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Les Français! on dit que ce sont les fils du diable t

2. Le comte de Saisy, actuellement chef de bataillon au régiment des zouaves pontificaux.

sans qui voulurent bien nous offrir la tasse de café que nous cherchions. Et quand avec force remercîmeots nous leur offrîmes quelques monnaies, le patriarche de la famille se leva et nous dit:

— Si nous pouvions être soldats comme vous, bous le serions avec vous; nous vous avons traité comme des frères ; ne nous traitez pas comme des juifs.

Je n'oublierai jamais l'air de simplicité et de grandeur avec lequel ces paroles furent prononcées. On se serra la main, on se donna l'accolade, et on se redit «u revoir.

Notre visite infructueuse au palais de Cesi me rappelle une autre excursion que nous fîmes, dans le courant du mois de juin, en compagnie d'Oscar de Poli..., de Gaston Teissier, de Félix de Montravel, et de trois ou quatre autres volontaires, appartenant les uns au corps Cathelmeau, les autres au bataillon franco -belge.

Nous allions à Poli, bourg situé dans les montagnes, sur un pic escarpé d'où l'on a les plus splendides aspects, à environ cinq lieues de Tivoli.

Une route directe mène de Rome à Poli, où la bande de cavaliers arriva quelque peu moulue, après sept ou huit lieues de chevauchée.

r Ge bourg appartenait jadis* à l'illustre famille des princes Conti, qui a donné huit papes à l'Église, et pour qui il avait été érigé en duché par Innocent XIII. Les Conti s'éteignirent.au dix-huitième siècle, et la majeure partie de leurs biens furent acquis par l'opulente famille Torlonia,

dont un membre porte aujourd'hui encore le titre de duc de Poli.

Le château, qui est véritablement admirable, — après avoir servi de forteresse au temps passé, — n'a plus pour garnison que son portier et quelques gens de service, vieux comme Mathusalem, jardiniers, bûcherons et autres.

Nous nous présentons au château ; le portier vient au devant de nous ; il nous salue poliment et nous demande ce qu'il y a pour notre service.

— Nous venons visiter le château, répond Teissier.

— Mais avez-vous l'autorisation ?

— Quelle autorisation ?

— La permission de son Excellence.

— Quelle Excellence?

— Monsieur le duc ?

— Quel duc?

— Le duc de Poli.

— Poli? s'écrie en riant Montravel, paTbleu ! mon ami, si nous avons sa permission!... La belle demande, puisqu'il est avec bous!

— Avec vous, tignori? dit le suisse en commençant à ouvrir de grands yeux.

— Mais oui; tenez, c'est lui qui cause sur le perron avec ce gr^nd blond.

A ces mots, le brave serviteur partit comme un daim du côté d'Oscar de Poli qui ne se doutait pas 4e l'accueil qu'on allait iui faire.

.e suisse en un clin d'œil s'était armé de sa hallebarde,

*t revêtu de son antique baudrier, et quand le vicomte de Poli franchit le seuil du château, l'honnête serviteur le salua de trois grands coups de sa hallebarde bruyamment frappés sur la dalle, et se mit à marcher devant, lui absolument comme dans nos- églises le bedeau marche devant monsieur le curé.

Arrivé au milieu do la grande salle, le portier se retourna et dit à notre ami, plus ébahi qu'il ne voulait le montrer :

— Son Excellence voit que tout est en bon état !

— Allons 1 tant mieux! répondit froidement Poli.

— Cependant je n'avais pas été prévenu de la visite de son Excellence.

— Si je vous avais prévenu, mon brave, qu'est-ce que vous auriez donc fait ?

— J'aurais averti monsieur l'archiprétre, monsieur le gonfaîonier et les fidèles habitants du duché de rarriyée de son Excellence.

— Et alors?

Poli et le suisse, à ce moment, se regardaient tous deux dans le blanc des yeux, et tournés en points d'interrogation. Félix de Montravel vint à propos au secours des interlocuteurs, en disant au brave homme :

— Ne faites pas attention, mon ami!... Son Excellence aime à rire.

Mais, malgré tout son respect à haute dose invétérée, le pauvre serviteur était visiblement ébranlé. Pour lui remonter le moral, un de nous imagina de lui glisser dans

la main qu'il tenait la hallebarde un beau louis d'or en lui disant:

— Je suis le trésorier de Son Excellence; voici ce qu'elle m'a ordonné de vous remettre, mon ami.

Un louis! A ce prix-là, il nous eût appelés tous archiducs!

Cinq minutes après, comme nous sortions des portes de Poli, et que nous suivions tout hilares le chemin de Tivoli, nous entendîmes les cloches qui sonnaient à toute volée, et la population qui poussait de frénétiques acclamations, sans doute en l'honneur de monsieur le duc.

Nous éperonnâmes nos bêtes peur ne pas escroquer une ovation. La nuit vint, et, derrière nous, dans le lointain, nous vîmes le bourg de Poli tout ruisselant de feux. — Les habitants avaient illuminé : il y avait plus d'un demisiècle que le duc de Poli n'avait mis le pied dans son duché!... 1 »

Le départ des tirailleurs pour Terni avait suivi de si près l'organisatioR du corps, dit M. de Becdelièvre dans ses Souvenirs, que le recrutement éprouva bien des difficultés qui en entravèrent le développement.

Les premiers embarras nous vinrent de la fusion qu'il fallut opérer entre les Français et les Belges. Les contingents de ces deux pays différaient essentiellement. Le premier, à de rares exceptions près, se composait de

I. Quel dommage qu'Albert Thirion n'ait pas cru devoir publier tous ses souvenirs I

jeunes gens de famille qui n'avaient jamais servi et dont beaucoup avaient des préjugés qu'une discipline sévère fit bientôt disparaître, grâce au bon esprit qu'ils avaient puisé dans leur famille. Le second au contraire contenait deux catégories. La première était formée de braves paysans flamands dévoués et pieux presque tous, mais ignorant complètement le français et l'italien ; la seconde d'anciens militaires de l'armée belge ou de la légion étrangère d'Afrique, soldats aguerris, mais réfractaires à la discipline et jaloux sans justice des grades conférés à ceux qui n'avaient pas, comme eux, servi dans l'une ou l'autre armée.

Lorsque le principe des compagnies mixtes fut adopté, je fis immédiatement appel aux sentiments de mes hommes, dans un ordre du jour qui leur démontrait que leur dévouement devait être sans bornes ; que chacun devait oublier sa vie passée pour n'être que le simple soldat d'une çrande et malheureuse cause, l'intrépide mais obscur défenseur d'un magnifique principe ; que Français et Belges, unis par le double sentiment de la confraternité et du devoir, devaient rivaliser de zèle et d'abnégation pour montrer au Saint Père qu'ils étaient dignes en tout do sa confiance et fiers de son service. J'eus la satisfaction d'être compris de tous, et je dois aux successeurs de ces braves jeunes gen^ de leur faire savoir qu'ils oni eu pour anciens des hommes qui ont vaillamment supporté tout ce que la vie militaire peut offrir de plus rare et de plus périlleux. Un corps qui a de pareils antécédents, un nom immortel.

a le droit de se comparer aux premières troupes des grandes puissances et l'obligation de se montrer toujours et partout^digne de ses devanciers!

Quel magnifique hommage rendu par le premier chef des zouaves pontificaux aux soldats de Castelfidardo et de Mentana!

Un matin du mois d'août, le général en chef envoya camper à Collescipoli le bataillon franco-belge, le premier bataillon de chasseurs indigènes, le deuxième bataillon de bersagliers autrichiens, un escadron de chevau-légers et six pièces d'artillerie.

Adieu, Terni! Mais avant de te quitter, un bon souvenir à Figlio mio 1

Qui n'a connu Figlio mio ?

Ce fut le premier visage que nous rencontrâmes à notre arrivée à Terni. Figlio mio vint s'installer à la porte de notre caserne et n'en bougea pas, quelque temps qu'il fit, durant les deux mpis que nous y tînmes garnison. Figlio mio, faisant presque partie du bataillon, crut de son devoir de nous suivre au camp lorsque nous quittâmes Terni. J'oublie de dire quo Figlio mio était tout simplement une marchande de fruits ; cette femme n'était ni Jeune, ni jolie. Elle avait une belle chevelure noire pourtant, mais cinquante ans avec, ce qui commence à compter, pour une Italienne surtout. Elle nous aimait comme ses enfants et nous prodiguait du reste les Figlio mio à tous indistinctement. On lui avait donné ce nom, nocs m lui en connûmes jamais d'autre. Au camp, Figlio mi*

nous fut fort utile pour faire nos commissions à la ville. On lui disait: Figlio mio, allez m'acheter du papier à lettres et une paire de chaussettes, et ceci, et cela. — « Si, Figlio mio, subito. » Elle plantait là son modeste étalage de fruitière et s'en allait faire ponctuellement les commissions dont on l'avait chargée, — gratis pour ses enfants d'adoption. Figlio mio cumulait aussi les fonctions de blanchisseuse. Elle arrivait tous les matins rapportant sur sa tête, par dessus son panitr de fruits, quelques chemises blanches qui faisaient aussitôt autant d'heureux. Le 43 septembre, arriva Tordre de lever le camp et d'aller coucher le soir même à Spolète. Comme on ne s'était pas attendu à un départ si précipité, l'on avait, la veille encore, confié à Figlio mio une certaine quantité de linge qu'elle devait rapporter le surlendemain. Grand émoi parmi les pratiques de la blanchisseuse: ce jour-là justement Figlio mio arriva plus tard que de coutume à son poste accoutumé. Du plus loin qu'on l'aperçoit on court à sa rencontre : « Figlio mio, la camiciat Figlio mio,dov* è il fazzoletto? La biancheria presto! la biancheria, perché oggi si va via t » La pauvre femme, après un instant d'abasourdissement, déposa sa corbeille en disant : « Vado in fretta a pigliarla ! » et on la vit courir vers la ville comme une fillette de quinze ans. — • Après deux grandes heures, Figlio mio arriva enfin tout en nage avec une pesante masse de linge mouillé. Il était temps. Chacun reprit son bien, rien ne manquait. Quelques minutes plus tard, nous quittions le camp de Collescipoli après y avoir passé trois

semaines. Figlio mio, immobile au bord du sentier, nous regarda partir avec de grosses larmes dans les yeux. . Adieu, Figlio mio ! t

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