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Les Forêts à l'exposition de Vienne, par Marureu

2. Voir les articles et lès expériences de MM. Husenry, DELVILLE, etc., dans le Bulletin de la Société centrale forestière de Belgique, passim. L'action extraordinairement favorable et rapide de la fumure azotée dans les pépinières a souvent conduit à l'emploi unique de cet engrais, au détriment des autres éléments à restituer, ce qui n'a pas fardé à provoquer, comme en agriculture, des résultats fâcheux.

3. Le D° Grenspenc cite l'exemple suivant, bien démonstratif*. Une pépiniére établie depuis vingt ans ne donnait plus, malgré l'apport de fumier, que des plants si médio-

a) Künstliche Düngung im forstlichen Betriebe, 1901,

135. Engrais sur les jeunes plantations. — Les premières expériences scientifiques ayant pour objet d'étudier l’action des engrais chimiques sur de jeunes arbres en place remontent, croyonsnous, à 1847 et sont dues à un forestier éminent, CHEVANDIER (‘),

ancien ministre, dont nous avons déjà cité le nom à propos des irri-

gations en forêt et de la détermination du poids de matière organique fabriquée annuellement par 1 hectare de forêt. « L’art forestier ne pourrait-il pas, dit l’auteur dans son introduction;itirer parti, comme l’art agricole, des engrais, des amendements et des irrigations ? Serait-il impossible de fonder un système de culture, pratique sans doute, mais raisonné, de la forêt? » On voit, et nous tenons à insister sur ce point parce que les remarquables expériences de Cne- VANDIER ne sont rappelées dans aucun des ouvrages récents sur la matière, on voit que cette question, qui est aujourd’hui à l’ordre du jour, a été mise à l’étude en France dès le début de l’introduction des engrais minéraux dans la pratique agricole. C’est en effet à la fin de 1840 que paraissait à Brunswick, sous le titre : Chimie organique appliquée à l’agriculture, le livre célèbre de Liege, à la première page duquel on lisait : C’est la nature inorganique exclusivement qui offre aux végétaux leurs premières sources d’alimenlation (?).

CHEVANDIER a établi dans des forêts situées près de Cirey (Meurtheet-Moselle), sur le grès vosgien, le grès bigarré et le muschelkalk, treize séries d’expériences sur de jeunes hêtres, pins, sapins, épicéas

cres qu'on se décida à recourir aux engrais chimiques. Après l’arrachage des plants on répandit de la kaïnite et des scories phosphatées. Après enfouissement de cet engrais, on sema des vesces ; celles-ci levèrent à merveille et furent enfouies en septembre. Au printemps suivant on repiqua des épicéas, semis de deux ans, qui accusèrent une croissance magnifique, ils avaient de 35 à 45 centimètres de hauteur la deuxième année et ils étaient au moins aussi beaux que ceux d’une pépinière nouvellement établie en très bon sol.

1. « Recherches sur l'emploi de divers amendements dans la culture des forêts. » Mémoire lu à l'Académie des sciences le 8 décembre 1851. Les essais de BiEerMANN, en Allemagne, sont postérieurs.

2. « Avant cette date mémorable, savants et praticiens étaient unanimes pour attribuer à l'humus seul la fertilité des sols, pour mesurer la fécondité des champs par leur richesse en terreau et pour estimer les engrais d'après leur teneur en matière organique, » (L, GRANDEAU.)

et mélèzes (*), en conservant pour chacune d'elles des lots non. amendés destinés à servir de témoins. Pour pouvoir apprécier la durée de l’action des engrais et l’eflet de leur emploi répété sur le même terrain, il a divisé chaque lot en deux parties dont l’une n’a reçu d'engrais qu’en 1847, tandis que l’autre a reçu des additions successives. Dans cette seconde partie la dose totale d’engrais s’est élevée, dans la quatrième année, à des proportions quatre fois plus fortes que les quantités employées en 1847.

Voici les principaux résultats :

1° Les engrais qui ont eu une action fertilisante plus ou moins marquée sont : l’oxysulfure de calcium, le chlorhydrate d’ammoniaque, le plâtre, les cendres de bois, le sulfate d’ammoniaque, la poudrette, la chaux et les os non calcinés ;

2° Ceux dont l’action fertilisante a été peu marquée et même douteuse sont : le carbonate de potasse, le sang coagulé, les os calcinés, le mélange par parties égales de nitrate de potasse, d’os non calcinés, de sulfate de fer et de carbonate de chaux;

3° Ceux qui paraissent avoir été sans action sur la végétation sont : le carbonate de soude, le nitrate de potasse (?) et le sel marin;

4 Ceux qui paraissent avoir eu une action nuisible sont: le sulfate de fer et les mélanges par parties égales de sulfate de fer et de chaux:

9° Les augmentations les plus importantes ont été provoquées par loxysulfure de calcium (*) [32°/,], le chlorure d’ammonium (26 °/.),

1. Leur âge s'échelonnait entre quatre et vingt-quatre ans. La superficie des lots était, suivant les séries, de 20, 50, 80 ou 100 centiares.

2. Il est singulier de voir l'inefficacité du nitrate de potasse dont les deux composants sont des engrais énergiques, quand on a constaté sur de nombreux points, en Belgique notamment, sur des sols sablonneux comme le grès vosgien, la vigoureuse impulsion donnée aux jeunes plants par le nitrate de soude. |

3. L'oxysulfure de calcium est un résidu que l'on obtenait en quantité considérable, à la manufacture des glaces de Cirey, lorsqu'on fabriquait les sels de potasse et de soude par la décomposition des sulfates.

Ces résidus sont des composés d'oxyde et de sulfure de calcium ; ce produit basique était depuis longtemps et avec grand avantage employé comme amendement sur les prairies des Vosges dont l’humus est souvent acide. Si l'on représente par 100 l'accroissement moyen des tiges des parcelles témoins, celui des parcelles qui ont reçu, soit une fois, soit successivement l'oxysulfure de calcium sera représenté par 132. L'accroissement a été augmenté du tiers par l'action de l'engrais.

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AMÉLIORATION DES SOLS FORESTIERS 463 le plâtre cuit en poudre (23 °/,), les cendres de bois (20 °],), le sulfate d’ammoniaque, la poudrette (15 °.).

Et l’auteur ajoute (p. 15) : « Dès maintenant, les résultats trouvés

peuvent donner lieu à des applications pratiques. Ainsi dans les pays

où le plâtre et la chaux sont à bon marché, dans les lieux de production des cendres, de la poudrette et des résidus des fabriques de soude, on pourra souvent employer ces substances avec avantage pour activer la végétation des semis, des plantations et des jeunes

forêts, »

Ges expériences, faites avec beaucoup de soin et sur une grande échelle, puisque le nombre total de sujets dont CHEVANDIER a mesuré l'accroissement s'élève à 5530, n’ont pas eu de retentissement sur la pratique forestière. Malgré leur grand intérêt et les beaux résultats fournis par certains engrais, elles tombèrent dans l’oubli.

C’est aux agronomes et aux forestiers belges que revient le mérite d’avoir montré l'efficacité des engrais dans le boisement des bruyères de la Campine, ou le reboisement des pineraies épuisées par le soutrage, d’avoir raisonné leur emploi, d’avoir si bien fait ressortir les avantages pécuniaires de cette application des engrais à la culture forestière, qu’elle est maintenant passée dans la pratique générale.

Pour boiser une lande de bruyères on retourne d’abord à la charrue, un an ou deux de suite, la couche superficielle composée de bruyères, de lichens, de mousses, de manière à amener la décomposition de ces végétaux. On sème ensuite du lupin jaune après avoir fumé la terre au moyen de fumier d’étable ou d’engrais chimique ; dans ce dernier cas on donne généralement 4 000 kilogr. de scories phosphatées à l’hectare et 500 kilogr. de kaïnite. On enfouit le lupin en pleine floraison. Les années suivantes il n’est plus nécessaire de recourir à l’engrais ; le lupin enfoui sert à nourrir celui de l’année en cours et les récoltes de seigle, d’avoine deviennent de plus en plus belles (*). Au bout de quelques années le sol amélioré, enrichi

1. Voir dans les Annales de la Science agronomique française el étrangère, 1894-1895, t. II, p. 349, le remarquable travail de M. Vensrarren : La Sidéralion par les lupins et la restauration économique du sol épuisé des pinières. C'est à l'initiative et aux persévérants efforts de cet agronome distingué que l’on doit la généralisation de l'emploi du lupin jaune, la plante d'or de la Campine. « La sidération

en azote, peut être planté en pins sylvestres qui auront une végétation satisfaisante.

« L'emploi du phosphate basique et de la kaïnite, même du lupin, est entré aujourd’hui dans la pratique pour le boisement et le reboisement des bruyères de la Campine, et a déjà donné des résultats dont il y a lieu d’être satisfait. Les engrais chimiques appliqués en couverture sont également à conseiller dans certains cas (). »

Sur les schistes de l’Ardenne belge, très pauvres aussi en acide phosphorique et en chaux, les communes (?) prescrivent l’apport de phosphate basique sur les parcelles incultes qu’elles abandonnent aux habitants pour les cultiver pendant quelques années et les reboiser ensuite. Les plants ont une bien plus belle végétation que sur les parcelles laissées en friche ou simplement écobuées (°).

par les lupins, dont le premier, dit M. VEnsTAPrEN, nous avons établi l'emploi systématique pour la restauration du sol des pinières, est d'une-pratique si facile, si rationnelle, qu’il suffit de la connaître pour l'appliquer toujours avec un égal succès partout où les circonstances économiques la placent bien au-dessus de tout autre mode de culture. »

1. Extrait des conclusions du Rapport de la Commission chargée de l'élude de la Campine au point de vue forestier. Bruxelles, 1905.

On voit que cette Commission, composée des personnalités les plus compétentes, reconnaît l'utilité et la généralité de l'application des engrais en Campine.

2. Voir Bulletin de la Société centrale forestière de Belgique, 1905, p. 411.

3. Le Bulletin de la Sociélé centrale forestière de Belgique des dix dernières années relate de nombreux exemples des heureux résultats obtenus par l'application des engrais chimiques, soit en Campine, soit en Ardenne. Gitons-en une au hasard. En Campine (Zoc. cit., 1902, p. 489), la commune de Grand-Brogel boise en 1893, sans le moindre travail du sol ni apport d'engrais, plus de 4 hectares avec plants en mottes à raison de 12 500 par hectare.

« Dans cette surface, une parcelle d'expérience de 10 ares a été labourée à 15 centimètres de profondeur après application de 200 kilogr. de phosphate Thomas et 100 kilogr. de kaïnite, et en {894 on y a planté { 000 pins sylvestres.

« En: janvier 1902, la hauteur moyenne des plants de la parcelle, sans travail ni engrais, est de {® 10 après neuf ans de plantation; celle des plants de la parcelle labourée avec engrais, après huit ans de plantation, est de 2" 67, donc plus du

double. La longueur moyenne des deux dernières pousses y est de 45 centimètres;

elle n'est que de 16 centimètres dans le reste du boisement. Les plants de la parcelle fumée sont très vigoureux, les aiguilles longues et d’un beau vert foncé, tandis que eeux de la parcelle sans engrais et transplantés avec mottes paraissent souffreteux, les aiguilles sont jaunes et courtes, certains sont même attaqués par la rouille

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« En Allemagne on s'occupe seulement depuis six ans (*) de serrer de près la question des engrais artificiels dans la grande pratique

forestière. » D’après les essais du D'Ramann sur de jeunes planta-

tions de pin sylvestre en mauvais sols, il résulte que :

1° Dans la fumure des plantations les engrais azotés se sont seuls montrés vraiment efficaces, et encore faut-il qu’ils soient donnés sous une forme qui agit lentement, durablement. Cette fumure peut être employée soit au moment de la plantation, soit quelques années après comme fumure intercalaire.

Dans le premier cas réussissent : la fumure en vert à l’aide des lupins, l’éducation préalable des robiniers, des aunes blancs et enfin la terre de tourbe qu’on peut employer aussi comme fumure intermédiaire. |

On peut trouver également une source d’azote pour cette fumure postérieure dans la culture de diverses légumineuses appropriées (trèfles, lupins, robiniers) et dans l’utilisation du tapis végétal.

La fumure avec des scories Thomas et du sulfate d’ammoniaque convient lorsqu'il s’agit d’activer la croissance de plantalions languissantes (*) ; elle est encore efficace jusque vers l’âge de trente ans, du moins chez le pin sylvestre.

du pin, le Peridermium corticola, ce que l’on ne constate pas sur la parcelle de 10 ares. Les plants de la parcelle fumée, bien que se trouvant à un écartement plus grand (1 mètre X 1 mètre), que ceux du boisement (1 mètre x 80 centimètres), couvrent totalement le sol depuis trois ou quatre années, tandis qu'il faudra encore aux autres au moins autant de temps. »

1. Dit M. Scawarracu en 1997 (Zcétsch. für Forst- und Jagdwesen, 1907, pp. 141- 162), dans un article dont nous donnons ici les conclusions principales. Voir aussi les écrits de MM. Gienssene, Raum, Lezpic, et l’article de Scaaix (Forstw, Centralblatt, 1906, p. 569-579).

2. L'auteur cite le cas, dans la forêt communale d'Eberswalde, d’une plantation de pin sylvestre de six ans, absolument languissante, du plus triste aspect, sur sol très pauvre, qui reçut une fumure de 1 000 kilogr. de kaïnite, 1 000 kilogr. de scories ‘Thomas et 400 kilogr. de nitrate du Chili, par hectare sur un lot et sur un autre lot la même dose de kaïnite et de scories, sans nitrate, L'effet fut très marqué. La végétation se développa vigoureusement. Les parcelles fumées avaient des aiguilles longues, épaisses, d'une belle teinte verte et ne montraient pas trace de rouge, tandis que les plants de la partie non fumée étaient attaqués dans une large mesure par l'Hysterium pinastri. Ils ont presque entièrement disparu aujourd'hui (1907), et les plants fumés sont toujours superbes, Le résultat de cet essai fut si remarquable qu'on le

Telles sont, pour le moment, les principales conclusions je ressortent des expériences du D' Ramann.

D’autres essais d’engrais sur les jeunes plantations en sol pauvre sont en cours sur divers points en Autriche, Allemagne, Danemark.

Ce n’est qu’en multipliant les expériences sur les sols forestiers les plus pauvies, en les poursuivant longtemps, en tenant un compte exact des dépenses et des accroissements de récoltes qu’on verra sl y à financièrement avantage à appliquer, dans des cas bien déter-

minés, les engrais chimiques ou les engrais verts à l’éducation des

Jeunes peuplements.

Aujourd’hui on en est encore à la période des tâtonnements, sauf en Belgique où la cause des fumures artificielles est gagnée grâce à l’heureuse alliance de la culture agricole et du boisement. La récolte de l’avoine ou du seigle en Campine ou en Ardenne compense les frais de la fumure.

Les doses habituelles sont 1 000 à 1 500 kilogr. à l’hectare pour le phosphate Thomas, 500 à 400 kilogr. pour la kaïnite.

On peut compter pour l’achat, le transport à pied d'œuvre et l’épan-

dage environ 100 francs (°).

Les seuls essais qui aient été faits en France, depuis ceux de Chevandier, sont, croyons-nous, ceux que l’administration a prescrits

représenta en peinture à l'exposition universelle de Saint-Louis en 1904 {Voir les photographies de l'ouvrage de GiersBere : Künsiliche Düngung im forstlichen Betriebe, 3° édition, p. 90). Il n'y avait pas de différence entre les deux lots, l'action du nitrate de soude a été nulle.

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