‹ Les sols forestiersChapitre 163 sur 180 · PE DR RP Ç · texte numérisé non relu

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des forêts, surtout dans les montagnes, où la rapidité des pentes, l’exposition aux rayons du soleil, l’action des vents et enfin les déboisements excessifs amènent si fréquemment l’aridité plus ou moins grande du sol. »

Fort de ces observations si démonstratives, CHEVANDIER chercha,

par des procédés peu coûteux, à faire bénéficier les versants secs du grès vosgien (environs de CGirey) des eaux pluviales qu’ils reçoivent, en s’opposant à leur ruissellement et en les forçant à s’infiltrer dans le sol. Pour cela il établit des fossés de 75 centimètres à À mètre de largeur et de profondeur, disposés de manière à partager la montagne en zones horizontales ayant en moyenne de 12 à 15 mètres de largeur ; les eaux des pluies viennent s’y réunir et pénètrent plus ou moins lentement dans le sol. De cette manière, toute l’eau qui s’écoule d’une des zones profite à celle qui lui est immédiatement inférieure (°).

Ce système d'utilisation des eaux sauvages par des fossés horizontaux, appliqué pour la première fois en France en 1840, a été dernièrement préconisé en Allemagne. Il est employé dans maints vieux peuplements de chêne du Palatinat bavaroïis situés sur de fortes pentes et dans les massifs de pin sylvestre des montagnes du Hardt végétant sur des sols maigres de grès bigarré, épuisés par un soutrage excessif.

On a partout remarqué dans le Palatinat bavarois que les parcelles pourvues de ces fossés d’arrêt montraient une plus belle végétation (?).

Ces fossés peuvent être facilement entretenus par les gardes; il

1. « La dépense n'est pas très élevée ; je viens d'appliquer ce procédé comme essai dans les forêts de la manufacture des glaces de Girey, sur 8 hectares ; les frais ont été de 7 centimes par mètre courant et en moyenne de 40 francs par hectare, » Il es probable, pour ne pas dire certain, que c’est là de l'argent bien employé. En peu d'années, le propriétaire a été remboursé de ses avances par l'augmentation de l'accroissement.

2, « Dans le Hardt, dit GAyer, on leur donne de 30 à 50 centimètres de profondeur et de largeur avec des parois aussi verticales que possible ; ils sont séparés par des intervalles de 3 à 5 mètres et disposés sur des lignes horizontales exactement nivelées, Au hout de peu d'années, on remarque l'influence favorable qu'ils exercent sur la croissance des peuplements où ils sont établis. »

n’est pas nécessaire de les faire en ligne continue sur tout le versant ; on doit se laisser guider dans leur tracé par les accidents du relief; c’est sur les sols peu perméables, aux points où les pentes sont les plus raides et dans les forêts privées de leur couverture morte que ces fossés seront le plus utiles, parce que c’est dans de telles conditions que le ruissellement s’exerce surtout (°).

Après les observations de CHEVANDIER, il n’y a plus guère à citer, comme expérience scientifique où l’on a mesuré exactement l’effet du facteur étudié, que les récents essais faits près de Vienne (Autriche) [?], par la Station autrichienne de recherches forestières. Ils ont porté, l’un sur un peuplement naturel de pin noir d'Autriche âgé de cinquante-six ans, l’autre sur une jeune plantation d’épicéa et de pin Weymouth. |

Les parcelles irriguées avaient chacune 5 ares, ainsi que les parcelles témoins contiguës, absolument identiques.

Deux fossés d'irrigation principaux sur lesquels s’embranchaïent à angle très ouvert une dizaine de paires de rigoles parallèles et équidistantes suffisaient à l’arrosage complet de chaque parcelle (*). Dans les périodes de sécheresse, on arrosait tous les trois jours ; l’eau fut donnée pendant les quatre années que dura l’expérience (1901-1904) depuis le mois de mai jusqu’au mois de septembre.

Nous allons résumer les résultats obtenus pour le peuplement de pin noir.

1. Citons encore les forêts de châtaignier de la ville de Gava, près de Salerne (Italie). Presque à chaque souche de châtaignier, dans ces forêts situées en pente raide, on a creusé une cuvette qui empêche le rapide écoulement des eaux de pluie et les utilise à la croissance du bois. Aussi les forêts de Cava se distinguent par leur végétation luxuriante.

On a déjà depuis longtemps proposé de se servir des eaux coulant dans les fossés des routes forestières pour arroser, à l'aide de tuyaux ou de rigoles, les arbres avoisinants (Voir un article de M. AnpErziND dans l'A//gemeine Forst- und Jagd-Zeilung de 1903).

2. Bewässerungs-Versuche im Walde, par MM. BônnerLe et Ciesrar. On trouvera la traduction abrégée de leur mémoire dans les Annales de la Science agronomique française et étrangère, année 1905.

3. Il faut prendre garde de lessiver le sol et de le transformer en marécage. L'immersion empêche vite tout accès de l'air, ce qui donne lieu à la décomposition forménique ; elle convient moins que l'irrigation par rigoles qui laisse le sol accessible à l'air,

À la fin de chaque saison de végétation, on mesura sur chacune des cent quatre-vingt-sept liges arrosées et des cent quatre-vingtcinq tiges témoins deux diamètres perpendiculaires, ce qui permit de calculer l'accroissement de la surface terrière dans les deux cas.

Cet accroissement fut pour les années

1: HER 258 5,2 4,5 3,2°/, dans la parcelle témoin, des", 5,0 71,4 CI 5,5 °/, dans la parcelle irriguée,

L’irrigation a, comme on voit, favorisé la croissance des arbres dès la première année, où l’augmentation de la surface terrière a été plus de deux fois celle de la parcelle témoin.

Pour les quatre années qu’a duré l'essai, la surface terrière a augmenté de 25 °/, dans la parcelle irriguée, de 15 °/, seulement dans la parcelle témoin.

M. BônMEerLE a distribué les tiges en trois classes d’après leur grosseur pour voir si les perches les plus fortes avaient autant profité que les faibles. Il résulte de ses calculs et de ses graphiques que ce sont les tiges les plus faibles qui ont été le plus influencées.

Pour chacune des quatre années le supplément d’accroissement dû à l’eau n’a oscillé qu'entre 2,2 et 2,7 °/..

Il est donc probable que c’est le chiffre normal pour les conditions de sol, de climat, d’essence et d’âge dans lesquelles se sont placés les expérimentateurs de Mariabrunn et qu’on retrouvera cette proportion les années suivantes,

Dans les climats chauds, l'irrigation produit sur la végétation des plants forestiers des résultats merveilleux. Sur plusieurs points de l'Inde, les Anglais ont créé des plantations, irriguées ou non, d’essences précieuses, telles que le teck (Tectona grandis L.), les Dalbergia ; ils obtiennent des augmentations d’accroissement vraiment extraordinaires (!).

1. Que l'on peut constater dans les collections de l'École forestière de Nancy. Dans une plantation irriguée de Punjab, les Dalbergia Sissoo Roxb. de cinq ans ont 24 pieds de hauteur et 27 pouces de circonférence à la base, tandis que, dans une

La conclusion à tirer de ce qui précède est que le forestier ne doit pas négliger le concours de l’eau, chaque fois qu’il peut se le procurer facilement, sans trop de frais (*). On n'y pense pas toujours assez.

128. Marnage; chaulage. — Le chaulage consiste dans l’incorpo- |

ration au sol de chaux caustique employée soit à l’état de chaux vive au sortir des fours à chaux, soit à l’état de chaux éfeinte par l’adjonction d’une petite quantité d’eau.

On désigne sous le nom de marnes des roches formées d’un mélange de calcaire, d’argile et de sable associés en proportions très variables. Ces roches, assez abondantes dans les terrains secondaires et tertiaires, parfois assez dures au moment de l'extraction, se délitent spontanément en augmentant de volume et s’effritent peu à peu par les alternatives de gel et de dégel, de sécheresse et d'humidité. Se réduisant d’elles-mêmes en menus fragments, elles fournissent au sol du carbonate de chaux à l’état très divisé.

Marnage et chaulage sont les amendements agricoles par excellence. Ils sont très employés sur les terres argileuses trop compactes pour améliorer leurs propriétés physiques, pour leur donner la chaux qui leur manque, et aussi pour activer la nitrification.

Il est bien certain que l’apport de chaux soit sur l’humus tourbeux, soit sur l’humus brut des sols forestiers, serait très utile vis-à-vis de l'acidité du sol, qui est la principale cause de sa stérilité (n° 61). L’acide humique libre passerait à l'état d’humate de chaux et la base en excès, qui est en même temps un aliment nécessaire, favoriserait la décomposition de la tourbe, l’érémacausis de la couverture

plantation voisine non irriguée, des plants de douze ans n'ont que 20 pieds. À dix ans, un Dalbergia atteindra, grâce à l'irrigation, 40 pieds et 43 pouces de circonférence, quand, à côté, le plant non irrigué ne mesurera, à vingt ans, que 37 pieds et 33 pouces. Voir dans l'Zxdian Forester de 1905, p. 127, un article sur les plantations de teck de Nilambur (Malabar) au bord de la rivière Beypore.

1. Souvent quelques coups de pioche dans la berge du ruisseau forestier en des points bien choisis, quelques branches ou blocs en travers du lit sufiront à éparpiller l'eau pour le plus grand avantage des arbres du voisinage. C'est surtout évidemment Sous les climats chauds, à pluies rares et sur les sols secs que l'irrigation forestière aura son maximum d'effet, |

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morte (*). On a employé les chaulages avec succès dans quelques forêts danoises (*); mais, sauf de très rares exceptions, les marnages et les chaulages sont des opérations trop coûteuses pour être d’un usage courant en sylviculture.

Sur les sols où, par suite de l’excès d’eau (marais, tourbières) ou de sécheresse (humus brut de bruyère), les matières organiques ne peuvent se décomposer normalement (par érémacausis), où il se forme, en conséquence, de grandes quantités d'acide humique libre, les chaulages ou les marnages influent énergiquement sur la fertilité en mettant cet acide en combinaison.

L’humate de chaux se volatilise plus rapidement que l’acide hu-

mique libre ; ces dépôts excessifs de matières organiques inertes se

réduisent en couches plus minces pour le plus grand bien du sol sous-jacent qui s’enrichit par les éléments minéraux et organiques de l’humus solubilisé et qui devient plus accessible à l'air et à l’eau (°).

Comme l’humus acide est nuisible, on comprend que la chaux caustique soit déjà utile en le supprimant. De plus, l’humate de chaux qui se forme, se décompose plus vite que l’acide libre et fournit aux piantes de plus fortes doses de principes nutritifs.

La chaux agit aussi sur le sulfate de fer fréquent dans les sols

1. La chaux caustique, l'hydrate ou le carbonate de chaux, a-t-il été dit précédemment (n° 41), retardent la décomposition des matières organiques non altérées ; tandis que si elles le sont déjà — c'est le cas de l’humus brut (terre de bruyère) et de la tourbe, — ces produits calciques hâtent l'érémacausis, ainsi que le prouvent les expériences si démonstratives de PETERSEN (n° 41 ad notam) et de Wozrny.

2. Pour s'opposer à la formation des humus bruts ; cette opération, que l’on répète de temps en temps, est entrée dans Ja méthode régulière de culture.

3. Voir le travail de MM. Muzcer, directeur des forêts du Danemark, et Weis : Ueber die Einwirkung des Kalkes auf Buchenrohhumus (Trockentorf) | Mitteilungen des Kôniglich-dänischen forsilichen Versuchungswesens, Heft Il, 1906]. « Depuis quelques années, on cultive en Danemark le hêtre sur des sols d'humus brut après dilacération de la couche d'humus et adjonction de chaux. Les résultats obtenus quant au développement des jeunes hêtres sont si satisfaisants, qu'on ne peut les attribuer exclusivement à l'émiettement de la couche compacte d'humus et à l’action nutritive de la chaux. Tout tend à montrer que l'influence de la chaux est due en partie à la formation d'acide nitrique aux dépens de l'azote combiné de l'humus, comme c'est le cas pour les sols tourbeux. » Les expériences de l'éminent forestier danois font nettement ressortir l'action nitrifiante de La chaux sur l'humus brut des forêts de hêtre,

tourbeux et nuisible. Par l’adjonction de chaux (hydrate ou carbonate) 1l se forme du gypse et du protoxyde de fer hydraté des plus oxydables qui, en présence de l’air, se transforme bientôt en peroxyde indifférent à la végétation.

Du reste, peu à peu, à la longue, à mesure que par l’assainissement diminue l’excès d’eau et que périt la sphaigne ou la bruyère sous le couvert du peuplement introduit, le genre de décomposition se modifie et l’on arrive à l’érémacausis sans qu’il soit besoin de chauler ou de marner.

129. Épierrement. — L’épierrement se pratique exclusivement en agriculture.

L'élément pierreux ne gêne pas en forêt, où les plants trouvent toujours à se faire place même dans les sols les mieux garnis de pierres, même dans les murgers. Il provient soit de la roche en place (pierres des forêts calcaires en plateaux), soit de la fragmentation et de l’éboulement des roches surplombantes (murgers, chaos dans les montagnes), soit de terrains de transport, de dépôts d’alluvion (cailloux de diluvium) et, dans ce cas, les fragments sont plus ou moins roulés.

Suivant leur dimension, ce sont des blocs (sol rocheux), des pierres (sol pierreux), des pierrailles (sol rocailleux), des graviers (sol graveleux). Au-dessous du gravier viennent les sables à gros grain.

On apprécie d'ordinaire la proportion de l'élément pierreux par cinquièmes. Suivant que le sol renferme un, deux, trois ou quatre cinquièmes de pierres, il est dit peu pierreux, moyennement pierreux, plerreux ou très plerreux.

En culture forestière, les pierres sont utiles, surtout sur les pentes, en maintenant la terre fine en place, empêchant sa dispersion par l’eau ou par le vent (‘), et entretenant l'humidité. On voit souvent de

1. Au Ventoux, sous le revêtement continu de pierres qui forme en apparence tout le sol de la montagne, on trouve plus ou moins de terre fine que les pierres de la surface maintiennent en place malgré le mistral, et qui permet à la végétation de s'implanter. Dans le Karst autrichien, où la couche végétale est exposée à être enlevée par les rafales du Bora (vent du nord) aussi violent que notre mistral, on fixe le terrain par des pierres assemblées en cerele et destinées à servir d'abri à des bouquets de plantations d'essences forestières.

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très beaux peuplements sur des sols couverts de blocs. Partout où l’on a à craindre le desséchement et le déchaussement dans les plantations, on place une grosse pierre plate du côté du midi tout contre le jeune plant qu’on vient de mettre en terre pour assurer sa reprise en le protégeant contre la dessiccation et le soulèvement des racines.

De même les semis naturels sont plutôt favorisés par la présence sur le sol de pierres de moyenne grosseur, fussent-elles en assez grand nombre. Ces pierres forment un abri pour les plants qui naissent dans leur voisinage ; elles affermissent les sols trop légers et y maintiennent plus lontemps la fraicheur.

130. Labour ; crochetage. — Le labour est le mode de travail du sol le plus communément employé en agriculture depuis la plus haute antiquité ; c’est à lui que l’homme s’adresse pour donner et maintenir au sol cultivé les qualités physiques nécessaires au développement de la végétation.

Le labourage a pour but d’ameublir et d’aérer le sol; par le passage de la charrue, les parties inférieures de la couche arable sont ramenées à la surface et subissent l’action désagrégeante des agents extérieurs, L'air, l’eau, les racines pénètrent plus facilement; le maintien de l'humidité du sol et la libre circulation de l’air établis par les labours permettent le jeu des nombreuses réactions chimiques et biologiques qui s’accomplissent dans les terres fertiles.

Nous avons vu (n° 89) qu’en forêt l’ameublissement du sol, c’està-dire la formation et le maintien de la texture grumeleuse (de si haute importance pour la fertilité) et aussi (chap. VIIT) que le mélange de l’humus superficiel au sol minéral étaient obtenus spontanément, sans le travail de l’homme.

Le labour, opération agricole très utile, mais très coûteuse, est généralement inutile, même nuisible en forêt ; 1l lèse les nombreuses racines superficielles, les plus actives dans la nutrition ; il bouleverse la couverture dont le rôle physique si efficace se trouve supprimé (‘) et favorise l’apparition de certains insectes. Sa pratique en forêt

1. Ce bouleversement de la couverture est nuisible dans l'érémacausis ; l'humus brut, l'humus de bruyère, sont, au contraire, avantageusement modifiés par leur mélange avec le sol minéral ; l'ameublissement facilite leur décomposition.

n’est justifiée que dans certains cas, par exemple pour rompre le tapis serré des hautes herbes qui, surtout en sol argileux, couvrent le sol à tel point, que les graines ne peuvent germer, ou pour ameublir le sol trop durci, ou pour rompre les bruyères. Dans les coupes de régénération, on ouvre quelquefois des bandes à la charrue, afin de permettre aux graines d’arriver sur le sol. En certaines forêts, on a des charrues solides spécialement construites dans ce but (), Mieux vaut avoir recours en pareil cas au crochetage.

L’ouvrier donne de-ci de-là quelques coups de crochet (houe à

deux dents) de manière à rompre le gazon ou le revêtement gênant, quel qu’il soit, et à mettre le sol à nu, ce qui permet la réussite du semis nalurel ou artificiel. On obtient ainsi le résultat cherché sans léser les racines, ni les tiges et sans bouleverser la couverture.

Il est un autre cas où l’on est obligé de se servir en forêt de charrues spéciales ; c’est quand il s’agit de défricher les espaces couverts de bruyères qui se rencontrent parfois, au milieu des forêts ruinées. Lorsqu'on a coupé ou incendié les bruyères de ces sols sablonneux, on laboure à l’aide d’une charrue très solide qui peut s’enfoncer jusqu’à 30 centimètres et qui déchire et retourne le lacis serré, le feutrage tenace des racines de la bruyère (?) ; après quoi on procède au reboisement.

1. On trouvera dans les Annales forestières de 1860, p. 94, un article de M. Dusois, inspecteur des forêts, sur une charrue forestière de son invention, qui peut être employée en pieine forêt aussi bien qu'en terrain découvert et qui paraissait à son inventeur « appelée à résoudre deux des plus difficiles problèmes de la sylviculture : l'atilisation des glandées et les reboisements à bon marché ». Cette charrue, dont les socs peuvent être facilement soulevés dès qu'ils rencontrent de fortes racines ou des obstacles quelconques, était destinée à donner une culture superficielle aux sols trop durcis des coupes de régénération, sols sur lesquels, malgré l'abondance des glands, il ne se montrait pas de jeunes plants. Je crois que cette charrue n'est plus usitée maintenant. Elle pouvait parcourir jusqu'à 2 hectares par jour dans les grandes journées et dans les terrains légers avec une dépense de 8 à 13 francs par hectare. Dans certaines forêts de Danemark, pour favoriser la germination des graines lourdes (glands, faînes) on emploie avec succès la herse avant et après la chute des graines.

2. Les Belges emploient, pour défricher les bruyères de la Campine, soit la charrue à défricher, dite charrue Sack, avec laquelle des sols grayeleux, couverts de bruyères, peuvent être labourés jusqu'à 18 centimètres moyennant 35 francs par hectare, soit la charrue Mélotte (Brabant simple), capable de remuer le sol jusqu'à 30 centimètres. Le gouvernement met un certain nombre de ces charrues à la disposition des autorités

Voilà, semble-t-il, les deux circonstances principales dans lesquelles il soit utile d'employer cet instrument. On ne doit y avoir recours que le moins possible et en cas d’absolue nécessité, à cause des inconvénients qui viennent d’être signalés (*). Au contraire, s’il

s’agit de boisement, qu’on procède par semis ou par plantation, la

charrue ou la pioche est souvent en jeu; suivant les circonstances, on laboure en plein, puis on sème, ou bien on laboure par bandes alternées ou l’on creuse des trous à la pioche pour installer les plants. Il est très rare qu’on reboise un sol nu sans lui faire subir au préalable un travail mécanique devant faciliter la réussite de l'opération.

131. Écobuage, sartage. — Dans l’écobuage, on enlève au printemps par tranches, à 5-10 centimêtres de profondeur, la superficie du sol couverte de son tapis végétal (gazon, genêts, fougères, bruyères, etc.). On découpe ces tranches en mottes carrées ; après dessiccation, on les dresse en petits cônes, les racines en dehors et on brûle à feu étouffé. Les produits de l’incinération sont répandus également sur le sol. La matière organique est perdue ; il ne reste que les principes minéraux devenus immédiatement assimilables et ramenés à la surface. Gette opération coûteuse a des avantages et des inconvénients. Elle détruit les mauvaises plantes et l’humus acide toujours nuisible ;

locales pour le labour de leurs bruyères, labour qui est une excellente opération préparatoire au reboisement.

En Campine l'usage se répand aussi de plus en plus d'extraire les souches des pins aussitôt après l'exploitation. Ce procédé facilite beaucoup le reboisement et constitue un moyen prévenlif très eflicace contre les invasions de certains insectes (hylobes, pissodes). Get arrachage se pratique plus aisément à l’aide d'appareils spéciaux (dessoucheuse, déracineuse) qu'on faisait d'abord venir d'Amérique, mais qui se construisent maintenant en Belgique.

Certains pays (Hanovre) se servent de fortes charrues à vapeur pour préparer le boisement dés landes de bruyères.

{. Dans certains pays (Allemagne, Belgique), on introduit en forêt des troupeaux de pores ou de ruminants dans les cas où l’on veut détruire les accumulations d’hamus brut et améliorer l’humification.

On estime que le dommage causé par ces animaux en broutant ou en lésant les racines ne sont rien à côté du service qu'ils rendent en fouissant et bouleversant le sol et en y laissant leurs excréments.

Ramann blâme l'emploi de la charrue forestière tel qu'il se pratique dans l’Allemagne du Nord,

elle fournit par les cendres un engrais à base de potasse et de chaux et joue un peu le rôle utile du chaulage ; elle améliore les propriétés physiques et chimiques. Mais, en revanche, elle détruit l’azote organique. « À chaque combustion, le sol devient plus pauvre et les rendements diminuent jusqu’à épuisement complet et stérilité. »

Cette pratique, en usage de temps immémorial sur les terres à humus acide (bruyères, tourbes), était, comme celle du sartage, justifiée autrefois par la nécessité de trouver sur place les aliments

nécessaires à la population et par l'impossibilité d'apporter des

engrais venus de loin ; mais aujourd’hui que l’on sait mieux travailler le sol et qu’on peut apporter facilement des engrais judicieusement choisis, à notre époque de culture intensive, on doit renoncer — et on renonce de plus en plus — à cette culture-vampire de l’agriculture primitive.

En forêt, où l’écobuage se pratiquait par tradition dans certaines régions, ses inconvénients au point de vue de la détérioration du sol sont les mêmes qu’en agriculture ; il vient s’y ajouter les dangers d'incendie et la destruction de la couverture.

Une sylviculture rationnelle, qui doit toujours avoir en vue l’amélioration du sol, est tenue de renoncer à ces vieux errements, à l’écobuage comme au sartage dont les funestes conséquences ont été précédemment indiquées (n° 85, sartage) ['].

132. Destruction des humus bruts (terre de bruyère, etc.). — On a vu plus haut (chap. IX) que, si l’un des facteurs nécessaires pour une érémacausis intense atteint son minimum, les réactions sont entravées, les bactéries ou les hyphomycètes ou les animaux

1. L’écobuage, le sartage, sont encore en honneur dans les taillis simples de l'Ar- - denne belge; c’est une des causes de leur dégradation et de leur dépérissement ; outre que la récolte agricole enlève à ces pauvres sols schisteux une bonne partie des éléments minéraux assimilables, on détruit par ce procédé barbare un grand nombre de semis naturels; on brûle la couverture dont le rôle physique et chimique (source d'azote) est de si haute utilité ; on expose dans les pentes le sol dénudé à l'action mécanique des eaux; d'où appauvrissement des taillis et agrandissement des clairières. On doit reconnaître cependant que, depuis que l’emploi des scories de déphosphoration se généralise, le sartage a des effets moins désastreux. On apporte généralement 500 kilogr. de scories par hectare.

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n’agissent plus ou n’interviennent qu’à peine; il se forme alors c: que l’on nomme des humus bruts ou imparfaits qui se distinguent du terreau neutre ou humus doux en ce qu’ils se présentent en couches compactes, serrées, nuisibles, même sous une faible épaisseur, et qu'ils ont une réaction acide dont ne peuvent s’accommoder les arbres forestiers (!).

Partout où commence à se former l’humus brut, la couverture morte se montre plus ou moins compacte, tandis qu’elle est poreuse là où naît le terreau. Donc déjà par l’état de la couverture on voit si l’on a affaire à l’une ou à l’autre espèce d’humus. L’hamus brut forme d’abord des couches assez épaisses qui constituent des masses fibreuses d’une structure médiocrement poreuse, et plus tard, à mesure que l'air et l’eau font défaut, des dépôts compacts, presque semblables à la tourbe.

Parmi les arbres dont les détritus donnent le plus facilement de Phumus brut, 1l faut citer le hêtre, l’épicéa (?), le chêne, le pin.

Dans le tapis végétal, les plantes les plus caractéristiques sont : la bruyère (Calluna vulgaris), les airelles (Vaccinium), la fougère impériale (Pteris aquilina), diverses mousses, etc.

Suivant le matériel producteur, suivant le degré d’altération et les circonstances extérieures, l’humus brut présente une consistance et une couleur différentes.

Ainsi dans les forêts du Danemark, M. MuLer (°), directeur des forêts de ce royaume, distingue l’humus brut de hêtre, l’humus brut de mousse, l’humus brut de bruyère (f) ; il attribue la transformation

1, Cela est particulièrement vrai pour le hêtre, l’érable, le charme, le frêne, le sapin, même pour le chêne ; le bouleau, le saule, le pin de montagne, peuvent supporter un terrain fortement acide.

2. Même en terrain calcaire les peuplements serrés d'épicéa peuvent donner de l'humus brut, comme dans l'exemple cité au n° 13. 3. Recherches sur les formes naturelles de l’humus et leur influence sur le sol

el la végétation, par le D' Murer. — Traduction française, Paris, Berger-Levrault et Gie, 1892.

4, L'humus brut de bruyère est la seule forme importante pour la France. « Sous l'humus brat de hêtre, dit l'éminent forestier danois, il n’y a ni taupes, ni lombrics, ni insectes. Aira fiexuosa, Trientalis europæa, Melampyrum pratense, Hypnum triquelrum, Polytrichum formosum, Dicranum scoparium, caractérisent le tapis

du terreau Fes en ces diverses sortes d’humus bruts, soit à des

causes naturelles (incendies, chablis, action prolongée du vent sur les bordures), soit à de mauvaises exploitations (coupes d’éclaircie ou d’ensemencement trop claires). « Le forestier, dit-il, a pour mission de favoriser le développement du bon terreau et de protéger la vie animale qui contribue si puissamment à sa formation. Il peut arriver à cela en tenant constamment le sol ombragé, en ne dégarnissant pas la forêt trop fortement et sur de trop grandes étendues pendant la régénération, en lui gardant sa litière, surtout sur les bords, qui, dans ce but, doivent être protégés par un épais rideau contre les vents dominants pouvant balayer la couverture et dessécher le sol. »

Il est d’autant plus urgent de maintenir incessamment en bon état : la surface de ces sols sablonneux que la transformation de bonnes

forêts en landes de bruyères peut se faire très rapidement. M. MuzLer cite des exemples de landes danoïses qui portaient de beaux massifs de chênes il y a moins d’un siècle. « Il est reconnu, dit-il, que les landes jutlandaises ont pris naissance aux dépens des forêts de chêne et nous avons donné des preuves nombreuses que celles-ci ont couvert des étendues considérables aujourd’hui vouées à la bruyère et à la stérilité, »

On peut se rendre compte de l’accroissement de production des divers humus sur un même sol en faisant sur un point donné des analyses d’humus à des intervalles déterminés. Le procédé par combustion du carbone (n° 73) est exact, mais d'emploi difficile.

M. RauLIN a indiqué une méthode de dosage de l’humus meilleure

végétal, ainsi que l'airelle dont les radicelles forment avec celles du hêtre un feutrage superficiel. Gette flore est si caractéristique de l'humus brut de hêtre, qu’elle suffit à déceler cette formation. La couverture de feuilles meuble qui s'étend partout sur le terreau doux fait ici défaut. Le sol est ferme et ne cède pas plus sous le pied qu'une épaisse couverture de feutre sur une surface dure.

« Get humus brut est si compact, que l'eau de pluie forme à sa surface des flaques permanentes malgré la grande perméabilité du sable sous-jacent. Les peuplements de hêtre y ont une croissance lente ; les vieux arbres ont des branches sèches, sont couverts de mousse et présentent tous les signes d'un état maladif. » (Voir n° 61, ad notam, où la citation s'applique à la tourbe sèche, c’est-à-dire à l'humus brut dont il est question ici et non à la tourbe proprement dite, la tourbe humide produite par les sphaignes.)

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que celle qui repose soit sur la dissolution dans l’ammoniaque, soit sur la précipitation au moyen de l’acétate de plomb, soit sur le dosage volumétrique par le permanganate de potasse. Nous ne pouvons décrire ici ce procédé assez compliqué dont on trouvera la description dans les Annales de la Science agronomique française et étrangère, 1890, t. I, p. 176.

De ces humus bruts, celui qui nous intéresse le plus est l’humus brut forestier, plus communément appelé terreau de bruyère ou même {erre de bruyére.

Il prend toujours naissance sur les sols siliceux, favorables à l’installation de plantes sociales calcifuges, telles que la bruyère commune. Celle-ci prospère à merveille sur ces humus bruts dont elle accentue rapidement la funeste influence par les raisons indiquées dans le chapitre IX.

Le forestier, soucieux de maintenir en bon état le sol qui lui est confié, doit avoir constamment l’attention éveillée de ce côté quand il a dans sa gestion des forêts siliceuses où les airelles et les bruyères se multipuent si vite dès qu’elles trouvent les conditions de découvert et d’insolation qui leur plaisent.

Ici, comme en d’autres domaines, mieux vaut prévenir le mal; les moyens préventifs, qui consistent simplement dans l’application des règles d’une saine sylviculture, sont beaucoup moins dispendieux que les moyens destructifs ; ils ont, en outre, l’avantage d'empêcher toute perte de production.

Généralement, en France, l’humus de bruyère, sur ces sols acides, pauvres en principes nutritifs, se produit par manque de couvert, par excès de sécheresse. A la suite d’exploitations exagérées ou de coups de chablis, laissant le terrain dénudé sur de grandes surfaces, la bruyère, plante de lumière par excellence, envahit, formant un épais fourré sous lequel le sol devient de plus en plus sec, dur, tassé, acide et pauvre, ce qui se traduit par la mauvaise végétation et le dépérissement des peuplements.

Donc, dans toutes les forêts exposées à ce danger, il faudra éviter l’état clair, constituer les massifs avec des essences mélangées dont l’une au moins devra être à couvert épais, choisir des révolutions plutôt longues afin de découvrir le sol le moins souvent possible,

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maintenir les sous-bois, serrer particulièrement le massif sur les bords de la forêt et le long des grandes percées pour tenir le peuplement bien clos à l’abri des coups de soleil et des coups de vent.

Le mélange des essences que l’école française a toujours recommandé n'offre à tous les points de vue que des avantages.

Outre que les peuplements mélangés, surtout quand ils sont com-

posés d’espèces différant nettement par l’enracinement, le port, la nature et la densité du feuillage (chêne et hêtre ou charme, feuillus et résineux), résistent mieux aux dégâts des météores atmosphériques, des insectes et des champignons, aident à mieux servir les besoins variés de l’industrie, — points de vue que nous n’avons pas à envisager ici, — il est bien certain, d’après ce qui a été dit plus haut sur la décomposition de la couverture (chap. IT et VIT) et sur les exigences différentes des diverses essences (chap. XIT), que les peuplements mélangés utilisent mieux la force de production du sol, qu'ils assurent mieux aussi la formation d’un bon humus et par suite l’ameublissement. Une couverture morte formée d’un mélange de feuilles de hêtre et d’aiguilles de sapin ou d’épicéa se décomposera plus vite, donnera moins facilement de l’humus brut qu’une litière formée d’un feutrage d’aiguilles d’épicéa. Ce fait se vérifie à chaque pas dans les forêts de montagne. L'essentiel est de bien choisir les espèces à mélanger.

Suivant la nature du sol (la grosseur des grains de sable par exemple), suivant le climat, suivant les circonstances locales, la formation du terreau d’un même mélange se fera dans des conditions différentes, bonnes, médiocres, ou mauvaises.

C’est au forestier à étudier pour chaque forêt et pour chaque facies de cette forêt le mélange qui convient le mieux à l’amélioration du sol. L'observation, appuyée par l’expérimentation, guidera d’une façon sûre dans cette question délicate et d’une importance capitale pour l'avenir de la forêt (‘).

Au lieu de l’excès de soleil et de sécheresse, c’est l'excès d’humi-

1. On ne saurait trop insister sur ce fait qu'il est possible de lutter contre l'humus brut par un choix judicieux d'essences. Ce choix est commandé, il est vrai, dans une certaine mesure, par le sol et le climat, mais on doit s'écarter des règles habituelles données par la sylviculture et faire même abstraction du rendement en argent chaque

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