‹ Les soldats du papeChapitre 6 sur 28 · Pages · texte numérisé non relu

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surtout les premières , pour de jeunes soldats plus habitués aux douceurs de la famille qu'aux aspérités de la vie militaire.

Ils supportèrent cependant les fatigues et les privations avec un entrain tout français. Azor, — le sac, — était lourd comme un quartier d'Apennins; mais on ne s'en apercevait pas, et l'on gravissait les sentiers rocheux avec le rire et la chanson.

— Je comprends mieux maintenant les finesses de la langue française, disait un jeune sportsman parisien; avoir le sac n'est pas la môme chose que porter le sac , et être en marche n'est pas être à la Blarcheî

Et de rire!

Mais on n'était pas à bout d'embarras et de surprises désagréables. La première étape se fit à Castelchiodato , bourg situé à un peu moins de dix-huit milles de Rome (vingt-six kilomètres). Mais l'intendance pontificale, qui jusqu'alors avait trouvé que les choses allaient fort bien en allant à la grâce de Dieu, — avait négligé de prévenir la municipalité de Castelchiodato du passage d'un6 petite colqnne de troupes.

Il en résulta un quiproquo singulier, qui fut le premier de ce genre , mais non le dernier.

Les habitants s'imaginèrent que des soldats, assez hardis pour uenir les chercher sur leur perchoir aérien , ne pouvaient être que des garibaldiens, — garibanditi, comme ils disaient spirituellement, ce qu'il faudrait traduire en français par le mot pâle de « garibandits . »

Aussitôt tous les Castelchiodatins de s'enfuir dans toute! les directions, l'archiprètre de courir à Palombara poui demander du renfort au gouverneur, le podesta 1 de calfeutrer et barricader ses portes et fenêtres.

La méprise était singulière , mais elle n'avait rien qui dût nous blesser; cependant, comme mourir de faim n'est pas toujours une mort glorieuse, on enfonça poliment, — je dis poliment , — les portes du podesta , et quand on se fut reconnu, tout alla pour le mieux dans le meilleur des bourgs pontificaux haut perchés.

Le podesta en fit une maladie.

Ces méprises d'ailleurs n'étaient pas rares, il faut le dire, au commencement de la réformation de l'armée pontificale, dans le laps de temps compris entre l'arrivée à Rome des premiers volontaires catholiques romains, — mai 4 860, — et l'expédition de Gastelfidardo, — septembre de la même année.

Une après-midi, me disait un volontaire de la garnison d'Anagni, on nous fit faire, dans les environs, une promenade de sûreté publique; il s'agissait de purger le pays de quelques bandits annexionistes; aux grands maux les grands remèdes, — et puis les cartouches se gâtaient à ne rien faire ! — To ut alla comme à l'ordinaire, pendant les trois premières heures de l'étape ; nous rencontrions par-ci par-là des contadini et des bœufs, puis des bœufs et des contadini, et c'était tout. — La route montait, descendait

i . Monsieur le maire.

et remontait ; ce ne serait pas une route d'Italie sans cela. — Nous longions le bas d'une roche droite comme un I , haute à n'en pas finir et d'apparence inaccessible. Figurez-vous un mât de cocagne; au bout du mât, une flamme gigantesque. — On fit halte; que pouvait-on faire de mieux? — Ce n'était pas une ville, c'était un nid d'aigle , et comment escalader cette muraille de marbre 1

— Qu'est-ce que c'est que ça? demanda le caporal Larchambault, qui venait de lever le nez.

— C'est une ville l répondit majestueusement Patrick, un franco-irlando-papalin.

— Je le vois bien , parbleu! mais au haut de la ville?

— C'est une hampe.

— Et qu'est-ce qui flotte donc à la hampe?

— Ordinairement un drapeau.

— Mais c'en est un.

— Oui , tricolore.

— De France?

— Non pas, de Piémont.

— Rouge, blanc, vert.

— C'est bien cela.

— U faut le décrocher.

— C'est facile à dire.

— Une balle peut le fa .

— Baht elle perdrait haleine a mi-côte.

— En avant! commanda le capitaine.

Diablesse de ville ! Nous tournâmes trois grandes heures

avant d'y arriver. — Cela se nomme Monte-Secco ou

Monte-Sagro, je n'en sais plus trop rien ; dans tous les cas, son nom lui va bien. — A cent pas de ce vilain trou, le capitaine, qui tortillait sa vieille moustache, se tourna et commanda :

— Chargez l

Ce ne fut pas long.

— Lieutenant d'Anvilie !

Capitaine?

— Prenez le commandement de vingt hommes et partez en éclaireurs. Au premier coup de fusil, nous serons avec vous.

Commandant d'avant garde, c'était charmant dans la circonstance présente! On est aux loges d'avant-scène un jour de première représentation, on a le gros de l'émotion, on nage dans les délices de l'imprévu, on marche au devant du danger comme un rempart humain; c'est ce qu'il y a de plus noble dans la vie du soldat !

Nous approchons de Montc-Secco ; nous découvrons une multitude croissante de drapeaux piémontais; nous franchissons les portes de la ville, et alors survient le plus risible quiproquo.

Notre vêtement de zouaves est inconnu dans ce pays aérien ; en fait d'uniformes militaires, on n'a jamais vu que ceux des gendarmes pontificaux et des carabiniers indigènes. Les bons habitants deMonte-Secco nous prennent pour des soldats du galant homme et nous accueillent par un tonnerre de :

— Vive Victor-Emmanuel 1

— Vive l'Italie!

— Vive Garibaldi!

— Vive Cavour !

— Baïonnette au canon! commandai-je, et Viva il Papal

— Viva il Papa! hurièrent les vingt zouaves

Non, de ma vie, je n'oublierai pareil spectacle. Vous avez assisté à des changements de décors à vue? Eh bien ! c'est précisément de cela qu'il s'agit. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, les drapeaux, les flammes, les couronnes, les rubans, les écussons piémontais s'étaient évanouis, et partout avaient été restaurés les écussons et les drapeaux pontificaux. Une minute suffit, et la ville tricolore s'était métamorphosée en ville blanche et jaune. C'était phénoménal, et, depuis ce jour, je crois aux sorciers en Italie.

— Vive le Pape! Vive le bon Pape! Vive notre trèssaint-père! criaient cinq cents hommes.

On venait nous baiser les mains, on avait des larmes de joie dans les yeux, on jetait des fleurs des champs sur nos pas, on agitait les mouchoirs aux feneslrelles, on nous combla de toutes sortes de prévenances, on nous gorgea de vivres et de vin , on ne voulut pas nous laisser payer un baioque. Bref, nous fûmes traités en libérateurs impatiemment attendus.

Il est bon de dire que, la veille, une bande piémontaise avait soulevé la ville au nom de Victor-Emmanuel II. Nous abandonnâmes Monte-Secco, persuadés que pas une

cité n'était plus fermement dévouée au gouvernement pontifical. Le lendemain, la bande y revint, e'-Ja scène de métamorphose se reproduisit avec les mêmes péripéties.

'Ville de malheur! — L'enthousiasme la ruinera.

L'étranger, le forestière comme on dit, — n'est pas extrêmement bien vu en Italie : l'étranger n'a guère le droit de s'en offenser, car si l'Italie est le musée de l'Europe, il faut avouer que, depuis des siècles, l'Europe à traité son musée un peu militairement. Je ne veux pas dire de mal du maréchal X....; les gloires de celui-ci ne sont pas les gloires de celui-là ; et puis la péninsule italiquo n'est pas la péninsule ibérique ; — mais enfin, j'étonnerai peut-être beaucoup de gens en disant ceci: monsieur le duc de X... avait des ancêtres et, de nos jours mêmes, il a des descendants.

L'étranger n'est pas bien vu en Italie, et les Italiens, qu'ils soient de Rome, de Turin, de Naples, ou de Castelchiodato, ne reviennent pas de leur étonnement quand ils voient l'étranger venir chez eux pour les protéger et. non pour les dévaliser.

Or l'étranger, dans une ville italienne, ce n'est pas seulement le Français, le Tudesque, le Turc, ou le Piémontais; c'est tout ce qui n'est pas autochtone.

Un matin, Lanascol, d'Anville, et deux ou trois autres volontaires, nous projetâmes une excursion à cheval aux environs de Rome. Quelle poussière et quelle chaleur! Si

Ton s'en plaignait, n'en doutez pas. Le ciel nous entendit et nous inonda.

Il pleut, il pleul, bergère t

chantait Lanascol à mi-voix.

— C'est le déluge ! disait avec résignation un autre cavalier.

— Je suis allié aux Noé, répondait d'Anville ; mais à dire le vrai, je ne crois pas que cela suffise pour nous faire entrer dans l'arche!

H nepleut qu'une fois dans ce pays béni ; mais il pleut une fois pour toutes ; — le cieî se rattrape sur la quantité; — nous n'avons pas une idée en France de ces effroyables inondations; si Ton renversait la mer sur le ciel, ce serait tout au plus appliquer la loi du talion.

Nous étions mouillés, transpercés, noyés; l'un criait au secours, l'autre parlait de l'avantage des lessives gratuites ad usum poptili; celui-ci soupirait en retrouvant les flaques du macadam et les odeurs de Paris; celui-là pestait

et tempêtait, sans doute pour faire concurrence à la tempête.

Nous étions faits, ou plutôt défaits comme des bandits quand nous franchîmes au galop les portes de Frascati.

Les rues étaient presque désertes; pour être plus vrai, disons même tout à fait.

L'air refrogné de d'Anville, les grandes bottes de Lanascol, le négligé de notre équipement et la furie de notre

entrée, tout servit à nous valoir la plus inattendue et la moins flatteuse des réceptions.

Nous venions de faire halte sur la place, nous nous apprêtions a mettre pied à terre avec l'aisance qu'y mettraient des porteurs d'eau, lorsqu'un groupe d'indigènes accourut vers nous en criant:

— Vive ritalie !

— Vive l'unité 1

— Vive Garibaldi.

— Vive Victor-Emmanuel !

— A bas les tyrans!

D'Anville affirmait qu'ils voulaient certainement parler des tirants des bottes de Lanascol. Faire des calembours en pareille occurrence!

Les drôles étaient neuf, comme les Muses, Tun de nous disait comme les buses, — puisqu'ils avaient pu nous prendre pour des roussins déguisés.

La terreur se répand, et, de la place gagne jusque dans les rues adjacentes; autour de nous les volets, les portes, les fenêtres, les boutiques, les palais, les églises se ferment, se calfeutrent, se barricadent.

Mais les plus drôles de choses vivent moins que ne vivent les roses. La méprise ne dura que l'espace d'une minute.

— Vive le Pape! cria (TAnvilte.

— Parle donc italien au moins, si tu veux avoir de l'écho, lui dit Hyacinthe de Lanascol.

— Viva il Papal crions-nous comme un seul papalin.

- Viva Pio Nonoî nous répond-ou de tous les coins du

pays.

Les neuf drôles s'évanouissent, je veux dire qu'ils brûlent à notre barbe de la poudra d'escampetta; — tout se rouvre, portes et fenêtres; la confiance renaît, Frascati reprend son bleu sourire, — et voilà une ville reconquise sans coup férir, à notre grand regret, l'avouerai-je, car nous étions assez mouillés pour ne pas craindre d'aller au feu.

Tout vient à point à qui sait attendre 1 A Castelehiodato, le bataillon des tirailleurs franco-belges n'attendit pas longtemps, dès que les indigènes eurent aperçu les volontaires saluant chapeau bas monsieur le podesta.

Ce'fut à qui, de ce moment, apporterait des provisions aux soldats du Pape, et les femmes qui s'étaient non moins cachées que les hommes reparurent à l'horizon.

Le lendemain, 20 juin, le bataillon arrivait à Patombara dont le gouverneur, — plus rassuré que le podesta de Castelehiodato, — mit au service du commandant de Becdelièvre tout ce qu'il demanda pour ses hommes.

Le 24, on partit pour Rieti, d'où le commandant adressa le rapport suivant au général en chef.

« Mon général,

» J'ai l'honneur de vous informer que l'itinéraire que vous m'aviez tracé n'a pu être suivi pour les raisons suivantes : de Palombara à Nerola il n'y a pas de route car-

rossable. J'ai donc dû faire transporter nos bagages sur des bêtes de somme, et, il nous a fallu aller plus loin, en tournant le village de Nerola, que nous avons laisoé sur la droite, nous dirigeant vers Monte-Libretti 4, que nous avons laissé sut notre gauche, pour prendre la route qui relie ce dernier point à la route de Rome à Rieti.

» J'ai alors conduit ma petite colonne jusqu'à l'osteria di Nerola, située à un mille et demi de Nerola, dont le village est bâti sur un sommet conique où il m'a paru inutile de mener mes hommes, harassés déjà par la route affreuse de Palombara, qui, comme l'indique l'itinéraire ci-joint, serait impraticable même à de l'infanterie, si elle était nombreuse. On n'y peut passer qu'un à un, et souvent on est obligé de se baisser sous le bois pour avancer. De Vosteria di Nerola, il y a de 30 à 35 milles, étape très-forte, comme vous le voyez, mon général ; or voici comment je l'ai faite. Je suis parti à deux heures du matin ; à deux' heures, j'ai fait la grande halte à l'osteria di Pozzo San Lorenzo. La route, jusqu'à ce point, contourne une grande quantité de vallées, ce qui l'allonge énormément; aussi ne suis-je arrivé qu'avec 18 hommes. Quinze nous ont ralliés un quart d'heure après, et trois heures plus tard le convoi, composé de voitures, nous rejoignait, portant vingt-sept sacs d'écloppés et dix hommes très-malades, par suite d'une chaleur affreuse.

I. Monte-Libretti ! Nerola t Deux noms que, sept ans plus tard, devaient illustrer les zouaves pontificaux.

» J'ai arrêté ma petite colonne, je l'ai fait camper pendant la journée, pour achever le soir à la fraîcheur la deuxième partie de l'étape. Cette précaution m'a trèsbien réussi; dans la soirée, j'ai fait partir mon convoi avant ma troupe, et n'ai conservé avec moi que ceux qui pouvaient marcher sans le secours des voitures. J'en avais soixante qui sont arrivés sac au dos en chantant, et ont fait une belle entrée à Rieti, où la population parait enchantée de nous voir. La ville est jolie, le pays superbe. Je vais séjourner ici, car me3 hommes sont bien fatigués, et de Rieti à Terni il n'y a que vingt milles. Je les ferai en un jour, dix le matin, dix le soir. Sans cette précaution, je crois qu'on perdrait beaucoup de monde, à cause des insolations. Je crois ce système de beaucoup préférable aux marches de nuit, qui fatiguent énormément les hommes, le sommeil de jour n'étant point un sommeil réparateur.

» Notre docteur Vincenzo Vincenti est très-entendu et nous rend de grands services; j'aurais perdu trois hommes sans lui.

» Nos jeunes gens sont admirables : c'est à qui ne mettra pas son sac à la voiture; ils veulent tous marcher, et il y en a qui font pitié, tant ils sont blessés, harassés.

» Je vous demanderai, mon général, d'ajouter sur mon tableau d'avancement les noms de trois jeunes gens qui, faibles de constitution, ont montré une telle énergie que leur exemple seul a maintenu bien des hommes qui se seraient laissé aller et que je n'aurais pu emmener. »

Le 24 juin, les tiraiileurs arrivaient à Terni, d'où- le commandant de Becdelièvre adressa au général en chef ee deuxième rapport :

« J'ai l'honneur do vous informer que nous sommes partis, lundi 24, à quatre heures du matin, nous dirigeant sur Terni qui n'en est distant que d'une vingtaine de milles. La route ne traverse aucun village ni aucune osteria. J'ai cru pouvoir pousser jusqu'à la fameuse cascade de Terni, pour faire la grande halte où je suis arrivé à neuf heures unquart, sans avoir laissé un seul homme en arrière, le repos de la veille les ayant tous remis sur pied. J'ai fait dresser les tentes, établir les cuisines, et les hommes se sont reposés pendant la journée. Le camp se trouvait situé à cinq cents mètres de la cascade de Terni, appelée de la Marmora, produite par les eaux du Teîlino, qui viennent du côté de Rieti. La chute d'eau est d'environ quatre-vingts mètres, et la différence des deux vallées, inférieure et supérieure, d'environ cent cinquante mètres. Je dis deux vallées, parce que le Vellino débouche dans celle de la Néra qui le reçoit au bas de sa chute. L'aspect du pays est magnifique, les montagnes sont excessivement escarpées et pittoresques, la route domine toute la plaine de Terni.

i> A un mille environ de la cascade se trouve l'ancienne rouie qui coupe ie village de Papiniano, est plus courte

a Mon général,

environ d'un mille, et va rejoindre la route nouvelle à •quatre milles de Terni.

» La route et le versant de la montagne sont plantés d'une forêt d'oliviers. A quatre heures, j'ai mis le convoi en mouvement, et je suis parti moi-même à cinq heures... Notre chapelain nous a ralliés à Rteti. Je crois ne pas mo tromper en disant que la route que j'ai suivie n'est bonne qtte pour habituer des hommes à la fatigue.

» Sous le rapport des précautions générales, on ne doit jamais se fier aux ordres donnés par les municipalités pour avoir des chevaux et charrettes; elles nous ont plusieurs fois fa": manquer le départ, quoique les voitures fussent arrivées; te veille, parce que les chevaux étaient à l'écurie et fes toituriers dans leur lit. Il faut tout faire soi-même de force,' Patitori té n'ayant pas les moyens de se faire respecter ôw n'osant pas s'en servir.

» Tai 'w beaucoup à me louer du gouverneur de Paloo gat de Rieti. »

Voilà donc les tirailleurs franco-belges en garnison à Terni, — un peu suspects au début, en I ur qualité de forestieri, aux indigènes de la vieille Interamna, mais bientôt estimés, chéis et populaires.

Cependant le type du ferrailleur, ou si l'on veut du sabreur, était assez commun au bataillon; j'entends ici

par ferrailleurs, ceux des volontaires qui ne rêvaient que batailles et coups de fusil, se désespérant de la vie trop peu accidentée, à leur gré, que nous menions depuis plusieurs mois. A la vérité, nous étions bien tous un peu ferrailleurs, et nous trouvions très-monotone Vasticage quotidien des gibernes et des plaques de ceinturon ; mais,

il y avait parmi nous quelques cerveaux bouillonnants qui étaient vraiment incroyables. On n'imagine pas avec quelle satisfation nos ferrailleurs apprirent l'entrée de Garibaldi à Naples. « Enfin, il va donc arriver! Pourvu, mon Dieu ! que l'armée de François II ne l'arrête pas en route! sans quoi, adieu les coups de fusil! »

— Heureusement, me disait, il y a peu de jours, un des « vieux Antiques » messieurs les Piémontais se chargèrent de nous contenter. Mais, si nousïûmes satisfaits, ils ne durent point l'être ; car leurs pertes, dans ce combat mémorable, furent rid beaucoup plus considérables que les nôtres. Le vainqueur fut plus battu que le vaincu t Le vainqueur n'est-il donc pas toujours celui qui reste maître du champ de bataille?

Comment ! mon cher Thirion, ne connaîtriez- vous pas ce mot si fin et si profond du comte Joseph de Maistre :

— Qu'est-ce qu'une victoire ? C'est une bataille qu'on croit avoir gagnée.

La vie de garnison n'était donc pas absolument du goût des volontaires. Depuis l'expédition des Grottes

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