Conséquences de cette action de la forêt
1° Sur la pluviosité. — Que deviennent les précipitations atmosphériques tombant sur la forêt ou sur les champs cultivés?
Une partie (e) est retenue sur les feuilles ou les rameaux et retourne plus ou moins vite à l’état de vapeur dans l’atmosphère ;
Une autre (e’) est évaporée sur ou dans le sol ;
Une troisième (r) représente la fraction de ruissellement, c’est-àdire l’eau qui s’écoule à la surface et se dirige dans le thalweg par la ligne de plus grande pente;
Une quatrième portion (2) imbibe le sol et atteint son maximum quand le sol est saturé; elle est d’autant plus importante que la faculté d’imbibition est plus grande ;
Une cinquième (a) est absorbée par les plantes dans le sol pour leur accroissement et leur transpiration ;
Enfin le surplus (S) s’infiltre dans les profondeurs et alimente les nappes souterraines dont les plus superficielles viennent, en général,
- se déverser à la surface par des sources dans les pays à relief acci-
denté.
Soit T la tranche pluviale. Elle se partage en proportions très variables entre les six fractions précédentes. On a :
Tete +itkr+<ars
Dans le cas dont il est question ici, dans les forêts de plaine il n’y a pas de ruissellement ; donc ce qui arrivera à la nappe souterraine sCra : | | S=T—(e+e +i+ a)
Nous venons de voir que la fraction (S) d’eau d'infiltration est,
dans les régions de plaine où il n’y a pas de ruissellement, moindre sous bois que sous les cultures agricoles ou les terrains nus.
Comme la tranche pluviale (T) est plutôt plus épaisse au-dessus des massifs boisés, que l’évaporation sur ou dans le sol (e') est moindre en forêt, il faut bien que la somme des trois autres fractions (e + à + a) soit plus forte pour la forêt que pour les sols cultivés. Dans les observations précédentes, on a eu soin de comparer des sols de même allure géologique et de même composition dont la faculté d'imbibition (1) était primitivement identique. Celle du sol boisé s’est, il est vrai, augmentée par la formation de la couverture morte et de l’humus sous-jacent ; mais il n’y a sûrement pas de très grandes différences entre les sols cultivés et les sols boisés voisins quant à la quantité d’eau retenue par le sol. Il faut donc, pour expliquer la différence constante — et souvent considérable — entre les niveaux des eaux souterraines dans les deux cas, admettre que la somme des deux fractions restantes, c’est-à-dire la quantité d’eau retenue et évaporée sur les plantes (e), plus la quantité absorbée pour l’accroissement et la transpiration (a), est plus élevée pour la forêt que pour le champ cultivé. |
Dans cette somme on peut encore ne pas tenir compte de l’eau nécessaire pour la constitution des tissus, c’est-à-dire de l’eau fixée par la plante. Gette portion, insignifiante du reste, est la même pour la forêt que pour les cultures agricoles ; elle est d’environ 3000 kilogr. par hectare et par an. Dés lors on arrive à cette conclusion que, dans les régions où l’abaissement du niveau de la nappe phréatique a élé constaté, la quantité d’eau évaporée sur Les feuilles des arbres (sans distinguer celle qui provient de la pluie retenue sur les branches et les feuilles de celle qui, venant de l’eau du sol, a passé par le -corps de la plante et le tissu des feuilles) est plus grande que celle qui est évaporée par les autres récoltes ().
C’est ce qui explique que les grands massifs de forêts sont surmontés d’un prisme d’air plus humide et plus froid, parfois jusqu’à une hauteur de 1 000 à 1 500 mètres. Les aéronautes constatent que les ballons descendent toujours lorsqu'ils passent au-dessus de
1. Dans certains cas (observations précitées de M. PEARSoON), la différence est énorme.
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grandes forêts, à condition que les ballons ne planent pas à plus de 1 000 mètres au-dessus des cimes.
Autre conséquence. Les grands massifs boisés qui trouvent dans le sol de quoi satisfaire à leur faculté de transpiration, humidifient et refroidissent l'air au-dessus d’eux jusqu’à une grande hauteur ; donc ils favorisent la condensation de la vapeur d’eau, et ne peuvent que
tendre à augmenter la pluviosité d’une région, à moins que la vapeur
d'eau émise par les cimes pendant la saison de végétation ne soit balayée au loin par des vents impétueux (°).
2° Sur l’asséchement du sol. — Lorsqu'on implante la forêt sur des sols ayant un excès d’eau et surtout lorsqu'on la constitue avec
1. Ge fait a été prouvé expérimentalement sur de nombreux points, et il est maintenant admis par tous. Établi pour la première fois par l'École forestière de Nancy, dès 1869, il a été confirmé par des observalions faites en diverses régions de France, de Russie, d'Allemagne et jusque dans les Indes, L'augmentation de pluie constatée a varié entre 4°}, et 12 °/,. On comprend qu'il soit impossible de donner des chiffres constants, même pour une forêt déterminée, et qu'il faut prendre les moyennes d’un grand nombre d'années (les observations faites à l'École forestière de Nancy ont duré trente ans). Suivant que l'année sera sèche ou humide, chaude ou froide, que les vents dominants souffleront de tel ou tel point de l'horizon, l'influence de Ja forêt sur la tranche pluviale sera plus ou moins accusée. Elle pourra même être absolument nulle sans que ce qui vient d'être dit sur la puissance de transpiration de la forêt et le refroidissement, l’humidification des masses d'air qui la surmontent cesse d'être exact.
La vapeur d'eau disséminée dans les airs par la forêt peut ne pas se condenser de suite, ni dans les environs, Elle sera souvent entraînée fort loin dans les terres ou sur les mers avant de retomber en pluie. Maës ël n'en reste pas moins établi mathémultiquement que, grâce aux joréls, la masse de vapeur d'eau du globe sera augmentée el la formalion des pluies sera favorisée, quand même les observations les plus exactes sur un point donné ne feraient pas ressortir le fait.
Un certain nombre d'auteurs considèrent cette action de la forêt sur la pluviosité comme absolument insignifiante. Ge n'est pas notre avis. Évidemment ce chiffre de 4 °, à 12 °/, d'augmentation n'est pas très considérable ; mais il n'est pas-non plus énfiniment petit, comme l'écrit à tort, selon nous, l'éminent ingénieur SureLL. Il est probable que si Surell avait connu l'influcnee de la forêt sur le niveau des eaux souterraines et sur la trajectoire des ballons, il n'eût pas écrit qu’ « il convient de reléguer l’action des forêts dans les infiniment petits de la météorologie ».
Mais, d'autre part, on ne peut que se ranger à l'opinion de Marié Davy quand il dit : « Ge serait se faire une étrange illusion que d'attribuer au reboisement la puissance de remédier immédiatement à l'iusufisance des eaux pour l'agriculture. Le reboisement a son utilité propre qui sufira à son extension. L'aménagement des eaux peut seul donner la solution d'un problème dont chaque jour on sent mieux l'importance. »
des essences à feuilles persistantes et à couvert épais, on constate toujours que l'humidité du sol diminue. Souvent l’eau stagnante disparaît.
Le pouvoir asséchant de la forêt dans les régions de plaines est démontré par l’assainissement et l’asséchement des plaines marécageuses telles que les Landes, la Sologne, les Marais Pontins, etc. Son rôle à cet égard est si connu, qu’il est inutile d’insister.
Chaque fois que l’on a besoin d’enlever des excès d’eau stagnante pour assainir et mettre en valeur des régions stériles infectées par les fièvres paludéennes, on s’adresse, et jamais en vain, à la végétation forestière. Celte action hygiénique si importante se rattache à trois causes principales :
4° Les arbres font une très grande consommation d’eau ;
2° Un couvert épais et persistant empêche une bonne partie des précipitations atmosphériques d'arriver sur le sol. Cette portion interceptée peut s'élever au tiers du volume total;
3° La forêt produit une couverture morte qui absorbe au moins quatre fois son poids d’eau ().
103. La forêt entretient les sources. — Cette action de la forêt sur les nappes phréatiques stagnantes des pays de plaine où il n'y a pas de ruissellement, n’est nullement en contradiction, à notre avis, avec l’influence heureuse qu’elle possède d’une manière incontestable sur les nappes souterraines mobiles des pays à relief accidenté où s'exerce le ruissellement et sur les sources à bassin profond qu’elles alimentent. Les sources n’existent que dans ces régions à
1. Voici, en ce qui concerne le point qui nous occupe, la conclusion du rapporteur général, M. Givozerri, au X° Congrès international de navigation qui s'est tenu à Milan en 1905 : « Il est admis dans les rapports examinés que les régions forestières ont une température moyenne annuelle plus basse et sont entourées d'une atmosphère plus humide que les régions non boisées ; qu'elles jouissent, en conséquence, d'une plus grande précipitation de pluies ; et de telle manière que ce phénomène est d'autant plus sensible qu'on descend davantage vers l'équateur ou qu'on s'élève sur les flancs des montagnes.
« Mais cet accord cesse lorsqu'il s'agit d'assigner une valeur pratique à cette influence. Pour les uns, elle est très grande; pour les autres, elle est presque négligeable. »