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dité qui pourrait entraver l’érémacausis et amener la formation d’humus brut; ce cas se présente parfois dans les forêts de haute montagne où l’excès d’eau peut provoquer non seulement des humus bruts formés à sec, dus à l'insuffisance de la chaleur et de l’oxygène, mais des humus tourbeux formés sous l’eau et dus à l'entrée en jeu de la décomposition forménique. Il faut chercher, par les moyens adéquats à chaque situation, à se garer de cette humidité excessive, par exemple en facilitant l’écoulement de l’eau en excès, en diminuant le plus possible, grâce à des peuplements résineux à couvert épais (épicéa), l’imbibition du sol par les précipitations atmosphériques; dans les stations basses où l’insolation est active, en espaçant les arbres et choisissant des essences à couvert léger, de façon que le soleil puisse évaporer l’eau en excès.
Quand, à la suite d’abatages de chablis ou d’abus d’exploitation, on se trouve en face d’un sol envahi et détérioré par la bruyère, en présence de forêts ruinées ou clairiérées, qu’y a-t-il à faire ? Quels moyens peut-on employer pour restaurer le sol, supprimer l’humus acide, ramener l’érémacausis et la végétation forestière normale?
On n’arrive à ce résultat qu’à l’aide de procédés coûteux et après avoir subi une perte de production toujours considérable. C’est pourquoi il est si important de prévenir toute détérioration du sol et de prendre ses mesures dès qu’on voit se développer un tapis serré d’airelles, précurseurs de la bruyère,
Plaçons-nous dans le cas le plus défavorable ; supposons un Lerrain couvert d’un épais fourré de haute bruyère. Il faut tout d’abord se débarrasser de toute la partie aérienne, la faire disparaître par le fer ou par le feu. Le plus simple est de l’incendier en prenant les précautions voulues (*). Puis on laboure en plein, à 20 ou 25 centimètres à l’aide de fories charrues, dites à défricher, après qu’on a
fois que le sol menace de se détériorer. « Ainsi, dans les cantons exposés, on mettra le sol dans un meilleur état en cultivant le hêtre (dont les feuilles font facilement de l'humus brut) en mélange avec des essences de lumière (pin sylvesire) dont les détri- {us sont bien plus favorables à l'érémacausis. »
1. On opère par un temps calme après avoir entouré la partie à incinérer d’une large tranchée garde-feu dont on enlève toute la végétation, comme on le fait dans les Maures ct l'Estérel.
448 ÉTUDES FORESPIÈRES
enlevé les souches (‘). On are ainsi le sol ; on facilite l'emmagasinement de l’eau et l’action des microbes humifiants. On enterre la couche tourbeuse superficielle munie de son lacis de racines, on anéantit la bruyère et le terrain se trouve bien ameubli pour la plantation du pin sylvestre qui est l’essence la plus propre, par sa frugalité et par sa bonne végétation sur les sables, à la restauration de ces sols ruinés (?).
Le pin sylvestre a le couvert trop léger pour garantir suffisamment ces terrains sablonneux contre la dessiccation et il scra indispensable, si l’on veut arriver à la fabrication du terreau neutre, d'introduire sous l’abri des pins des essences peu exigeantes, feuillues ou résineuses, & couvert épais, pour donner des détritus abondants et former vite une couverture morte qui entretienne l'humidité superficielle.
L'influence nuisible de l’humus brut sur le sol peut être aussi envisagée au point de vue de l’alios qui se forme habituellement (n° 57) à peu de distance de la surface dans ces sables garnis de bruyère
1. Dans certaines régions (Hanovre, Frise orientale), on emploie même de fortes charrues à vapeur pour préparcr le boisement des grandes landes à bruyères. Ces charrues, qui pénètrent en moyenne jusqu'à 60 centimètres, ont une qualité qui les rend précieuses dans lesdites bruyères; elles traversent et concassent avec facilité les couches d’alios qui, presque partout dans ces sols, s'opposent au développement des racines.
2. Nous croyons que ce procédé, recommandé par la commission belge chargée de l'étude de la Campine au point de vue forestier (*), après un examen approfondi des autres modes de boisement des bruyères, doit en effet donner les meilleurs résultats. Il coûte cher, mais il améliore le mieux le sol et détruit d'un seul coup la bruyère et son terreau acide. Dans les sols très pauvres comme ceux de la Gampine, on fera bien d'y incorporer, quelques mois avant la plantation, des engrais chimiques appropriés, destinés à suppléer quelque peu à l’indigence du terrain, Ils ont donné en Belgique de tels résultals, que « l'emploi du phosphate basique et de la kaïnite, voire du lupin, est entré aujourd'hui dans la pratique courante des agents de l'administration forestière et de divers particuliers pour le boisement et le reboisement des bruyères de la Campine » (loc. cit.). Même sans engrais, ces bruyères reboisées donnent de très beaux revenus, Le Bulletin de la Société centrale forestière de Belgique, 1902, p. 722, cite des landes à 25 kilomètres au nord d'Anvers qui, moyennant une dépense de . 857 francs par hectare, ont donné à trente ans un revenu total de 2 955 francs, “e
sol avait été payé 125 francs.
(#) Voir son Rapport, Bruxelles, Charles Bulens, 1905, p. 81.
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et qui entrave fortement la végétation en s’opposant à la pénétration de l’eau et des racines dans les couches profondes du sol, Il faut briser ce grès, au moins par places, soit en y creusant des trous sur les points où on doit planter le pin sylvestre, soit en le cultivant par bandes à l’aide de fortes charrues forestières et de charrues sous-sol qui tracent dans la couche imperméable plusieurs sillons parallèles (°).
Dans les landes de Gascogne, seule région de France où l’on trouve l’alios sur de grandes surfaces, on s’est généralement contenté de créer des réseaux de fossés d’assainissement et, de temps en temps, des puisards à travers l’alios pour absorber l'excès des eaux superficielles. Mais en Belgique, en Allemagne, en Danemark où les 900 000 hectares de landes du Jutland qui étaient, il y a cinquante ans, un véritable désert, sont maintenant de jeunes forêts de pin de montagne et d’épicéa, on désagrège l’alios (tuf des Belges, ortstein des Allemands, ahl des Danois) sur de grandes surfaces par des défoncements en plein ou, au moins, sur de larges bandes,
133. Destruction des humus tourbeux. — Dans le chapitre X on a indiqué les conditions de la décomposition forménique et de la formation des tourbières supra-aquatiques ou tourbières à sphaigne — qui ont seules de l’intérèt pour le forestier — avec leur flore spé-
1. C'est en Belgique et dans l'Allemagne du Nord qu'on emploie les défonceuses et la culture par bandes. Il faut que les bandes dans lesquelles on bouleverse et pulvérise l'alios aient au moins { mètre de large pour que les lames d’alios qui se forment sur les bords de l'alios intact ne puissent se rejoindre. Dans la culture par trous. il se reforme également bientôt un manchon concave d'alios à partir des bords de la perforation et les racines sont à nouveau arrêtées, Ce mode entraîne donc une détérioration persistante du sol ; aussi préfère-t-on la rupture de l’alios par bandes, malgré le prix plus élevé de celte opération, En Danemark, M. Muzzer, directeur des forêls., recommande et fait appliquer les mêmes procédés, « Dans l'intérieur des massifs clairiérés, on brise à la houe ou à la charrue le feutre d’humus brut, afin de détruire la bruyère et d'amener une autre flore. Dans les peuplements profondément dégradés, on exploite les porte-graines dont la disparition n'est plus qu'une affaire de temps, on cultive profondément le terrain et on replante en essences appropriées : chêne et pin sylvestre, par exemple, en ayant soin de mélanger par moitié les essences d'ombre et de lumière et de proscrire les arbres qui, comme l'épicéa et le hôtre, ont tendance à former de l'humus brut, Le coudrier doit être recommandé, »
ciale (‘). Presque toutes les tourbières situées dans l’intérieur ou sur les bords de massifs forestiers recouvrent d’anciens peuplements. Ce fait a été constaté partout et notamment, en France, dans les Vosges, dans la Somme et ailleurs encore. M. FLicHe cite un exemple remarquable de destruction de la sapinière par l’envahissement des sphaiïgnes après l’exploitation du peuplement. À Gérardmer, après l’enlévement de toute la tourbe contenue dans une petite tourbière située à proximité du Faing du Grand-Étang, on a pu constater que le sol sur lequel elle reposait présentait de nombreuses souches de sapin dont la surface parfaitement plane dénotait, sans conteste possible, l'exploitation à la hache à une époque qui ne devait pas être très reculée.
Ce fait mérite de retenir l’attention parce qu’il montre que des surfaces productives peuvent, si l’on n’y prend garde, être envahies peu à peu par la tourbe, sous l'influence de laquelle les arbres prennent une végétation languissante et finalement meurent. Le vide se prononce, s’élargit dans le massif, à mesure que s’étend la production de l’humus tourbeux ; des peuplements entiers disparaissent pour faire place à la stérilité ou à de misérables taillis de bouleaux pubescents et de saules à oreillettes. Dans les sols et les climats favorables à la multiplication des sphaignes dont la décomposition fournit l’élément principal de la tourbe, le forestier doit incessamment être en garde contre la formation et l’extension des taches tourbeuses sous bois (n° 60).
Cette extension est parfois très rapide même sur des pentes assez fortement inclinées ; autour d’un point tourbeux insignifiant se développe chaque année une nouvelle auréole de sphaignes qui, condensant dans leurs tissus l’eau de pluie et la vapeur d’eau, forment une sorte de nappe d’eau suspendue où la décomposition ne peut se faire que par le mode forménique. |
Les propriétés de ces mousses sont telles que, dès qu’elles apparaissent, la formation de la tourbière commence. Grâce à la forme des cellules perforées de la tige et des feuilles, l’eau de la tourbière
1. La liste du n° 58 s'applique aux tourbières de l'Europe; celles de France ne renferment pas de Ledum palustre,
peut être pompée et amenée dans les parties supérieures de la plante. Il en résulte que les sphaignes, croissant constamment par le haut, sont humectées jusqu’au sommet comme une éponge, même quand le tapis végétal est déjà fort au-dessus du niveau de l’eau. Cette vaste éponge s'étend constamment sur ses bords, et dans les circonstances ‘avorables, finit par couvrir toute la vallée.
Après avoir parlé (n° 59) de la formation et de la composition de la tourbe (*), nous avons signalé (n° 61) les effets nuisibles de l’humus tourbeux et des tourbières.
Quant à la destruction des humus tourbeux, à la transformation de ces vides en parcelles fertiles, il reste peu de chose à ajouter à ce qui a été dit précédemment au sujet de l'assainissement. Répétons qu’en raison de la grande faculté d’imbibition de l’humus et du besoin en eau de la végétation forestière, il faut éviter de trop assainir les sols tourbeux. On abaissera le plan d’eau à 4 mètre au maximum; des vannes convenablement disposées permettront de régler à volonté le débit des fossés et d'éviter un trop grand desséchement du sol. On maintiendra le sol en bon état, même dans la zone des tour- - bières, en assurant l’écoulement de l’eau en excès et en formant des massifs serrés de résineux à couvert épais tels que l’épicéa; on verra peu à peu sur les points menacés l’humus neutre se produire et remplacer l’humus acide.
Il est très important, pour empêcher le développement luxuriant des sphaignes, de les surmonter d’un dôme épais de feuillage, persistant si c’est possible, qui mette obstacle à l’arrivée de la pluie sur le sol. Dans ces conditions, sous une futaie pleine, bien venante, il ne se formera jamais de tourbe.
Par contre, les forestiers vosgiens ont constaté qu’à la suite de coupes imprudentes ou de chutes de chablis le sol était envahi par les sphaignes, la régénération se faisait très imparfaitement, le peuplement se détériorait. Il en est de même en Savoie. « On voit, dit M. Guinier (Revue des Eaux et Foréts, 1900, p. 291), des tourbières
1. Tourbe mousseuse ou fibreuse à la surface ; plus bas, tourbe feuilletée à teinte plus foncée ; puis tourbe noire, compacte, molle, homogène, sauf quand il s’y rencontre des troncs d'arbre, des écorces, des cônes, des parties dures enfin qui persistent dans leur état primitif.
s'installer peu à peu sur le sol de coupes à blanc estoc de futaies d’épicéa (par exemple sur les plateaux de la montagne du.Semnoz, près d'Annecy, à 1 600 mètres environ d’altitude). »
Les forestiers belges citent de nombreux cas analogues où l’exploitation à blanc d’un peuplement de résineux, même une large éclaircie dans une futaie de hêtre, ont eu pour effet de provoquer un début de formation tourbeuse.
Afin d’aller plus vite dans la destruction de l’humus tourbeux, on pourrait, si la dépense n’était pas en général excessive, eu égard aux conditions économiques de la culture forestière, apporter de la chaux à haute dose pour neutraliser l’acidité de l’humus, favoriser la nitrification et faire passer ainsi, le plus vite possible, à l’état assimilable l’azote inerte de la tourbe (°).
Toutes les questions relatives aux précautions à prendre contre le formation des taches tourbeuses en forêt, à la destruction de cet humus nuisible, à la mise en valeur des tourbières par le boisement, ont beaucoup plus d'importance dans l’Allemagne du Nord, la Hollande, la Belgique qu’en France. La majeure partie des plaines ct des coteaux de notre pays est en dehors de la zone des tourbières. pour le développement desquelles 1l faut une température moyenne annuelle d’environ 7° à &°. |
Les conditions favorables ne se rencontrent en France aux basses altitudes que dans quelques départements du Nord; plus au sud, il faut s’élever dans les montagnes (Vosges, Jura, Plateau central, Alpes) pour trouver de-ci de-là des tourbières ou au moins des endroits tourbeux.
1. Get heureux effet de la chaux, si connu sur les terres tourbeuses utilisées pour la culture agricole et les prairies, se manifesterait aussi certainement sur la tourbe des forêts, mais le prix élevé de l'opération la rend inapplicable dans la grande pratique forestière.
De tout temps les paysans des Vosges ont reconnu le bon effet des cendres sur leurs prairies tourbeuses ; ils allaient les acheter au loin ; grâce à cet apport de chaux et de potasse, ils neutralisaient l'humus acide, favorisaient la nitrification et maintenaient la présence des papilionacées, Aujourd'hui ils se servent plutôt de scories de déphosphoration qui apportent à la fois la chaux et l'acide phosphorique. Dès qu'une prairie un peu tourbeuse a reçu une forte dose de scories, on y voit apparaître Ics papilionacées (trèfle, luzerne, sainfoïn) qui donnent au fourrage une plus grande valeur nutritive.
La statistique de 1882 indique en France 46 000 hectares de tourbières (plus ou moins activement exploitées) et 328 000 hectares de terrains marécageux comprenant une certaine proportion de terrains tourbeux et de tourbes non exploitées comme combustibles. C’est là une proportion insignifiante.
C’est surtout dans les montagnes des Vosges et du Jura que l’on rencontre quelques tourbières en forêt. Il y a aussi beaucoup de taches tourbeuses dans le Plateau central, moins dans les Alpes; mais elles se trouvent rarement en territoire forestier.
Dans les Vosges, les places tourbeuses (faignes) se reboisent parfois d’elles-mêmes (), surtout celles qui sont situées dans les thalwegs et sur les pentes peu accusées qui les bordent. Mais les tourbières n'existent pas seulement dans les vallons encaissés, on en trouve au sommet des montagnes. Outre les sphaignes, cause principale de la formation de la tourbe, la flore habituelle des tourbières vosgiennes comporte nombre de carex et de joncs, des linaigrettes (Eriophorum), des éricinées (Calluna vulgaris, Andromeda polifolia), des vacciniées (Vaccinium myrlillus, uliginosum, viis-idæa, oxycoccos), des prêles, des lycopodes, des mousses nombreuses.
Si l’on voulait reboiser ces tourbières où la végétation forestière ne s'implante pas spontanément, il est probable qu’on y arriverait, à
1. Ainsi dans le cantonnement de Cornimont (Vosges). Autrefois, l'État trouvait à Jouer les faignes pour la fauchaison de l'herbe. Depuis 1888, les travailleurs agricoles diminuant de plus en plus, il n’y a plus eu d'offres pour ces herbages d’une valeur minime. Le bouleau s'est jeté abondamment sur ces emplacements tourbeux qui se garnissent peu à peu sur les bords, et même au centre, d'un peuplement de bouleau, saules, sapin, sorbier des oiseleurs, de végétation peu satisfaisante, il est vrai. Elle s'améliorera à la longue et les vides se combleront. Ils sont d'ailleurs peu étendus : il y a 82 hectares de faignes dans la forêt domaniale de Cornimont (1071 hectares) et 48 hectares dans celle de La Bresse (2 874 hectares). Ce sont les deux seules forêts où il y ait des faignes dans ce cantonnement; ces faibles surfaces se restreignent spontanément de jour en jour et il n'y a qu'à s'en féliciter à tous égards. On entend dire quelquefois que les tourbières sont des réservoirs d'eau très utiles, auxquels on ne doit pas toucher. C'est, à mon avis, une erreur absolue ; on se laisse piper par les - mots. Un réservoir n'est utile que quand on peut tourner le robinet à volonté. Ce n’est pas le cas pour les tourbières qui, selon l'opinion des Belges et des Allemands bien placés pour être bons juges, ne sont nullement des régulateurs d'eau.
condition que l'épaisseur de la tourbe soit assez faible, en imitant les procédés qui ont si bien réussi aux forestiers belges pour le reboisement des faignes de l’Ardenne qui ont à peu près la même flore et le même climat.
Ces procédés consistent, nous l’avons déjà dit, à assainir par un système de rigoles et de fossés à ciel ouvert convenablement tracés ; puis, sur les terres provenant du creusement des fossés, on plante, avec ou sans engrais, l’épicéa, essence qui a fait merveille dans l’Ar-
denne (°) ; il suffit que le jeune plant soit placé en terrain surélevé,
remué et aéré de manière que les racines n’atteignent pas le niveau des eaux stagnantes. Après avoir boudé plus ou moins longtemps, ces peuplements finissent par s’élancer; le terrain ne montre plus d'humidité en excès et le propriétaire tire de ce sol autrefois sans valeur un fort beau revenu (°).
Quand on recouvre la tourbière avec des sols minéraux ou -quand l’eau fait défaut soit naturellement, soit artificiellement, la formation de tourbe cesse ; la flore se modifie parfois assez brusquement ; les sphaignes se dessèchent et il finit par se produire sur de grandes
1. Pour éviter les dangers des peuplements purs, il est bon de mélanger à l’épicéa d'autres essences résineuses (épicéa de Sitka, pin Weymouth, sapin de Douglas) ou feuillues (aune blanc, saule, bouleau).
2. On peut citer comme exemple remarquable de mise en valeur des faignes ou
fanges la forêt domanial® de Hertogenwald. D'une étendue de 6817 hectares, elle occupe les alentours du point culminant de l'Ardenne (la Baraque Michel : 674 mètres), la plus grande altitude entre les bassins du Rhin, de la Meuse et de la Moselle. Toute la partie supérieure était, il y a un siècle, couverte de fanges improductives. En 1830, ces tourbières, qui reçoivent 1% 20 d'eau par an, occupaient encore 3 150 hectares. Au 1% janvier 1908, il n'en reste plus que 200 hectares déjà assainis et dont le boisement sera terminé dans deux ans, plus 270 hectares dont la mise en valeur est ajournée en raison de la grande profondeur de la tourbe qui les recouvre. La commission nommée en {898 par le gouvernement belge pour étudier l'assainissement des terrains fangeux a été d'avis de poursuivre le boisement des 10 000 hectares de fanges situées sur la rive droite de la Sambre et de la Meuse en raison des considérations suivantes : « Il y a intérêt général à assainir ces terrains fangeux, tant pour augmenter la production du sol national que pour supprimer l'influence funeste qu'ils exercent sur les cultures du voisinage et sur l'hygiène publique. En outre, l'existence de fagnes sur les hauts plateaux et leurs versants constitue un danger permanent de fortes crues et d'inondations. Le boisement ne tarde pas à supprimer ces risques. » (Rapport de la commission, Bulletin de la Société centrale forestière de Belgique, 1900, p. 510.)
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épaisseurs de tourbe une couche assez forte d’humus neutre qui améliore notablement la végétation (°).
Il est évident que cette transformation entraîne des dépenses assez considérables, aussi doit-elle être tout d’abord poursuivie dans les régions où la tourbe n’a qu’une faible épaisseur, 40 ou 50 centimètres au plus par exemple (?). Dans ces conditions, on peut encore, sans trop de frais, creuser jusqu’au sol minéral et le rejeter sur les bords du fossé pour faire la plantation sur mottes.
Une étude attentive des conditions locales édaphiques et économiques permettra seule de déterminer pour chaque cas ce qu'il y a de mieux à faire, si l’intérêt financier ou hygiénique ou économique commande d’assainir et boiser, ou s’il est préférable de laisser les choses en l’état. |
Quand les tourbières sont exploitées pour le chauffage ou pour une utilisation agricole ou industrielle quelconque, ou bien lorsque
1. Voici, par exemple, d'après Wozrny (oc. cif., p. 295), l'évolution constatée d'ordinaire en Bavière ; elle varie naturellement avec les flores et les climats. « Sur la surface asséchée s'installent diverses herbes acides (Carex acuta, flacca, Juncus filiformis) ou douces (4éra cæspilosa, Anthoxanthum odoratum, Agrostis stolonifera, Alopecurus pratensis, Poa trivialis, Festuca pratensis) et d'autres plantes (Cardamine pratensis, Menyanthes trifoliata, Trifolium hybridum, etc.), ou même, quand le sol est très sec, des mousses (Bryum cæspitiltium et inlermedium) en nombreux petits amas recouvrant toute la surface. Entre les paquets de sphaignes flétries, on voit des lichens, surtout des Cladonia (CL. furcata, fimbréata, ochrochlora, mMmacilenta, uncinala et, dans les montagnes, en outre, CZ. bellidiflora, Flærkeana, deformis), d'abord à l'état disséminé, puis en quantités assez grandes. Quand la persistance de l’asséchement amène une diminution constante des végétaux précédents, Là surface est envahie par les Cladonia rangiferina et rangiformis. On voit aussi par places : Pogonatum aloides, nanum, Pleris aquilina, Calamagrostis epigeios.. Les restes de ces plantes se décomposent souvent en compagnie de ceux de la bruyère en formant une masse terreuse grisâtre, feutrée, presque semblable à de la sciure. A l'air, cette masse se transforme en un humus poudreux, d'un brun noir, contenant beaucoup de résine gluante et que l’on appelle Bunkerde ou Schollerde.
« Sur cette couche épaisse de 15 à 45 centimètres on voit apparaître d'abord des graminées peu exigeantes (Phlæum pratense, Anthoxanthum odoratum, Holcus lanalus) et plus tard des espèces moins frugales (graminées et papilionacées) quand le so! s’est amélioré. »
2. Dans le Hertogenwald, la tourbe n'a le plus souvent que de 20 à 50 centimètres
d'épaisseur, Pourtant dans les parties franchement tourbeuses on trouve 2 à 3 mètres de tourbe,
la tourbe est épaisse et de bonne qualité comme combustible, il faut évidemment leur laisser cette destination. Dans les montagnes des Vosges et du Jura, 1l y a en forêt d’assez nombreuses tourbières où les habitants des villages voisins trouvent leur chauffage.
Dans les montagnes du Jura, on ne rencontre de marais tourbeux qu’à partir de 800 mètres. On peut citer comme exemple la tourbière de Frasne, près de Pontarlier (Doubs), appartenant à la commune et exploitée en certains endroits. On y voit un petit massif complet de pins de montagne (*) séparant la tourbière exploitée de la forêt de l’État et sous lesquels il y a quelques semis d’épicéa et de sapin.
On essaie actuellement de mettre en valeur une partie de cette
vaste surface tourbeuse par le boisement immédiat sans assainisse-
ment. Il est peu probable que ces tentatives réussissent dans cette tourbière où la tourbe a une grande épaisseur (?).
Engrais
On désigne sous le nom d’engrais toutes les matières assimilables
utiles à la plante et qui manquent au sol.
En règle générale, on n’apporte pas d’engrais au sol forestier. Nous avons vu qu’il peut non seulement maintenir, mais augmenter son stock de matières azotées (n° 76) et de principes minéraux (n° 82), si on lui laisse sa couverture morte qui est son engrais naturel et si la forêt, constituée par des massifs pleins, exploitée en futaie ou en taillis sous futaie, est traitée de façon qu’il s’y produise toujours de l’humus neutre.
C’est là un des grands avantages de la culture forestière sur la culture agricole. C’est seulement dans le cas où le sylviculteur imite
les procédés de l’agriculteur qu’il est obligé, comme lui, de rendre .
1. Cette essence se trouve aussi dans les Vosges, en mêmes conditions que dans le Jura, c'est-à-dire sur les lieux tourbeux,
2. Elles sont trop récentes (1904) pour qu'on puisse se faire une opinion, On a planté, suivant divers modes, différentes espèces exotiques ou indigènes choisies parmi celles qui supportent le mieux l'humus tourbeux (Alnus glutinosa, A. incana, Pinus ponderosa, P. sylvestris, P. cembro, P. rigida, P. strobus, Abies Merlensiana, A. Menziesii,
AMÉLIORATION DES SOLS FORESTIERS 457 au sol les principes qu’il lui enlève, s’il veut que la fertilité se maintienne,
Ce cas est réalisé dans les pépinières permanentes.
134. Engrais dans les pépinières. — L'expérience journalière prouve que dans tous les sols qui ne sont pas d’une fertilité exceptionnelle — il n’y en a pour ainsi dire pas de tels en forêt — on ne
- peut maintenir une surface donnée à l’état de pépinière productive
sans lui fournir des engrais.
S1 l’on veut bien se reporter au tableau du n° 86 on verra que le pin sylvestre, essence frugale entre toutes, enlève dans les deux premières années de son existence des doses d’azote, de potasse, d’acide phosphorique, de chaux et de magnésie comparables à celles des récoltes agricoles. Ces quantités considérables proviennent uniquement de la zone superficielle dans laquelle se sont développées les jeunes racines,
Donc les sols de fertilité médiocre, comme le sont la plupart des sols forestiers, doivent être épuisés en peu de temps.
Or le sol d’une pépinière doit être riche pour qu’il produise des plants vigoureux à chevelu bien développé qui supporteront mieux la crise de transplantation que les sujets chétifs et qui résisteront mieux pendant et après leur séjour en pépinière aux attaques des insectes et des champignons.
Quand on a reconnu l’utilité d’une fumure, la marche rationnelle à suivre pour éviter les mécomptes, pour présumer la composition de l’engrais qui convient le mieux, est de connaître exactement la composition chimique et la constitution physique (*) du sol ainsi que
1. Car l'engrais pourra aussi avoir pour but d'améliorer les qualités physiques, surtout la perméabilité. Le sol et le sous-sol doivent être perméables sans excès.
Dans les assez nombreuses analyses de sols de pépinières forestières envoyés par les agents au laboratoire de l'École, il est arrivé plusieurs fois que l'analyse indiquait un sol suffisamment riche et que l’insuccès tenait aux mauvaises qualités physiques. Mais si l’on trouve, comme dans les pépinières des forêts de Dreuille, de la Madeleine (cantonnement de Cosne-sur-l'OEil) ou de Seillon (cantonnement @e Bourg), seulement 0,3 à 0,5 °/ de chaux et de potasse, il était certain que l'apport d'engrais calcaires et potassiques devait avoir de bons résultats. Quant à l'acide phosphorique, il existait aussi dans les deux premières forêts en doses manifestement insuflisantes (0,25 °c) et l'addition de phosphates a élevé notablement la production.
les exigences des plants qu’on veut y cultiver. On se rendra comyie ainsi de l'épuisement à l’hectare par des semis ou des repiquages de chêne, de hêtre, de frêne, de pin sylvestre, d’épicéa, etc.
Quand l’analyse des plants a été faite par un chimiste soigneux, il n’est pas nécessaire de la recommencer pour les divers sols; on sait que la composition des cendres sera à peu près la même.
Les échantillons de sol seront prélevés et analysés comme il est indiqué au n° 62.
De la comparaison des deux analyses on peut déduire la probahrlité — mais non la certitude — de l’efficacité de tel ou tel engrais, de tel ou tel mélange. La prudence commande dès lors de faire sur de petites surfaces l’essai des engrais (*) qu’on suppose devoir être le plus efficaces en notant, pour chaque engrais ou chaque mélange essayé, le mode d’emploi, les circonstances atmosphériques, les faits de végétation et, finalement, l’état et le poids des plants au moment de l'extraction. On acquiert ainsi, bien vite et sans frais inutiles, des données exactes, précises sur le meilleur mélange et son meilleur mode d'emploi pour le sol donné. |
La connaissance de la composition des sols et des besoins des récoltes ne peut en effet dispenser de l’expérimentation parce que nous ne pouvons être bien fixés sur l’état d’assimilabilité des principes fertilisants du sol, c’est-à-dire sur la proportion qui peut en être prélevée par la plante.
Tout d’abord, et pendant longtemps, on n’a utilisé que les terreaux de feuilles mortes qu’on pouvait se procurer en abondance et sans frais. Mais ces engrais, s’ils sont riches en chaux, sont extrêmement pauvres en azote, potasse et acide phosphorique (?).
Ils sont absolument insuffisants.
Le fumier de ferme, outre qu’il entretient par ses éléments fibreux
1. Les résultats nuls ou insignifiants obtenus dans certains essais faits à la pépinière de Bellefontaine, à Épinal, Gérardmer, montrent que ce n’est pas une pr écaution inutile.
2. Ainsi le terreau de feuilles qui constitue le principal engrais né à la pépinière de Bellefontaine (forêt de Haye) est composé d’un dixième de bonne terre végétale et de neuf dixièmes de feuilles mortes avec addition de 170 litres de purin et de matières fécales par mètre cube. On le laisse deux ans en silos en le remaniant deux
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| AMÉLIORATION DES SOLS FORESTIERS 459 la perméabilité, la porosité du sol, lui apporte déjà les principes fertilisants à dose un peu plus forte, sauf la chaux. Le fumier contient de 75 à 80 °/,, d’eau ; il renferme 4 à 6 °},, d'azote, 2 à 6°}, d’acide phosphorique, 5 à 8 °{,, de potasse, 5 à 8°, de chaux.
C’est donc encore un engrais très peu concentré. De plus on ne peut pas toujours s’en procurer aisément et surtout il serait très difficile et très coûteux de le transporter dans les pépinières des forêts montagneuses ou des reboisements des Alpes.
Aussi s’adresse-t-on de plus en plus, pour entretenir la fertilité des pépinières permanentes, aux engrais chimiques.
Les engrais chimiques sont des substances qui, renfermant à haute dose les éléments de la fertilité, peuvent servir d’adjuvants aux fumiers ou leur être substitués. L’énorme réduction des frais de transport de l’unité fertilisante rend l’emploi de ces engrais très avantageux dans tous les pays à circulation difficile.
Suivant les sols, suivant les prix, suivant les conditions locales et les résultats des expériences préliminaires, on emploie guano, poudrettes, tourteaux, scories de déphosphoration, superphosphates, nitrate de soude, kaïnite, etc. Tantôt on les sème ou on les incorpore directement, tantôt, et le plus souvent, on les mélange avec le fumier ou le terreau (°). |
Cette application des engrais chimiques à la végétation des pépimères remonte à plus de quarante ans. On peut citer, parmi les essais les plus anciens, ceux qui ont été faits en Allemagne, à Eberswalde,
fois par an. Il contient, au moment de l'emploi, 2 °/,, d'acide phosphorique, 2,5 °/00 de potasse, 3,9 °/,, d'azote et 140 °/o de chaux.
L'introduction, à titre d’amendement, du terreau de feuille est une opération très judicieuse puisqu'elle apporte une dose importante (208 °/) de matière organique à un sol qui la brûle très rapidement. Des essais d'engrais minéraux divers tentés par M. Bartet dans cette pépinière n'ont pas donné de résultats satisfaisants.
1. Dans les pépinières servant aux reboisements de l’Aigoual, entre chaque lit de fumier on intercale une couche de scories de déphosphoration. En Savoie, il n'y a dans le service du reboisement aucune pépinière permanente proprement dite. Dans chaque série on a installé une pépinière locale qui sert à fournir les plants nécessaires au reboisement de la série et qu'on abandonne quand les plantations sont terminées. Quelques pépinières locales cependant doivent durer assez longtemps. On y met du fumier à raison d'an demi-mèêtre cube par are, fumier pris dans les villages ou dans les chalets les plus voisins.
sur de jeunes plants de pin sylvestre (*) dont le poids a plus que doublé sous l'influence des engrais chimiques, et ceux qui ont été exécutés en France en 1872 par M. Fabre, dans la pépinière de Mercoire (Lozère), à 1 220 mètres d'altitude. L’engrais chimique de G. Ville (mélange de superphosphate, d’azotate de potasse et de sulfate de chaux) répandu à raison de 20 à 30 grammes par mètre carré sauva | un semis dépérissant d’épicéas.
En Belgique et en Allemagne on a obtenu de très beaux résultats par l’emploi du nitrate de soude, soit seul, soit associé le plus souvent à la kaïinite et au phosphate de chaux (*). Non seulement les plants sont plus vigoureux, plus forts, mais encore ils offrent plus de résistance aux intempéries, aux insectes, aux champignons.
L'apport d’azote est très utile dans tous les sols où le taux de ce principe si important descend au-dessous de 1 °J,..
Au lieu de le donner sous forme de nitrate, on peut enrichir le sol de la pépinière par des engrais verts ; suivant la teneur en chaux et en argile, on cultivera soit des lupins, soit des vesces, soit des fèves de marais, etc., qu’on enterrera en vert et es donneront à la fois de la matière organique et de l’azote.
Il est inutile d’insister sur ce point. Chacun reconnaît l’heureuse influence des engrais chimiques dans les pépinières en sol pauvre ou épuisé. |
À condition que l’on connaisse bien les qualités physiques et chimiques du sol et que l’on prenne soin d'essayer d'abord les divers mélanges sur une petile échelle, toujours, lorsque la nature, la dose et le mode d'emploi des engrais ont été judicieusement choisis, on obtient sur les terres incomplètes d'excellents résultats (°).