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IV

A peine le général de Lamoricière avait-il pris le cornmandement en chef de l'armée pontificale qu'on vit accourir à Rome le comte Gaspard de Bourbon-Chalus, sollicitant l'honneur de servir sous ses ordres la plus auguste des causes.

Lamoricière, qui se connaissait en hommes, chargea M. de Bourbon-Chalus d'organiser un corps de volontaires . à cheval, ayant rang de sous-lieutenant, et destinés à former l'état-major des généraux pontificaux.

Telle fut l'origine de la création de l'escadron des guides de Lamoricière.

« On se réservait, dit le noble historiographe des guides *, — le comte Philippe de Tournon, doyen d'âge de ces cavaliers d'élite, — on se réservait d'en tirer tous les services qu'on peut demander à des hommes d'un dévouement absolu ; ils devaient servir, s'équiper, se monter à leurs frais, — ainsi que le cavalier d'ordonnance que l'État mettait à leur service. »

1. Les Volontaires pontificaux à cheval, par le comte de Tournon. — Paris, 1860.

Voilà les hommes que ce pauvre diable de CiaWini traitait, — dans cette grossière proclamation qui a obteow an succès de fou-rire, — de a masnada di briachi stranieri, compri sicant, » — a bande d'ivrognes étrangers et d'as* sassins mercenaires. »

Bientôt le corps des volontaires à cheval se trouva formé comme il suit :

Commandant : Le comte Gaspard dé Bourbon.

Lieutenants: Le comte Auguste de Gontaut - Biron, le vicomte de Saintenac.

Fourrier: M. deGassart.

Aumônier: M. l'abbé Caillaud.

Volontaires à cheval : MM. le vicomte Albéricde Rotallier, le comte de Sapinand, le comte dé France, le marquis des Dorides, de Candé, le comte de la Rochetuion, le comte de Chanay, le comte Le Gonidec de la BHiais, de la Bfarronière, le comte de Fumel, de Cadaran, de Formon, de Terrouenne, de Montgermont, Roger de Terves, le vicomte Joseph de Raîrneville, le comte dé Moynier-Chambofant, le comte de Touchebeuf de Clermont, le comte de Chastenet de Puységur, le vicomté de la Perraudière, lé vicomté (te la Béraudière, de Frémur, le comté d'AgouIt, le comte de Bonnay, lé comte de Robiano, le comte Selby, Le Méore de Pas, de Ribiers, le vicomte de Legge, de Montmarîn, Le Bel, le comte dé Sinéty, le comte Collalto, lé comté (te Maillé, le eomte de Cossette, le comte de Clinchamps, le .comte Augustin de Lorges.

Le comte de Bourbon est aujourd'hui major pontifical

attaché à l'état-major de Son Excellence le ministre des armes; car au premier coup de fusil tiré par les bandes rouges, à la fin du mois d'octobre 4867, le noble* comte repartait pour offrir encore au Saint-Père son expérience,

son courage et son dévouement.

Le vicomte de Saintenac, ancien sous-lieutenant aux guides de la garde, à la tenue vraiement militaire, au commandement toujours précis, ferme et sonore, est à présent chef d'escadrons de dragons,

M. de Gassart, par son application constante aux détails de l'administration du corps, acquit des droits non contestés à la reconnaissance des guides.

Albéric de Rotallier et Auguste de Gontaut avaient servi dans Varmée française.

Le comte de France est aujourd'hui chef d'escadron d'état-major, et M. de Fumel est capitaine aux zouaves.

« Augustin de Lorges, dit M. de Tournon, fut notre dernière recrue. Son père, M. le duc de Lorges, nous l'amena lui-môme à Spolète, et voulut partager, pendant quelques jours, la vie frugale et agitée des guides. Cette marque de confiance et de sympathie de la part d'un si bon juge en matière de devoir et de dévouement était pour nous le plus flatteur des encouragements. »

L'aumonier des volontaires à cheval était un jeune et saint prêtre angevin, à la figure franche et sympathique, qui s'était présenté, un jour, au comte de Bourbon en disant .

7ô LES SOLDATS DU PAPE

— Il vous faut un aumônier, prenez-moi, je vous suivrai partout.

Jamais offre plus cordiale ne fut acceptée avec une joie plus vive, une reconnaissance mieux sentie. Depuis ce jour, l'abbé Caillaud, chevauchant sur le flanc de la colonne, ne cessa de partager les fatigues, les illusions et les angoisses des volontaires à cheval.

« La discipline était peu sovère et l'autorité du commandant plus que paternelle; sous cette autorité, cependant, trente ou quarante jeunes gens ont vécu six mois d'une vie tour à tour oisive et agitée, dans une intimité de tous les instants, ont satisfait avec zèle à tous bs devoirs qui leur ont été imposés, et se sont quittés, n'emportant les uns des autres que de bons souvenirs et de franches amitiés.

» C'est que l'autorité morale de Bourbon-Chalus était grande et incontestée. Un mot de désapprobation, une expression de mécontentement sur sa noble et mélancolique figure, ont toujours été pour tous les volontaires la plus grave des peines et la plus redoutée.

» Rarement huit jours de suite au môme endroit, parcourant sans relâche les montagnes de l'Apennin, soit à la suite du général, soit en colonne, les volontaires égayaient la longueur d'interminables marches sous un soleil brûlant par toutes les saillies de la jeunesse, et faisaient retentir ces gorges sauvages de nos refrains les plus populaires, répétés en chœur pendant je ne sais combien de kilomètres, avec une constance digne d'un meilleur sort; car

la poussière, quarante degrés de chaleur, la fatigue, éteignaient toujours bien avant la halte les voix les plus intrépides, et l'étape s'achevait au bruit monotone et cadencé du pas de nos quatre-vingts chevaux. *

» Cependant, vers le 42 septembre, le quartier générr.1 prit une physionomie plus animée. Le général venait de recevoir cette singulière sommation que l'invasion du territoire pontifical avait précédée de deux jours.

» Vous êtes beaucoup, avait-il dit à l'officier piémontais porteur de la dépêche ; mais nous autres Français, nous ne comptons guère nos ennemis, et la France est derrière nous.

» Ce que les événements offraient à nos imaginations dépassait nos espérances. Ce n'était pas en effet contre les bandes de Garibaldi que nous allions engager une guerre de poursuites et de coups de main sans gloire, nous allions mesurer nos petites forces contre l'armée piémontaise. Entreprise périlleuse; mais la France pouvait-elle nous laisser écraser, souffrir sous ses yeux, à portée de ses canons, la plus monstrueuse violation du droit des gens, l'invasion d'un État dont elle avait naguère revendiqué ladéfensecomme un droit glorieux? Résister bravement, résister quelques jours, puis combattre à côté de nos soldats, faire flotter ensemble le drapeau de l'Église et celui de la patrie, et vaincre alors, telles étaient nos illusions I 1 »

Telles étaient celles de tous les volontaires français, et,

i. Le comte de Tournon, Les Volontaires à cheval, p. 3 et 4.

LES SOLDATS WJ PÀPI

j'ose dire, celles de tous les catholiques. Une fille laisse— (-elle outrager et dépouiller impunément sa mère ? La fille aînée de l'Église pouvait-elle assister paisiblement, comme une complice, à la spoliation piémontaise ?

Qui l'eût cru dans ce temps-là? Mais l'avenir est à Dieu, et l'avenir est gros de réparations vengeresses!

Nous retrouverons les guides de Lamoricière sur la route de Castelûdardo ; parlons à présent d'un troisième /corps, — malheureusement mort-né, — car si la formation n'en eût pas été radicalement entravée par les plus paissantes influences, il eût peut-être sauvé la Papauté en 4860.

Les volontaires à cheval et les tirailleurs n'étaient pas les seuls corps français qu'on cherchait à organiser pour la défense de l'Église et du Souverain Pontife.

Un homme était venu de Bretagne, plein de force et d'expérience, plein d'ardeur et de dévouement, plein de courage et de foi, portant l'un de ces noms chargés d'une gloire historique devant laquelle les fronts les plus hauts s'inclinent.

Il s'appelait Henri de Cathelineau.

— Très-Saint Père, dit-il à Pie IX, vos ennemis vous menacent, il est juste que vos enfants vous défendent. Je juis le.petitrfils du Saint de l'Anjou. Je vous apporte ma vie et celle de mon fils1,

i. L'héroïque Jacques de Cathelineau, alors âgé* de treize ans, qui, aux côtés de son père, prit part à la défense d'Ancône

Pie IX les bénit avec effusion, et Henri de Cathelineau s'occupa immédiatement de la formation du corps des

Croisés.

Soixante volontaires accoururent aussitôt à l'appel de ce vaillant chef, et le corps des Croisés se trouva composé comme il suit :

Commandant : Henri de Cathelineau.

Commandant en second: le chevalier de Guinaumont.

Lieutenant: Victor Gros de Perrodil.

Croûès : Pierre Segaux, Chauvet, ancien lieutenant-co- \onel , Gaston Teissier , Joseph W Jls , le vicomte Hyacinthe de Lanascol , John Martin, le baron de Fortsner de Dambenoy, Alliot, Léopold Joubert, le comte Gaston du Plessis de Grénédan, Louis de Cadoudal, Honoré de Cathelineau, Charles de Bange, Berthelot, Lestenf, Jules de Maffré de Lastens, Lécart, Van der Poorten, Nicolas Furey, Lemerle, Nugon, Alain de Kersabiec, le comte de Bessay, le comte de la Bassetière, Félix de Montravel, Ferdinand de Chazotte, Louis Bertrand, Morin, Rabillard, de Kersaingilly, Ker* neur, le vicomte de Poli, Henri Carré, Yves Carrée, Rogatien Picou, le comte de Christen, Vallet, Gabilliet, le baron Amédée de Kersabiec, Décoriot, Dominique Bonnefoy, Capdeville, ancien lieutenant-colonel, Pierre de Penvern, Joseph de Penvern, le vicomte d'Arces, Joseph Guérin,

en J860, et qui a été grièvement blessé au combat de Mentana. C'est le irente-troisième Cathelineau qui verse son sang pour la défense du droit et de la foi.

Bauer, Pinsonneau, Roulaud, Charpentier, Heurtauac, Martin, Chirol, du Moustier, et douze ou treize autres dont les noms m'échappent.

Christen a aujourd'hui un nom européen. Lanascol, du Plessis-Grénédan, Montravel, Picou, Guérin, sont morts glorieusement à Castelfidardo ! Combien, d'autres n'oat pas eu le bonheur de tomber sur le champ de bataille, et que la mort a fauchés depuis ! Morin, Rabillard, Kersaingilly, Amédée de Kersabiec, Bonnefoy ! Alain de Kersabiec, Yves Carrée, Christen sont actuellement officiers dans l'armée pontifical^, le premier aux zouaves, le second dans l'artillerie, le dernier dans l'état-major.

La caserne des Croisés était dans la Longara. C'était ordinairement une maison destinée aux retraites spirituelles, le Ritiro sagro, contigu au magnifique jardin botanique. Le commandant de la caserne était le chevalier de Guinaumont ; c'était un père pour nous, et c'était un saint pour Dieu. La reconnaissance a gravé son nom dans tous nos cœurs. Le lieutenant instructeur était le brave Victor Gros de Perrodil, ex-lieutenant au service de France. On faisait l'exercice quatre heures par jour ; joignez à cela une heure de théorie, les gardes et les corvées; il restait peu de temps pour aller se pavaner au Corso.

La petite tenue consistait en un béret bleu à flamme blanche, veste et pantalon de coutil gris; la grande tenue en un chapeau a plumes se rapprochant de celui des bersaillers piémontais, veste marron à torsades noires, gilet marron boutonnant sur Jd côté et portant en cœur une

croix [blanche, pantalon flottant marron et à torsades noires, ceinture bleue, bottes molles, ceinturon et sabre.

Nous avions tous des bérets, mais il n'y eut que troisou quatre Croisés gratifiés de la grande tenue, avant la dissolution du corps, du Plessis-Grénédan, Lanascol, Bessay et moi ; car le corps fut dissous avant d'avoir été complètement organisé, du moins en ce qui concernait l'équipement.

Un ]Our,le Ritiro fut désert. Les Croisés s'étaient coiffés de leurs bérets bleus à gland blanc, avaient pris pour toute arme un bâton, et s'en étaient allés faire le tour des États pontificaux. Partout, dans les campagnes, ils étaient reçus comme des amis qu'on n'a vus depuis un siècle; les seigneurs envoyaient de vrais festins ; les paysans organisaient des danses; les villageoises étaient ûères de ces nouveaux cavaliers, et je sais plus d'un roman intime qui n'alla pas plus loin que le prologue.

Dans la Longara, on regrettait les Croisés ; on les aimait, ces braves jeunes gens, affables et charitables. Quand ils revinrent, un soir, les bonnes femmes filaient sur leurs portes, les enfants jouaient dans la rue ; ce fut une petite ovation.

Nous étions loin de penser, dans la quiétude de cette douce retraite, que la création de notre corps soulevait à Borne et en France de véritables tempêtes.

- Le nom de Cathelineau est trop significatif! disaient les uns.

Alors pourquoi s'étaient-ils tenus cois lorsque le capitaine Charette avait été mis à la tête du petit corps français, dans les commencements de sa formation?

— C'est du royalisme que va faire à Borne M. Henri de Cathelineau ! disaient les autres.

Deux cloches, mais un même son! Comme parce qu'on est fidèle aux plus glorieuses traditions de famille, on n'avait pas le droit de coopérer à la défense de l'Église et de ce saint qu'on appelle Père !

Mais l'orage ne grondait pas que du ts&té de 4a France. La discorde soufflait dans le camp de Terni.

« Nous étions, depuis un mois à peu près, installés à Terni, dit le commandant de Becdelièvre quand les enjôlements de M. de Cathelineau causèrent quelque agitation parmi mes tirailleurs. Pour eux, les événements étaient en retard, le service pénible, l'institution des Croisés séduisante. Le commandement pouvait devenir difficile, et il fallut toute la sévérité de la discipline pour maintenir l'union.

j» Nous étions inquiets de notre avenir, torsque, dans la seconde quinzaine de juillet, M. de Cathelineau traversa Terni, se dirigeant sur Ancène pour y présenter au général en chef les institutions qu'il comptait donner à sa troupe. Je lui démontrai qu'il y avait un imminent péril à vouloir former deux corps, quand on avait tant de peine à en former un seul, et je lui offris le commandement dm

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