‹ Les sols forestiersChapitre 59 sur 180 · MÉLANGE DE L'HUMUS À LA TERRE MINÉRALE · texte numérisé non relu

MÉLANGE DE L'HUMUS À LA TERRE MINÉRALE

toute la couche superficielle jusqu’à 0",15 à 0,20 est formée par les déjections des vers. Ceux-ci entraînent en outre beaucoup plus profondément, jusqu’à À mêtre, la matière organique qu’ils ont absorbée dans la couverture. À la surface d’une caisse de 0",50 de profondeur

remplie de sable pur de verrerie, j'avais étalé un certain nombre

de feuilles de tremble : quelques semaines après, ces feuilles étaient réunies en un tas, fortement entamées et mélangées d’humus ; audessous du tas se voyait un trou fait par un ver qui avait creusé presque verticalement sa galerie jusqu’au fond de la caisse. Cette galerie se suivait facilement, grâce à un enduit noir de 2 à 3 millimètres d'épaisseur qui recouvrait les parois, cimentait les grains de sable, empêchait leur éboulement et tranchait sur le blanc du sol. Ainsi ce

ver, attiré par les feuilles mortes, avait rampé le long des parois de

la caisse, était venu dévorer les feuilles et, malgré le milieu très peu favorable, s’y était creusé une retraite pour rester à portée de sa provende. Il y a peu de vers dans le sable quartzeux dont les angles vifs éraillent intus et extra leur épiderme et surtout leur épithélium intestinal. Ils savent très bien s’en garantir en vidant leur intestin rempli d’'humus à divers niveaux de leur galerie et en tapissant les parois avec cette matière molle et noire qu'ils appliquent entre les orains de sable comme un ciment, grâce aux mouvements tournants de leur corps. Dans la galerie où se tient le ver, on remarque de-ci de-là sur la paroi de nombreuses petites masses noires de 2 millimètres de diamètre, qui ne sont autre chose que les excréments du ver. Car l’analyse microscopique a montré (DARWIN, Von-HENSEN, MuLLeRr) qu’elles sont constituées absolument comme les résidus intestinaux extraits des vers. Ainsi donc on doit admettre que les vers viennent la nuit ronger les parties molles des feuilles mortes et déposent une partie des résidus qui en proviennent sur les parois de leurs galeries. L'autre partie, intimement mélangée à la terre fine qu’ils avalent pour pouvoir creuser leurs puits, est rejetée de temps en temps sous forme de turricules à l’entrée de ces galeries et c’est ainsi que ces utiles animaux non seulement hâtent la décomposition des matières organiques, comme nous l’avons vu précédemment, mais effectuent le mélange de l’humus à la matière minérale, ramenant incessamment à la surface les éléments fins qui ont toujours une ten-

dance à s’enfoncer dans les interstices. En même temps ils sillonnent le sol de leurs nombreuses galeries, le rendent poreux, perméable, lui donnent cette structure grumeleuse qui permet aux racines, ainsi qu’à V’air et à l’eau dont elles ont besoin, de circuler aisément dans le sol (*).

D'autre part le D° MuLLER a étudié l'influence des lombrics sur La végétation des plantes à rhizome, surtout dans les forêts de hétre (?) et 1l est arrivé à conclure que « les vers transforment, par leur buttage incessant à l’aide du terreau meuble et fertile qu’ils produisent, les sols argileux, fermes, compacts, inhabitables pour la grande majorité des tiges souterraines en une station qui convient surtout aux plantes à rhizome ; la couche supérieure des terres fortes présente, grâce aux vers, l’élat complètement meuble des sols bien divisés qu’habitent ordinairement les herbes à rhizome, c’est-à-dire les terres légères, siliceuses ou calcaires et les terrains marécageux ».

Abstraction faite de leurs galeries de refuge à parois lisses et cimentées qui s’enfoncent dans le sol jusqu’à 1 et 2 mètres, où ils se réfugient pour subir leur engourdissement hivernal sans craindre les gelées, les vers circulent, la nuit surtout, entre les particules de

terre pour chercher leur nourriture, élargissant ainsi les anciens

1. Dans le jardin fouillé par Hensen, la moitié environ des anciennes galeries était occupée par des racines de un quart à un demi-millimètre de diamètre, avec nombreuses ramifications abondamment munies de poils absorbants. « Quand une racine a pénétré dans une galerie, dit HENsEN, elle s'allonge dans l'air humide de cette galerie sans rencontrer la moindre résistance et elle y trouve plus qu'il ne lui faut de terre humide, meuble et fertile... Dans les sols compacts, argileux, c'est seulement grâce aux galeries des vers de terre que les racines des plantes annuelles peuvent s’enfoncer profondément. » Le D' Muzcer a pu retirer de galeries abandonnées par les vers de fines racines de hêtre ayant plus de 0,30. M. Wyssorzxy, étudiant l'influence des animaux sur la structure du sol des steppes méridionales russes, exprime la même idée. « Grâce à l’activité des animaux fouisseurs, dit-il, le sol formé d'une argile solide et cimentée est percé en tous sens, soit par de larges galeries dues aux rongeurs (bobacs : arctomys bobac) et allant jusqu’à 4 mètres, soit par de plus étroites (5 à 7 millimètres), mais très nombreuses, ayant parfois 8 mètres de profondeur et produites par de grands vers de terre du genre Dendrobæna. Ces dernières galeries surtout sont d'une grande importance pour la végétation, car les racines s'en servent pour pénétrer dans les zones profondes où elles peuvent profiter de l'humidité des eaux souterraines. Sans ces. galeries les plantes auraient beaucoup plus à souffrir de la sécheresse parce qu'elles ne pourraient s'enfoncer à une telle profondeur à travers cette argile solide. » HR ,

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