‹ Les sols forestiersChapitre 63 sur 180 · Voir WoLeny, Loc. cit., pp. 277 et suiv · texte numérisé non relu

Voir WoLeny, Loc. cit., pp. 277 et suiv

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La plus grande partie des principes minéraux s’y trouve sous une forme inassimilable, tandis que dans l’érémacausis ils sont presque tous assimilables. Les emplacements où s'accumulent ces couches épaisses de matières organiques s’appellent des tourbières. D’après leur lieu de formation et leur flore on distingue les tourbières infraaquatiques ou tourbières basses, tourbières à roseaux et à cypéracées, se formant sur les bords des eaux courantes ou dans les cuvettes des lacs et les tourbières supraaquatiques ou tourbières à sphaignes qui sont les tourbières proprement dites, les seules qui présentent de l'intérêt au point de vue forestier et dont il sera question au chapitre suivant.

Les humus bruts sont un passage entre les produits de l’érémacausis et ceux de la putréfaction. Quoique formés à sec, comme le terreau neutre, ils présentent comme les humus tourbeux une réaction acide.

56. Terreau de bruyère. — Dans les forêts à sol sablonneux et sec l’humus brut forestier, vulgairement le terreau de bruyère, se rencontre assez souvent.

En général, partout où 1l commence à se produire, la couverture morte se montre plus ou moins compacte, formant un feutre qu’on peut soulever en bloc, tandis que sur les sols forestiers en bon état cette couverture est mince et toujours sans cohésion. Dans une même parcelle il peut y avoir des places où s’accumule l’humus brut à côté d’autres où l’érémacausis se fait normalement ; des conditions locales, des influences de lumière (coupes trop claires, chablis), des années défavorables (chaudes et sèches) détermineront tout d’abord ces emplacements. Là s’installeront de préférence les airelles myrülles, les bruyères ensuite, dont le lacis serré de tiges et de racines, ainsi que l’humus acide, ne feront qu’étendre et accentuer la détérioralion du terrain. Les régions à bruyères sont généralement caractérisées par la sécheresse et l'acidité du sol ; l’humus brut de bruyère (qui peut exister avec ou sans la forêt) se forme à la fois par défaut d'humidité et d’alcalinité du terrain. On n’en voit jamais sur les sols calcaires.

Les détritus s’accumulent puisque des quatre facteurs de l’humi-

fication signalés plus haut, un seul, la lixiviation, agit dans sa plénitude. Quant aux bactéries leur action est très amoindrie par la sécheresse habituelle de leur substratum. Parmi les hyphomycètes dominent des filaments mycéliens bruns très résistants, qui réunissent les éléments de la couverture en.une sorte de tissu et qui appartiennent au type des Cladosporium, type provisoire tant qu’on n’aura pas trouvé la fructification (*). Enfin, et surtout, il n’y a pas de vers de terre ni presque point d’autres organismes. Les vers sont sans doute écartés par l’acidité du milieu.

La lixiviation est au contraire très intense. Quand le sol est couvert d’humus brut, la décomposition des minéraux est beaucoup plus active que dans le sol de terreau, parce que, sous l’influence des acides humiques dissous, les silicates sont énergiquement décomposés et les alcalis, ainsi que les terres alcalines, entrent en solution. Comme le pouvoir absorbant du sol est diminué par la présence des acides, les matières solubles sont facilement entraînées dans la profondeur, surtout dans les sols sableux perméables. L’action dissolvante des eaux sur le sol couvert d’humus brut apparaît nettement dans des analyses dues à RAMANN et relatives à des échantillons pris, à quelques pas de distance, dans un sol primitivement identique, couvert soit de terreau, soit de 2 centimètres d’humus brut, soit de 7 centimètres de ce même humus. Le total des éléments solubles dans l’acide chlorhydrique a été respectivement de 1,3, 1 et 0,8. Par la décomposition et la dissolution la zone super ficielle des sols sablonneux couverts d’humus brut s’appauvrit en principes minéraux solubles et subit des modifications déjà visibles à l’œil nu. Elle apparaît fortement décolorée, le sable est de teinte

claire. L’humus, abondant à la surface, diminue à mesure qu’on s’en

éloigne et le sol prend une couleur grise (*). Au-dessous se trouve une zone peu ou pas altérée de sable jaune où la décomposition est très lente.

1. MuLer a signalé le premier l'abondance et les caractères de ces filaments bruns, tenaces dans l'humus brut des forêts de hêtre du Danemark. Le Cladosporium que Rosraur appelle provisoirement C{. humifaciens serait, d'après Frux, absolument caractéristique pour les dépôts d'humus brut,

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