de tréteaux et de pitres maladroits, voulait-il dire. — Urbain Rattazzi faisait la cuisine; Joseph Garibaldi faisait les proclamations; ses fils faisaient le reste.
« Romains, s'écrie, le 5 octobre, le héros d'Asinalunga avec ce lyrisme bouffon qui désopilerait les plus hypocondres, entre Rome et moi existe un pacte solennel, et, à tout prix je tiendrai ma parole, et je serai avec vous; mais pour vaincre, je suis de trop, »
Voilà pourquoi sans doute Joseph Garibaldi se retira philosophiquement du champ de bataille de Mentana.
« Je ne refuse pas, continue le héros, le glorieux mandat de vous guîder; mais en attendant que j'arrive, je
cède à votre désir et à celui de tous les amis, et je transmets aux mains de mon fils Menotti la direction de J'affaire, certain qu'il saura vaincre avec vous ou mourir à son poste. »
Il n'a pas vaincu, mais il n'est pas mort.
Pour les cœurs bien doués,
L'exemple le plus doux est l'exemple d'un père.
Le 7 octobre, le héros donne passage à une nouvelle proclamation, plus laconique, mais non moins réussie :
t Italiens, sur le territoire romain on se bat! N'écoutez pas des paroles, de lâches incertitudes I Marchez 1 il y a là des hommes pour qui je donnerais mille vies! »
Mille vies des autres sans doute?
La comédie se prolongeant et Joseph Garibaîdi devant rester encore quelques jours dans la coulisse, il éprouve te besoin, pour tuer le temps, — c'est toujours cela de tué, — d'exhaler de nouveau son lyrisme macaronique :
* Je ne demande qu'une chose à mes concitoyens, c'est démarcher toujours dans la sainte voie qu'ils se sont tracée avec le calme et la majesté d'une nation qui a la cons»
cience de sa force. A l'armée, au peuple, j'ai recommandé la discipline alors que le peuple et l'armée, indignés du servilistne peureux des gouvernants, demandaient à être conduits à Rome. Aux soldats, j'ai dit que leurs baïonnettes
devaient être réservées pour une mission plus glorieuse, et que pour les mercenaires du pape, les crosses de leurs fusils suffisaient. »
Pauvre homme! — Ce n'est plus Joseph Garibaldi, c'est Joseph Prudhomme.
Plus la révolution devenait menaçante, plus la catholicité montrait d'ardeur et de dévouement : chaque jour, des centaines de volontaires prenaient le chemin de Rome, pour aller faire à la Papauté un rempart de leurs corps, et pour sauver les Romains des fureurs de la révolution.
» Mon cher ami, écrivait au comte Gabriel de Chaulnes, le comte de Falaiseau, officier d'artillerie au service dis Saint-Siège, les événements m'ont rappelé précipitamment à mon poste. La position est grave, et Dieu sait comment finira la pièce à laquelle nous assistons. Dans tous les cas, je bénis la Providence d'avoir pu revenir à temps.
ce Jusqu'ici nos troupes ont eu sans cesse l'avantage ; elles sont pleines d'enthousiasme et rivalisent de fidélité et de courage; mais il s'agit de savoir dans quelles proportions arriveront ces bandes, qui se renouvellent sans cesse et disparaissent sur un point pour reparaître sur un autre, qui améliorent chaque jour leur armement et reçoivent dans leurs rangs de nombreux soldats et officiers de l'armée piémontaise, soi-disant congédiés.
» Néanmoins la révolution n'arrivera pas aussi facilement à ses fins qu'elle s'en était flattée. Nous attendons avec impatience des renforts; jamais les départs pour Uoine n'ont été aussi opportuns» RetUte*>le bien avimir
de vous: il nous faudrait encore deux ou trois mille hommes dévoués; avec cela nous pourrions occuper tous les points importants et forcer, bon gré mai gré, le gouvernement italien à se démasquer. Ici et dans tous les grands centres, la tranquillité est complète, mais on ce tient sur ses gardes.
*> Le Saint-Père continue à se porter à merveille, il nous témoigne sa satisfaction, et cet encouragement est, vous le sentez, notre plus douce récompense ; avant-hier, il s'est rendu à l'hôpital militaire : on amenait un blessé ; le Saint-Père lui donna la main pour l'aider à gagner son lit.
» Adieu, cher ami, encore une fois songez à nous. C'est une honte si la France reste en arrière, quand l'Église est si directement menacée.
» Il faut absolument qu'on se remue et qu'il nous arrive du monde. »
Il en arriva de toutes les parties du globe, d'Europe, de l'Orient, d'Amérique, des Indes, des côtes d'Afrique, pour protester avec leur sang que le lien catholique est plus vivace que jamais et qu'il enserre le monde dans sa loi fraternelle et divine !
« Au moment ou j'écris, lisons-nous dans une lettre de Rome, un zouave, Joseph Beaezet, de Toulouse, entre chez moi.
— Je viens prendre congé de vous, me dit- il, ma compagnie est envoyée à Monte-Rotondo* où «lie va rejoindre
la cinquième du 2e bataillon, qui s'est si bravement battue àMonte-Libretti.
» Joseph Benezet, que j'avais toujours vu doux et tranquille comme, une pensionnaire, porte la tête haute, n'est plus embarrassé de ses longs bras, serre la poignée de son sabre, a l'œil fier et brillant.
— Mais, mon ami, j'ai vu votre excellent père, il y a quelques jours. Il pleure votre frère Ernest, mort du choléra à l'hôpital du Saint-Esprit. Le cœur de votre mère trouve peut-être que c'est assez d'avoir donné un fils au Saint-Siège, ej, je suis chargé de supplier le colonel de vous laisser retourner en France.
» Or, le jeune zouave n'entend pas de cette oreille.
— Et l'honneur, et la gloire, et le ciel ! s'écrie-t-il. Je pars dans un instant, adieu ! Je suis avec mon sergent, de Montbel, qui est revenu prendre son poste. On se battra demain à Monte-Rotondo ; peut-être attaquera-t-on Nerola où est le gros de l'invasion. Et vous voudriez que je songeasse à rentrer en France! Mais ce serait déserter 1 Aux zouaves, on ne déserte pas, on n'est pas prisonnier ; on meurt, ou l'on est vainqueur 1
» Joseph Benezet m'a dit encore :
— Trente soldats recrues, arrivés avant-hier de Belgique et de Hollande, ont été habillés hier. Ce matin on les a conduits à la cible et à midi ils partiront avec nous. Adieu !
» On comprend qu'un père doive se féliciter de tels fils ! »
Une autre lettre de Rome contient cet émouvant récit :
« C'était dans la vaste basilique de Saint-Pierre. J'aperçus des personnes agenouillées autour de la confession; plus loin, trois religieuses françaises en oraison, — madame Alphonse et ses deux filles, — et un soldat qui lit à genoux son chapitre d'Imitation. Sur la droite, le costume d'un zouave arrête mon regard.
— Tenez, dis-je au vénérable ecclésiastique, mon voisin, voici un enfant déguisé en défenseur du Pape! 11 a tout au plus quinze ans... — Bonjour, mon enfant.
— Bonjour, M. le curé.
—Mais vous êtes bien jeune pour porter l'uniforme militaire.
— On m'a reçu par privilège.
» Je reproduis pour l'édification de vos lecteurs le récit intégral.
» J'ai seize ans et je ne suis zouave que depuis quatre jours. Un vœu m'a conduit ici. Mon père vivait, depuis cinquante ans, en dehors des pratiques religieuses. Comme il était depuis longtemps malade, ma pieuse mère, une sainte, — à ces mots, un cercle humide parut autour des yeux de l'enfant, — demandait instamment sa conversion. Mes deux petites sœurs priaient aussi pour la même fin, et ' moi, depuis deux ans, j'avais promis au bon Dieu de me faire zouave du Pape si mon père avait une mort chrétienne. Son grand âge, ses infirmités nous faisaient trembler; car il résistait toujours à la grâce. Depuis treize jours toutefois, il laissait approcher de lui un vieux prêtre ; on causait de choses et d'autres, et le malade acceptait des
bonbons Mon père se montrait reconnaissant envers son visiteur. Mais il l'avertissait à l'avance qu'il ne se confesserait jamais... Nul besoin d'espérer...
— Je veux qu'on me laisse mourir tranquille î
» Las prières de la vertueuse famille, le sacrifice renouvelé du fils aîné opéraient sourdement avec une efficacité visible. Or, U veille de la mortt l'ecclésiastique vient selon son habitude, il s'arme de courage, entame une conversation sérieuse, puis avec une douceur apostolique :
— Mon ami, veulezrVQus faire un aeta de condition de toutes les misères de votre vie? Alors, le malade se dresse les yeux hagards : « Comment! est-ce que vous ^'auriez confessé?
— Oui, monsieur T... *.
— Quoi! ce n'est pas ptoa difficile! Attendes, j'ai encore certaines choses qui me gênent.
» Il recommence une confession dans les dispositions r plus chrétiennes.
• L'absolution changea cet homme; l'après-midi il priait, il parlait de son bonheur, il mêlait ses larmes au\ larmes de sa femme et du vénérable prêtre. Sur sa de- mande, le saint Viatique, l Extréme-Onction lui furent apportés. Ce n'est point tout; le lendemain, arrive son fils qui avait quitté le collège dirigé par les religieux de Saint-
i. Avocat à Saint-Omer (Pas-de-Calais).
Berlin. « — Mon enfant, mon Gustave, dit le père en l'embrassant, je connais tes désirs de servir dans Parmée pontificale ; fais-moi un plaisir : quinze jours après ma mort, pars et deviens zouave. Quinze jours plus tard, l'enfant interrompait ses études, — il était en troisième; — il partait sous la conduite de monseigneur Lequette. L'évêque d'Arras eut audience du Souverain-Pontife. Après avoir déposé les vœux de son diocèse, il dit : « Très-Saint Père, per^ mettez-moi de vous présenter un cadeau que vous envoie une pieuse mère de famille : ce cadeau, c'est son jeune fils qui veut servir dans votre armée. » A cette vue, Pie IX, ému, sourit comme il sait sourire : « Mais, mon » enfant, vous êtes trop jeune, personne n'est accepté s'il » n'a dix-sept ans. » Et l'enfant de répondre un peu déconcerté : « Saint-Père, qu'au moins je vous serve parmi vos valets. » — Me comprit-il? Oui; car il comprend parfaitement le français. « — Allons 1 nous ferons une exception. »
)> Et l'enfant est aujourd'hui un intrépide zouave. »
Écoutez maintenant un volontaire racontant l'audience accordée par Pie IX aux cent volontaires nîmois :
« Quand le Pape est entré, nous étions à genoux ; je lui ai baisé les pieds, avec M. l'abbé d'Audiffret, et il m'a demandé si ceux qui étaient là étaient tous Nîmois et récemment arrivés. J'ai répondu qu'ils étaient du diocèse et qu'il y avait parmi eux dix anciens.
» Il est monté aussitôt sur le trône, nous a fait lever, et restant debout lui-môme, nous a parlé pendant au moins
dix minutes avec une simplicité encore plus grande que celle que je lui ai vue en certains jours d'abandon. » Voici une rapide analyse de ses paroles : u Vous êtes venus pour défendre le Saint-Siège, le Chef de l'Eglise; vous venez pour voir le Pape... Eh bien! vous allez écrire à vos familles... On vous demande sans doute comment est le Pape : vous écrirez qu'il est calme, tranquille, en paix, parce qu'il est entre les mains de Dieu. L'Eglise est gardée par Dieu aussi; vous direz qu'il vous a parlé comme ça, mal, en mauvais français peutêtre, mais en français. Vous écrirez encore que je vous donne, à vous et à toutes vos familles, une bénédiction, comme aux bienfaiteurs du Saint-Siège, car vous êtes, vous et ceux qui vous envoient, des bienfaiteurs. Je veux donc que cette bénédiction aille à tous, qu'elle leur donne la force dans ces jours, plus tard et puis à l'heure... de notre... Vous savez qu'il faut qu'un jour arrive la séparation de notre âme et de notre corps, que nous passions au jugement de Dieu ! (A cette idée de mort: «Vous mourrez d'autres sont morts », les paroles ont été difficiles à saisir, le Saint-Père était ému. )
» Vous parlerez aussi des ennemis de l'Église; vous direz qu'ils ne croient ni à Dieu ni aux hommes. Ce sont des Italiens! vous dira-t-on ; vous répondrez : Oui sans doute; — mais on dira : Ils sont donc bien mauvais? Non, il y en a beaucoup de bons; ce ne sont pas eux; les honnêtes gens se mettent les bras ainsi (il croise les bras), et c'est partout comme cela; quand il y a des révolutions
dans les autres pays, les bons se mettent les bras ainsi (il se croise de nouveau les bras): ce n'est pas seulement en Italie ! — Vous direz qu'ils ont été chercher dans tous les pays, dans les rues des villes, les voleurs, les misérables ; ils ont tout ramassé et ils ont formé avec tout cela une armée. — La Providence l'a dissipée pour le moment. t
» Maintenant je vais vous donner la bénédiction que je vous ai promise : Benedkat, etc. »
» Je me suis mis à genoux, et encouragé par la bienveillance, je dirai presque la bonhomie extrême du Saint-Père, je lui ai dit très-haut :
»— Très-Saint-Père, nous sommes cent ici: maissi vous voulez des hommes, Votre Sainteté n'a qu'à dire un mot, et dans quinze jours nous serons quatre fois plus nombreux^ » Le Saint-Père : « Je voudrais leur offrir des casernes, mais, à Rome, il y a plus de couvents que de casernes. Ils sont très-mal, ces pauvres enfants ; il y a eu du trouble, maintenant il y a du calme; mais qu'ils soient toujours prêts à venir. — Il y a bien l'armée française; la Providence l'a permis; mais pourra- t-on la laisser »
» Le Saint-Père a ajouté quelques mots; il résulte de ses conversations dans d'autres audiences qu'il est ravi de la démonstration de l'enrôlement en masse. Les chefs de l'armée pontificale réclament beaucoup de volontaires. Enfin, j'ai eu sous les yeux une dépêche du cardinal Antonelli
j au cardinal Mathieu, pour le remercier très-vivement de
278 LES SOLDATS DtJ PAPE
l'offre qu'il fait de trouver mille hommes pour la légion romaine, et pour le prier de les envoyer par escouades ou en masse. »
A l'Écosse appartient l'honneur d'avoir envoyé, du royaume uni de la Grande-Bretagne, le premier corps de volontaires destinés à repousser l'invasion italienne , cinquante Highlanders, commandés par le major Gordon, etdevant major d'un régiment de montagnards écossais. Quarante-sept 4e ces braves volontaires avaient plus de six pieds de haut ; le plus jeune avait vingt ans, le plus âge" vingt-huit. Un prêtre écossais les accompagnait comme aumônier.
Presque en même temps arrivait à Home le brigadier Caroll Lewis, un de meilleurs officiers-généraux d'infanterie des États-Unis, qui avait fait avec distinction, sous les ordres de Sherman, toutes les campagnes de la grande guerre américaine, et qui venait mettre sa vaillante épée au service du Saint-Siège. .
Aucun témoignage d'amour et le dévouement ne manquait au cœur de Pie IX, comme une providentielle compensation de tant d'amertumes et de douloureuses anxiétés. Un jour, une feuille deCaen, ['Ordre et la Liberté, annonçait qu'une personne possédant une propriété de trois cent mille francs, venait de passer un acte notarié pour la léguer, après sa mort, au pape Pie IX, ou à son successeur. Le comte d'Alcantara et le comte de Hemptinne, chefs du comité romain de Belgique, le comte de Limminghe, parent d'une gtoriense victime de Gastelndardo, le
docteur Ozanam, le duc de Luynes, le duc de Lorgos, venaient à Rome, pour se transformer en infirmiers dans les hôpitaux et les ambulances.
On dit que Pie IX, versa plus d'une fois des larmes d'attendrissement et de joie au récit de ces chevaleresques dévouements et de tant d'héroïques sacrifices!
Il n'y a pas un mois , — disait récemment M. le vicomte de Meaux dans une éloquente apologie que nous voudrions reproduire tout entière, — le Siècle nous lançait ce défi : « Plus de vains discours ; plus d'inutiles récriminations ; à » l'œuvre, soldats du Christ, donnez un graand exemple, » et puisque l'Italie ne pourra aller à Rome qu'en passant » sur vos corps, que vos corps du moins ne soient pas « absents... Allez sauver ce pouvoir menacé, allez où le » devoir vous appelle, sinon nous croirons que votre foi, » n'agissant pas, n'est pas une fdi sincère... Nous verrons » bien. »
» Eh bien! on les a vus. Us ont marché , ces soldats du . Christ , non point par gros bataillons (ce ne sont pas toujours les gros bataillons qui sauvent le monde), mais par poignées d'hommes se multipliant en face du péril. Us sont accourus de tous les points de la terre au secours de la commune patrie, de Suisse, d'Angleterre, jusque des
États-Unis, et, dans la liste des blessés de Mentana, le Pérou , le Brésil et le Canada tiennent une place.
t> Symptôme significatif! Ils sont venus surtout des pays an sein desquels notre Église, à la fois fortement enracinée et fortement contredite, indépendante et non protégée, parait aujourd'hui le plus militante.
» La Hollande, où la liberté religieuse introduite au début du siècle par le plus honnête et le plus infortuné des
Bonaparte , par le père de Napoléon III , a fait refleurir la foi des martyrs de Gorkhum, la Hollande paye à Rome, plus généreusement peut-être qu'aucune autre nation, le Denier de saint Pierre et l'impôt du sang. Sa voisine et sa soeur, qui fut longtemps son ennemie, la libre et catholique Belgique , ne demeure pas en arrière , et ce sera à jamais son honneur et le nôtre, ce sera entre elle et nous dans l'histoire un lien immortel , que le premier bataillon de volontaires baptisé par le feu de Castelfidardo, ait porté le nom de franco-belge. La France est à son poste. Parmi nous , elles ont été surtout fécondes en champions de la justice, les races, les contrées où jadis, en des jours néfas. tes, on s'était accoutumé à combattre et mourir pour sa foi. Mais chaque profession, chaque province , compte là- bas quelqu'un des siens : Besançon, Nîmes et Lyon marchent à côté de Nantes , de Rennes et d'Angers , et moi Forezien , je no résiste pas au désir de constater ici que le premier officier blessé à Menlana est un enfant du Forez. » A côté des volontaires s'avance la légion députée par
nos régiments, aguerrie comme eux, dévouée comme les volontaires.
» Enfin , les troupes indigènes , placées en face d'un ennemi qui parle leur langue et se dit leur frère , résistent à ses avances comme à ses coups. Les gendarmes romains , mêlés à la vieille troupe des carabiniers suisses, marchent sans se compter sur les plus redoutables artisans de révolution que l'Italie possède : les malfaiteurs, les hommes qui fabriquent des bombes et brandissent des poignards. % Un général romain, le marquis Zappi, a mérité, par sa défense de Pérouse 1 que glorifia Lamoricière, d'être chargé cette fois de la défense de Rome , et à Monte-Libretti un autre Romain, enfant de dix-huit ans , reçoit une balle à travers la main qui tient son clairon , et le reprenant de l'autre main, il continue de sonner la charge.
» Voilà de quels hommes est composée l'armée du Saint- Père. » •
Ces hommes, ces mercenaires, ces soldats du trône pontifical et de l'autel catholique , venus héroïquement au secours du Pape-Roi , menacé dans son indépendance spirituelle et dans sa souveraineté , je voudrais les nommer tous , pour que leurs noms se perpétuent glorieusement d'âge en âge, comme se sont perpétués jusqu'à nous les noms des chevaliers croisés.
C'est d'abord le comte Philippe de Tournon, un des
1. M. le vicomte de Meaux a voulu dire Pesaro. — Ce fat le général Schmidt, qui défendit Pérouse en 1860.
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guides de lamoricière en K S60 ; et leur historien. Il était à Castelfidardo. A la fin du mois d'octobre , en apprenant les dangers qui menaçaient Rome, îl se sôntit fortement inspiré de quitter son château et sa famille, et d'aller s'enrôler comme simple zouave , pour prendre part à la lutte.
Il lui semblait que c'était pour lui un devoir de chrétien et de gentilhomme. Pendant trois jours, il reste seul en proie à ses pensées ; enfin , n'y résistant plus , il se décide brusquement à en parler àsa femme. Madame de Tournon, malgré tout ce que le sacrifice avait de poignant pour elle, n'hésite pas à lui donner son consentement. Alors, comme soulagé d'un poids immense, il s'écrie : Jamais je n'aurais cru qu'il fût si rude de lutter contre le devoir! — A l'instant , il fait atteler et il part. Il arriva juste à temps pour prendre part à la glorieuse bataille de Mentana. j
Au moment même de la bataille , sa mère, à laquelle il n'avait pu dire adieu, mourait d'une attaque d'apoplexie. Pour revenir en France, il dut traverser toute l'Italie dans son uniforme de zouave pontifical.
Le comte Paul Costa de Beauregard, ancien lieutenant de vaisseau dans la marine française et chevalier de la Légion d'honneur, entre aux zouaves comme simple soldat.
Maurice deGiry *, Raymond de Cambefort, Albert de La Motte, Henri Légier de Mesteyme, Henri de Blotteûère,
1. D'une famille avignonnaise alliée aux Faulques de Jonquières, aux Booadonna et aux de Roussas.
LES SOLDATS ©t PAPE 283
abandonnent une famille en larmes pour voler au weours dePieîX.
Emmanuel de ïtiancey* fils de l'homme émine&t qui tient si haut le drapeau de V Union , vèut ajouter un nouveau fleuron au Vieux blason de sa famille. On sait que les Camusat de ftiancey sont d'une ancienne noblesse de Troyes* attachée de tout temps aux grands principes qui sont l'honneur et la sauvegarde ies sociétés. Dès 4319, on trouve un Camusat, conseiller et notaire dû roi. La branche des seigneurs de ftiancey, Barberey et autres lieux, est la branche aînée de cette ancienne famille. Elle a ses titres de naissance, mariage et décès depuis l'ordonnance de Villers- Cotterets (1539) , Sur la paroisse deSaint-Étienné, ancienne collégiale dont un canonicat, appartenant à la famille, a été tenu par elle jusqu'en 4*789. Le dernier chanoine était l'abbé de Riancey, qui fut ensuite chanoine de Troyes et curé de Villemoyenne. Parmi les Camusat, — outre le célèbre chanoine auteur du Promptuarium et qui était en relations avec Ménage, Duchesne et tous les hommes notables de son temps , — on remarque « noble homme Jacques Camusat qui avait faict prest à Sa Majesté (Henri IV) de quarante livres pour subvenir à ses grands et urgens. affaires. » L'original de la quittance payée par le receveur des tailles de Troyes, est à la bibliothèque Richelieu (1*388). Un autre Camusat était attaché à la personne de Henri IV, et fit, comrhe délégué des maréchaux de France, la monstre de la milice de Champagne, en 1640. Un autre toit porte-arquebuse de Monsieur, duc d'Orléans, frère
de Louis XIII. Trois Camusat figurent sur la liste de la noblesse de Troyes aux élections de 1789; l'un d'eux était secrétaire de l'assemblée du bailliage. Un autre enfin , capitaine commandant d'artillerie, fut, à trente-deux ans , un des derniers chevaliers de Saint-Louis créés par Louis XVI, et mourut à l'armée de Condé. Du côté maternel , les Riancey sont les derniers descendants des sires de Tourneroche , comtes de Boarval , vicomtes de Valmont, barons de Sainte-Marguerite , etc. La tradition veut qu'un d'eux ait été des chevaliers qui délivrèrent Louis VII , à la croisade , quand le roi combattait seul contre sept Sarrazins. La mère d'Emmanuel de Riancey est fille du général baron Lefebvre du Vaux, chef d'étatmajor delà première division militaire en 1830. — Avec un père comme le sien , avec de tels aïeux , ce noble enfant pouvait-il ne pas être un des preux de la moderne croisade? Heureuses les maisons où de père en fils se lègue, chaque fois plus glorieuse, l'arche sainte des traditions de famille!
Antoine de Bermond avait déjà fait partie du régiment des zouaves pontificaux , qu'une grave maladie l'avait forcé de quitter momentanément. A peine rétabli, entendant le cri de détresse de la catholicité, il ne veut pas prolonger son séjour dans sa famille ; digne fils de ce vaillant colonel, de ce noble comte de Bermond, mort en 1851 à Rotne où il avait été mettre son épée au service du Saint-Siège.
Sa mère, déjà si éprouvée, son oncle, M. de Bermond,
bien connu à Paris pour son attachement à la cause du Pape, se seraient fait un scrupule de retenir ce fidèle défenseur, sa famille ne pouvait manquer à ses traditions de dévouement au Saint-Siège. Pierre de Bermond, un des ancêtres du jeune zouave, qui avait épousé Constance de Toulouse, fille du comte Raymond, et qui s'illustra aux croisades, avait inscrit ces mots sur sa bannière : Plus fidei et fidelitati quam vitœt — belle devise qui ne reste pas lettre morte.
Le comte Eugène de Ghabannes, ancien sergent aux zouaves, avait été rappelé et retenu en France, depuis plusieurs années, par les soins qu'exigeait l'éducation de sa fille unique. Cependant, au premier appel venu de Rome, ce représentant d'un des plus illustres noms de la vieille m France reprenait sans hésitation le chemin du Vatican et revêtait de nouveau l'uniforme pontifical.
Frédéric Chambaud, de la commune de Pignan (Hérault), apprend que Pie IX est menacée dans tous ses droits, qui sont ceux de la catholicité. Le généreux volontaire abandonne aussitôt deux vieillards vénérés et chéris, — son père et sa mère, — pour se consacrer à la défense de la plus sainte des causes.
Le volontaire Danycan est fils du commandant Danycan, mort à Brest en 4864, et neveu du général de Lourmel, tué glorieusement en Crimée.
Plusieurs personnes, de celles qui sont allées à Rome au mois de juin pour les fêtes du Centenaire, se rappellent sans doute un jeune zouave, presque un enfant, Amédée
Meslier, Américain, mais d'origine française, qui était alors dangereusement malade. Soigné par sa mère, visité par plusieurs évôques, notamment par monseigneur Piantier, qui l'avait vu élève au petit séminaire de Nîmes, il inspirait un intérêt général, et ses camarades n'espéraient plus le conserver.
Ce pauvre enfant de dix-sept ans, toujours dévoré par la fièvre, pouvant à peine se soutenir, mais désolé de ne pouvoir se battre, fit violence à la nature pour aller au moins soigner les blessés pendant la dernière campagne. « Je l'ai rencontré, nous dit madame Stone, sur le champ de bataille, le lendemain de l'action, allant servir ses camarades blessés, et j'en ai été émue ; car il est si frêle, si affaibli, et il a à peine dix-sept ans! »
Gabriel de Villiers de l'Isle-Adara, digne descendant d'un grand maître de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, et digne frère de ce Georges de Villiers, — qui eût inventé la bravoure si elle n'existait pas, — va prendre, dans le régiment des zouaves, la place si bien remplie à Castelû» dardo par son frère.
Quatre jeunes Napolitains, le comte Gigliano, le duc de Cajanello, les frères Rende, — fils du marquis de Rende, ancien pair du royaume des Deux-Siciles, — abandonnent la France, — leur patrie d'adoption, — pour aller défendre la patrie commune des catholiques. Gomment s'en étonner quand on connaît cette noble famille chez qui le dévouemont aux grandes infortunes est une vertu héréditaire? •
Un prêtre est accosté, dans une rue de Marseille, par un
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jeune homme très-distingué, qui, paraissant à la portière de sa voiture, prie poliment l'ecclésiastique de prendre place à ses côtés. Le prêtre se rend à sa prière. Le jeune homme, à la physionomie franche et ouverte, décline son nom et son but: et Je suis le comte***; je parsi ce soir pour Rome, pour défendre le SainUPère dans Farmée pontificale; seriez-vous assez bon, monsieur l'abbé, pour m'entendre en confession f » L'abbé, profondément ému, ne pouvait se refuser à une telle demande. Le temps pressait : il réconcilia dans la voiture le héros chrétien, appela sur sa tête des bénédictions justement méritées, et le quitta en enviant son sort. Pour voler à la défense du Saint-Père, le comte *** laissait un père déjà âgé, trois sœurs encore jeunes, et il n'y avait que trois mois qu'il avait perdu sa mère. Quel sublime sacrifice !
Yves Carrée, un des Nantais de Castelfidardo, adjudant d'artillerie, marié depuis quelques jours à peine, va re- . prendre à Rome le poste de l'honneur et du danger.
Georges deBeireix et Justin Garnier, venusen France pour assister, l'un au mariage de sa sœur, l'autre au mariage de ^ son frère, se rembarquent sans vouloir attendre un jour, se privant -ainsi des fêtes et de la joie du lendemain.
Un des volontaires les plus ardents et les plus remarqués, est le comte de Ghrislen qui, en 1860, se signala par l'heureuse audace de ses opérations dans les Abruzzes où il tint en échec les généraux piémontais et mérita du roi de Naples le titre de colonel. On sait que, l'année dernière, M. de Ghristen avait été admis par l'illustre archiduc
Albert à former un corps de guérillas, qui allait être lancé contre Garibaldi dans le Tyrol, lorsque la défaite de Sa dowa vint paralyser la victoire de Custozza. L'incarcération inique de M. de Christen et son séjour au bagne italien, dans un pays où les traîtres reçoivent honneurs et dignités, n'ont pas été les faits les moins saillants de sa carrière, à laquelle il ajoute un lustre de plus en se dévouant à la cause pontificale.
Avec les Gharette, partent deux jeunes Bretons, l'un Édouard Le Pomellec, appartenant à une des familles les plus distingués de Bretagne et chef d'une des plus considérables maisons qui font les armements de Terre-Neuve; l'autre, Mathurin Jegut, simple paysan, dans la poitrine duquel bouillonne le cœur d'un ancien chevalier.
Un autre Breton, de Rennes, François Jugain, jardinier chez mademoiselle Michel, — de charitable mémoire, — auquel cette vénérable femme a laissé un beau legs ui assurant une très-agréable position, n'hésite cependant pas un seul instant à courir à la défense de la souveraineté pontificale.
« Les preuves de dévouement, disait au mois de novembre un journal catholique, grâce à Dieu, se multiplient tous les jours. De toutes parts nous apprenons que de nouveaux soldats de la foi vont grossir les rangs des héroïques zouaves pontificaux.
» Parmi les départs récents de volontaires pour l'armée pontificale, on signale celui d'un jeune paysan de Ta**
lensac, nommé Bohuon, fils d'un ancien maire de cette commune.
» M. Pierre de Beaurepaire, appartenant à une des familles les plus honorables du Poitou, est parti samedi soir pour Marseille, où il prend aujourd'hui le paquebot qui le conduira à Civita-Vecchia et de là à Rome, où il va s'enrôler dans les zouaves pontificaux.
» On ne peut se défendre d'une émotion mêlée d'enthousiasme en voyant ces jeunes hommes, dont plusieurs portent un nom historique, abandonner leur château et leur mère pour défendre, au péril de leur vie, leur foi et la Papauté.
» Ces actes de dévouement, ces preuves d'abnégation, cette fidélité inaltérable imposent silence aux passions mauvaises et commandent le respect.
» Espérons que le succès couronnera tant de vertus, et que l'héroïsme de l'armée pontificale sauvera la Papauté ! »
Georges de Cadoudal est le petit-fils du général et le fil
d'un écrivain certainement connu et aimé de nos lecteurs.
Henri de Puiseux est le petit-fils du préfet d'Angers sous
la Restauration ; un de ses oncles répondit à l'appel de
S. Â. R. madame la duchesse de Berry en 4832 et fit la
campagne de Vendée; il suivit en Portugal le maréchal
de Bourmont et mourut au service du roi don Miguel. Le
comte Léon de la Roche-Fontenilles est fils du marquis de
Fontenilles, maréchal de camp en 4823, et aide de camp
de S. A. R. Monseigneur le duc d'Angoulôme.
Gaston de La Bordonnie part pour servir dans les zouaves
pontificaux. Déjà, lors du massacre de Castelfidardo, et lorsqu'il n'était encore qu'élève au collège, il avait formé* le dessein d'aller offrir au Saint-Père tout co qu'il avait de foi et de dévouement! Mais il était trop faible, surtout trop jeune, et il le comprit... Ce n'était là qu'un ajourne* ment.
En partant pour Home, Gaston de La Bordonnie continue les traditions de sa noble et chrétienne famille. Au milieu d'elle, il était l'aide presque nécessaire de son père âgé, la joie et la consolation de sa mère et de ses deux jeunes sœurs.
Deux des glorieux morts de Mentana, Pascal et Rouvière, trouvent dans M. de Larcy un éloquent panégyriste.
» Ce qui les distingue entre tous, c'est un trait digne des plus beaux dévouements que l'histoire ait jamais célébrés. Appartenant à de pauvres familles, au moment d'être soumis en France à la loi du recrutement, ils ont l'un et l'autre sacrifié la moitié de leur avoir et versé 2,500 francs dans les caisses de l'État, pour conquérir leur liberté et avoir le droit d'aller consacrer leur vie à la défense du Saint-Père. Ils ont acheté leur épée au lieu de la vendre, et voilà les hommes qu'on n'a pas craint d'appeler des mercenaires! •%
» J'ai vu couler les larmes de leurs mères; j'ai admiré leur douleur résignée, et je vous écris sous le coup de ces émotions, qui seront partagées par tous vos lecteurs. »
Mais finissons-en, une fois pour toutes, avec cette appellation saugrenue, éditée p?r M. Cialdini, continuée per
M. de Troraelin et reprise en dernier lieu par l'henotable Guéroult. — Mercenaire vient du latin merces, qui signifie récompense. Quelle récompense ambitionnent Jes soldats du Pape? Le ciel. — Les mercenaires pontificaux sont donc payés à Rome en une monnaie dont le désintéressement de l'honorable ne so contenterait vraisemblablement pas, si le caissier de VOpinion Nationale essayait de payer de même les articles du fougueux adversaire de M. de Kervéguen *.
Est-il donc écrit que ces fanfarons de raison, de progrès/ et de liberté doivent toujours et fatalement se trouver les adversaires de la liberté, du progrès et de la raison ?
Je veux être1 bref.
Le recrutement militaire est-il, — oui ou non, — une négation de la liberté individuelle?
La raison répond oui.
Cependant le recrutement existe en France, et il n'existe que depuis la révolution tant chérie des hommes de progrès et de liberté, tandis qu'il n'a jamais existé dans les États pontificaux, où il est interdit par la loi de l'Église et par la loi de l'État.
Or, partout où l'État ne force pas le citoyen, — de par le syilabus de la loi, — à passer sous le harnais militaire
1. Au nom des volontaires pontificaux, j'offre de chaleureux remerctments aux membres du corps législatif qui ont noblement protesté, du haut de la tribune, contre les ineptes injures adressées par des Italiens de Paris aux soldats de Caslelfidardo et de Mentaoa.
les plus précieuses années de sa vie, que résulte-t-il de ce respect de la liberté individuelle?
Il résulte que tout soldat est mercenaire, — dans l'acception donnée à ce terme avant la révolution qui, au nom du progrès et de la liberté, a inventé et acclimaté la conscription, mère du recrutement; — c'est-à-dire que tout soldat est volontairement sous le drapeau qu'il sert.
De cette manière, nous voilà parfaitement d'accord avec MM. Cialdino Cialdini, de Tromelin, Guéroult, Belmontet et Bethmont : les soldats du Pape sont tous des mercenaires, et, grâce à la liberté moderne, n'est pas mercenaire qui veut !
Avide de partager les périls et les gloires des mercenaires pontificaux, le vicomte de la Noue, fils unique d'une mère dont il est la joie et l'espérance, part sans la voir et sans lui demander son consentement. — C'était, comme il le dit lui-môme, le premier acte d'indépendance de sa vie. Il redoutait les larmes de sa mère, et peut-être sa faiblesse. N'a-t-il pas craint aussi sa propre tendresse, ainsi que les* déchirements du cœur de sa pauvre mère? C'est à elle qu'il doit sa virile et chrétienne éducation, et ce sera l'éternel honneur de la vicomtesse de la Noue d'avoir conduit son fils, dès le plus jeune âge, par les sentiers ardus de la vertu et du devoir jusqu'au sacrifice qu'il a voulu consommer.
M. de la Rochetaillée, maire d'une commune dans le département de la Loire, adresse de sympathiques adieux à ses administrés, et leur annonce qu'il se fait un devoir d'aller prêter comme soldat son concours à la Papauté»
dont le péril menace la société entière; un autre est parti deux jours après son mariage; un autre, privé de ressources, a péniblement traversé à pied une partie de la France pour aller s'engager au service du Saint-Père; il est arrivé à Marseille exténué de fatigue, mais avec une foi toujours ardente.
C'est Armand de Lespinay, neveu du vicomte de Melun, ancien représentant d'Ille-et-Vilaine à rassemblée législative; — c'est Alexandre Louis, fils d'un habile statuaire Hantais; — c'est Marcel Guerrier, fils d'un professeur du lycée de Rouen; — c'est M. de Chappedeleine-Davoust, ancien officier aux zouaves, qui repart après avoir reçu la sainte communion, remettant à Dieu le soin de consoler sa femme et ses enfants; — Casimir et Maurice de Raffelis- Soissan, frères de ce charmant et regretté Edgard, dont j'ai esquissé la vie; — Édouard de Maligeay, qui a déjà son frère aux zouaves; touchant exemple de l'une de ces femttles qui ne gardent pour elles aucun de leurs enfants, quand il faut les donner à Dieu! — C'est Frédéric de Saint-Sernin, que l'heure du danger retrouve toujours au poste le plus exposé, Briot de la Crochais et Henri de la Salmonière, trois blessés de Castelfidardo ; — Victor d'Aubigny, fils d'un haut fonctionnaire du Nord et neveu de M. Kolb-Bernard, député; — M. Bocher-Delangle, banquier à Loudéac, endossant l'uniforme de simple soldat du Pape; — Auguste Pérennès, un énergique Breton, dont le frère est mort à la légion d'Antibes; — M.Ca Monti de Rezé, un nom qui crie honneur, dévouement et fidélité;
294 US S013ATS DO *A?E
— le comte de Kerm$ik voloatoe aux zouaves* marié de* puis huit jours, et qui repart pour Rome sans hésiter, sinon sans soupirer; — Georges de Terrouewve» frère d'un ancien guide de Lamoricière, et ancien officier daj&s l'armée française; Théodore Gazeau, avocat, secrétaire de ÎL de, Laboulie; — Harding, fils aîné d'ua Anglais habitant Guérande, protestant converti ; -~ Ernest Valegan*, décoré de la médaille militaire; — le comte Dombrowski, fils du général de division qui se distingua dans les guerres dô 4830 et de 1863; — le comte de Bourbon-Chalus, ancien commandant de l'escadroa dçs volontaires à, cheval;.— Adolphe de Kermoal, lieutenant aux zouaves, horriblement blessé à Castelfidardo, n'attendant pa&la fin d'un congé; — Henri de Lumiey, un des héros de Gaête, beaufrère d'œi spirituel et sympathique écrivain, M. Châties Garnier; — Roger de Vaublanc, dont la famille possède le château de Maumont, berceau des papes Clément VI et Grégoire XI; — deux O'Connell; Louis d'Acquin, Louis de Stofllet, Siméon, Dugast, de Chantérac, de Puisieux, de Gourcy, le comte de Pettolax, Armand du Rourg, Raoul de la Roche*Rrochard, Rarré de Saint-Venant,. Le Mintiet de la Mottebasse, Odon de toilanbeim, de Waresquiei, de Saint-Julien, Jules de Mérignargues, le baron des Dorides, Thomas Digby, de Gëvaudan* de la Celle» de La Marque, le comte de Maillé, le duc de Chevreuse, Auguste Daniel, François Perrot, Onftroy «, fils d$ AL le baron
i . Ce vaillant jeune homme repartit pour les zouaves avant la fin de son congé de convalescence. Tel pàre* tel ûlsl
Onffroy, promoteur de Pœtrvre des zouaves pontificaux, Ferdinand de Charette, le comte de La Vaulx, Paul Ferlet de Bourbonne, dont un des ancêtres fit, avec- saint Louis, /a croisade de 1248 * ; de Pascal, de Cfeson, du Piessis, de Lusignan, Charles Barbier de Montaut, Van deKerckhove, le comte de Parrieux, Auguste de Brossard, d'Ieres- Montplaisir, le comte de Saisy de Kérampuel, Jean-Baptiste Leton, Ernest Renaudin, Potel, Jeannin de Villecin, Kervyn de Yolkaersbeke, le comte d'Ursel, Edmond de Lorgeril, Roger de Leusse, Georges de la Salle, Ferdinand de la Salle, de Turck, Ricou, Paul de Foresta, Emmanuel de Sabran-Pontevès, Oscar de Forceville, Charles de Lespaul, Beligne, Godard, Véron, Marius Massillon, Bontemps, de Miaskrowski, Édouard le Pommelée, Joseph Gueniffey, Joseph Caillard, Henri des Garets, Louis Maillard, Joseph Mercier, François Briand, Chéron, Henri d'Auzac, Seguin de Jallerange, Yves de Monteynard, de Verduzan, Gaston Lehardy, Charles de Coatgouredin, Gaston de Kermenguy, Gaston de Chevigné, Pantin de la Guère, Sarrebourse d'Audeville, L'Àmy de la Chapelle, Georges de Rosen, de Pouy, le vicomte de Tournon, de Fraix, Chaurand, Henri Chanterelle, Auguste Audrain, Henri de la Rochebiltou, R. Bouhier .de l'Écluse, de Lestang, Ambert, K^nri de la Poëze, Charles de la Poëze, de Beugny d'Hageruc, Charles du Gueyt, Élie d'Humières, Jean d'Humières, de Lafosse, A. de Cintré, Félicien de Boudard, Joseph d'OrnaûO,