‹ Les sols forestiersChapitre 131 sur 180 · PERS AE TES RE · texte numérisé non relu

PERS AE TES RE

Schistes primaires. — Les schistes primaires sont largement développés dans l’Ardenne, le Massif armoricain, le Plateau central et les Pyrénées. Ils renferment des bancs presque indécomposables (ardoises) qui ne donnent que des débris grossiers, des plaquettes, sans terre fine, mais qui, par contre, résistent parfaitement à toute altération. Beaucoup d’autres assises se laissent déliter et décomposer peu à peu par l’eau et les alternatives de gel et de dégel, formant une terre glaiseuse, compacte, boue épaisse par les pluies, roc dur par les sécheresses. Ce sont des sols froids, imperméables, souvent marécageux (faignes), très pauvres en chaux et en acide phosphorique et peu propres, par suite, à la culture agricole.

Aussi les cultures dominantes sur tous ces terrains sont-elles les prairies (Bretagne) et les bois (Ardenne) qui se partagent la surface en proportions variables, suivant le climat et les conditions économiques de la région.

1. « La nappe de basalte du Cantal est parfois directement superposée au gneiss ou au micaschiste, dont la sépare une couche d'argile d'un rouge vif ou un lit de

cailloux roulés. C’est un contraste remarquable que celui de la fertilité des prairies

auxquelles donne lieu l’altération superficielle du basalle avec l'absolue stérililé des landes de bruyères assises sur affleurements du mécaschiste. » (À. DE LaPPpARENT.)

Schistes récents. — Les schistes des terrains secondaires et terliaires (terres noires des Alpes, par exemple) se délitent et se transforment en boue bien plus facilement encore. Ils sont très développés dans les Alpes (environs de Digne, Embrun, Barcelonnette). Ces schistes sont marneux et c’est un caractère des marnes de s’effriter facilement (). Riches en matière organique à laquelle ils doivent leur couleur noire, ordinairement pyriteux, ils sont accessibles à l’action de l’oxygène qui brûle la matière organique et transforme les pyrites en sulfate de fer. Celui-ci agit à son tour sur la chaux et la magnésie pour donner des efflorescences, cristallines ou non, de gypse et d’epsomite ou sulfate de magnésie (Voir chap. XVII, n° 193). Ces efflorescences, si abondantes dans les Alpes, couvrent parfois tout un versant ; on dirait une poudrée de neige. Solubles, elles disparaissent par les pluies pour se reformer pendant les sécheresses. Généralement il n’y à pas de végétation sur ces places. Toutes ces actions physiques, mécaniques et chimiques amènent plus ou moins vite, suivant l’agrégation et la composition du schiste (?), suivant les conditions climatiques et topographiques, le délitement, l’effritement de la couche superficielle, la transformalion en boue noire, visqueuse, de ces schistes, tout d’abord très durs lorsqu'ils n’ont pas subi les influences atmosphériques. Ces terres noires sont très redoutées des forestiers des Alpes, parce qu’elles sont le lieu d'élection des torrents qui y creusent des ravins profonds aux berges noires, abruptes, ou parfois en surplomb, dont le pied s’affouille constamment, provoquant le glissement des parties supérieures, et parce que l’on a beaucoup de peine à y installer une végétation. Tant qu’elles ne sont pas saturées d'oxygène, elles détournent à leur profit cet élément indispensable à la végétation qui est entravée aussi par l’excès des sulfates

1. Surtout dans ces régions montagneuses où les alternances de gel et de dégel sont, pour ainsi dire, quotidiennes, et celles de sécheresse et d'humidité très fréquentes. Le déchaussement des plants est porté à son maximum dans les Alpes, où il faut prendre des précautions rigoureuses pour l'éviter.

2. Certaines couches, nettement fissiles, plus résistantes, sont employées sous le pom de lauses, à la couverture des maisons. Les ardoises de Montricher et de Saint- Julien (Savoie) se laissent débiter en lames aussi minces que les ardoises du cambrien ou du silurien , elles proviennent de schistes tertiaires (série éocène).

et par le déchaussement (schistes délités) ou par la résistance à la pénétration des racines (schistes intacts) ; ce sont des sols à peu près stériles sur lesquels ne peuvent s'installer qu’un petit nombre de plantes, bien connues des reboiseurs.

Mais, au contraire, lorsque, au lieu de glisser à chaque orage dans les thalwegs, mettant à nu une nouvelle couche de schistes vifs, ces sols restent en place, lorsqu'ils sont aérés depuis longtemps, ils sont de très bonne qualité. Ce sont les meilleurs des Alpes; c’est là (terrasses, anciens cônes de dé’ection) que sont les plus beaux pâturages et les plus belles cultures.

Quartzites, grès, poudingues, conglomérats, — Les quartzites, grès, poudingues, grauwackes et autres roches conglomérées des terrains primaires résistent très bien à la désagrégation et forment des couches solides à relief immuable, sur lesquelles le sol, quand il existe, est de la plus mauvaise qualité physique ou. chimique. Les roches conglomérées arénacées des terrains secondaires et tertiaires se désagrègent plus aisément, leur aptitude à se fragmenter, à se décomposer et, par suite, à former des sols est, du reste, très variable. Elle dépend de l'agrégation de la roche, de la nature et de la proportion du ciment (siliceux, feldspathique, calcaire, argileux, ferrugineux), du climat, de la situation, etc. On ne peut rien dire de général ; mais, après examen des fragments et du ciment qui les unit, il est aisé de prévoir si la roche se désagrégera facilement ou non et quelles seront les qualités du sol formé.

Calcaires, dolomies. — Les calcaires durs, compacts, sans fissures, sont très résistants. Les rocs de calcaire à polypiers semblent rester indéfiniment inaltérés sur le sommet de nos collines. Leur surface seule est lavée par les eaux et se dissout quelque peu quand elles sont chargées d’acide carbonique ; mais cette dissolution est bien plus intense si la roche poreuse, cariée, fissurée ou réduite en fragments par des alternatives de gel et de dégel (calcaires géhifs), offre à la circulation de l’eau, grande facilité et points de contact nombreux. Aussi les calcaires impurs et gélifs finissent par former un sol

de quelque épaisseur constitué par leurs impuretés insolubles (argile, sable, oxydes de fer, matière organique). C’est la {erre rouge ou limon rouge (terra rosa), couche d’autant plus mince que la roche formatrice est plus pure et moins perméable.

Au pied des falaises calcaires, les bancs gélifs dont la surface se délite chaque année forment par l’accumulation des fragments des cônes d’éboulis.

Les calcaires et les dolomies ne sont pas seulement accessibles à la désagrégation et à la dissolution. Sous l’action de l’oxygène, les matières organiques qui existent dans presque toutes ces roches se comburent et la roche, grise d’abord, parfois noirâtre, prend, à la suite d’une oxydation prolongée, une teinte plus claire.

111. Le Massif central. — « Le trait fondamental de la géologie de la France est l’existence, au centre de notre pays, d’un massif de terrain archéen dont l’émersion remonte aux premiers temps de l’histoire du globe. Ce massif a subi de nombreuses modifications par suite de dislocations et d’érosions ; mais il n’a jamais cessé de former le noyau du sol français. » (A. DE LAPPARENT.) Ce massif archéen constitue un plateau mollement ondulé dans sa moitié occidentale (*), mais accidenté de rides montagneuses importantes (Cévennes, Forez, Margeride, massif du Cantal, chaîne des Puys) dans sa moitié orientale. Son altitude moyenne est d’environ 750 mètres et son point culminant (le puy de Sancy) s'élève à 1 686 mètres.

On l'appelle le Massif central de la France, bien que ce soit seulement son bord septentrional qui occupe le centre de notre pays; 1l s’étend vers le sud jusqu’au col de Naurouze. |

Aux gneiss et aux micaschistes se joignent de nombreuses roches granitiques et à travers ces terrains granitiques et archéens se sont fait jour d'importants épanchements de porphyres d’abord, puis de roches volcaniques plus récentes, trachytes et basaltes (le mont

1. À l’ouest de la ligne qui joint Moulins à Villefranche-de-Rouergue et qui est jalonnée par une longue traînée de bassins houillers (Noyant, Commentry, Champagnac) se prolongeant par la célèbre faille de Villefranche, un des plus remarquables accidents de la carte géologique de la France.

Dore, la chaîne des puys de Clermont, le Cantal, le massif du Velay).

Autour de cette vaste ampoule se sont déposés les terrains paléozoïques fortement redressés ; leur ceinture est loin d’être complète. Is n’entrent même pas pour un dixième dans l’étendue du Massif central qui est donc presque uniquement conslitué par des roches éruptives et archéennes.

Il forme environ la sixième partie de la France et comprend l’Au-

vergne, le Limousin, le Bourbonnais (pars), le Forez et le Velay. À

ce plateau se rattachent des prolongements, caps avancés au milieu des terrains sédimentaires environnants : au nord, le Morvan ; au sud, le plateau du Ségala qui se prolonge par la montagne Noire jusqu’au près de Carcassonne ; au sud-est, les Cévennes. De la pointe du Morvan à celle de la montagne Noire, il y a 480 kilomètres ; il y en a 320 de Lyon à Confolens : ces distances représentent la longueur et la largeur du massif. On y voit aussi deux échancrures : l’une au nord, formant la plaine de la Limagne (vallées de la Loire et de l'Allier); l’autre au sud, la région des Causses, autrefois vaste golfe s’enfonçant jusqu’à Rodez et Mende et comblé à l’époque jurassique par des dépôts calcaires.

Toute la partie occidentale, qu’on peut appeler la partie basse du plateau, a une composition uniforme : les granites, gneiss, micaschistes y règnent presque exclusivement. C’est dire que le sol y est généralement très pauvre, d'autant plus que les granites y sont le plus souvent très quartzeux et à grain fin. La culture forestière devrait, en raison de la mauvaise qualité des sols et de la rigueur du climat, y être très développée et s'étendre sur le quart, au moins, du territoire. La carte ci-jointe montre que les deux départements (Haute-Vienne et Creuse) compris dans cette moitié occidentale du plateau ont un taux de boisement inférieur à 8 °/, avec 150 000 hectares de landes et terres incultes (dont 100 000 hectares appariennent aux communes).

Il y a un intérêt évident à reboiser toute cette surface. Le tableau I indique que ces deux départements sont restés à peu près stalionnaires de 1862 à 1899, tandis que la Corrèze, à climat aussi rude et à sol aussi pauvre, a boisé 80 000 hectares, faisant passer son taux

de boisement de 7 °}, à 20 °/, (‘). Ce n’est pas encore suflisant. Sur de tels sols la proportion des bois devrait s’élever au moins à 25 ©, chiffre qui serait dépassé si l’on transformait en forêts productives les 100 000 hectares des landes corréziennes. Celles-ci rapportent à peine 3 fr. par hectare et par an; les pineéraies rapporteraient au moins dix fois plus (°).

La partie orientale du Massif central, à l’est de la ligne de dépôts houiïllers qui, sur 200 kilomètres, se prolonge depuis Decize jusqu’au milieu du Cantal, est beaucoup plus étendue et à relief plus mouvementé que la partie occidentale.

Outre les granites, granulites, gneiss et micaschistes, on y rencontre d'importants affleurements de porphyres (Forez, Beaujolais, Morvan), de trachytes et de basaltes déjà cités et de terrains primaires, si bien que les sols y sont plus variés.

Celui qui domine est le produit de la destruction des granites, granulites, gneiss, et son nom local est l’aréne. C’est un mélange de sable quartzeux avec quelque peu d’argile, de feldspath et de mica plus ou moins altéré et de matière organique, sol pauvre, superficiel,

1. « Ces trois départements, dit M. Riszer dans son excellent ouvrage : Géologie agricole (t. 1, p. 61), sont des types complets de terrains granitiques et archéens… Les forêts y sont rares. Le Plateau central est, comme on l'a dit, la {éfe chauve de la France. Elle était moins nue autrefois. Beaucoup de bois ont été détruits au seizième et au dix-huitième siècle. Aujourd'hui, ils sont remplacés par des landes presque improductives. »

2. M. ve BÉuinay, l'un des précurseurs du reboisement dans la Corrèze, écrit : « On évalue à 100 000 hectares la superficie de terrains vagues ou incultes dans la Corrèze, comprenant les bruyères communales ou privées, les côtes rocheuses, les pâturages sans végétation; on arriverait à une surface plus grande encore si l'on comptait les terres appauvrics, les sols extra-légers dont la récolte ne paie pas la culture et que la rareté de la main-d'œuvre obligera à mettre en friche dans un avenir peu éloigné.

« Le reboisement seul peut meltre en valeur ces énormes surfaces improduclives. Il résulte des observations que j'ai recueillies que l'on ne peut estimer à moins de 30 francs par hectare et par an la plus-value moyenne qu'un semis de résineux donne au sol; pour l'ensemble du département, ce serait un gain annuel de 3 millions qui se capitaliserait sans effort, sans risques et sans frais, et arriverait à constituer la somme énorme de {50 millions au bout de cinquante ans, quand les bois auraient atteint l'âge de l'exploitation la plus fructueuse. » (Deuxième congrès de l'aménagement des montagnes, Bordeaux, 1907, p. 104.)

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dépourvu de chaux et d’acide phosphorique, mais suffisamment potassique (*). Le climat rude n’est pas plus propice que le sol aux grands rendements agricoles. C’est une région dévolue aux forêts et aux pâturages.

Les porphyres quartzifères ou microgranulites, variété dominant dans le Plateau central, sont des roches très résistantes à la décomposition, profondément fissurées et qui, bien que riches en feldspath, donnent un sol encore plus maigre et plus mince que les granites. Les trachytes et les basaltes engendrent aussi des terrains trés médiocres, lorsqu'il n’y a pas d'humidité, fertiles au contraire dans le cas inverse, Les basaltes se décomposent alors assez vite, surtout s’ils sont poreux, scoriacés ou amygdalaires, en une argile ferrugineuse rouge, lourde (bol), riche en acide phosphorique, en chaux et en potasse. C’est là que sont les meilleurs pâturages (Aubrac, Salers) ; généralement les forêts y ont été défrichées, et à juste titre, pour faire place à des herbages où abondent les légumineuses.

On voit que, dans l’ensemble, le sol du Plateau central doit être rangé parmi les plus mal dotés de France et, à ce titre déjà, ce devrait être une région forestière.

Or, si l’on examine le tableau IT ou la carte, on voit que les douze départements de la région auvergnate, qui embrassent 7 millions d'hectares et correspondent à peu près à la région géologique du Plateau central, n’ont, en 1892, qu’un taux de boisement de 192,8 °},, inférieur de 5 °/, à la moyenne de la France (*). Il devrait logiquement être, au contraire, très supérieur à cette moyenne pour la plus grande prospérité de la région elle-même et des pays avoisinants, Car le boisement présente ici une double utilité: c’est une mise en

1. Quand le sol provient de la décomposition des granites porphyroïdes à deux feldspaths ou des pegmatites et granulites, il est de meilleure qualité, parce que ces roches sont beaucoup plus désagrégeables et plus feldspathiques que le granite commun à petit grain ou le gneiss. Ces granites porphyroïdes ne passent jamais aux gneiss ; ils forment des montagnes ou des chaînes isolées qui se dessinent en reliet sur la surface générale du plateau (Margeride, Lozère, Aigoual). On voit souvent ces granites, ainsi que les granulites (pegmatites), injectant les granites communs.

2. « La culture forestière y est moins bien représentée encore que la carte ne le ferait croire si l’on attribuait de l'importance aux nombreuses broussailles qui y sont éparses et qui comptent comme forêts. » (MATHIEU)

valeur comme dans les quatre régions précédentes; c’est aussi la protection la plus efficace contre l'intensité et la soudaineté des crues et contre l’ensablement des lits des rivières.

Cette double utilité n’a guère été comprise jusqu'ici par les habitants; car, dans un tiers de siècle, de 1862 à 1892, la proportion de la surface boisée ne s’est accrue que d’une manière insignifiante (de 11,3 °}, à 12,8 °J,) ['].

Bien que les roches du Plateau central soient en général très résistantes, elles se désagrègent superficiellement pour former le sol (l'arène) où domine l’élément sableux. Quand ce sol est dénudé, quand ces grains de sable ne sont pas fixés par la végétation, ils sont entraînés dans les rivières et viennent encombrer leur lit de bancs de sable qui entravent la navigation.

D'autre part, l’industrie se transporte maintenant vers les régions où abondent les grandes forces hydrauliques (houille blanche) ; mais elle ne peut utiliser que les cours d’eau dont le débit n’est pas trop irrégulier (?). Il est universellement reconnu que la forêt tend à régulariser ce débit et qu’en montagne elle sert les intérêts de l’industrie tout autant que ceux de l’agriculture.

Les rivières du Morvan (Yonne, Cure) ont un débit assez conan

parce qu’elles sortent de régions bien boisées ; le Morvan a plus du

tiers de sa surface en bois (°).

{. Sur beaucoup de points, au lieu de reboïiser, les particuliers défrichent en délit; le préfet du Rhône, dans une circulaire récente (1906), constate le fait et invite les maires à signaler ces déboisements délictueux à l'inspecteur des eaux et forêts.

2. « C'est à cette irrégularité du débit, due à la dénudation des bassins supérieurs, qu'il faut attribuer l'emploi médiocre des forces hydrauliques dans un département (Loire) cependant éminemment industriel et dans lequel ne font défaut ni l'initiative, ni les capitaux. Le Lignon, le cours d'eau le plus important du département, passe d'un débit minimum de { mètre cube à un débit maximum de 356 avec un débit ordipaire de 8 mètres cubes... En élevant le taux de boisement des bassins supérieurs, il serait possible de relever en même temps le débit moyen des rivières, le seul en vue duquel peuvent être établies les installations hydrauliques. » (VEssioT.)

3. Les forêts du Morvan, qui sont situées à proximité de régions riches et peuplées et qui peuvent amener leur bois par flottage jusqu'à Paris, ont toujours eu de la valeur et ont par suite été de tout temps bien soignées par leurs propriétaires. Les circonstances étaient tout autres pour le cœur du Massif central. Là, le bois, marchandise encombrante, ne pouvait être transporté très loin sans grands frais, vu l'absence de

Les rivières qui sortent du Plateau central proprement dit (Allier, Loire, Ardèche, Gardon, Hérault, Vidourle, etc.), sont célèbres par leurs crues subites et leurs inondations désastreuses. Celles d'octobre 1907 ont causé pour plus de 50 millions de dégâts; l'Hérault d’abord, puis les autres rivières qui descendent des Cévennes et aussi les affluents de la Garonne et de la Loire, ont débordé calamiteusement sous l'influence de pluies intenses.

La comparaison est ici d’une grande force démonstrative ; le sol, les pentes, le climat étant sensiblement identiques pour tout ce versant nord du Plateau central, la différence si sensible dans le régime ne peut guère être attribuée qu’à la différence considérable dans le taux de boisement des deux régions. |

Il est certain que, si ces versants à pentes Nes de l’Aigoual qui regardent la Méditerranée eussent été garnis de véritables forêts, la crue se füt montrée moins rapide et moins haute ; on aurait eu plus de temps pour opérer les sauvetages et l’on aurait évité bien des pertes matérielles (*).

En résumé, 1l semble bien démontré que l'augmentation de la surface boisée sur toute l'étendue du Plateau central, le doubiement du taux de boisement, par exemple, aurait une heureuse répercussion : 1° sur la richesse publique : le revenu de la terre serait décuplé; 2° sur la navigation : il y aurait moins d’apports de matériaux dans

routes et de cours d’eau flottables ; il n'y avait sur place qu'une population pauvre et rare qui ne consommait pas beaucoup de bois et ne pouvait le payer cher. Les forêts, longtemps propriétés sans valeur, ont été négligées et maltraitées par leurs propriétaires. Dans la Montagne Noire, à l'extrémité sud du Plateau central, les produits forestiers ont trouvé, comme dans le Morvan, des débouchés avantageux dans les riches plaines du Languedoc ; les bois y ont toujours été marchandise précieuse : aussi les forêts sont nombreuses et bien traitées sur la Montagne Noire. Aujourd’hui les circonstances économiques ont changé : les communications sont plus faciles; le bois peut s'exporter au loin sans frais exorbitants, il augmente sans cesse de valeur et les reboisements deviennent des opérations de plus en plus fructueuses.

1. Les pentes du Plateau central qui regardent la Méditerranée reçoivent d'énormes quantités d'eau, souvent par ondées diluviennes. C'est là un fait météorologique contre lequel on ne peut rien, De tout temps, les rivières qui prennent leur source dans ces pentes ont été sujettes à des crues violentes. C'est justement pour cela qu'il serait si utile que tous ces versants fussent abondamment garnis de forêts en massif plein ; c’est dans de telles conditions qu'elles exerceraient au plus haut degré leur action

les rivières, moins de frais de dragages ; 3° sur l’industrie : le régime des cours d’eau deviendrait plus régulier ; 4° sur l’agriculture et les travaux publics : les dégâts commis par les inondations dans les champs, sur les routes, sur les voies ferrées seraient diminués (°). Le taux actuel pourrait être porté peu à peu au double sans nuire aux surfaces cultivées ; car la contenance boisée n’atteint pas 900 000 hectares et il y a, aujourd’hui encore, sur tout le plateau, plus de 1 100 000 hectares de surfaces improductives, landes couvertes de bruyères, dont il faut poursuivre le reboisement avec une inlassable persévérance. L’essence qui semble appelée à jouer le rôle prépondérant est le pin sylvestre. QI vient admirablement, dit un praticien, dans tous les sols où le bouleau peut réussir ; il pousse même sur les tourbes humides; notre climat lui convient ; il est facile à propager par semis ou par plantation et son bois est de bonne qualité. » Le pin maritime, le pin laricio, le pin de montagne, le sapin, l’épicéa,

modératrice. C'est pour cela que l'État est en train d'acquérir sur le massif de l'Aigoual 20 000 hectares de terrains dégradés ou à pentes excessives pour y installer la végétation forestière (périmètres de la Dourbie, de l'Hérault, du Gardon). « Les hautes Cévennes étaient autrefois toutes boisées ; maïs le déboisement progressif des versants à très forte pente, l'entraînement des sables granitiques par le ruissellement des eaux d'orage sur un sous-sol absolument imperméable, enfin les abus d'un pâturage sans contrôle ont été autant de causes actives de dégradation complète du sol. Les habitants et les cultures inférieures sont, à chaque orage, sous le coup d'un danger permanent, surtout sur le versant méditerranéen. Les travaux de reboisement ont déjà parcouru 10 000 hectares environ et l'on constate que sur tous les terrains recouverts d'une forte végétation les excoriations ont disparu et les ravins s’éteignent. »

{. On ne peut que souhaiter prompt succès aux divers groupements, tels que la Loire navigable, le Sud-Ouest navigable, l'Association pour l'aménagement des montagnes, manifestations diverses de l'initiative privée qui veut seconder et hâter les efforts insuffisants des pouvoirs publics pour « sauver la terre de la patrie ».

Cette dernière association, fondée en 1904, a commencé ses opérations en affermant 2 000 hectares de pâturages communaux pour les restaurer ; elle tient chaque année un congrès où sont discutées toutes les questions intéressant la restauration des montagnes. Les comptes rendus de ces congrès renferment d'importants travaux où sont étudiés les divers points de vue de cette grande œuvre de restauration du sol. Nous engageons vivement le lecteur à en prendre connaissance. Il vient de se fonder (1908) à Nontron (Dordogne) un syndicat formé par la majeure partie des propriétaires forestiers de l'arrondissement de Nontron, grands et petits. Il a pour objets essentiels : le boisement et la mise en valeur des friches, l'amélioration et l'aménagement des bois existants, l'écoulement facile et rémunérateur des produits ligneux. Voilà encore un heureux symptôme.

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