I. Nommé sous-lieutenant après la bataille de Menlana
Louis-Léopold Janssens, de Kemseke (Belgique), bras droit légèrement blessé par une balle à rentrée de la ville.
Johannès Paluhen, d'Utrecht (Hollande), balle à la main droite, à l'entrée de la ville.
Jean-Baptiste Leton, de Saint-André de la Marche (Maine-et-Loire), balle au côté gauche, à Pavant-garde.
Pierre Audouin, de Saint-Remy en Mauges (Maine-et- Loire), balle à l'épaule gauche, au commencement de l'action.
Charles Haizebort, de Flandre- Azudendal (Belgique), bras droit traversé par une balle, à la fin du combat.
Jean Van Rochum, de la Haye (Hollande), balle au côté gauche, à la fin.
Antoine de Brée, d'Udenhaut (Hollande) bras gauche traversé par une balle, à la fin.
Johann-Herman Rolfes, d'Aetharen (Hanovre), balle à l'épaule gauche, reçue à vingt pas de la ville.
Le vicomte Pierre de Beaurepaire, de Poitiers (Vienne), balle à l'épaule gauche, après avoir pris d'assaut la première maison.
Louis Rouleau, de Challiez-sous-les-Ormeaux (Vendée), les reins traversés par une balle, à 3 heures et demie, près de la ville.
François Sanders, d'Arnheim (Hollande), meurtrissures graves en tombant d'un rocher.
Henri Hasfeld, d'Hazezvauden de Lyden, balle à la main droite.
Joseph Mattys, de Saint-Trond (Lirabourg), balle au bras droit.
Joseph Sevilla, de San Pedro (Pérou), balle au bras droit (sortie), au bras gauche (sortie), au côté gauche (extraite), à l'entrée de la ville, vers la fin du combat.
Théodore Oostrop, d'Amsterdam (Hollande), bras gauche effleuré par une balle, vers deux heures.
Alfred Laroque, de Montréal (Canada), une balle au cou, sortie par la lèvre inférieure, une balle à l'épaule droite (sortie), à une heure et demie.
Petrus Kerster, de Vychen (Hollande), le menton traversé par une balle, vers la fin du combat.
Elie Creach, de Saint-Pol-de-Léon (Finistère), tombé sur les reins.
Louis Putman, d'Arnheim (Hollande), mâchoire inférieure traversée par une balle , sein gauche traversé horizontalement vers trois heures.
Henri Rœmer, d'Harlem (Hollande), le cou traversé par une balle.
Édouard Lepage du Boischevalier, de Nantes (Loire-Inférieure), coup de baïonnette à l'épaule gauche, au sortir des oliviers.
Armand Bodin-Hullin, de Paris, 436, rue de l'Arc-de- Triomphe, coup de feu au bas-ventre, légèrement, à cent mètres de la ville.
Albert Van Velgenve, d'Arnbeim (Hollande), la jambe droite traversée par une balle, près du genou, près de la ville.
Johann de Huitberts, de Grootebruck (Hollande), balle à la jambe droite, sortie.
Petrus Van Handen-Hove, d'Halost (Belgique), balle à la main droite et balle à la cuisse, sorties toutes deux, près de la ville.
Lambertus Vandersteen, de Naaldwyk (Hollande), tombé à trente pas des garibaldiens (forte foulure), près de la ville.
Henri Levis, de Tirlemont (Belgique), balle dans la jambe droite, près de la ville.
Bruno Bimmerman, de Lutiebrock (Hollande), cuisse droite traversée par une balle, à l'entrée de Mentana.
Johann Seitz, de Friedland (Bohême), côté de la tête effleuré par une balle.
Wilhelm Brodbakker, de Drente-Norg (Hollande), balle dans la cuisse gauche (extraite).
Léon Bracke, de Laerne (Belgique), balle dans la poitrine.
Jacques de Cathelineau, balle dans le ventre, dans les vignes.
Pierre Tavardel, de Rodez (Aveyron), une balle dans la cuisse gauche, sur le soir.
Guillaume Piels, de Hocrun (Hollande), côté droit traversé par une balle, vers cinq heures du soir.
Albert Nusenebœr, de Niewedam (Hollande), cuisse droite traversée par une balle.
Johann Van Dieren, de Grave (Hollande), balle au cou (sortie), à la fin du comDat
Cornélius Halles, de Beemster (Hollando), cuisse droite traversée par une balle, vers quatre heures.
Hugues Murray, de Montréal (Canada), bras droit traversé au coude, au début de l'action.
Jules Henquenet, de Saint-Omer, deux balles, une à chaque cuisse (une des deux extraite), dans la ville. Il a élé fait prisonnier après sa double blessure, non loin de Garibaldi, et délivré Le lendemain matin par des soldats français.
Jacob Van Hees, de Delft (Hollande), deux balles dans ta cuisse droite vers trois heures.
Jean Moeller, de Tournai, une balle à la clavicule (extraite), blessure grave.
Le comte Édouard Raczynski, de Pologne, balle au ventre.
Walérau d'Erp, de fond (Belgique), criblé de balles.
Charles d'Alcanlara, de Bruxelles (Belgique), balle à la cuisse.
Johannes Vlemmings, de Beek-en-Donk (Hollande), genou droit traversé par une balle.
Yves de Quatrebarbes, de Laval (Mayenne), balle dans le bras gauche, au début de l'action, un des premiers.
Louis Mans, de Bruges (Belgique), cuisse gauche traversée par une balle, à l'attaque de la Vigna Santucci.
Edmond Yarz, de Toulouse, balle à la jambe droite, à
l'attaque de la Yigna Santucci.
Joannès Groboz, de Lyon, balle au bras.
Et combien de morts ensuite parmi tous ces blessés ! Waléran d'Erp, Charles d'Alcaatara, Jean Moeller, Jean-
Baptise Leton, Paul Doynel, Jules Henquenet, etc. etc. I Les correspondances de Rome, la plupart publiées après Mentana par les journaux catholiques, contenaient d'intéressantes particularités qu'il est de notre devoir de consigner ici :
a On a reçu, à Gand, la triste nouvelle de la mort de M. Waléran d'Erp, fils de M. le lieutenant général pensionné d'Erp. Ce vaillant jeune homme a succombé à la suite do graves blessures qu'il a reçues dimanche à la bataille do Tivoli. Il avait quitté Gand, il y a quelques semaines, pour s'engager dans l'armée pontificale. Dès la première bataille, M. Waléran d'Erp paye de sa vie son détouement chrétien.
» C'était un élève distingué du collège de Sainte-Barbe de Gand et de l'Université catholique de Louvain. Il avait terminé ses études de droit et se préparait à entrer dans la diplomatie au moment où il alla se ranger sous la bannière pontificale. »
a Nantes a payé son large tribut, écrivait M. l'abbé Peigné. Le petit Chevalier, revenu depuis huit jours, a vécu assez de temps pour être administré sur le champ de bataille. Loiran, de Chantenay, sergent, blessé d'une balle à la poitrine, a vécu une trentaine d'heures et est mort saintement.
» Mais, ce qui m'a plus brisé le cœur, c'est la perte du jeune Rialan, neveu des demoiselles de la Ville-Leroux, aussi brave ' que saint. Ce jeune héros s'est élancé avec quelques autres jusqu'aux portes de Mentana, et au
500 LES SOLDATS DU l'APE
moment où l'on sonnait la retraite, une balle, partie d'une fenêtre, est venue le frapper au sommet de la tête ; il est tombé roide. Il s'était confessé la veille; d'ailleurs, il était l'édification de toute sa compagnie.
» Tous ses frères d'armes disent que le bon Dieu s'est choisi en lui la plus sainte victime. On ne saurait croire combien il était aimé et est regretté. Au cimetière de Monte- Rotondo, tous ceux qui travaillaient à la sépulture de nos chers défunts ont voulu quelque chose de lui comme relique. J'ai pensé que j'entrerais dans vos intentions en lui faisant faire une châsse de chêne et en amenant son corps à Rome où il est déposé au couvent de Sainte-Agnès, près la porte Pia. Demain, je ferai faire une boite en zinc pour renfermer celle en bois, et j'attendrai vos ordres.
» Je vous prie de vouloir bien faire prévenir la famille, afin d'adoucir autant que possible une douleur si cruelle. »
« Nous apprenons avec douleur, dit une autre correspondance, la mort de M. Joseph Rialan, sergent aux zouaves pontificaux, tué au combat de Mentana. Originaire de Ploërmel, M. Rialan appartenait à notre ville par sa mère; il était neveu de mesdemoiselles delà Ville-Leroux, si connues à Nantes par leur dévouement à toutes les bonnes œuvres.
» Ce jeune homme, qui joignait aux dons de l'esprit les plus aimables qualités du cœur, avait fait d'excellentes études, couronnées par de brillants examens, qui lui ouvraient toutes les carrières; mais doué d'un caractère
> fortement trempé, il n'hésita pas à tout sacrifier pour aller s'enrôler dans l'armée pontificale.
» Parti de Nantes, le 5 novembre 4865, après avoir reçu la bénédiction de notre saint Évêque, il ne tarda pas, par sa douceur et son affabilité, à se concilier, au bataillon des zouaves, Pestime et les sympathies de tous. D'une gravité qui n'avait rien d'austère, M. Joseph Rialan, dont la foi et la piété ne se sont jamais démenties, était cité comme un modèle pour la pureté de ses mœurs et la régularité de sa conduite. Naguères, nous eûmes à Rome occasion de voir quelquefois cet excellent jeune homme, qui nous semblait déjà mûr pour le ciel, et nous en conservons le meilleur souvenir. Puissent l'expression de nos regrets et la sympathie générale apporter quelque consolation à son honorable famille, qui, par sa foi et ses vertus chrétiennes, était bien digne de l'honneur de donner un martyr à l'Église de Jésus- Christ I »
« Transporté à Rome quatre jours après le combat de Mentana, le corps de M. Joseph Rialan, dit la dépêche adressée par M. l'abbé Peigné, était encore souple et flexible, ses traits n'avaient subi aucune altération, il semblait dormir d'un sommeil paisible. »
« En général, les blessés sont dans un état satisfaisant ; on a, néanmoins, quelques morts nouvelles à déplorer : Schrama, zouave ; Rios, sergent ; Meyemberg, carabinier ; Moel, légionnaire, et MM. Poggi et Henri Backer, qui ont succombé tous deux aux suites de l'amputation.
» M. Van Hulst a été amputé avec succès. Les blessés
sont amenés de Monte-Rotondo à Rome par le Tibre. C'est par cette voie que M. de Quatrebarbes père a ramené son fils. La blessure est grave sans doute, mais, à la date du 40 novembre, on espérait que l'héroïque jeune homme guérirait sans qu'on eût recours à l'amputation.
» C'est par erreur que le nom de Gheluck figurait dans la liste des blessés, il fallait lire Guillermie. »
« Aux zouaves blessés dans les combats garibaldiens, il faut ajouter M. Augustin Lieber, atteint bien gravement à l'affaire de Mentana de trois coups de feu à la jambe. Cet héroïque jeune homme était au service du Saint-Père depuis deux mois.
» On ramenait à Rome, il y a quelques jours, nous écriton, ce zouave de dix-neuf ans qui, depuis deux mois seulement, avait tout quitté, pour voler auprès de Pie IX, où l'appelait la générosité de son cœur. Blessé par trois fois à la jambe, il vit sans s'émouvoir tous les remèdes rester inutiles, et quand les médecins décidèrent la nécessité de l'amputation, il n'eut que des sourires pour ceux qui lui annoncèrent cette triste nouvelle, trop heureux de souffrir puisqu'il n'avait pas pu donner sa vie pour la cause qu'il avait embrassée. »
« ... M. Jean Moeller vient de succomber à Rome, aux suites de ses blessures. « Brave entre les braves, » comme nous l'ont dit les correspondances, Moeller était entré le premier à Mentana!... Son héroïque bravoure lui a coûté la vie; il est allé cueillir dans le ciel les palmes d'une nou-
velle victoire et goûter les joies d'an triomphe qui ne finit pas.
» M. Jean Moeller était le fils de Pun des professeurs les plus distingués de l'Université de Louvain, mort il y a quelques années, et qui a laissé des travaux historiques
» Le fils a donné son sang et sa vie pour la défense de cette Église catholique, à laquelle son père, né protestant, était revenu en même temps que son grand-père. »
« ... Encore un des glorieux martyrs de tfentana qui vient de succomber aux suites de ses blessures !
'» M. Paul Doynel, fils ainé de M. le comte Doynel, maire .de Torchampg (Orne), en apprenant les nouveaux dangers qui menaçaient le Saint-Siège, partit au commencement de cette année, à peine âgé de dix-neuf ans, pour entrer dans l'héroïque phalange des zouaves pontificaux. Payant bravement de sa personne dans toutes les rencontres où sa compagnie fut engagée, il s'y conduisit « avec énergie, courage et sang-froid. » Ce sont les expressions de son commandant.
» Blessé le premier à Montana, frappé de trois balles alors qu'il montait un des premiers à l'assaut, il dut subir l'amputation du bras droit. Malgré cette cruelle opération supportée avec la résignation du chrétien, il a expiré entre les bras de son père, accouru à Rome pour le soigner, et a couronné par une mort exemplaire une vie si o:urte, mais si noblement inaugurée.
» Il faut à sa famille désolée toute sa foi pour supporter ce sacrifice. »
Mgr Bravard, évèque de Goutances et d'Avranches, en apprenant la mort de Paul Doynel, adressait à M. de la Gonnivière cette lettre si éloquente et si paternelle :
a. Monsieur,
» Je prends une part très-grande à la douleur que cause à toute sa famille la mort du jeune zouave pontifical Paul Doynel. Qu'il est triste de mourir à la fleur de l'âge, loin de sa mère et de la France 1
» Quel voyage pour le père que celui qu'il fait en ce moment 1 II était allé sur la terre étrangère pour s'établir le garde-malade de son fils, blessé à la bataille de Mentana; et ni ses soins les plus intelligents, ni sa tendresse n'ont pu sauver ce fils ; il ne rapporte dans sa maison que des membres mutilés par la guerre et un corps inanimél
» C'est triste, fort triste, il faut bien le reconnaitre, et toutefois, en y réfléchissant, on éprouve je ne sais quelle secrète; ;ie qui se môle à l'affliction.
» La mort des défenseurs du Saint-Siège ne peut être que sainte et agréable aux yeux de Dieu, comme est sainte la cause pour laquelle ils ont succombé; cette mort est le berceau où commence la seconde naissance que nous attendons par delà les horizons de la vie présente ; et de cette sainteté, et de cette vie future, comment n'être pas heureux, quand on espère les récompensés de l'éternité?
» Et même dès ici-bas, ne le voyons-nous pas par nos histoires ? Rien ne consacre la gloire des familles, rien ne la perpétue, à l'égal de la religion.
» Pour ma part, je ne doute pas que, dans la postérité, il n'y ait sur les blasons des maisons de nos zouaves pontificaux un éclat qui excitera plus d'une jalousie.
» Aussi bien ne saurai-je assez complimenter les parents qui, tout en aimant beaucoup leurs fils, ont voulu ne pas leur refuser l'honneur d'aller à Rome pour se battre contre la révolution, et exposer là leur vie comme leurs terrestres espérances.
» Veuillez, monsieur, être l'interprète de mes douloureuses sympathies auprès de M. votre gendre, et surtout auprès du père et de la mère de notre jeune martyr.
» Je le réclame un peu pour un des nôtres, à cause des liens qui attachent sa famille à mon diocèse.
» Daignez aussi, monsieur, me croire toujours votre très-humble et tout affectionné serviteur.
« + J.-P. Év. de Cout. et d'Avr. *
« Le comte Charles d'Alcantara est mort saintement à Rome des suites de la blessure qu'il avait reçue le 3 novembre, en combattant devant Mentana. Sa perte est pour sa famille une immense douleur. 11 était la gloire de ses parents. Il avait tout ce qui fait la vie heureuse : fortune, grand nom, distinction personnelle, grandes alliances, un
avenir assuré de bonheur. Il avait tout quitté pour une
sainte cause, et il est mort de la mort des héros, après un mois de cruelles souflrances.
» Oo annonce aussi la mort du jeune comte de Retz, ne- \ eu du marquis de Las Cases, emporté comme le comte Charles d'Alcantara par les suites d'une blessure reçue à Mentana. »
Véritables pères de leurs diocèses, nosévèques ont prodigué de pieuses consolations à tous ceux qui pleuraient an héros mort. Mgr l'évêque de Fréjus et Toulon adressait, le ÎO novembre, à M. le marquis de Retz, cette lettre qui a pris place dans les archives déjà si glorieuses de ce te vieille et illustre famille.
« Monsieur le marquis,
» Je viens de voir, dans le Journal de Rome, la mort glorieuse de votre fils sur le champ de bataille de Mentana. J'en suis profondément attristé, parce que j'ai pu, en le voyant l'été dernier à Rome, apprécier son haut mérite, et je sens combien grande est la perte que vient de faire en lui l'hérorque armée du Saint-Père. Entré des premiers dans cette armée, il a dû contribuer beaucoup à prmer, par son influence, cet esprit d'ordre, de discipline et de merveilleuse bravoure qui vient d'élever si haut, dans l'admiration du monde, le corps des zouaves pontificaux. Mais mourir ainsi par le martyre, c'est vivre pour les siècles dans les annales de l'Église, et à jamais dans le ciel. Votre foi, monsieur le marquis, et le grand cœur de
LES SOLDATS Dti PAPÉ 507
madame la marquise, vous avaient associé l'un et l'autre d'avance à l'héroïsme de votre fils. Ce noble sacrifice fera aujourd'hui votre force dans la douleur et votre plus douce espérance. Permettez-moi donc, monsieur le marquis, de vous offrir, avec mes condoléances, les félicitations les plus vives pour la nouvelle et sainte gloire qui vient de s'attacher à votre illustre nom.
» Veuillez agréer, en même temps, l'expression de mes sentiments aussi respectueux que tendrement dévoues en Notre Seigneur.
» J. Henri, Évêque de Frèjus et Toulon. »
a ... Permettez-moi, écrivait-on de Rome, de payer un glorieux tribut à la mémoire d'un jeune gentilhomme italien frappé à mort au combat de Mentana, le comte Charles Bernardini.
» Né à Lucques en 1844, M. Bernardini vint à Rome, en 4862, pour assister aux fêtes de la Canonisation. Voyant une multitude de beaux noms se grouper autour du trône de Pie IX, il s'enrôla dans l'artillerie pontificale. Constamment, le jeune volontaire se fit remarquer par son intelligence, sa discipline et ses qualités militaires et civiles.' Àu combat de Mentana, il fit l'admiration de ses camarades, et le capitaine d'artillerie Daudier, si compétent en question de courage, le présenta à ses amis en leur disant : Voilà un brave que je vous présente. Quelques instants après, le comte Bernardini, remonté à cheval, recevait le
coup mortel. Sa mort et sa vie prouvent également que, même dans les jours les plus tristes, l'Italie a encore des fils qui comprennent le dévouement et l'honneur.
» Mgr Nardi, auditeur de rote pour l'Autriche , a prononcé son oraison funèbre dans l'église des Lucquois. »
» Le caporal Delalande, du régiment des zouaves
pontificaux, vient de succomber à Rome aux blessures qu'il avait reçues à l'affaire de Monte-Libretti.
» Delalande est mort plein de foi, de courage et de résignation, assisté à ses derniers moments par le Rêvérend Père de Gerlache.
» Ce jeune homme, natif de la paroisse de la Chapelle* d es-Marais (Loire-Inférieure), était au service du Saint* Père depuis 4860. C'est le troisième volontaire du diocèse de Nautes qui ait versé tout son sang dans les derniers combats pour la défense de la religion et de la papauté. »
La mort héroïque et sainte du comte Bernard de Quatrebarbes est admirablement racontée dans une correspondance catholique :
« On avait espéré qu'après l'amputation de son bras, blessé par une balle garibaldienne à Monte-Rotondo, M. Bernard de Quatrebarbes reviendrait à la vie. Son honorable père, M. le marquis de Quatrebarbes, l'avait fait transporter de l'hôpital du Saint-Esprit chez madame la comtesse d'Héliand, où il logeait lui-môme, place d'Espagne.
» Mais, comme nous Pavons déjà annoncé, il faut ajouter une nouvelle douleur aux douleurs, hélas! si nom-
breuses de cette campagne mémorable des mois d'octobre et novembre.
» Le lieutenant d'artillerie Bernard de Quatrebarbes a succombé, le 24 novembre, à minuit. Comme ses frères d'armes, comme les Dufournel, il a donné l'exemple d'une résignation sublime , d'une foi ardente. Muni de tous les sacrements, réconforté par la bénédiction apostolique de Pie IX, entouré de ses amis, il s'est envolé, oui, disait un prêtre , il s'est envolé couronné des lauriers que donne le martyre chrétien. Sa mort a revêtu le caractère qui }'a fait appeler, par les Italiens, du doux nom de transite.
» On sait tout ce que les Quatrebarbes ont fait pour l'Église et donné à l'Église en ces derniers temps. Leur nom, déjà célèbre dans l'histoire, s'associe au nom d'un héros que nous ne devons pas oublier, au nom de Lamoricière, qui a formé cette belle armée de Pie IX et lui a légué ses vertus et son esprit.
» On rapporte qu'en voyant entrer M. Blumensthil , qui avait été colonel de son fils , M. le marquis de Quatrebarbes lui a tendu les bras en pleurant. Et celui-ci n'a trouvé qu'un mot à dire à ce père , mais un mot où respire le cœur d'un officier français.
» — J'ai un patron do plus au ciel.
» M. Blumensthil s'appele Bernard, comme le fils de M. de Quatrebarbes. »
Le nom du colonel Blumensthil ne saurait venir sous ma plume sans que je ne lui rende l'hommage de respect et d'admiration , dû à l'un des hommes les plus distingués
do l'armée romains , et dont le caractère élevé et les ser~ rites , si hautement appréciés par le général de Lamoricière , honoreront toujours les corps de l'artillerie et du génie pontificaux.
o .... Parmi les défenseurs du Saint-Siège qui ont succombé dans les engagements partiels, antérieurement à la bataille de Mentana , il en est plusieurs dont la mort était restée ignorée jusqu'à ces derniers jours et auxquels nous n'avions pu donner la mention d'honneur qu'ils méritent. Parmi ceux-là, nous citerons le jeune comte Charles de Dax, mortellement atteint à Yelletri , le 30 octobre, dans les rapgs de la légion d'Antibes, où il s'était enrôlé, après avoir bravement servi dans l'armée française et avoir pris part aux campagnes de Crimée > de Syrie et du Mexique,
» Charles de Dax était fils du marquis de Dax d'Axat, ancien officier supérieur de notre armée, qui brisa son épée en 1830. La famille de Dax est, parmi la noblesse du. Languedoc, une des plus recommandables et des plus inviolablement dévouées aux principes monarchiques et religieux. Aussi a-t-elle voulu payer sa dette de sang à l'Église, quand son vénéré Chef s'est trouvé en péril.
» Nous associons bien sincèrement nos regrets à ceux de cette respectable et pieuse famille , qui trouvera, nous n'en doutons pas, dans sa résignation chrétienne' la force de supporter sa douleur. »
« .... Les pures victimes qui sont tombées appellent sur nous les miséricordes du Seigneur : Guillemin et ses compagnons, les deux frères Dufournel, de Veaux et tant
LES SOLDATS DU PAPE 5li
d'autres 1 «t Ce n'est pas le moment d'exprimer des regrets, » a dit l'archevôquo de Port-au-Prince , avant de fermer la tombe de Dufournel et de de Veaux, * nous devons nous réjouir, »
Et en effet, les morts chrétiennes sont toujours comme une semence de vie , comme un élément d'héroïque fécondité. »
L'avant-veiUe du combat de Mentana, de Veaux avait communié au Gesù et était resté longtemps absorbé dans une prière ardente. Et quand il se releva, il dit, tout peu* sif , à un de ses compagnons d'armes, en lui serrant la main :
— C'est un viatique que je viens de recevoir.
Le lieutenant Sauveur Jacquemont, la veille de Men* tana , occupé dans un salon à faire de la charpie , disait gaiement :
— Je travaille peut-être pour moi !
I) disait vrai! Quelle charmante et courageuse sérénité!
Un des plus braves entre les braves , à Mentana, fut sans contredit Albert de Peytes de Montcabrier, entré aux zouaves au mois d'avril 4863 , sous les auspices de ce bon et valeureux Frédéric de Saint-Sernin , nommé caporal au mois de novembre de la même année, sergent-major en juin 4867, sous-lieutenant le 29 octobre et lieutenant le 45 décembre de la mémo année; avancement rapide et glorieux bien dû à l'indomptable bravoure et aux qualités essentiellement militaires d'Albert de Montcabrier.
Plus heureux, que son. frère (iaston, qui fit partie de*
zouaves de 1863 à 1866, il a été l'un de ces héros catholiques, dont la postérité et la légende agrandiront ©ncore l'éclatante auréole. Albert de Montcabrier monta le premier à l'assaut, d'un côté de Mentana, à la tête de son peloton. Son uniforme de sous-lieutenant recevait le baptême du feu. Entré dans les premières maisons de la ville, il 6t prisonniers seize garibaldiens, don! un soi-disant capitaine, le comte Biagio, noble toscan, — à l'en croire du moins, — qui ne voulait rendre son épée qu'à un gentilhomme. Scrupule véritablement singulier de la part d'un rouge! Montcabrier se trouva donc là à point nommé.
a C'est un brave officier, écrivait le lieutenant-colonel Gharette, dont son père doit être fier; il fait honneur et à sa famille et à son pays. »
Quand la liste des blessés de Mentana parvint en France, je n'y trouvai pas sans tristesse , ni sans orgueil , un nom que l'histoire et 4860 m'avaient appris à honorer au-dessus de tous autres noms.
J'écrivis à M. Henri de Cathelineau pour lui demander si le blessé de Mentana était ce même enfant qui, en 4860, avait pris part, à ses côtés, à notre glorieuse et désastreuse campagne. Je reçus presque aussitôt la réponse :
« Mon cher ami,
» Oui , c'est le petit croisé qui était à Mentana , et j'ai la consolation d'apprendre qu'il y a bien fait son devoir. Sa blessure devait être mortelle; mais la balle, ayant frappé
sur la crosse de son revolver, est entrée dans le côté droit au-dessus de la hanche pour ressortir à la pointe de la première côte. Il a beaucoup souffert; mais aujourd'hui , grâce à la protection de Dieu et à sa bonne santé , nonseulement il est hors de danger, mais en pleine convalescence.
» Si vous avez regretté , mon ami , de n'avoir pu être à Rome, je l'ai aussi, moi, bien vivement regretté. Quelle belle occasion perdue de lutter contre l'impiété , contre la révolution et de défendre ses convictions!
« Je vous serre affectueusement la main.
» Henri de Cathelineac. »
Dans les premiers jours du mois de décembre , un excellent journal de Paris publiait la notice suivante :
« M. Henri de Gathelineau vient d'arriver à Paris, où il doit attendre son fils Jacques, blessé devant Mentana le 3 de ce mois.
» La famille de Cathelineau est une des plus respectées en Bretagne. Elle a conservé intactes ses sympathies, ses prédilections , sa foi, et l'on a trouvé ses représentants à Castelfidardo et à Mentana, de même qu'à une autre époque ils s'étaient montrés en Vendée.
» Cette phalange fidèle se compose aujourd'hui de trois
frères, petits-fils de celui qui fut nommé le saint de l'Anjou
et qui fut tué au siège de Nantes en 4793.
» Son fils , père de ceux dont nous parlons , fut aussi tué,
en 4832, en Vendée. Il laissa trois ûls : Henri, marié à la fille du marquis de Kermel , et père du ce jeune Jacques blessé à Mentana; Louis, marié à mademoiselle de Servigny, et père du jeune .Henri , encore à Rome , et dont le courage a prouvé qu'un Cathelineau de dix-sept ans vaut un \ieux soldat; enfin, Honoré de Cathelineau , le troisième frère , et une sœur, mariée au comte de Kerstratt.
» Le comte Olivier de Kermel, beau-frère de M. Henri *le Cathelineau, vient d'arriver à son château du Mesmeur, où son retour a été une fête de famille pour toute cette partie de la Bretagne.
» Il arrive tous les jours quelques-uns de ces zouaves pontificaux qui reviennent prendre place au foyer de la famille , avec la mênje simplicité que s'ils ne venaient pas d'accomplir un acte dont le pays et la famille ont le droit d'être également fiers.
» A la liste des morts laissés dans les rangs pontificaux aux derniers combats, il faut ajouter le nom de deux frères : MM. Emmanuel et Adéodat Dufournel, fils d'un riche maître de forges , et alliés aux meilleures familles du Jura.
« Ils étaient depuis longtemps au service du Pape , et ils viennent de mourir tous les deux à la fleur de l'âge avec un hérorsme qu'on admire, mais qui ne console pas leurs parents. »
Unévôque se trouvant auprès d'Adéodat Dufournel, lui disait :
— Espérez, mon enfant, Dieu se contentera du sang de
s votre frère Emmanuel et vqus m mourra paa, Np*s altatt redoubler nos prises , et vous ?esjere* w c* m^nde pour
consoler votre père et votrè sœur.
— Ah! je vous en supplie, Monseigneur, ne priez point pour que je reste , et laissez la miséricorde, de Dieu se faire. Le monde est pour moi plein de dangers, et je suis plein (Je faiblesse,, . <
. C'était une d'élite, et a vouju* s#tf d^te, pour nous servir de l'expression d'tm prAMft itaujôn, <* en* » châsser dans sa couronna $q ojartyr d{$ {Hibtâ $| d$â » perles précieuses, » en lui donnant, * tplé^r tftorrjbies
, souffrances cproprelles.. Ad^ûdat Wtft s^ten^nt* comme $pn. frère. Emmanuel, é4|fia»i ^ n$gieu£ q^i Jçg
, a assistes, la ft, P, de Gerlaq^ 4p te Gp WâWa te Jésus.
Quand le père et Ja sœur des Pujouruel sa présentèrent au Vatican, pie l& puvrit sas bras a# père et le Ion-, guement embrassé. Puis il dit :
- Je n'ai pas de paroles de çpB$oJalipn offrir à voire dpuleur; niais je v$ux que la gloirp de vos, enfouis brille aux yeux de tous sur votre poitrine.
Et Pie IX chercha à fixer sur le vêtement de p.ufournej une cfpix de commandeur (le son ordre. Mais ses mains tremblaiont d'émotion; sa vue ét#it voilée par 1*$ pleurs, et le Saint-Père dut laisser ce sjojn à wideinpj^lte Dufournel.
Ce matin même, jp recevais, 4'un ecclésiastique 4q Saini-Prieuc, M, l'abbé Martin, une lettre .tffg je $'<eiur
presse d'insérer telle quelle dans ce volume; car je ne saurais mieux répondre à la pensée de mon vénérable correspondant.
a Monsieur le vicomte,
» Les journaux m'apprennent votre pieux dessein d'élever un monument à la mémoire des frères glorieux des martyrs de Câstelfidardo. Permettez-moi de vous offrir mes humbles et vives félicitations.
» La mort de l'un de vos héros, Adéodat Dufournel, m'a donné ressouvenir d'une lettre qu'il écrivit en 4862 à la mère de son ami Alfred de Nanteuil, tombé l'un des premiers à Câstelfidardo. J'ai demandé à revoir cette lettre ; j'en ai pris une copie textuelle que j'ai l'honneur de vous adresser. Cette lettre vous fournira sans doute peu dedétails nouveaux et importants sur M. Dufournel : elle peut du moins servir à montrer une fois de plus que la victime épargnée en 4860 était digne d'être couronnée en 4867.
» Peut-ôtre aussi vous paraîtra-t-elle suffisante pour m'autoriser à vous faire une prière.
» Je n'ai pas à vous dire, monsieur le vicomte, combien depuis 4862, était devenu cher à la famille de Nanteuil, le nom d'Adéodat Dufournel, lui l'intime d'Alfred, le seul qui ait pu donner les quelques tristes détails de l'immolation. Si le plan de votre ouvrage ne s'y oppose, laisseznous, je vous prie, entrevoir les deux amis, — ne fût-ce que leurs noms, — entourés de la même glorieuse au-
LES SOLDATS DU PAPE t517
réole : l'un, dans une sorte d'intuition de sa mort, confiant à son ami ses dernières et plus chères pensées de la terre ; l'autre, comme pour s'acquitter de sa mission, échappant au massacre et laissant là sa couronne qu'il retrouvera embellie à Rome môme, je crois.
» Par là, monsieur le vicomte, vous vous assureriez, j'ose
le dire, un titre de plus aux sympathies des catholiques de Saint-Brieuc, si bien représentés auprès du Saint-Père depuis Alfred de Nanteuil; ce serait aussi une grande consolation pour une noble famille, admirable entre toutes par son dévouement à l'Église.
» Agréez, etc.
» F. Martin. »
Voici la lettre adressée de Marino à madame de Nanteuil par Adéodat Dufournel, le 49 avril 4862. On ne la lira pas sans émotion et sans respect.
« Madame,
» Lorsque M. de la Villeaucomte se fut engagé dans les zouaves, je parlais souvent avec lui de votre fils. Il me dit que vous désiriez apprendre tous les détails de sa vie en Italie et de sa glorieuse mort. Je répondis à M. de la Villeaucomte que je croyais que notre tâche serait bientôt terminée, et qu'à mon retour en France, je comptais faire un voyage en Bretagne et que je me ferais un devoir de vous rendre mes humbles hommages.
» Notre tâche est loin d'être achevée, et je ne sais si jamais j'aurai l'honneur de me trouver en votre présence
comme j'en ai le désir. Je prends donc, madame, la liberté de vous écrire ce que j'espérais vous faire coppaHre de vive voix.
* Je me suis engagé au mois de jujn, à Boraet, dan» la 2« compagnie des tirailleurs franco-taïgas, Alfred, plus ancien que moi, se trouvait dans la \r* çompagnie, et je le connus fort peu pendant le temps que nous passâmes à Terni, Tout ce que je savais de lui, c'est qu'il avait un excellent cœur et qu'il était aimé de tous sos camarades. Nous tombâmes tous deu* maJadesde la Um au mois d'août.
» Lorsque notre bataillon quitta Terni pour se rçndee au camp situé ? quelque distance de cette ville, nous entrâmes en convalescence. Nous n'étions pas en état de coucher sous la tente, et nous fûmes laissés à Terni, Alfred et moi, comme gardes provisoires du magasin. Nous étions tous deux seuls et nous nous liâmes bien vite. Nous parlions de nos parents, de nos amis, de notre pays. Avec quelle affection touchante Alfred me parlait de vous, madame, de M. d8 Nanteuil, de sou frère, de ses sœurs! Il accomplissait son devoir, mais ce n'était pas sans regrets et sans tristesse, car sa pensée était toujours loin de lui, près de vous.
» Nous partîmes tous deux à la fin d'août pour Rome où nous avions six jours à passer en congé de convalescence. Nous no nous sommes pas quittés pendante* bref séjour. D'abord Alfred était assez gai; mais la veille de notre départ, il revint fort tristedu Coiffé*,; qyç
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avions visité de nuit; et il me parla peu ce soir-là. Le lendemain il avait conservé sa tristesse, mais il avait le cœur plus ouvert. Il me dit le bonheur qu'il aurait à revoir sa famille. Mais, me dit-il en finissant, s'il y a un combat, je suis sûr de n'en point revenir, car je suis décidé à me faire tuer plutôt que de me rendre, si nous sommes vaincus; et si nous sommes vainqueurs et que je sois parmi les morts, tu prendras quelque chose sur moi pour l'envoyer à mon père et à ma mère en souvenir de moi. Je le lui promis en lui disant que je ne partageais pas ses pressentiments.
» Nous étions de retour au camp de Terni le 3 septembre. Alfred était passé dans la troisième compagnie à sa formation, et il avait repris un peu de sa douce gaieté. Nous nous confessâmes tous deux le 7 septembre à notre aumônier, et il le fit de nouveau le 17 au camp de Loreto, la veille du combat.
» Nous quittâmes le camp le 12 septembre, et n'étant pas dans la môme compagnie, nous nous vîmes peu pendant la route; car nous étions si fatigués en arrivant le soir aux étapes, que nous nous couchions presqu'aussitôt à la place qui nous était désignée pour passer la nuit. Le matin du 18, nous quittâmes le camp sous Loreto pour aller au combat. Tandis que le général de Pimodan haranguait les chasseurs italiens qui nous suivaient dans Tordre de marche, nos compagnies se mêlèrent un instant, car chacun allait dire adieu à ses amis et leur serrer la main. Alfred en me donnant la sienne était bien triste et avait les lar-
mes aux yeux. Adieu, me dit-il, et n'oublie pas ce que tu m'as promis. Je lui répondis : Au revoir! car j'espère bien que nous nous retrouverons ce soir après le combat. Il me serra encore la main sans me répondre et, après nous être embrassés, il retourna à sa compagnie. Je ne le revis plus depuis ce moment, ni pendant ni après le combat. Le soir, lorsque je me trouvai à Loreto au milieu du peu de mes camarades qui avaient pu revenir sains et saufs, je leur demandai s'il avaient vu mon ami. Nul ne put me répondre. Ce n'est que le lendemain que j'appris la triste nouvelle, et ce n'est qu'à mon retour à Rome que j'ai pu en obtenir les détails.
» Un soldat piémontais entrant le lendemain du combat à l'hôpital d'Osimo, présenta la photographie d'Alfred à un zouave blessé. Il lui dit que le soldat dont il voyait le portrait était blessé de quatre balles et que, sommé de se rendre par lui et d'autres soldats piémontais, il avait refusé et avait continué de se défendre jusqu'à ce qu'ils l'eussent achevé de deux coups de baïonnette.
» Ce sont les seuls détails que j'aie pu avoir sur cette mort, la plus glorieuse de toutes, puisqu'il a mieux aimé
» Je n'ai pu savoir le nom du zouave qui avait reçu le portrait de votre fils.
. «J'aurais dû, madame, vous envoyer plus tôt ces détails; mais n'étant pas connu de vous, j'ai hésité longtemps à renouveler les larmes d'une mère.
» Veuillez recevoir, madame, l'assurance de mon dé-
mourir que de se rendre aux ennemis de sa cause.
vouement et l'expression des sentiments sincères d'un homme qui s'honorera toute sa vie du nom d'ami que lui avait donné votre cher et noble fils.
» Je suis, etc.
» Adéodat IDurournel. »
Adéodat I... Dieu l'avait donné! Dieu l'a repris dans sa gloire éternelle, quelques jours après son frère, sept ans après son amil Nobles et pures victimes qui plaident làhaut pour le triomphe définitif de la cause à laquelle elles ont donné tout leur sang !
Le lendemain de la meurtrière bataille de Mentana, une noble et sainte femme *, parcourant les hôpitaux et prodiguant ses soins aux blessés, entend dire qu'un jeune zouave d'origine polonaise, grièvement blessé, se trouve dans une salle voisine. Elle y court et reconnaît le comte Édouard Raczinski, son neveu, qui était venu combattre pour la Papauté à l'insu de sa famille môme.
Frappé au ventre d'une balle qui avait fait à l'intérieur d'horribles ravages , le comte Raczinski fut pendant plusieurs jours entre la vie et la mort. Transporté au palais Odescalchi , il y reçut des soins maternels qui , avec la bénédiction de Dieu , l'arrachèrent à une mort que l'on considérait comme imminente.
Je ne saurais parler de ce noble et valeureux jeune