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du néo,urassique, ainsi que celui de la gaize et des sables et grès tertiaires.
106. Ardenne. — Le massif ardennais, entièrement constitué par le cambrien et l’éodevonien, a la forme d’un croissant dont I: corde, longue de 200 kilomètres et dirigée du sud-ouest au nordest, a pour extrémités Hirson et Aïix-la-Chapelle. Cette ancienne chaîne montagneuse, depuis longtemps arasée, présente aujourd’hui l'aspect d’un vaste plateau mollement ondulé qui s'élève progressivement du sud-ouest (500 mètres, près de Hirson) au nord-est (700 mètres, Baraque Michel) et se dresse, à l'horizon des plaines de Belgique et de Champagne, comme un mur d’une hauteur presque uniforme.
Une très faible partie seulement du massif se trouve en France, où elle forme le nord du département des Ardennes (1). |
Les terrains précambriens et éodevoniens, très épais, ne présentent que des schistes, parfois utilisables comme ardoises, et des quartzo-phyllades auxquels viennent s’adjoindre, à la base, au milieu et au sommet, des grauwackes et des poudingues. |
La désagrégation très lente de ces schistes donne un sol uniforme et très médiocre, une argile superficielle, manquant de chaux et d'acide phosphorique. Ce sol imperméable retient les eaux à la surface et provoque la formation de nombreux marais tourbeux (fagnes) « Sur les plateaux de l’Hertogenwald, l'argile blanche ou jaunâtre. complètement imperméable, provenant de la désagrégation des schistes, n’est recouverte que d’une mince couche de terreau (débris
des bruyères et des herbes) ; parfois on trouve au-dessus de l'argile
une couche de tourbe. Ce sol est très pauvre; les racines, ne pouvant pénétrer dans l'argile, doivent puiser leur nourriture dans la couche superficielle peu riche et peu profonde. Assez souvent, dès l’âge de trente ou quarante ans les plantations dépérissent. Sur les versant: Pargile est moins compacte et, quand ils sont exposés au nord ou à l'est, ils sont couverts d’une assez forte couche de terreau et forment
1. Ce qui est au nord de la droite passant par Signy-le-Petit et Givonne, ainsi que la pointe orientale du département du Nord.
d'assez bons sols; mais au sud le terreau est brûlé, il n’y a que bruyères et maigres taillis de chênes et de bouleaux. » (Aménagement de la forét d’'Hertogenwald.) De plus, le climat est rude et excessif ; les vents du nord y souflent avec violence.
Pour tous ces motifs, l’Ardenne est une région fort peu propice à la culture agricole, qui n’y réussissait autrefois — avant l’usage des engrais chimiques — que grâce à la pratique du sartage (n° 83). Aussi, de tout temps, l’Ardenne a été couverte d’une vaste forêt, la Sylva arduennensis de J. César. Cette forêt existe encore. Si l’on compare la carte forestière du département des Ardennes (‘) avec une carte géologique, on constate que les quatre cinquièmes environ des affleurements cambriens et éodevoniens sont boisés et que la limite de la forêt coïncide exactement avec celle des terrains primaires. Autrefois exploitées pour l'écorce en taillis simple à courte révolution, ces forêts se transforment de plus en plus en taillis sous futaie, dont le revenu est beaucoup plus élevé (?). Progressivement aussi, en Belgique du moins, on substitue les résineux aux feuillus (chêne, bouleau, tremble, etc.), dont la végétation est médiocre. Les forestiers belges pensent que les résineux doivent former la base des peuplements. « Ce sont eux qui, eu égard au climat, à l’altitude, au sol et à la valeur des produits, sont appelés à prospérer et à fournir un grand rendement. Le pin sylvestre, l’épicéa, le sapin de Dou- - 4 glas, le pin Weymouth, sont les essences qui réussissent le mieux. »
107. Le massif armoricain. — Limité par une ligne brisée pas- « sant par la pointe de Barfleur, Alençon, Angers, Parthenay et Les Sables-d'Olonne, ce massif comprend la Bretagne, le Cotentin, le Haut-Maine et les Bocages vendéen et normand. Les phénomènes volcaniques n’y ont pas eu lieu ; on n’y trouve ni basaltes, ni trachytes, ni laves. Toutes les dislocations sont anciennes. Aussi le relief est très adouci ; les vallées sont larges et les versants arrondis.
Les roches éruptives anciennes et l’archéen y forment deux larges
1. Atlas foreslier de la France, par Bénanpeau et Cuny. 1889.
2. La forêt de Revin, exploitée à vingt-cinq ans sur les sages conseils de M. Naw- QuETTE, ancien directeur de l’École forestière, vaut 400 francs par hectare ; dix autres, exploitées à dix-huit ou vingt ans, valent de 100 à 260 francs l'hectare.
bandes sensiblement parallèles courant de l’ouest à l’est. La bande nord va de l’île d'Ouessant à Alençon, et la bande sud de Douarnenez à Parthenay. Elles délimitent quatre bassins où se sont déposés les terrains paléozoïques ; le plus important est celui de Rennes. Ces terrains primaires, qui constituent la majeure partie du sol armoricain, sont, comme ceux de l’Ardenne, formés essentiellement par desschistes, des quartzites, des grauwackes et des calcaires durs. Le sol est de très mauvaise qualité sur les granites à petit grain, les gneiss, micaschistes, quartzites (!) ; il devient un peu meilleur sur les granites à gros grain, plus facilement désagrégeables et sur les schistes, bien moins résistants à la décomposition que ceux de l’Ardenne. Ceux-ci finissent par se réduire en une terre argileuse, plus ou moins tenace et froide sur laquelle on peut cultiver avec succès les céréales, grâce au phosphate de chaux qu’on y apporte en grande quantité. Tous ces sols (granitiques, gneissiques, schisteux) manquent en effet de chaux et d’acide phosphorique, sans lesquels la culture agricole est impossible.
Les affleurements de granite, gneiss, quartzite ne formaient aulrefois que des landes couvertes de mousses, de fougères, d’ajoncs, de bruyères. Aujourd’hui, les apports de chaux, de phosphates et des tangues du littoral, le développement des drainages, ont modifié aspect du pays breton ; la surface des landes improductives se restreint au profit des bons herbages et des cultures agricoles.
La culture forestière profite peu de ces défrichements, bien que les sols soient de médiocre qualité. Le tableau IT montre que la surface boisée à quelque peu diminué de 1862 à 1892. Cela tient à ce que la culture pastorale occupe à bon droit de grandes surfaces. Les pâlurages y sont de première qualité, grâce à l’humidité constante, aux émanations salines, à l'irrigation facile, à la douceur du climat qui permet au bétail de rester toute l’année dehors.
Ajoutons que les massifs boisés y sont moins nécessaires qu’ailleurs. Le froid n’y est pas rigoureux ; les bois peuvent arriver facilement
1. C'est sur ces deux bandes granitiques que s'étendent surtout les landes, la grande lande (fougère, genêt à balai, ajonc épineux) et la petite lande, où croît, sui les sols siliceux les plus pauvres, une maigre végétation de bruyères et de gra“
- minées.
par les nombreux ports de la presqu'’ile et, de plus, le pays est couvert d'arbres (d’où le nom de Bocage) plantés sur les levées de terre, les hauts talus (dits fossés en Bretagne) qui séparent les héritages. Ce bois de fossé fournit aux habitants les bois de service et de chauffage dont ils ont besoin (*).
Aussi, pour toutes ces raisons, le massif armoricain est-il la région géologique la moins boisée de France. Il ne reste que quelques beaux massifs, derniers débris de l’ancienne forêt d’Armorique qui a disparu pour faire place aux champs et aux prés (*). Les défrichements ont été cependant poussés trop loin et ce serait une excellente opération financière de boiser toutes les landes qui n’ont pas un sol assez profond et assez riche pour devenir de bons champs ou de bons prés.
Le massif armoricain correspond à très peu près à la région forestière, dite région bretonne, qui comprend les dix départements suivants : Manche, Ille-et-Vilaine, Côtes-du-Nord, Finistère, Morbihan, Loire-Inférieure, Mayenne, Maine-et-Loire, Vendée, Deux-Sèvres. Il suffit pour s’en convaincre de jeter les yeux sur la carte jointe à cette étude, qui donne le taux de boisement des départements et sur laquelle on a délimité les cinq massifs anciens par un double contour et les régions forestières (*) par un pointillé. Le double contour qui limite le massif géologique dit armoricain ne s’écarte pas beaucoup du pointillé qui sépare la région forestière, dite bretonne (région D), de la région forestière ligérienne (région ID.
Les dix départements de la région bretonne forment une surface de 6492 826 hectares sur lesquels 383039 hectares seulement en 1899, soit 6 °/,, sont à l’état de forêts, tandis que le taux de boisement des régions ligérienne et parisienne avoisinantes dépasse le double de ce chiffre et que le taux moyen de la France atteint le
1. M. Rouzreau estime à 21000 mètres cubes le bois de haie ou de fossé de la Mayenne.
2. « Néanmoins, l'influence géologique est bien apparente sur leur distribution. Ils sont généralement répartis en bandes étroites et longues alignées est-ouest comme le sont les rides montagneuses qu’ils couronnent. » (MaTæiIEu.)
3. Telles qu'elles sont définies dans le Cours d'aménagement des foréts enseigné à l'École forestière, par M. BroicrAro. (Berger-Levrault et Gi°, 1878.)
triple, soit 18 °/.. On pourrait très avantageusement doubler la sur-
face boïsée du massif armoricain en créant des forêts sur les plus
mauvais sols à l’aide du chêne, du hêtre, du châtaignier, du bouleau, du pin sylvestre, du pin maritime et, dans les parties humides, à l’aide du tremble, du peuplier noir, du frêne. :
Le tableau [, intitulé Taux de boisement des départements groupés en régions forestières (Voir à la fin du volume), donne pour chaque département, la surface boisée en 1862 et 1892 et les taux de boïsement pour ces deux dates. [l permet d'apprécier d’un seul coup d’œil le progrès ou le recul du boisement pour chaque département et pour chaque région naturelle pendant cette période de trente ans.
108. Les Vosges. — Les Vosges cristallines ou hautes Vosges ('), qui bordent le bassin parisien à l’est, sont constituées par un soubassement de terrains archéens (gneiss) traversés par un gros massif de roches éruptives anciennes (types divers de granites et de porphyres) et recouverts, sur le pourtour de la chaîne, surtout au sud, par des terrains primaires, où dominent les assises carbonifériennes et permiennes. Les basses Vosges ou Vosges gréseuses, essentiellement formées par le grès vosgien, continuent la chaîne au nord, à partir du Donon. Le grès vosgien appartient à la série éotriasique (étage werfénien) des terrains secondaires et, par suite, les basses Vosges ne font pas partie des massifs dits anciens dont il est question en ce moment. Le grès vosgien et le grès bigarré (ou grès à Voltzia) qui le recouvre forment les premières assises du bassin parisien.
Les Vosges cristallines couvrent la partie montagneuse orientale du département des Vosges jusqu’à la frontière formée par la ligne de faîte de cette chaîne et elles s'étendent aussi sur le nord du département de la Haute-Saône.
La plupart des sols résultent de la désagrégation des granites ou des schistes carbonifériens. Comme les granites des Vosges sont le plus souvent à gros grain et très feldspathiques, ils se décomposent
1. Elles sont plus élevées que les basses Vosges, dont le plus haut sommet, le Donon, n'a que 1010 mètres, tandis que le Hohneck a 1 366 mètres et le ballon de Guebwiller 1 426 mètres.
mieux et donnent un meilleur sol que les granites quartzeux à petits éléments, si abondants, par exemple, dans le Massif central. Le sol granitique des Vosges est le plus profond, le plus fertile des sols de cette nalure que l’on rencontre en France, ainsi qu’en témoigne.la beauté de la végétation forestière ; néanmoins, à cause de l’altitude et des pentes, il n’est guère propre qu’aux cultures forestière et pastorale.
On ne constate pas dans les Vosges les érosions superficielles, ces taches dénudées s’étendant peu à peu comme une lèpre, qu’on voit trop fréquemment dans le Plateau central dont les roches sont pourtant identiques. C’est que dans ces belles montagnes vosgiennes, si fraiches, si verdoyantes, le sol est partout bien garni de son armature végétale, prairies ou forêts. Le mouton et la chèvre y sont inconnus ; on n’y élève que des bêtes aumailles inoffensives pour le sol, pâturant l’été les prairies des versants ou les pâturages des sommets et nourries l'hiver avec le foin des prairies basses où se pratique avec des soins minutieux l'irrigation à grand volume.
De-ci de-là quelques versants abrupts de roches granitiques se délitent et donnent des amas de blocs, appelés murgers dans les Vosges. Ces murgers sont un fait inévitable dû à ce que l’on a appelé l’énucléation des granites. Il y a dans une même masse granitique des parties beaucoup plus résistantes que d’autres sans que la texture et l’aspect soient en rien modifiés. Dans nos climats il n’est pas rare de voir l’altération du granite, sa transformation en arène se faire sentir jusqu’à 15 mètres de la surface. On peut l’entamer à la bêche, tandis qu’à voir si parfaitement conservés les détails de sa structure primitive on croirait avoir affaire à de la roche vive. Cà et là, au milieu de ces arènes on voit des blocs inaltérés, très durs, dans lesquels se prolongent les veines de granulite, les traînées de hornblende, les moindres détails du granite désagrégé du pourtour. Les parties désagrégées ont disparu, entrainées par les eaux ; les blocs inaltérés se sont peu à peu dressés en saillie ; finalement, manquant de points d'appui, ils ont roulé le long des pentes ; ce sont les chaos ou mur gers.
Sur ces blocs de granite dur la végétation s’installe.
Ce sont d’abord des bactéries, puis des lichens et des mousses.
« À cette végétation primitive nous avons vu insensiblement succéder des gramens, des fougères, puis d’autres plantes herbacées, et fina-
lement des ronces, des framboisiers, des sureaux, des sapins et des
hêtres. Nous nous sommes souvent arrêté sur ces emplacements, chaque fois émerveillé d’y trouver des arbres de plus en plus vigoureux, sortant des interstices des rochers où la terre végétale semblait devoir manquer complètement. » (MouceoT, botaniste vosgien.) C’est, en effet, souvent au milieu de ces blocs, au pied des versants, que la végétation forestière est la plus belle. Elle garnit tout le bas de cette collerette d’éboulis et retient dans le haut les fragments qui se détachent chaque année de la falaise.
Formant une chaîne peu élevée et de médiocre largeur, par suite très accessible, sillonnée de nombreuses routes et de rivières flottables, à proximité de pays riches et peuplés, grands consommateurs de bois, les Vosges ont toujours été très boisées et les forêts fort bien soignées, parce qu’elles ont toujours constitué une propriété de grand rapport.
« La forêt vosgienne (*) est essentiellement une sapinière immense de 80 kilomètres de long sur 8 à 15 de large, d’une contenance de près de 80 000 hectares, presque d’un seul tenant, entre 350 et 1000 mètres d’altitude. Plus des sept dixièmes de cette étendue sont soumis au régime forestier et appartiennent moitié à l’État, moitié à des communes. Dans les vingt-sept forêts domaniales de la montagne du département des Vosges dont la contenance productive est de 38 900 hectares, on trouve 23 900 hectares de sapin, 11 000 hectares de hêtre, 3 000 hectares d’épicéa et 4 100 hectares de pin sylvestre. »
L'état boisé des Vosges cristallines et gréseuses est conforme aux indications théoriques. Le taux de boisement du grès vosgien, qui constitue, presque à lui seul, les Vosges gréseuses, est de 72,5 °/, en Meurthe-et-Moselle ; celui des Vosges cristallines n’a pas été exactement déterminé; mais il est fort élevé. Il n’est pas à craindre, en présence de la hausse croissante des bois d'œuvre, qu’on le voie diminuer ; il augmente, au contraire, peu à peu (tableau Il) par suite
1. Économie forestière, par G. Hurrzz (Laveur, Paris, 1904, t. I, p. 349).
de la transformation en sapinières des prairies ou pâturages de mauvaise qualité, à humus acide, plus ou moins tourbeux. Cette tendance se justifie par le revenu élevé que donne la forêt vosgienne. « Le rendement en argent, dit M. Hurrec, a atteint 95 fr. par hectare pour l’ensemble des forêts en 1899 ; il est habituellement supérieur à 100 fr. dans les Vosges gréseuses et varie de 60 à 70 fr. en moyenne dans la région granitique. »
109. Les Maures et l'Estérel. — Sous le même méridien que les Vosges, mais à l’autre extrémité de la France, au bord de la Méditerranée, cnire Toulon et Cannes, on rencontre une petite contrée montagneuse ancienne, dite région des Maures et de l’Estérel. On y trouve, comme dans les Vosges, des roches cristallines (granites et porphyres variés), du terrain archéen (gneiss, micaschistes, schistes satinés à séricite), des lambeaux de terrains primaires, notamment du permien représenté par des poudingues et des grès. La ceinture de ce petit massif est aussi, comme celle des Vosges cristallines, formée par les trois étages du trias. Le point culminant est à 778 mètres, mais la chaîne n’a que 400 mètres de hauteur moyenne. |
Le «sol est des plus médiocres, à la fois pauvre et superficiel, de plus, très sec sur les porphyres fissurés de l’Estérel. Les Maures avec leur base minéralogique imperméable (granite ou schistes cristallins) sont mieux irriguées que les régions porphyriques ou calcaires avoisinantes ; néanmoins, bien que la pluviosité soit élevée (*), ces sols superficiels se dessèchent trop vite sous ce climat, le plus chaud de France, pour permettre la culture herbagère, la seule qui, avec la forêt, puisse tirer parti de ces maigres terrains. Aussi est-ce la culture forestière qui règne en maîtresse sur tous ces affleurements de roches anciennes. Dans les fonds des vallées seulement, où le sol est profond, où l'irrigation est possible, on a des cultures agricoles exceptionnellement riches (arbres fruitiers, oliviers, etc., sous lesquels prospèrent la vigne, le blé, le maïs) et des prés où l’on peut faire trois et quatre coupes. Partout ailleurs c’est la forêt de pin maritime,
1, La lame d'eau annuelle atteint en moyenne 950 millimètres sur l'Estérel.
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