‹ Les soliloques du pauvre de Jehan-RictusChapitre 20 sur 21 · I. Vient de ParaUre. Notes de critique litteraire · texte numérisé non relu

I. Vient de ParaUre. Notes de critique litteraire

en sablier, des (Edipes du Cafe du Commerce, je ne vols pas de difference, et je donnerais toutes les rimes dissyllabiques de Banville pour un poeme mal rime s’il est sincere et touchant ».

C’est a peu pres 1’exclamation de Leon Daudet : « Tout Leconte de Lisle pour un poeme de Jehan- Rictus ! »

Les excellents rimeurs, les habiles ciseleurs, les patients guillocheurs ne sont-ils pas, dans la poesie, ce qu’un Messonier, par exemple, est dans la peinture ? Le souci du detail, rien que le souci du detail ! II ne manque pas un bouton aux guetres des grenadiers, mais Napoleon est de plus haute taille que son cheval. Le public inspecte les boutons de guetres et reste bouche bee d’extase.

Les ellipses nombreuses, voulues, chez Jehan-Rictus, l’emploi de l’apocope qui aide au rythme sans disperser la pensee, sont, pour les arbitres pointilleux ou ignares et les egeries expertes a denombrer des haricots, comme des boutons de guetre manquants aux militaires d’un Messonier. Caressee par 1’harmonie des vers, leur oreille n’aurait pas penpu lelision, mais leur ceil de lynx s’est ecarquille devant le poeme imprime, et, de l’air d’un Monsieur Homais humant une livraison de camomille et constatant que c’est de la verveine, ils se sont demande si, par hasard, on ne se moquerait pas deux.

Laissons pour ce qu’elles valent ces appreciations de rhetoriciens tombes dans la pharmacie, ou d’apothicaires se flattant d avoir infuse la tisane des muses. Si Jehan-Rictus s’est servi de 1’apocope, ce ne fut pas

pour simplifier sa tache, mais bien, comme il l’ecrit dans sa lettre a Leon Bloy, pour garder a certains mots « la prononciation lasse et fatiguee des pauvres et des avachis », et cela dans une sorte de religion de l’exactitude.

Que les Homais, Prudhommes et autres balourds, prevoyants du passe ou conservateurs de l’avenir, n’y trouvent pas, en comptant sur leurs doigts, le nombre de pieds qu’ils y voudraient voir, leur arithmetique ne nous interesse pas,

Page 1