Le Croisé, cantate dédiée aux soldats du Pape
2. Orchestrée et publiée à Paris par un compositeur de grand talent, M. Frantz Lionville.
!îines de Castelûdardo, aux roulements de la fusillade et du ïcaoon.
En ayant, marchons!
En avant, marchons!
Zouaves du Pape, à l'avant-garde!
En avant, marchons!
En avant, marchons!
Le monde nous regarde ; En avant, bataillons !
Car notre généra], Qui se connaît en gloire, Nous mène à la victoire, A la victoire comme au bal !
En avant, marchons!
En avant, marchons!
Zouaves du Pape, à l'avant-garde !
En avant, marchons!
En avant, marchons! Le monde nous regarde ; < En avant, bataillons!
Et lorsque sera proche Le moment de mourir, Sans peur et sans reproche Tout zouave le verra venir !
En avant, marchons l
En avant, marchons!
Zouaves du Pape, à l'avant-gardet
En avant, marchons t
En avant, marchons!
Le monde nous regarde; En avant, bataillons I
C'était ensuite YHistoire d'an zouave du Pape, qui se chantait sur l'air du Petit soldat, et dont voici le dernier couplet î
Écoutez notre serment :
P'tit bataillon deviendra grand Pourvu qu'Dien lui prête vie ; C'qui lui manque, en attendant»
Ça n'en est pas sûrement • •U::î L'envie. ' Laissez venir ce jour-là, Patience, on vous vengera t Là-haut retenez nos places, En priant Dieu de nous fair* cette grâce t
Ran plan plan, ran plan plan, Et vive le Vatican!
Couplet en vers libres, mais prophétiques; car le petit
bataillon est devenu régiment, et les zouaves de'Mentana
ont héroïquement vengé leurs aînés de Castelûdardo. —
II y avait encore Les Diables du bon Dieu, singulier titre, mais chanson essentiellement française et dont l'allure en-
levait le pas des moins robustes.
Le Franco-Belge est glorieux D'être le frère des vieux zouaves ; Il est presque vêtu comme eux ; En tout il imite ces braves.
Gomme il marche au feu, venirebieu I Le pied léger, haute la tête 1 Bon î il charge à la baïonnette.
C'est le bataillon, morbleu 1 Des diables du bon Dieu.
Le Franco-Belge aux Piémontais
Ira demander sa revanche ;
C n'est pas pour rien qu'on est Français!
La Sardaign' ne sera pas blanche.....
Qui saura rendre, ventrebleu t
Un jour, à notre très-saint Père
Tout ce qu'il possède sur terre?
C'est le bataillon, morbleu I Des diables du bon Dieu.
« Ah! m'écriais-je en 1860, au retour de Castelûdardo, que nous aurions été fiers et heureux de combattre aux côtés de l'armée française! Cela viendra peut-être!... » disais-je sans trop croire à l'espérance que j'émettais.
Êt pourtant cela est venu! le drapeau de la France flottait à Mentaea côte à côte avec le drapeau de la Papauté, et les soldats du Pape ont prouvé aux premiers soldats du monde qu'ils n'avaient pas usurpé ce glorieux nom de zouaves. Il ne faut pl«s désormais que ces deux nobles drapeaux soient divisés; unis, ils peuvent souiever le monde; quel soutien filial pour la Papauté! Quel puissant levier, quel immense honneur pour notre patrie! Tant que la révolution n'aura pas désarmé ou qu'elle n aura pis été désarmée, qu'ils soient les gardes du corps du successeur de Pierre, du chef visible de cette institution divine, de ce pouvoir bienfaisant qui a fait germer l'arbre de la liberté du monde, qui a toujours maudit les bourreaux sans distinction, qui a seul empêché le despotisme de devenii atroce.
Home est à l'Église et au Pape avant d'être aux Romains; Rome est aux Romains avant d'être aux révolutionnaires cosmopolites, aux professeurs d'athéisme jet de démoralisation. Or, ni PÉglise, ni le Pape, ni les Romains ne sont disposés à abdiquer en leur faveur.
La Papauté doit demeurer à Rome, non-seulement parée qu'elle est la clef de voûte de la famille, de la société, de la liberté, mais parce que Rome est la métropole des arts, et parce que c'est à la Papauté que Rome doit cette souveraineté prestigieuse, affirmée par Michel-Ange, Raphaël, Palestrina et Canova.
En devenant capitale du royaume subalpin, la ville de Léon X perdrait son plus pur rayonnement, sa grandeur,
sa prospérité artistique, et serait promptement réduite à cette triste situation que Canova ne craignit pas de faire envisager à Napoléon Ier.
Appelé pour la seconde fois à Paris, afin de &re la statue de Marie-Louise, ce grand génie, qui était de plus un grand cœur, répondit à l'empereur qui le questionnait sur la situation de Rome:
—Rome est désolée depuis l'absence du Pape. Elleaperdu son souverain, ses cardinaux, les ministres étrangers, plus de neuf cents prélats, une foule d'ecclésiastiques. L'herbe va pousser dans les ruesl Votre gloire me permet de vous parler librement : l'or ruisselait à Rome; aujourd'hui, il ne coule plus!
— C'était bien peu de chose, reprit l'empereur, que cet
or, dans les derniers temps!... Semez du coton!... Nous ferons Rome capitale de l'Italie, et nous y joindrons Naples. Qu'en dites-vous, serez-vous content alors ?
— Les arts pourraient ramener la prospérité, répondit Canova; la religion favorise les arts. Chez les Égyptiens, chez les Grecs, chez les Romains, sire, la religion seulè a soutenu les arts. Les travaux des Romains portent le sceau de la religion. Cette salutaire influence sur les arts les a encore sauvés en partie des ravages des Barbares. Toutes les religions sont les bienfaitrices des arts ; mais celle qui est plus particulièrement et plus magnifiquement leur protectrice et leur mère, c'est la vraie religion catholique romaine. Les protestants, sire, se contentent d'une simple chapelle et d'une croix, et ne (tonnent pas occa
sion de fabriquer de beaux objets d'art. Les édifices qu'ils
possèdent ont été fabriqués par les. autres. L'empereur, se tournant vers Marie- Louise, s'écria: — U a raison, les protestants n'ont rien de beau M..
in
Qu'il y eût quelques simples a esprit fourvoyés par enthousiasme dans les bandes rouges, et susceptibles malgré tout de sentiments honnêtes, il n'en faut pas douter; mais, en dehors des milliers de soldats déguisés en garibaldiens , et qui se sont vaillamment conduits à Mentana, la majeure partie des acolytes du héros d'Asinalunga n'étaient que des chenapans assurément fort indignes de la sympathie des honnêtes gens de tous les partis. Je n'en voudrais pour preuves, s'il était permis d'en douter, que les exactions, les violences, les pillages, les ordures et les monstruosités qui marquèrent presque partout leur passage. Pillards et fuyards, ces deux mots, parait-il, vont ordinairement de compagnie!
A voir les excès des bandes rouges dans les localités qu'ils occupèrent pendant la dernière campagne, on ne se
i. Art au© dk Montor, Histoire du pape Pie VU, t. II, p. 28*.
demande pas sans frémir à quels débordements de fureur, d'impiété, de brutalité, de pillage, de vandalisme, elles se fussent livrées dans la ville des Papes, si le ciel lem eût permis d'en franchir le seuil en victorieux.
Il faut, pour sonder toute l'horreur du fléau dont Rome était menacée, pour désillusionner les crédules et réchauffer les tièdes, pour éclairer dans son vrai jour l'esprit dont sont animées les bandes anti-catholiques; il faut se reporter à plus de trois siècles en arrière et relire ces pages navrantes et navrées, où se déroulent les abominations du Sac de Rome * par les hordes luthériennes , en 45Î7.
Les sacs du temps d'Àlarric et de Genserïc n'offrent rien d'aussi horriblement hideux. Espagnols , Allemands , Italiens, c'était à qui ferait le plus de mal, non-seulement aux riches et aux prêtres , mais encore aux inoffensifs habitants. Se réunissant au son des tambours et des fifres, reîtres et lansquenets donnaient l'assaut aux palais, infligeant d'immondes outrages, de lâches et épouvantables orturesl
Des matrones et des jeunes filles furent violentées sous les yeux de leurs époux et de leurs pères enchaînés ^ plusieurs Romaines, pour se soustraire à la mort, se frappèrent d'un poignard , et des pères tuèrent leurs filles, kfin de sauver leur pudeur. Les temples ne protégeaient pas
*. Napoléon-Louis Bonaparte, frère de l'Empereur Napoléon îiï, en a donné une traduction française en 1830.
les femmes , qaedis-je! la mort même ne préservait pas
Jes cadavres.
Les artistes et les gens de lettres, attirés en grand nombre à Rome par la protection des Médicis , eurent à supporter tontes les souffrances. Sansovino , ftfattmrin et Polydore de Caravage , et les antres élèves de Raphaël , le savant Telesio, s'enfuirent de Rome, les uns presque mis, les antres entièrement nus ; Peruzzi fut contraint do peindre le connétable d'après son cadavre; Mareo- ' FabieCalvi, le traducteur d'Hippocrate , mourut de misé re , et le graveur Marco Dente fut tué par les Allemands *.
Dans les salles du Vatican , où se voyait le tableau d'Attila arrêté par Fépée des saints Apôtres, les reîtres allumèrent des feux qui enfumèrent les merveiUenSes peintures de Raphaël , et les célèbres tapisseries faites d'après ses cartons furent volées.
On tirait des couvents les religieuses pour les outrager à l'envidans les orgies qui avaient lieu sur les autels avec les vases sacrés ; puis, au milieu de l'ivresse, les soudards , coiffés de chapeaux rouges et revêtus des ornements ecclésiastiques , se livraient à des danses d'une révoltante impudeur.
Après avoir mis dans un cercueil le cardinal d'Ara-Cœli, ils le promenèrent dans Rome en lui faisant de bouffonnes funérailles; ensuite ils l'envoyèrent , en -croupe d'un reîtro , mendier sa rançon de porte en porte,
i? Valeriano Pwtio, De litteratorum infelicitatê, liber I.
Les moins profanes ne respectèrent pas même les tombeaux , et un anneau fut arraché d'un doigt de Jules II,
punition posthume, dit un illustre historien i, de son « Chassons les barbares ! »
Os faisaient la litière de leurs chevaux avec les bulles papales. Ayant pris un prêtre avec le Viatique, ils le conduisirent dans une étable et voulurent le contraindre à donner la communion à un âne; sur son refus, ils le massacrèrent. *
Réunis en conclave grotesque dans une chapelle du Vatican, ils dégradèrent Clément VII et proclamèrent pape * Luther.
Comme les bandes avaient commencé par accaparer les vivres, la faim et la rage poussèrent un grand nombre de Romains à se pendre ou à se noyer, et, comme si ce n'était pas encore assez de la famine pour venir à bout des derniers habitants de ces ruines qu'on appelait encore Rome, la peste se déclara tout à coup et fit en peu de jours d'effroyables ravages.
Tel fut le tableau de Rome pendant huit mois, sous la domination des soudards impies de celui qui prétendait au
titre de roi des Romains I Â ceux qui ne croiraient point possible le retour de ces dévastations, de ces horreurs , de ces parodies sacrilèges, je recommanderais la méditation du sac de Fulvaterra, en Tan de civilisation 1867, par Favant-garde accoutumée du roi d'Italie, et je rappelle-