‹ Les sols forestiersChapitre 45 sur 180 · A SEE · texte numérisé non relu

A SEE

MM. BeRTHELOT et ANDRÉ ont trouvé, pour la matière humique d’une terre bien dépouillée de tous débris végétaux visibles, la composition centésimale suivante :

G = 56,1 H=— 4,4 Az 4 9 0°= "34,6

Plus variable encore est le taux de la matière minérale qui est toujours unie en forte proportion à la substance organique. À mesure que celle-ci se volatilise, elle devient naturellement plus riche en principes minéraux, en admettant que les précipitations atmosphériques n’en dissolvent pas une partie. C’est ce qui arrive cependant surtout pour la potasse, la magnésie, l’acide sulfurique ; la chaux,

Pacide phosphorique et, bien plus encore, le fer et la silice résistent

mieux à la lixiviation.

En tout cas, la volatilisation marche toujours dans l’érémacausis d'un pas plus rapide que la lixiviation et l’humus va toujours en s’enrichissant en principes minéraux, au point que ceux-ci peuvent former les neuf dixièmes de la masse. Dans divers humus bruts on en a trouvé :

Pour de l'humus brut acide de hêtre. . . . . . . . . . 32 °/0 — de feuilles mélangées sur sable, 81 Dr de hétre sun eh ae 89 — de bruyère sur sable (1), . . . 91 35. L'humification est un fait biologique. — Pendant long-

temps on n’a attribué l’altération progressive de la couverture et la formation de l’humus qu’à des réactions chimiques. On assimilait l’humification (soit érémacausis, soit décomposition forménique) à une combustion lente. SAUSSURE, plaçant du terreau sous une cloche et constatant que la plus grande partie de l’oxygène confiné était

1. Ces matières minérales étaient, pour plus des neuf dixièmes, de la silice et de ’alumine.

bientôt remplacé par de l’acide carbonique, voyait là un fait purement chimique, tout à fait analogue, à l’intensité près, à la combustion du bois dans nos foyers.

Gomme résultat final, cela est exact, en effet ; dans les deux cas, la matière organique se combine à l'oxygène de l’air pour donner de l’acide carbonique et de la vapeur d’eau ; mais l’humification exige l’intervention d'organismes vivants, spécialement de bactéries, dont le rôle capital n’a été péremptoirement démontré qu’en 1877 (:), année où MM. ScLæsixG et MÜNTZ ont prouvé que certaines bactéries intervenaient dans les processus d’oxydation des matières organiques, notamment dans la nitrfication (transformation de l’ammoniaque en acide nitrique). M. Winocransky a pu isoler et cultiver le Micrococcus nilrificans. Bien que cette découverte ne soit qu’une conséquence des magnifiques travaux de PasreuR (°), elle est d’une importance capitale, parce qu’elle a engagé les études du sol dans une voie nouvelle et féconde.

Le ferment nitrificateur est un aérobie ; il ne peut se développer qu’en présence de l’oxygène. D’autres sont anaérobies, tel le Bacillus : amylobacler qui décompose, en l'absence d'oxygène libre, tous les composés ternaires, en dégageant de l’hydrogène et en donnant de l’acide butyrique. Dans la putréfaction des tissus végétaux, dans le rouissage, par exemple, il détruit les membranes cellulaires du parenchyme et isole les éléments plus résistants (fibres textiles, vaisseaux et fibres du bois). C’est aussi en 1877 que M. Van Tiecnem l’a fait connaître. En cette même année donc furent découverts les deux ferments principaux, l’un de la décomposition aérobie, l’autre de la décomposition anaérobie ou forménique.

Pour prouver que l’humification est un’phénomène biologique, il n'y avait qu'à soumettre la couverture morte au critérium indiqué

1. Les expériences de Pasreur sur les liquides les plus variés, les plus putrescibles des organismes animaux faisaient bien présumer que la décomposition des matières végétales était due aussi à des bactéries ; mais la preuve directe n'a été fournie qu'en

2. PasrEur avait montré que les phénomènes d'oxydation ont lieu en général sous l'influence des microorganismes et avait, dès 1862, exprimé l'idée que ceux-ci devaient être les agents de la nitrification,

par M. Müwrz () pour distingucr les deux ordres de phénomènes,

chimiques ou biologiques. Ge procédé est basé sur l’emploi du chloroforme, qui empêche absolument toute fermentation concomitante de la vie et qui est sans influence sur les fermentations chimiques (diastases).

Quatre lots semblables de feuilles mortes non décomposées (?) furent placés chacun avec une certaine quantité d’eau dans un cristallisoir recouvert d’une cloche. Dans ce milieu hermétiquement clos était disposée une capsule contenant de la potasse destinée à absorber l’acide carbonique. Sous l’une des cloches était un tube avec quelques centimètres cubes d’éther ; dans une autre il y avait un peu de chloroforme ; les deux autres renfermaient de l’air ordinaire. Au bout de sept jours, après avoir fait passer trois fois le même volume d'air dans les quatre cloches, on mit fin à l’expérience et on détermina l’acide carbonique fixé. La quantité de ce gaz dégagée dans un temps donné peut servir à mesurer l'intensité de décomposition des feuilles pendant ce même temps.

Sous les cloches 1 et 2 (air ordinaire) on trouva 35,115 et 38°,304 d'acide carbonique ; sous la cloche 3 (avec éther) 05,732 et sous la cloche 4 (avec chloroforme) seulement 08,434.

Donc, la décomposition des feuilles mortes ou Aumification est essentiellement un phénomène biologique dû à l’action de ferments organisés. Ces résultats confirmaient ceux précédemment obtenus (1880) par Wozzny, sur une terre de compost humide, puis par DERÉRAIN (1884) sur du fumier. Les recherches de Worzxy (°) ont établi que la production d’acide carbonique est presque complètlement arrêtée si l’on ajoute aux substances organiques en décomposition de faibles doses de thymol ou d’acide carbolique, ou de bichlorure de mercure, ou si on les porte à une température de 415%.

{. Comptes rendus de l’Académie des Sciences, t. LXXX, p. 1250, année 1875. 2. Expérience faite au laboratoire de l'École forestière en 1883.

3. On trouvera dans l'ouvrage de Wozzny : La décomposition des matières organiques et les formes d'humus dans leurs rapports avec l'agriculture, traduit par E. Henry, Nancy, Berger-Levrault et Cie, 1902, 657 pages, l'exposé le plus exact et le plus complet de tout ce que l’on sait sur cette question si complexe et si importante pour l'agriculteur et le forestier.

C’est ce dernier procédé qui détermine la mort la plus générale des êtres organisés et qui expulse le mieux l’acide carbonique retenu mécaniquement dans les interstices de la matière en expérience. D’après les résultats obtenus dans les nombreuses déterminations faites sur ce sujet, on peut admettre que les 98/100 de l’acide carbonique produit dans la décomposition doivent être attribués aux actions vitales. Encore pourrait-il bien se faire que les 2/100 restants fussent de l’acide carbonique provenant de décompositions antérieures et retenu mécaniquement dans la matière. |

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