‹ Les sols forestiersChapitre 48 sur 180 · CHER · texte numérisé non relu

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mot, travaillant activement à désorganiser la substance végétale et à la transformer en humus ("). |

Les champignons saprophytes arboricoles, si nombreux, agissent dans le même sens que les humicoles; grâce à eux, les souches, branches, écorces s’effritent et se pulvérisent plus ou moins tôt. Ils ont vite fait de s'installer ; en moins d’un an, comme nous l'avons constaté maintes fois, toutes les souches des arbres présentent le Stereum hirsutum.

Pour donner une idée de l’abondance des champignons qui prennent part en forêt à la décomposition de la couverture morte ou des souches, nous allons donner, d’après une obligeante communication de M. GoprriN, directeur de l’École supérieure de pharmacie de Nancy, une liste ne comprenant que les espèces les plus communes de la seule famille des agaricinées, rencontrées dans les forêts à sol calcaire des environs de Nancy :

Couverture morte: Amanila pantherina, Cantharellus cibarius, C. cinereus, Clitocybe cyathiformis, Cl. fumosa, CL. inornata, Collybia dryophila, C. erythropus, CG. fusipes, C. radicata, C. longipes, Coprinus atramentarius, G. comatus, C. micaceus, C. picaceus, nombreuses espèces de Cortinarius, Entoloma costatum, Ent. hvidum, Galera hypnorum, Hebeloma sinapisans, Hygrophorus agathosmus, H. eburneus, H. niveus, Hypholoma sublateritium, nombreux /nocybe, Lactarius piperatus, L. lactifluus, Lepiota. clypeolaria, L. cristata, L. procera, L. pudica, Marasmius urens (°),

bois de chêne, sapin, pin, attaqué par les champignons {Polyporus fulvus, P. dryadeus, P. sulfureus, P. mollis, P. igniarius) est toujours plas riche en ‘azote que le bois sain, parce qu'en se décomposant le bois devient plus pauvre en carbone, hydrogène et oxygène, tandis que l'azote si parcimonieusement réparti dans le bois est énergiquement retenu par les champignons.

{. Parmi les mucorinées, les Mucor mucedo, M. racemosus, M. Rhizopus nigricans, M. Aspergillus, M. Penicillium sont les formes les plus répandues sur les détritus végétaux. Dès que les matières organiques en décomposition ont une réaction acide, comme c'est le cas pour l'humus brut des forêts, ce sont des champignons plus différenciés que les mucorinées qui interviennent surtout; on voit partout dans le sol forestier leur mycélium abondamment développé. D'après MücLer et Früx, les Cladosporium seraient caractéristiques pour les dépôts d'humus brut.

2. Agglutinant par ses filaments une vingtaine de feuilles dans les forêts feuillues,

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Mycæna epiplerigia, Pluteus cervinus, Russula alutacea, R. cyanozantha, R. fœtens, R. virescens, Stropharia œruginosa, Tricholoma cinerascens ().

Souches : Collybia velulipes, Crepidotus mollis, Cr. variabilis, Armillaria mellea, Hypholoma fasciculare, Lentinus tigrinus, Mycæna galericulata, M. polygramma, Panus stypticus, Pholiota destruens, Ph. lucifera, Ph. mutabilis, Marasmius ramealis et M. rotula (sur les branches).

M. KoninG (?) a trouvé quarante-deux espèces d’hyphomycètes sur les feuilles de chêne, vingt-sept sur les feuilles de hêtre, douze sur les aiguilles de pin. D’après cet auteur, jamais Trichoderma Koningi Oud. ne fait défaut dans l’humus ; de concert avec quelques autres . hyphomycètes comme Cephalosporium Koningi Oud., il doit prendre une part aclive aux transformations que subissent les organes des végétaux morts dans le processus d’humification.

Les rhizoïdes des lichens et des mousses contribuent aussi à la désorganisalion des détritus végétaux, ainsi que les racines superficielles des arbres ou du tapis végétal. Dans les forêts où le sol est couvert d’une couche épaisse de débris organiques, c’est dans cette couche que les arbres puisent à peu près toute leur nourriture, à l’aide des mycorhizes.

L’humus et la tourbe sont pénétrés en tous sens par un treillis de filaments mycéliens qu’on peut rarement déterminer et qui semblent différer de forme dans les diverses variétés d’humus. Beaucoup

1. Soit une cinquantaine d'espèces parmi les plus communes des agaricinées qui s'installent dans les forêts feuillues à sol calcaire des environs de Nancy. Sous les résineux, la flore d’agaricinées serait différente, ainsi que sur les sols siliceux. Les polyporées ne sont pas moins nombreuses que les agaricinées et il y aurait encore à citer les autres basidiomycètes et tous les ascomycèles humicoles. Les arbres amènent avec eux leur flore d'hyphomycêtes et probablement aussi leur flore de bactériacées. Tous les mycologues savent que les forêts de résineux ne nourrissent pas les mêmes espèces de champignons que les forêts feuillues. Il y a même des formes spéciales à certaines essences. « Ainsi le Tricholoma equestre ne se trouve que sous les pins, le Lepiota Badhami, sous les sapins, le Boletus elegans sous les mélèzes, le Trécholoma pessundatum sous les peupliers... » (M. Bounien.)

2. Contributions à la connaissance de la vie des champignons humicoles et des

phénomènes chimiques qui constiluent l'humification, par G. J. Konine (Archives néerlandaises des Sciences exactes et naturelles, série IL, t. IX, p. 34).

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d’entre eux entrent en relation avec les petites racines des arbres forestiers (cupulifères, abiétinées) et semblent jouer un grand rôle dans la nutrition de ces arbres. On les appelle des mycorhizes (').

1. Les mycorhizes ont été découvertes et leur importance a été signalée par KAMIENSKI Sur le Monotropa hypopitys et sur le hêtre. Depuis, le D' Frank, qui a donné à ces ensembles de racines et de champignons le nom de mycorhizes, et beaucoup d'autres botanistes ont montré leur constance sur les abiétinées, les cupulifères, les ptéridophytes, ce qui fit supposer que ces plantes en avaient besoin pour leur existence normale. Mais malgré les nombreux travaux dont ces curieuses associations ont été l'objet, les physiologistes n'ont pu arriver jusqu'ici à se mettre d'accord sur leur rôle dans la nutrition de l'arbre. D'après le D' Frank et son école, l'humus est pour l'arbre une source importante de nourriture et les parties utiles en sont rendues assimilables par les mycorhizes.

Les D'S Noëge et Hizrner (*) soutiennent par contre que : « Les expériences de la station de Tharand réduisent à néant l'hypothèse de Frank (la théorie des mycorhizesnourrices des arbres). Depuis vingt-cinq ans on y cultive avec succès, dans un sable siliceux absolument privé de matières organiques et azotées, des sapins, des pins, des mélèzes et des hêtres dont les racines ne portent pas trace de mycorhizes. » Nous devons reconnaître que les résultats obtenus dans la case de végétation n° 1 de l'École forestière de Nancy, remplie de sable pur (utilisé pour la verrerie d'art de MM. Daum), ne confirment pas ceux de Tharand. On a extrait avec les plus grandes précautions, en mai 1901, de jeunes plants de châtaigniers, de sorbiers domestiques, de pins maritimes et de pins-laricios. Sauf le sorbier domestique dont les racines présentaient le type normal (coiffe et au-dessus poils radicaux). tous les autres montraient de nombreuses mycorhizes dichotomes qui, chez le châtaignier, sont entourées d'un feutrage de filaments mycéliens naviguant autour des radicelles ; sur le pin maritime il y avait, en outre, de nombreux poils radicaux.

Il est certain que les arbres dont les racines sont recouvertes de mycorhizes reçoivent l'eau et les matières nutritives par l'entremise de ces champignons ; car leurs radicelles sont dépourvues de poils radicaux, organes normaux d'absorption ; 4 mais, d'après HarTi6, STauL, etc., ces mycorhizes ne sont nullement nécessaires à la à plante. Sraz, à la suite des expériences qu'il a faites sur la vie et l'utilité des mycorhizes, formule les thèses suivantes :

Les plantes qui, dans un sol non cultivé, ont les racines garnies d'un mycélium de champignon n’en sont plus recouvertes ou n'en accusent que très peu dans un sol cultivé et se développent normalement malgré cela.

1'° conclusion. La formation des mycorhizes est en corrélation avec une difficulté plus grande de l'assimilation des sels nutritifs.

D'autres recherches ayant établi que les plantes avec ou sans mycorhizes prospèrent indifféremment dans une même station, STAHL arriva, au point de vue de leurs caractères anatomiques et physiologiques, à cette

2° conclusion. Les plantes qui, par forle évaporation d'eau, absorbent beau-

* Landw. Vers. Stat., vol. 11 (pp. 211-246), résumé dans les Annales agronomiques, 1899, p.191.

Il est évidemment impossible de déterminer exactement la part qui revient dans l’érémacausis soit aux bactéries, soit aux hyphomycètes, attendu que, suivant les circonstances, c’est tantôt l'un de ces groupes, tantôt l’autre qui doit avoir la prédominance. Les observations faites par Ramanx, Kosryrcuerr et à l’École forestière de Nancy tendent à donner la première place aux bactéries. Mais d’autres auteurs, par exemple M. KoninG (loc. cil.), pensent que

les hyphomycètes sont pour le processus d’humification probable-

ment beaucoup plus importants que les bactéries (°). De ce que les

hyphomycètes ont élé trouvés partout et toujours dans l’humus par

M. Konine, de ce qu'ils peuvent utiliser l'acide humique comme aliment azoté, il ne s'ensuit pas qu’ils soient les agents les plus actifs de la formation de l’humus. Il n’a pas prouvé du tout que les bactéries ne jouent pas un rôle aussi important.

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