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Dans la partie boisée de notre versant la fonte se fera bien plus lentement; en montagne, la neige persiste sous bois quinze jours et même un mois plus longtemps que hors bois. La fonte sera non seulement plus lente, mais plus abondante, l’évaporation de la neige étant presque nulle sous le couvert. En admettant qu’il n°y ait pas de feuilles mortes et d’humus sur le sol forestier, par le fait seul du ralentissement de la fonte, le ruissellement serait moins intense, étant réparti sur une plus longue durée et le gonflement des cours d’eau récepteurs serait moins brusque. Mais dans les forêts bien tenues le sol est toujours garni d’une couche plus ou moins épaisse d’humus, de feuilles mortes à demi décomposées, faisant l'office d'éponge. Douée d’une grande faculté d’imbibition, elle peut absorber quatre à cinq fois son poids d’eau et, quand elle en est saturée, elle ne la laisse stiller que goutte à goutte. Le sol sousjacent, protégé en même temps contre l’évaporation, peut s’imbiber jusqu’à saturation d'autant plus aisément que l’absorption des racines, cause si puissante d’'asséchement, est nulle ou à peu près pendant le long repos de la végétation en montagne. Tout concourt donc à favoriser l’arrivée aux réservoirs souterrains de la presque totalité des neiges qui s'accumulent en hiver sur le sol de la forél. Et cette imbibition hivernale joue, comme on sait, le rôle capital dans l’entretien des sources. |
2 Une autre raison de l’heureuse influence de la forêt sur le régime des sources en montagne réside dans ce fait incontesté que les montagnes boisées ont une action bien plus importante sur les précipitations atmosphériques que les montagnes dénudées. Cela résulte de l’humidification et du refroidissement des couches d’air qui surmontent les massifs boisés. Il est regrettable qu’on n’ait pas jusqu’alors de résultats d’expériences comme pour les forêts de plaine ; mais il est reconnu par tous les météorologistes que, toutes circonstances égales, les montagnes boisées sont mieux arrosées que les montagnes nues.
Non seulement les monts et les coteaux couverts de forêts reçoivent plus d’eau, mais la portion de cette eau qui pénètre dans le sol y est portée à son maximum à cause de la suppression du ruisselle-
. ment.
Peut-être est-ce là l'explication, partielle tout au moins, de ce fait bien connu qu’en pays accidenté le déboisement amène le tarissement des sources (‘).
1. Au X° congrès international de navigation qui s'est tenu à Milan en 1905, les ingénieurs européens ont été d'accord pour reconuaître l'heureuse action de la forêt sur les terrains en pente, où elle maintient le sol en place, où elle retient les éboulis et diminue les matières charriées par les cours d'eau. « Pour l'influence sur les sourecs (Comple rendu des travaux du Congrès, p. 235), on peut dire qu'il y à aussi unanimité de vues avec des différences au sujet des terrains perméables et imperméables. Pour ces derniers, tous sont d'accord que le déboisement peut être la cause d’une diminution des sources. S'il s'agit de terrains perméables, la majorité croit que le déboisement ne favorise pas l'écoulement des eaux, de façon qu'il serait favorable aux sources... Dans la dernière question, qui regarde l'influence des bois sur le régime des fleuves, il faudrait distinguer dans les fleuves mêmes l'état des eaux, c'est-à-dire de crue et de décrue. On peul dire que tous sont d'accord pour convenir que les bois ont une influence favorable aux fleuves, parce qu'ils augmentent les sources et leur débit en temps de décrue. » (GiPoLETTI, rapporteur général.) M. HouzuEr (C. R. Ac. des sciences, 1905), après avoir établi que le débit moyen annuel de la Somme était de 35 mètres cubes par seconde dans ia première moitié du dix-neuvième siècle et qu'il n’est plus maintenant que de 27 mètres cubes, constate que la température et les conditions climatologiques (hauteur de pluie) n'ont subi dans cé laps de temps aucun changement appréciable et que, par suite, les pertes par évaporation dérecle (sur les plantes ou sur le sol) n'ont pas varié. Les jachères nues, qui occupaient autrefois le tiers de l'assolement, soit 195 000 hectares, ont presque totalement disparu (il n'en reste que 25 000 hectares). Il attribue l'appauvrissement progressif des sources du bassin de la Somme au perfectionnement de l'exploitation agricole des terres (suppression de la jachère nue) entraînant une augmentatiox importante de l'évaporation par la transpiration végétale, par la chlorovaporisation. D'après ce que l'on sait de l'importance de celte évapoyation éndirecte (n° 97), l'explication est très plausible,
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