‹ Les sols forestiersChapitre 40 sur 180 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Détérioration du sol par l'enlèvement de la couverture morte

On doit reconnaître, à l'honneur de l'administration forestière française, qu’elle s’est toujours énergiquement opposée à l'enlèvement de la couverture morte, dans les bois soumis à sa gestion. Bien avant que le rôle si important que joue cette couverture vis-à-vis de la fertilité du sol ait été précisé comme il vient d’être dit, elle était convaincue que son devoir, comme gardienne des intérêts des géné- raüons futures, était de conserver au sol forestier son engrais naturel. Elle pensait qu’à cette condition seulement le sol pouvait garder sa ferülité originelle, que la génération actuelle ne devait pas outrepasser ses droits d’usufruitier et avait l'obligation morale de transmettre à ses descendants l'héritage paternel dans l’état où elle l'avait reçu (‘).

Aussi les forêts domaniales sont-elles affranchies de tout enlèvement de couverture. L’extraction des feuilles mortes n’y est autorisée qu'en cas d’absolue nécessité, comme en 1893, où, par suite d’une sécheresse calamiteuse, les pailles ordinairement employées en France comme litière ont fait défaut. è

Il n’en est pas de même des forêts communales où trop souvent, dans le sud de la France surtout, l'enlèvement des feuilles mortes est toléré en vertu d’anciennes habitudes, plutôt que de titres régu-

1. Les anciens titres d'usagers (qui remontent au quatorzième siècle) permettent d'établir que les rendements actuels sont plutôt supérieurs à ceux d'autrefois. C'est une preuve que la fertilité des forêts bien traitées, sans autre engrais que la couverture augmente ou, en tout cas, ne diminue jamais.

liers, et pratiqué sur une large échelle. Quelquefois même, dans les

pays pauvres, la feuille morte sert pour les couchages des habi- -tants (*). f VE

29. Expériences allemandes. — En Allemagne, beaucoup de forêts sont soumises à ce droit d'usage, dit Sreurecht, ou spoliées en vertu d'anciennes tolérances, et c’est dans ce pays seulement que l’on a fait des recherches précises et de longue durée relativement à l'influence de l’enlèvement de la couverture morte sur la fertilité du sol.

Comme tous les forestiers savent à quoi s’en tenir sur ce sujet et que les revues spéciales (?) ont déjà maintes fois attiré l’attention sur lui, nous nous contenterons de résumer le récent article (*) du savant directeur de la station de recherches forestières de Prusse, le D° ScHwaAPPACH, sur des expériences poursuivies pendant un quart de siècle. L'influence de l'enlèvement de la couverture sur la végétation des peuplements de hêtre esl vraiment désastreuse dans les sols pauvres. Écoutons ce que dit le D' ScawaPPACH : <

« Tous les lots ratissés (*) accusent nettement l’influence de cette opération, par le durcissement du sol, qui se couvre de mousse, par le jaunissement du feuillage et le dépérissement des tiges.

« Le sol du lot ratissé chaque année depuis vingt-cinq ans est tout couvert de mousse et le peuplement est presque mort, surtout au milieu. Au printemps dernier, on dut, sur ce lot de 25 ares, abattre quarante-six tiges du peuplement dominant, entièrement sèches. Dans le lot ralissé tous les deux ans, le revêtement de mousse est assez fort,

1. « La feuille de hêtre sert de couchage à une grande partie de la population des Hautes-Alpes, et les produits en argent qu'elle donne sont, pour nombre de cantons, bien supérieurs à ceux que l'on peut retirer du bois. » (Notice sur le dixième arrondissement forestier, Gap. 1889, p. 25.)

2. Voir notamment la Revue des Eaux et Foréts de 1893 et 1901.

Page 1