‹ Les sols forestiersChapitre 41 sur 180 · Zcilschrift fur Forst- und Jagdwesen, 1900, p · texte numérisé non relu

Zcilschrift fur Forst- und Jagdwesen, 1900, p

4. Ces expériences ont été faites dans quatre localités. Les plus anciennes, remontant à vingt-cinq ans, ont trait à deux peuplements de hêtre situés dans deux régions bien différentes, l'une en pays montagneux, près-de Trèves, l'autre en plaine basse,

près de Stettin. Deux autres places d'essai ont été installées, l'une près d'Érfurt, l'autre près de Wiesbaden,

mais non encore continu, et un certain nombre de tiges sont mourantes. Dans le lot ratissé tous les quatre ans, les caractères sont du même ordre, mais atténués.

« La perte totale d’accroissement au bout des vingt-cinq ans qu'ont duré les expériences a été, en moyenne :

Quand le ratissage a eu lieu chaque année . . . . . : 25 0/6 — — tous les deux ans. . . , . 15 — — tous les quatre ans . . . . 10 — — TOUS TÉS SLA ARLES

« L'influence néfaste est d’autant plus accusée que le ratissage dure depuis plus longtemps. Ainsi, pendant la dernière période, c’est-à-dire de la vingtième à la vingt-cmquième année, la dépression de l’accroissement s’est élevée en moyenne :

Dans le cas de l'enlèvement annuel . 4 . . . . 40 ‘0 Le — DIS An UEl CARRE ASUS 25 — qua drianntels ris Us 20

— — SexanNel SE ESS 12

«Dans de mauvaises conditions, l’enlèvement annuel peut, au bout de trente ans, amener le rabougrissement et le dépérissement complet du massif. |

« La régénération naturelle des peuplements est rendue tout à fait impossible sur les mauvais sols et plus difficile sur les sols de meilleure qualité, par la modification défavorable de la couche superficielle (durcissement, sécheresse) et par le rabougrissement du peuplement. »

C’est donc à bon droit que le législateur punit l’enlêvement des feuilles mortes, engrais existant sur le sol des foréts (').

Les essences forestières ne s’alimentent convenablement, la production ligneuse ne s'améliore en quantité et en qualité que si l’on rend au sol l'intégralité des matières nutritives contenues dans tous

1. L'article 144 du Code torestier est ainsi conçu : ‘ « Toute extraction ou enlèvement non autorisé de pierres, sable, minerai, terre ou gazon, tourbe, bruyères, genêts, hcrbages, feuilles vertes ou mortes, engrais existant

s RS, SR 2 ne 2

les détritus forestiers (feuilles, aiguilles, branches mortes, mousses, etc.).

Il est bien évident que l'influence de l’enlèvement de cet engrais naturel du sol forestier est d'autant plus sensible que les sols sont plus pauvres et qu’il est plus fréquemment et depuis plus longtemps répété.

Sur les sols argileux, compacts, riches en principes nutritifs, comme les sols de lehm ou d’argile, les pertes causées par le ratissage de la couverture sont incomparablement moindres que sur les sols sablonneux (‘). Quand, par exemple, les hêtres du Spessart accusent une perte d’accroissement de 40 à 55 °/, par suite de l’enlèvement annuel de la litière, ceux du Rhôn, en sol basaltique très fertile, ne subissent qu'un recul de 8 °/..

Si cette pratique a une influence bien moindre dans les sols argileux (bol, lehm) que dans les sols sablonneux, cela tient d’une part à la richesse beaucoup plus grande des premiers en principes minéraux et, de l’autre, à leur moindre perméabilité et à leur grand pouvoir absorbant. La couverture et l’humus sont, sur ces sols de sable, les

sur le sol des forêts, glands, faînes et autres fruits et semences des bois et forêts, donnera lieu à des amendes qui seront fixées ainsi qu'il suit :

« Par charretée ou tombereau, de 10 à 30 fr. pour chaque bête attelée :

« Par chaque charge de bête de somme, de 5 à 15 fr. ;

« Par chaque charge d'homme, de 2 à 6 fr.

« Il pourra, en outre, être prononcé un emprisonnement de trois jours au plus.» Ge dernier paragraphe a été ajouté par la loi du 18 juin 1859,

Certains membres du Parlement voudraient qu'on atténuât les pénalités indiquées à cet article. Ge serait une faute, à notre avis, et nous avouons ne pouvoir souscrire à cette phrase (t. I; p. 206) de l'excellent ouvrage de MM. Münrz et Gran (Les Engrais, 8 vol., Paris, 1889) : «L'administration forestière s'oppose ordinairement à leur enlèvement (des feuilles mortes) sous le prétexte qu'elles constituent une fumure pour la forêt et une sorte de couverture qui préserve le sol de la dessiccation et exerce une heureuse influence sur le régime des eaux. » Ce n'est certes pas un prétexte, mais une belle et bonne raison.

{. En Allemagne, on ne s'est pas contenté de porter un jugement basé sur le ralentissement de la végétation, Gomme il s'agit d'une question fort importante pour ce pays et qui suscite bien des controverses, les chimistes forestiers ont voulu aller au fond des choses et connaître la composition de la couche de sol dans laquelle pénètrent les racines des arbres, soit dans les parcelles intactes, soit dans des parcelles voisines ratissées chaque année, Les recherches de A. SrôcknaroT et de E. RAMANN que nous

seuls éléments qui jouissent de la faculté de retenir les principales matières fertilisantes, de telle façon que les eaux pluviales ne peuvent les entraîner ni les mettre hors de la portée des racines. Eux disparus, la lixiviation de la potasse, de l’acide phosphorique, des

résumons ici montrent combien cette composition a varié sous l'unique influence de ce traitement barbare. Le premier s'est adressé à deux parcelles voisines de même composition et même situation, le sol était du sable couvert de bruyères. Son analyse chimique donna par hectare, sur une couche de 47 centimètres, les résultats suivants exprimés en kilogrammes :

MINÉRAUX SOLUBLES MINÉ-| Madans l’acide chlorhydrique à | RL a AR rune solu- Po Acide | Acide | bles nique CIS 1 Chaux Silice | PPOS- Lt dans | (hu- 2e tasse gnésie sn Fe l'eau | mus) | | Sol intact | f Couverture (50 600 MIN HOT) AUS UE 113 181 126 101 185 72 » 16970] 242 » || Sol (16 millions del * | kilogrammes). .| 813] 451 163 451| 682 439 | 13090 | 45500] 2110 » | Sous-sol (8 millions | de kilogrammes).| 4550 | 3578 | 975 811| 4550 | 1709 | 3420 | 77200! 6002 » | | ToTaL. . .| 5476 | 4210 | 1264| 1363| 5417 | 2220 | 4720 | 139670| 8354 |1 315 000! | Sol ratissé | : Couverture (9 940 | Ron. Pr mIL ES 7 56 28 S6P/;138 8 » 1718] 26 » | . Sol (16 millions de | | kilogrammes}). .| 553| 521 65 780] 569 260 585 | 16420! 1073 » - | ! Sous-sol (8 millions de kilogrammes).| 3250 | 2280 | 244 650| 4230 | 1380 | 2280 | 42300! 3660 CH ToTaL. . .| 3810 | 2857| 837| 1466| 4832 | 1648 | 2865 | 60438] 4759 | 576000 | | Excédent du sol intact | | Pourlacouverture.| 106| 125 98 65| 152 64 » 15252] 216 » : Pourle sol . . . .| 260 | —70 98 | —329| 113 179 715 | 29080| 1037 » | Pour le sous-s01. .| 1300 | 1298 731 161| 320 329 | 1140 | 34900! 2342 » ToTaL. . .| 1666 | 1353 | 927|—103| 585 572 | 1855 | 79232] 3595 | 739000 :

es — : ; La = mx = me : A

Il ressort de ces chiffres que le sol forestier subit, par l'enlèvement de la couverture, une diminution notable en aliments minéraux solubles, en matières organiques et azotées et en éléments fins. La faculté d'imbibition du sol intact est aussi beau-

matières azotées s’opère sans entrave. Les chiffres suivants trouvés par SrôckHarDr pour des sols argileux montrent bien l’énorme différence qui existe, à cet égard, entre eux et les sols sablonneux (voir la note ci-dessous).

coup plus grande que celle du sol ratissé, en raison du taux plus élevé d'humus et de terre fine.

E. RAMANN a fait ses expériences sur un sol de sable diluvien garni de pins ayant un très faible accroissement.

La parcelle ratissée était privée chaque année de sa couverture depuis seize ans. Les éléments calculés en kilogrammes pour une surface d'un hectare sur 1,50 d'épaisseur sont réunis dans le tableau ci-dessous :

SOLUBLE TAUX EN ÉLÉMENTS LA oe 3 2 TAUX | couverdans l’acide chlorhydrique solubles et insolubles dans ture RE — — la contient |

en moins

ou | ture | en plus

intact ratissé | contient | intact | ratissé | Contient |enleyée|dque le sol où 2 L'ou ratissé

Le sol Le sol |couver- Sol Sol ratissé Sol Sol ratissé

PORN 07. 1 622 589 | —1033| 23 040 16 380 | — 6 660 21 | — 6639. SOON R e : 1 919 418 | — 1501] 10125 8235 | — 1800 6 | — 1794 | MAUR NE Ste 853 551 | — 302 4 747 4117 | — 630] 107 | — 523 Diarnesie 41,77... 992 778 | — 214 1 462 MaTaNNEENE:90 16 | — 74 Oxyde de fer. . . .| 7299 5017 | —2282| 13275 5130 | — 8145 43 | — 8102 ; Alumine: . + ,:. .| 11131 9967 | —1164| 73372 | 66307 | — 7065 75 | — 6 990 ! Sesquioxyde de man- |

Acide phosphorique | Acide sulfurique. . 180 49 131 » » » 4 |— 127 | | Silice soluble. . . .| 14830 | 12647 | — 2 183 » » » 168 | —2015!

Et | | | ms | ns | ms | nn. |

Toraz soluble dans

l'acide chlorhydri-

que . . . . 7. .| 41267 | 34735 | —6 352 » » » » » Azote , . . . . … , » » » 540 472 | — 68 | 287 | + 219,

On voit que l'enlèvement de la couverture amène une perte importante en éléments minéraux solubles. Même l'alumine, d'ordinaire si résistante, a beaucoup diminué. Quelques substances, telles que l'acide phosphorique, ont subi une perte, dans l’ensemble ; mais une partie a passé de l’état insoluble à l’état soluble. Un coup d'œil jeté sur les trois dernières colonnes montre que la perte subie par le sol dépasse de beaucoup la quantité de matières minérales enlevées avec la couverture, quantité réellement insignifiante vis-à-vis du taux du sol. On doit en conclure que l'appauvrissement du sol ratissé tient bien plus à l'action indirecte de la couverture qu'à la perte annuelle des aliments qu'elle contient. Avec la couverture et l'humus qu'elle engendre disparaissent les seuls éléments qui, dans les sols sablonneux, puissent s'opposer à la lixiviation, c'est-à-dire à l'entrainement par les eaux pluviales des matières fertilisantes.

100 000 parties de sol renferment en éléments solubles dans lacide chlorhydrique :

MAGNE= rm — — —— ÉLÉ- POTASSE CHAUX ait phospho- sul- mie à rique furique À Surface du sol intact . . 152 67 2) 166 61 56,5 du sol ratissé,. , 144 62 15/5 20099 75 b4,5 du sol intact . . 110 65 25 140 60 50 ,1 Sous-sol à du sol ratissé. . 92 59 26 140 58 48 ,4 Sol Sol intact... 262 2 47 306 121 53,3 et sous-sol | sol ratissé . . . 236 121 44 299 133 51,5

L’impression que produisent ces chiffres est tout autre que s'il s'agissait de sols sablonneux. La différence entre le sol intact et le sol ratissé est infiniment moindre que dans le sable ; l’appauvrissement chimique est ici très faible et on doit reconnaître que sur les sols riches et compacts — qualités rares chez les sols forestiers — l'enlèvement de la couverture, s’il se fait avec modération, ne produira d’effets nuisibles bien manifestes qu’à très longue échéance, le taux des principes nutritifs y étant plusieurs milliers de fois plus grand que dans la couverture ().

30. Cas où l’enlèvement de la couverture est justifié. — Il y a même des cas où l’extraction d’une plus ou moins grande partie de la couverture apparaît comme une excellente mesure, quand elle est trop épaisse, par exemple, ou qu’elle nuit aux réactions chimiques du sol.

Une trop forte couche de feuilles mortes ou de mousse nuit au sol, en le privant d’une certaine portion des eaux de pluie, laquelle est absorbée par la couverture et renvoyée par l’évaporation dans l'atmosphère. Suivant les conditions de climat et de sol, l’action nuisible de la couverture se fera déjà sentir, dès que son épaisseur dépassera 5-10 centimètres, et il sera toujours avantageux pour la végétation d'enlever l’excédent. La situalion topographique est aussi

{. Si l'on a toujours présent à l'esprit l'un des buts d'une sylviculture rationnelle, c'est-à-dire l'amélioration progressive du sol, on se convaincra qu'il n'y a pas du tout dans ce fait une raison pour autoriser l'enlèvement de la couverture même sur les sols riches,

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à considérer. En terrain horizontal ou peu incliné, le ratissage de la couverture n’amènera pas l'entraînement des éléments fins, au même degré que sur les fortes pentes. Les feuilles mortes s’accumulent parfois en couches épaisses dans le fond des gorges étroites ; il n’y a que des avantages à les enlever, pour éviter la formation d’humus acide.

L’enlèvement de la couverture est moins nuisible sur les pentes humides exposées au nord et à l’ouest que sur les versants sud et est. Les sommets et les pentes exposés aux vents desséchants et incomplètement boisés doivent être particulièrement respectés ; car en ces points, l'interruption de l’érémacausis par la sécheresse provoque facilement des accumulations d’humus brut ou imparfait (Rohhumus). Nous verrons plus loin (chap. IX) que le sol se détériore vite, si les détritus se transforment en humus brut, toujours acice, et, dans ce cas, soit qu’il s’agisse de terre de bruyère, même en couche mince, soit qu’il s’agisse de tourbe, l’enlèvement de la couverture ne peut qu’exercer une influence très favorable sur la fertilité du sol.

Ajoutons, sans qu’il soit besoim d’insister, que, dans leur période d’active croissance (bois jeunes et moyens), les arbres souffrent bien plus de cette pratique que dans un âge avancé, et d’autant plus qu’ils sont plus exigeants ; le feuillu souffre plus que le résineux.

Enfin, il est un autre argument, et non des moindres, à faire valoir en faveur du maintien de la couverture en forêt. Il est reconnu que les hannetons (et autres lamellicornes phytophages), insectes si nuisibles aux massifs forestiers, surtout dans les terrains sablonneux, secs, où ils pullulent, ne pondent jamais dans le sol muni de sa couverture (*). C’est précisément dans ces terrains pauvres et secs que, pour d’autres raisons sus-énoncées, le maintien du lit de feuilles mortes est le plus nécessaire. Si on l’enievait régulièrement et qu’on préparât ainsi dans l’intérieur des massifs, aux femelles de hannetons,

1. Le meilleur moyen de protéger contre les dégâts des vers blancs les pépinières forestières, généralement situées au bord ou à l'intérieur des massifs, consiste à répandre quelque temps avant l'apparition des hannetons une couche de feuilles mortes sur les planches que l’on veut garantir, sauf à l'enlever, si elle gêne. quand le vol a pris fin, On peut être certain que pas une femelle ne viendra pondre dans la pépinière.

un emplacement favorable pour leur ponte, on peut être sûr que ce ne serait plus seulement les arbres de lisière qui seraient défeuillés par les insectes ; les dégâts s’étendraient sur toute la forêt.

Du reste, sa valeur comme engrais agricole est si faible, les difficultés de récolte et de transport sont en général si grandes que l’on a du mal à comprendre comment de telles pratiques peuvent encore subsister de nos jours, où il est si facile de se procurer une litière absorbant mieux le purin que les feuilles mortes ; si l’on n’a pas de paille en quantité suffisante, on la réserve pour la partie antérieure de la stalle et l’on place derrière les animaux, dans une petite fosse, de la terre meuble ou de la tourbe pulvérisée pour recevoir les excréments liquides et solides.

C'est dans les pays pauvres, où le petit cultivateur emploie la paille comme fourrage ou la vend même, s’il sait pouvoir la remplacer par la couverture morte, où il a le tort d'élever trop de bêtes mal soignées et de mal installer ses étables, que l’on rencontre encore ces mauvais procédés d'exploitation, appelés à disparaître avec le progrès agricole. Le pâturage en forêt, que l’on trouve surtout dans les pays où l’on pratique abusivement l’extraction de la litière, est un grand obstacle à la production du fumier. Si l’on avait du fumier, on aurait de la paille et, par suite, du fourrage et de la litière.

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