Terres noires des Alpes (Torrent du Riou-Bourdoux
Aux environs de Digne, d'Embrun, de Barcelonnette, abondent des
schistes marneux noirs appartenant aux divers étages des terrains jurassiques. Ges schistes sont très durs dans leur zone profonde, mais leur surface, exposée aux alternatives, incessantes dans les Alpes, de gel et de dégel, de sécheresse et d'humidité, s’effrite très facilement, comme il arrive pour toutes les marnes. Elle se délite et se fragmente ainsi qu’il a été dit plus haut (n° 110 et 114), et les pluies, les eaux de ruissellement que rien n’arrête sur ces vastes versants à pentes excessives, entraînent les éléments terreux, les délaient en une boue épaisse qui vient se déverser dans le lit des torrents. Ces marnes s’affouillent avec une déplorable facilité et, quand la pente des berges, sans cesse affouillées par le pied, dépasse celle du talus d’éboulement naturel, une tranche nouvelle de la sur-
face glisse dans le thalweg, mettant à nu une couche schisteuse qui
subira bientôt le sort de la précédente.
Ainsi se forment ces pentes nues et noires à relief instable caractéristique, à crêtes aiguës, que montre la planche IV figurant la partie inférieure de la gorge du torrent du Riou-Bourdoux, près Barcelonnette (Basses-Alpes).
Ce torrent, fameux dans tout le pays par ses dévastations, était, avant sa correction, maintenant à peu près achevée, l’un des plus terribles et des plus considérables des Alpes. Il se trouve sur la rive droite de l’Ubaye où il se jette, un peu en aval de Barcelonnette, à l'altitude de 1 100 mètres, après un parcours de 8 kilomètres.
« Son énorme bassin de réception est couronné par des crêtes rocheuses (2900 mètres d’altitude) appartenant au terrain tertiaire (éocène nummulitique) qui, dès l'altitude de 2400 mètres, fait place aux marnes noires jurassiques ; nulle part, dans les montagnes des Basses-Alpes, on ne rencontre aussi haut cette nature de terrain. Tous ses affluents roulent encaissés dans des berges taillées presque à pic, d’une hauteur qui dépasse souvent 100 mètres. Ces berges, sans exception, sont absolument dénudées et présentent une couleur noir bleuâtre, d’un aspect sinistre... Le Riou-Bourdoux affouille perpétuellement le pied de ses berges et détermine ainsi des glissements préparés par de nombreuses ramifications ét les infiltrations
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