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CHAPITRE VII

Décomposition de la couverture morte Formation de l’'humus neutre (terreau forestier) par érémacausis

Les détritus organiques qui recouvrent le sol des forêts s’altèrent peu à peu dans l'air humide, deviennent friables, noircissent, perdent leur forme en diminuant de poids et finalement se transforment en une substance pulvérulente, brune ou noire, que l’on appelle lerreau forestier ou humus neutre(*). Pendant ce temps, la plus grande parle des principes élémentaires de la couverture (carbone, hydrogène, oxygène, azote) s’est dégagée à l’état d’acide carbonique, d’eau, d’ammoniaque (avec très peu d’azote libre), et les principes minéraux qui étaient en quelque sorte enfermés dans la matière organique et inassimilables à cet état deviennent libres et passent pour la plupart sous une forme assimilable. Il se produit donc, dans ces circonstances, des aliments essentiels immédiatement absorbables (ammoniaque, principes minéraux) ou des composés tels que l'acide carbonique, dont l’action dissolvante sur les minéraux solubles du sol exerce une heureuse influence sur la fertilité.

33. Les divers processus de décomposition. — On désigne sous le nom d’érémacausis (*) le mode habituel de décomposition

1. On l'appelle neutre parce que, à la différence des humus imparfaits (terreau de bruyère) ou de l’humus tourbeux, il ne contient pas d'acide humique libre. Quand on a chassé l’acide carbonique occlus dans la plupart des terreaux forestiers et qui rougit le papier de tournesol, ceux-ci ne présentent plus aucune réaction acide,

2. D'après E. W, Hizcano. De npéux, paisiblement, insensiblement, et de xadots, com-

des matières organiques, celui que l’on doit toujours chercher à provoquer en forêt et qui a pour condition essentielle la présence de l'oxygène. Il est caractérisé par la volatilisation de la plus grande parthe de la malière organique sous forme de combinaisons simples (eau, acide carbonique, ammoniaque) avec un faible résidu (humus neulre) formé des malières minérales non volaliles unies au reste de la matière organique.

Quand l'air, ou plutôt son oxygène, n’arrive plus à la matière ou n’y arrive qu'’au-dessous de certaines limites, le mode de décomposition est tout autre que dans le cas précédent. C’est alors la décomposition forménique (putréfaction) qui se présente parfois en forêt (dans les tourbières par exemple). Elle a la plus fâcheuse influence sur la production forestière et sur les qualités du sol, et le forestier doit toujours traiter ses peuplements de manière à empêcher la formation du terreau tourbeux, acide, qui est une des conséquences de ce mode de décomposition. Il doit s'opposer aussi à la production des humus dits bruts ou imparfaits, tels que l’humus brut de bruyère, qui forment le passage entre les produits de l’érémacausis et ceux de la putréfaction. Ils se constituent quand l’une des conditions nécessaires à la production de l’humus neutre fait défaut.

I sera question plus loin de ces deux groupes d’humus. Dans ce qui va suivre, il ne s’agira que du terreau forestier, de beaucoup le plus important.

34. Le terreau forestier. — Le lerreau forestier comprend lhumus du sol et l’humus de la couverture.

Le premier provient des racines des arbres qui meurent chaque année dans le sol. Dans les sols forestiers à texture grumeleuse, poreuse, ces matières humiques se comportent comme celles des champs labourés, mais se décomposent plus lentement, parce que la température du sol forestier est inférieure en moyenne à celle du sol agricole.

L’humus de la couverture, avant d’être incorporé au sol, se pré-

. bustion. Avant que ce néologisme fût introduit dans le langage scientifique, on se servait du terme humäification ; mais il vaut mieux avoir un mot spécial pour désigner l'humification en présence de l'oxygène.

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sente à sa surface sous forme d’une couche mince de grumeaux noirs ; souvent même (forêts calcaires), la décomposition est si rapide qu’on ne peut saisir qu’accidentellement cette forme de passage entre la feuille morte et la terre végétale,

- L’humus est un mélange de matières minérales généralement prédominantes et de diverses combinaisons organiques voisines dont la séparation n’a pas été obtenue jusqu'ici d’une manière satisfaisante, mais qui contiennent toujours de l’azote. « Sa composition est complexe, incessamment variable et ne peut être nettement définie. On ne connait pas la série des produits qui prennent naissance au cours de la décomposition. On sait seulement que la matière végétale perd peu à peu du carbone à l’état d’acide carbonique et une plus grande proportion d'oxygène et d'hydrogène, de sorte qu’en réalité son taux de carbone s’élève ; on sait aussi qu’il se produit des nitrates (‘) et des corps bruns, légèrement acides, désignés sous le nom d’acides humiques, auxquels la matière doit sa coloration de plus en plus foncée. » (ScHLŒsING.) Le taux des matières organiques n’y est plus parfois que de 10 °/, (?).

Les composés qui forment l’humus peuvent se classer en deux groupes disiincts d’après leur manière d’être vis-à-vis des alcalis ; les uns, plus ou moins solubles dans l’eau et les acides, sont insolubles dans les alcalis ; les autres, insolubles dans l’eau et les acides, se dissolvent dans les alcalis. Ces derniers forment les acides humiques, souvent appelés aussi maliére noire; c’est la partie la plus importante de l’humus.

Il est aisé de la préparer. Prenons cent feuilles de hêtre tombées à l’automne précédent ; desséchées à 100°, elles pèsent 65,680 ; en les faisant macérer dans de l’ammoniaque diluée, on obtient une solution noire d’'humate d’ammoniaque ; on décante ; on continue à

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