‹ Les soliloques du pauvreChapitre 10 sur 32 · LE REVENANT · texte numérisé non relu

LE REVENANT

Et tes pnuv's pieds nus su' Y bitume, Tes pieds à jour... percés au fer, Tes pieds crevés font courant d'air, Et tu vas chopper un bon rhume!

— Ah! comm' t'es pâle... ah! comm' t'es blanc,

Sais-tu qu' t'as l'air d'un Revenant,

Ou d'un clair de lune en tournée?

Tes maigre et t'es dégingandé,

Tu d'vais et' comm' ça en Judée

Au temps où tu t' proclamais Roi !

A présent t'es couleur d' farine

Tu dois t'en aller d' la poitrine

Ou ben... c'est ell' qui s'en va d' toi!

— 'Quèqu' tu viens fair'? T'es pas marteau? D'où c'est qu' t'es v'nu ? D'en bas, d'en haut? Quelle est la rout' que t'as suivie?

C'est-y qu' tu recommenc'rais ta Vie?

Es-tu venu sercher du cravail?

(Ben... t'as pas d' vein', car en c' moment Mon vieux, rien n' va dans 1' bâtiment) ; (Pis, tu sauras qu' su' nos chantiers On n' veut pus voir les étrangers!)

— Quoi tu pens's de not' Société?

Des becs de gaz... des électriques.

Ho! N'en v'ià des temps héroïques!

Voyons? Cause un peu? Tu dis rien!

T'es là comme un paquet d' rancoeurs.

T'es muet? T'es bouché, t'es aveugle?

Yaou...! T'entends pas ce hurlement?

C'est P cri des chiens d' fer, des r'morqueurs, C'est le cri d' l'Usine en mal d'enfant,

C'est l'Désespoir actuel qui beugle i

I r IUVFNANT IOI

— Ed' ton temps, était-ce comme aujord'hui? Quand un gas tombait dans la pure Est-ce qu'on 1' laissait crever la nuit Sans pèze, sans rif et sans toiture ?

— (Pass' que maintenant gn'a du progrès, Ainsi quand gn'a trop d' vagabonds Ben on les transmet au Gabon.) Ceux d' bon gré... et ceux d' mauvais gré

Et ceuss comm' toi qu' ont la manie D1 trouver que V monde est routinier, Ben on les fout dans 1' même pagnier (Dam ! le Français est casanier, Faut ben peupler les colonies !)

— On parle encor de toi, tu sais !

Voui, on en parle en abondance, On s' fait ta tête et on s',la paie,] T' es à la roue... T' es au théâtre, On t' met en verset en musique, T' es d'venu un objet d' guignol (Ça ça veut dir' qu' tu as d' la Guigne.

— Ousqu'il est ton ami Lazare?

Et Simon Pierre ? Et tes copains...

Et Judas qui bouffait ton pain Tout en t' vendant comme au bazar?

Et tes frangins... et ta daronne Et ton dab, qu' était ben jean-jean !

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