CHAPITRE IV
Rôle physique de la couverture morte
La couverture n’est pas seulement un engrais pour le sol forestier. Son rôle physique est aussi de première importance, en général même il prime l’action chimique. Ce tapis d'épaisseur assez régulière, formant un feutre moelleux bien tassé par la pluie et la neige, et dont les éléments sont quelquefois comme tissés par des filaments mycéliens, retient dans sa masse qu’on a très justement comparée à une éponge de grandes quantités d’eau qui n'arrivent au sol et, à plus forte raison, au thalweg que goutte à goutte, empêchant amsi, surtout dans les montagnes aux fortes pentes, les ravinements et les inondations, permet sur les versants très inclinés l’imbibition complète du sol et, dans toutes les conditions topographiques, Joint son action à ceile du dûme de feuillage pour empêcher le tassement par les pluies et l’entrainement des éléments fins dans la profondeur.
Ce tapis justifie en outre lexcellent nom de couverture qui lui a été donné en agissant vis-à-vis du sol comme un vêtement qui le protège contre les variations brusques de l’atmosphère, ralentissant l’évaporation, diminuant les extrêmes de température. De plus, la couverture sert de repaire et d’aliment à une foule d’animaux fouisseurs (insectes, vers) qui labourent constamment le sol de leurs galeries, provoquant ainsi et entretenant sa porosité, mélangeant l’humus à la terre minérale, ramenant incessamment à la surface la terre fine que la pluie tend à entraîner. dans les couches profondes.
L’heureuse influence exercée sur le ruissellement, les inondations, la protection du sol par la forêt en montagne tient en grande partie, il est vrai, à la couverture, mais aussi au dôme de feuillage qui
amortit le choc des pluies violentes el n’en laisse arriver au sol qu’une partie, l'autre s’évaporant sur les feuilles et les rameaux.
Les racines superficielles saillantes ont également un rôle utile en formant une série de petits barrages qui rompent à chaque instant la vitesse des eaux de ruissellement.
Cette influence est d’une telle netteté, d’une telle évidence que tout le monde aujourd’hui s'accorde à voir dans le reboisement des montagnes le seul moyen de s'opposer à la formation de nouveaux torrents, d’éteindre ceux qui sont en activité et de supprimer ces crues énormes et subites qui portent périodiquement la dévastation et la ruine dans les riches plaines arrosées par des rivières sortant de régions montagneuses déboisées (°).
22. Faculté d'imbibition de la couverture. — On appelle ainsi le taux maximum d’eau que la couverture peut retenir. Elle est alors saturée ; si elle reçoit un nouvel apport d’eau elle le cède lentement, goutte à goutte, par déplacement progressif, au sol qui a le temps de l’absorber et de s’imbiber pleinement, même sur les plus fortes pentes. |
La détermination de cette faculté d’imbibition a un grand intérêt. Une fois connue, si l’on sait, à l’aide de pluviomètres convenablement disposés, quelle est la quantité d’eau reçue par un versant boisé, lors d’une période de grandes pluies, on pourra calculer le volume d’eau de ruissellement qui gagnera le thalweg dans le cas de terrains imperméables ou, dans le cas contraire, le volume d’eau qui imbibera le sol; on pourra prédire s’il y aura crue ou non et quelle sera son intensité. |
Malgré l’importance du sujet, on a fait encore peu de recherches dans ce sens. Les seules que nous possédions nous viennent d’Allemagne. On remplissait un volume déterminé de feuillage séché à l’air et aussi tassé que possible. On prenait le poids du vase ainsi
1. On sait que c'est l'éminent ingénieur Surezz qui, dans son admirable ouvrage (Étude sur les torrents des Hautes-Alpes, Paris, 1841), a, dès 1840, plaidé si éloquemment Ja cause des forêts, démontré d’une façon si convaincante l'efficacité de leur rôle protecteur qu'il y eût dans l'opinion publique un mouvement général en faveur du reboisement des montagnes et que des lois spéciales furent bientôt décrétées.
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rempli, on versait le feuillage dans un sac qu’on plongeait dans l’eau et, après deux jours d’imbibition, on retirait le sac de l’eau, le Jaissait s’'égoutter et on remplissait de ce feuillage saturé le vase qui était pesé à nouveau. Voici les moyennes obtenues : Un mètre cube de matière séchée à l’air absorbe pour cent de son poids (°) :