PAYSAN ET SOLDAT
Quel est l'homme en France, nous pourrions même dire quelle est la femme, qui, de près ou de loin, ne tienne au paysan ou au soldat?
Quel est l'habitant des villes qui, par son père ou son frère, n'ait touché à la bêche ou au fusil?
Si nos docteurs, nos philosophes, nos trafiquants et même nos poètes regardent avec soin la paume de leur main, ils y trouveront la trace de la terre ou la trace de la poudre.
Le Français ne nous semble jamais aussi beau, aussi grand, aussi à Taise qu'aux champs et au camp. Il a voulu être Romain avec Messieurs de la Gironde, et la tribune s'est brisée sous ses pieds; il a voulu rêver avec Corinne, et la lyre a glissé de ses doigts; il a voulu, comme l'Anglais, passer de la Chambre des communes au palais de la Bourse, et il s'est égaré dans le trajet.
L'armée est une si grande chose! les champs de blé, les vignes et les bois sont une si douce chose ! Pourquoi donc les fuir ? Combien d'hommes sont errants aujourd'hui sur la terre étrangère, qui vivraient heureux et honorés, si, par légèreté, par ambition, avec ingratitude, ils n'eussent délaissé le sillon de leur aïeul ou le sabre de leur père!
Ils n'ont voulu être ni paysans ni soldats; ils ont renié leur mission, ils ont dit adieu aux souvenirs de l'enfance, aux espérances de la vie.
Pour l'existence politique, ils ont laissé la charrue, qui fait l'homme bon; ils ont laissé la discipline, qui fait l'homme fort.
Les uns ont voulu être orateurs, et les autres poètes. Mais la prose ou les vers n'étaient pour
la plupart que l'échelon qui mène à la fortune. Ils ont craint le labeur obscur des champs et de la garnison; ils ont pris leurs défaillances pour des aspirations.
Leur songe n'a duré qu'une heure. Pour eux le réveil n'a pas été terrible, mais douloureux. Se croyant supérieurs au paysan et au soldat, ils avaient dédaigné le chaume et le fusil. Or qui nous dédaigne, nous paysans et soldats, est fatalement condamné à tomber.
En ce temps -là, on voulait à tout prix jouer un rôle politique. Le théâtre étant vaste et les acteurs nombreux, chacun, pourvu qu'il ne fût ni paysan ni soldat, avait son rôle plus ou moins important. Deux hommes seuls n'avaient pas de rôle : le paysan et le soldat.
Ni l'un ni l'autre n'appartenait à un parti, ni l'un ni l'autre ne professait sa politique à part. Pauvres d'argent et pauvres de livres, ils ne savaient qu'aimer la France, la nourrir et la servir.
Ils savaient aussi l'illustrer par des dévouements et par des victoires. Mais qu'étaient -ce que des dévouements et des victoires, à côté des gloires retentissantes de la tribune et des lucratives grandeurs de la publicité ?
Heureux celui qui a résisté au torrent des fausses idées, aux séductions des faciles renommées! Heureux qui, pour l'atmosphère dévorante
des affaires et de la politique parlée, n'a pas abandonné la chaumière et la caserne! Heureux qui n'a pas rougi de la vie modeste de son père, de la rude existence du paysan, ou n'a pas redouté les sévérités de la garnison! Heureux qui d'un pied dédaigneux n'a pas jeté loin de lui les souliers ferrés du paysan et du soldat, pour l'emprisonner dans les bottes vernies d'un solliciteur !
A l'heure du péril, la France a fait appel à ses enfants bien-aimés. De tous les sillons, de toutes les casernes, des bras se sont élevés pour sauver la patrie. Au temps des sonores paroles avait succédé le temps des mâles actions. Ceux qui avaient été systématiquement exclus du rôle politique sont restés seuls chargés des difficultés politiques, et le bon sens a guéri le mal créé par les habiles.
Que l'histoire le constate, que la postérité soit reconnaissante, peu nous importe; nous avons fait notre métier de paysans et de soldats, en arrachant une première fois la France aux mains avides qui la mettaient en lambeaux.
Dieu ne demande pas à être compris, il demande à être servi.
Le lendemain, nous sommes retournés aux vignes et aux garnisons, aussi pauvres que la veille.
Au milieu de ces effroyables journées de juin 1848, quand Paris était un vaste champ de bataille, quand les murs s'écroulaient sous les boulets, quand les généraux tombaient comme aux plus sanglantes journées de la guerre; quand, enfin, la patrie étant en danger, les paysans des provinces s'élancèrent vers la capitale. Le gouvernement daigna confier à celui qui écrit ces lignes le poste où se trouvaient réunis les premiers arrivants, dont il devint le chef. Vêtus de leur veste de bure ou de leur habit de chasse, armés du fusil à deux coups, ils étaient tous là dans le rang, ces fermiers, ces laboureurs, ces anciens militaires.
A leurs fronts bronzés par le soleil, on reconnaissait le campagnard qui vit plus dans sa gentilhommière ou dans sa cabane que dans les salons de Paris. Ils se mirent promptement au métier de soldat, et grimpèrent aux barricades comme aux lapinières de leur garenne. Lorsque la lutte fut terminée, ils retournèrent aux champs, l'un pour surveiller ses maçons, l'autre pour rentrer sa récolte aux granges.
J'en eus sous mes ordres deux aux barbes grises : l'un Breton, l'autre Normand; celui-ci meunier, celui-là noble paysan, riche, habillé de vert et coquettement ganté. Ils amenèrent trois jeunes garçons, leurs fils : deux au Normand, l'autre au Breton.
Nous marchions au feu dans un rude moment, les fils à côté des pères, armés comme eux de fusils de chasse à baïonnette. Les pères couvaient des yeux ces braves enfants que les mères pleuraient dans leurs solitudes. Émus au fond du cœur, mais calmes, les fils regardaient les pères, cherchant à les devancer peut-être, pauvres enfants, pour les protéger de leur corps.
Nous allions à l'attaque d'une célèbre maison de nouveautés, dont l'enseigne très connue était dans ce moment une amère plaisanterie. Les fenêtres vomissaient la mort. Lorsque la maison mutilée, sanglante, tout en lambeaux, eut été enlevée, je oherchai d'un œil inquiet mes compagnons les paysans.
Quelques coups de feu se faisaient encore entendre, des cris s'élevaient de toutes parts, les cadavres jonchaient la terre, et les mourants se redressaient pour retomber pesamment. C'était une de ces heures sinistres, plus terribles que les heures du champ de bataille; car là nous parlions tous français. Une épaisse fumée obscurcissait l'air, cependant je retrouvai mes paysans.
Le meunier souriait en regardant ses fils, et, nu-tête, le front ruisselant, ce brave homme les
a Les voilà, colonel, les voilà !» (P. 209.)
attirait à lui. Puis, d'une voix fébrile, il me dit : « Les voilà, colonel, les voilà! »
Il faut comprendre dans toute leur grandeur
les sentiments qui animaient ce paysan. Quant à moi, je le trouvai sublime.
Quel devoir il venait d'accomplir ! Quelle leçon il venait de donner!
Il y avait dans ce cri Paccent passionné d'une mère, l'orgueil légitime d'un père, le bonheur d'un soldat, la pensée d'un honnête homme et la joie d'un bon Français. A côté des joues fraîches, mais pâles, de ses fils, le front chauve du paysan s'inclinait.
Le Breton était impassible, rechargeait son fusil et criait à son fils : « Feu! ieu! » Celui-ci s'en acquittait à merveille. Cette famille devait descendre de du Guesclin; c'étaient de rudes sangliers.
Quelques minutes après, lorsqu'il n'y eut plus de résistance, je m'approchai de ces braves paysans, et leur tendis la main en silence. Le meunier me dit bien bas, en me montrant ses fils : « Embrassez -les, colonel.»
Le Breton, en essuyant la batterie de son tusil, me cria d'une voix de bronze : «Ah! les cosaques ! »
Normands et Bretons, meuniers et gentilshommes, me rappelaient ces rudes combats d'Arqués et d'Ivry, ces paysans d'Henri IV, qui, Le lendemain de la victoire, en attendant la prochaine occasion, accrochaient la rapière au mur et retournaient aux sillons.
Mes bons compagnons d'un jour, mes amis les paysans, si ces lignes passent sous vos yeux, dans vos douces retraites, n'y voyez qu'un souvenir précieux pour moi, et pardonnez au soldat d'avoir révélé cette circonstance de votre vie de paysans, où vous pensez n'avoir fait que votre devoir.
Depuis cette époque le paysan a de nouveau quitté ses champs. Sous le nom de garde mobile, il est tombé sur les champs de bataille de l'armée de la Loire; il a combattu au Nord et à l'Est; enfin il a défendu Paris. Honneur à ces enfants de 1870, dignes de leurs pères de 1848 !
Une vertu domine toutes les autres, c'est le patriotisme. Sans cette vertu il n'existe pas de nationalité, les peuples ne sont que des agglomérations d'hommes dispersés par la première tempête comme le sable du rivage. Le patriotisme est si beau, si noble, si grand, si véritablement saint, qu'il fait pardonner les fautes, et ferait même pardonner les erreurs politiques. Les Grecs et les Romains ont laissé d'éternels souvenirs, parce qu'ils furent patriotes. Qui ne
s'est senti transporté d'admiration, et qui n'a été profondément ému, en lisant ces brûlantes pages d'histoire où la Grèce, Rome, sacrifient tout à la patrie ?
S'il est un homme dans notre pays qui sans frémir entende le récit de la bataille de Waterloo; s'il est un homme qui n'ait senti son sang bouillonner dans ses veines en se rappelant les douleurs et les hontes de nos terribles invasions, cet homme est bien à plaindre. Tous les drames, tous les poèmes, tous les tableaux, tous les monuments ne remuent pas le cœur d'un bon Français autant que la vue du drapeau de la patrie mutilé à la bataille, et soutenu par un paysan vêtu de l'uniforme.
« Qu'allez -vous faire? demandait, en 1830, au général Haxo un homme sans croyances. — Servir, répondit le général. — Mais la France ne sera qu'un fumier, reprit l'homme. — Je défendrai ce fumier, » reprit le général.
Peut-être le patriotisme s'est-il mieux conservé dans les champs et dans les camps que dans les villes.
Pour quelques-uns, la patrie est le taux de la bourse.
Pour les doctes, la patrie est le passé glorieux où les grandes images de Charlemagne, de Philippe-Auguste, de saint Louis, de Louis XIV, se montrent tour à tour. La patrie, c'est Corneille,
Racine, Molière, c'est la vieille Gaule, ce sont les manoirs tout en ruines , les trésors de notre littérature, nos musées, nos cathédrales, les antiques portes de nos cités. La patrie pour le docte est une chose morale, intellectuelle, dont il est fier et qu'il aime.
Chez le paysan, il n'en est pas ainsi : la patrie pour lui est le foyer domestique, le cimetière, l'église, les montagnes qui bornent l'horizon, le costume du pays, le soleil de sa moisson, la neige de son hiver. Il voit la patrie entre le berceau de son enfant et la tombe de son père. Cette patrie lui rappelle des fatigues, des travaux entremêlés de joies, de doux souvenirs, de regrets et d'espérances.
Chaque pays a son parfum, que connaît seul le paysan. Ce parfum vient du ciel, des eaux, des forêts, des sillons, de la terre, et pour le paysan c'est le parfum de la patrie.
Il faut croire que ce mystère s'accomplit par la volonté de Dieu, car il est sublime. Il commence près du crucifix placé au chevet du lit, et se continue incessamment jusqu'à la borne qui marque les limites de la France. Le patriotisme s'est affaibli lorsque le paysan a quitté son champ pour la ville. Comme la fleur des bruyères, le cœur de l'homme se dessèche quand il n'a pas son rayon de soleil, sa larme de pluie, sa tempête et sa rosée.
Le soldat a sa discipline, qui infiltre dans tout son être des pensées nobles, et l'élève peu à peu dans une sphère non seulement inaccessible, mais invisible au vulgaire.
Pour lui, la patrie est non seulement le foyer de son aïeul, mais c'est une sorte d'héritage glorieux qu'il doit remettre intact à ses enfants, sous peine de déshonneur.
En aucun temps meilleure occasion ne s'offrit d'analyser les sentiments divers réveillés par l'idée de patrie chez le paysan et le soldat.
Depuis le lever du soleil jusqu'à son coucher, nous vivons entre le paysan et le soldat. Appelé par la loi, le paysan accourt de toutes les provinces pour prendre place sous les drapeaux de la France. Le soldat l'accueille en frère, et tous deux prononcent un mot que leurs lèvres n'avaient jamais murmuré, le mot: Patrie.
On nous a dit que le paysan, par la guerre, devenait maréchal de France, et nous sommes heureux de nous en assurer. Il en est qui sont jeunes, ardents, actifs; ils marcheront, ils verront les pays lointains, ils combattront sous les yeux de leurs amis; leur nom arrivera peut-être glorieux jusqu'au hameau qui les vit naître; ils y reviendront un jour, la croix d'honneur ^ur la poitrine. Ces vagues espoirs, ces alternatives de bonheurs et de dangers, cet avenir mystérieux, les occasions d'essayer sa force, les joies
indicibles de la lutte, les horizons de liberté, l'honneur du régiment, tout se réunit pour produire une sorte de fascination dont le secret est dans ce mot : Patrie.
Ce soldat est bien le frère du paysan. La France seule a de tels paysans et de tels soldats.
Le petit bourgeois s'anoblit par la magistrature, la science, les lettres et les arts, tandis que le paysan ne s'anoblit que par les armes. La carrière militaire est donc en honneur parmi les paysans. On rencontre souvent dans nos campagnes des officiers en retraite, fils de paysans; mais rarement trouvera-t-on dans des familles de labeur manuel un fils magistrat, administrateur ou financier. Le financier est d'épée ou d'église; il n'est pas de robe ou de cour. Aussi le paysan aime-t-il le soldat comme un fils, et le soldat aime-t-il le paysan comme un père. Les vertus militaires, bravoure et dévouement, vont droit à l'intelligence et au cœur du paysan, qui comprend plus difficilement l'éloquence, les beaux-arts ou le style. De son côté, le soldat, appelé à défendre son pays, aime la terre et
respecte le bras qui la cultive, mieux et plus que l'esprit et la science.
Quoique la guerre enlève à la chaumière l'enfant qui de son travail aide à la vie de tous, la guerre n'apparaît pas au paysan aussi terrible et aussi sombre qu'à l'habitant des villes.
Que n'a-t-on pas fait par la politique et l'industrie pour détruire le paysan! C'est grand dommage pour la patrie, car le plus noble métier, la plus haute mission, est de labourer la terre.
On se plaint de nos jours et l'on s'étonne même de l'indépendance du villageois. Aux urnes électorales, il se montre souvent ingrat, presque toujours aveugle. Pourquoi serait- on surpris?
Ces villageois ont perdu leurs protecteurs, ceux qui les aimaient, les secouraient et les guidaient. Les châtelains ont fui les champs pour demander aux grandes villes, à Paris surtout, de faciles plaisirs ou des succès bruyants. Abandonné à lui-même, le paysan est devenu une proie pour l'intrigue. On l'a trompé, on l'a égaré, on l'a enivré jusqu'à la corruption. Ceux qui avaient charge d'âmes ayant fui leur poste, le mal s'est propagé avec une effrayante rapidité.
Le mot patrie rappelle les champs.
Patrius, pater, champ du père.
L'antiquité et le moyen âge sont pleins de ces idées. Alors les poètes cherchaient leurs inspirations dans la nature. Ils comprenaient que le sol qui a nourri les aïeux et reçu le dépôt de leurs cendres devait être la source de toutes les vertus. Les Géorgiques sont une harmonieuse peinture de la vie du paysan.
Ce mot paysan (paganus, païen) nous rappelle que chez les Romains les laboureurs furent plus longtemps que les citadins fidèles aux dieux de la patrie.
Gincinnatus, ce glorieux paysan, quittait la charrue pour commander toutes les armées romaines. Après avoir sauvé la patrie, il abandonnait la dictature, suprême puissance, et revenait, à l'âge de quatre-vingts ans, conduire ses bœufs au labourage.
On a beaucoup parlé des ordres religieux militaires; à côté d'eux plaçons les ordres religieux laboureurs. La France était couverte de marais et de terrains incultes. Quelques religieux se firent paysans, et par la bêche, par la pioche,
par le soc, ils desséchèrent les marais, défrichèrent les landes, et dotèrent les rois et les peuples de ces vastes et riches plaines où s'élèvent nos villes.
Qui n'a lu avec attendrissement les beaux vers où le poète chante la maison de son père1? Grands et petits, riches ou pauvres, illustres ou inconnus, doctes ou ignorants, n'avons-nous pas tous au cœur le souvenir de la vieille maison au banc rustique? Même au milieu du luxe des cités, nos yeux ne cherchent- ils pas les bruyères, les champs, les bois ou les prairies de nos villages? Dans les camps ou dans les villes, ne croyons- nous pas la nuit entendre la brise de nos campagnes murmurer à travers le feuillage? Appuyés sur la fenêtre du palais, à l'ombre des riches draperies où l'or se mélange à la soie, n'avons -nous pas regretté le lierre qui rampait au seuil de notre humble maison des champs?
C'est que nous sommes paysans, c'est que le s;mg qui coule dans nos veines est le sang de la patrie.
1 Lamartine, Milbj ou la Terre natale.
Paysan et soldat, nous l'aimerons, nous défendrons cette sainte patrie. Soldat, nous dirons aux jeunes paysans ces paroles que nous disait un vieux paysan : « La patrie, mes enfants, ce n'est pas seulement votre plaine ou votre coteau, la flèche de votre clocher ou la fumée de vos foyers qui monte dans Pair, ou la cime de vos arbres, ou les chansons de vos pâtres. La patrie, c'est la France entière, c'est tout ce que renferme notre antique et bon pays; la patrie, c'est ce qui parle notre langue, c'est ce qui fait battre nos cœurs, c'est la gloire de nos pères les soldats, le travail de nos pères les paysans ; c'est la grandeur du nom qu'ils nous ont laissé, et que nous devons rendre à nos enfants aussi pur que nous l'avons reçu. La patrie, c'est l'azur de notre ciel, c'est le doux soleil qui nous éclaire, les beaux fleuves qui arrosent nos provinces, les forêts qui nous ombragent et les terres qui s'étendent sous nos pas; la patrie, c'est aussi le monument de la ville, ce sont nos parents, nos amis, nos concitoyens des provinces les plus lointaines, les pauvres aussi bien que les riches. Aimonsla cette belle patrie, honorons -la, servons -la, défendons -la de toutes les facultés de notre intelligence, de toutes les forces de nos bras, de toute l'énergie, de tout l'amour de notre âme. »
Et si vous ne compreniez pas encore ce qu'est
la patrie, voici son signe vénéré, le drapeau du régiment. Ce drapeau est pour nous, paysans et soldats, ce qu'est le crucifix pour le chrétien.
Sur ce drapeau de la patrie, lisez les noms qu'y gravèrent nos aïeux : Arques, Ivry, Fontenoy, Austerlitz, Constantine, Malakoff, Magenta, Frœschwiller.
Et si ces mots -là ne vous disent rien, vous n'êtes ni paysan ni soldat.
La France seule possède saint Louis. (P. 23:'. )