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C'est le Bleisand, sable gris de plomb, des Allemands

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57, Alios. — Entre les deux il se forme parfois une couche plus

ou moins compacte d’un grès nommé alios (*), dont le ciment agglutinant les grains de sable est soit organique, soit ferrugineux, soit organo-ferrugineux.

Cet alios se rencontre en France sur les 14000 kilomètres carrés qui forment la région des Landes de Gascogne, et sur quelques points des sables tertiaires des environs de Paris (forêts d'Ermenonville, de Fontainebleau, de Chantilly).

« On ne trouve l’alios, dit M. FAYE (*), que dans les Landes proprement dites ; il n’existe ni dans les marais, ni sur les rives des étangs, ni dans les dunes, même celles qui, à l’abri de vieilles forêts, n’ont jamais été remaniées par les vents depuis des siècles. Pourquoi ces exceptions et comment l’alios s’est-il formé ?

« [est d’abord bien évident que ce grès à ciment soit organique, soit ferrugineux, soit le plus souvent organo-ferrugineux, dont les grains sont identiques à ceux des sables supérieurs et inférieurs à lui, s’est formé sur place, au sein de la couche sablonneuse qui constitue le sol actuel des Landes. En hiver et au printemps ce sol presque horizontal est constamment baigné d’eau pluviale ; l’action du soleil pendant la moitié chaude de l’année abaisse progressivement par évaporation le niveau de ces eaux jusqu’à une profondeur de 4 à 2 mètres. La décomposition subie par les racines des végétaux de la Lande pendant leur longue immersion semi-annuelle dans l’eau stagnante donne naissance à des produits entraînés chaque année pendant l’été jusqu’à la profondeur d’environ { mètre. Pendant la stagnation périodique de l’étiage, les produits de la pourriture végétale ont le temps de se déposer à cette profondeur et de cimenter les grains de sable de cette couche. En même temps, les matières organiques réduisent les grains de peroxyde de fer à l’état de carbonate de fer soluble entrainé par les eaux jusqu’à la nappe souterraine (c’est ainsi que se forme le fer des marais). . Là, l’acide carbonique se dégage, le protoxyde de fer peu à peu se

1. C'est le tuf de la Campine, l’oréstein des plaines du nord de l'Allemagne et de la Hollande. En France, dit M. Jacquor, l'alios se trouve d’une manière à peu pres constante à une petite profondeur au-dessous de la surface dont il suit les ondulations.

2. Comptes rendus de l’Académie des sciences, t. LXXI, 1870, p. 245.

suroxyde et se dépose en constituant le ciment bitumino-ferrugineux de l’alios.

« On s'explique dès lors pourquoi l’alios manque dans les marais qui restent presque toujours couverts d’eau en été et où, par suite, cet étiage de 1 à 2 mètres de profondeur ne se produit pas, pourquoi l’alios manque dans les dunes fixées bien des siècles avant Brémontier par les forêts du littoral ; car ces dunes ne sont jamais mouillées comme les Landes en hiver et ne présentent, pas plus que les marais, le phénomène d’une nappe d’eau qui ne s’abaisse jamais en été au delà d’une limite donnée. On voit donc nettement que la formation de l’alios a dû être déterminée par la réunion de ces trois circonstances : 1° immersion du sol pendant l’hiver ; 2° desséchement progressif du sol à partir du printemps; 3° étiage permanent de la couche d’eau provenant des pluies annuelles et forcée, faute de pente, à baisser verticalement sur place. A ces conditions, d’ailleurs, la végétation propre aux Landes a pu s’y établir ; et il ne faut pas l’oublier : sans végétation, point d’alios. Là où une seule de ces conditions manque, la couche imperméable manque aussi. Dans les dunes boisées l’eau descend constamment, aussi peut-on trancher une dune du haut en bas et y suivre les longues racines des pins qui s’y étendent sans obstacle ; nulle part Je n’y ai vu trace d’alios, même dans les létes (*). »

Nous avons tenu à citer assez longuement l’éminent astronome parce que nous croyons qu'il a le premier donné une explication nette et, pour la plupart des cas, exacte de la formation de l’alios(?),

1. « On trouve cependant de l’alios sous les dunes, notamment dans les Zétes et fonds où le sol primitif n'est pas trop recouvert (par exemple, dans les forêts domaniales de Lège, Mimizan sud et Bias) et aussi sous l'étang de Lacanau. Il a été formé avant l'alluvionnement des dunes, alors que le sol aujourd'hui couvert était à l'air libre et supportait une végétation arborescente dont les parties d'alios apparaissant offrent encore des restes (racines d'Erica arborea, feuilles, roseaux). Seulement il n'y a pas d’alios dans le corps même de la dune. En creusant des puits de 24 mètres de profondeur dans les fonds de la forêt de La Teste (dunes anciennes) on n'a pas trouvé d'alios. » P. Burraur. — Ces observations corroborent plutôt, on le voit, la théorie de M. Faye,

2. « L’explication la plus obvie, celle de M. Faye, est que les grains de sable s’agglutinent entre eux sous l'influence de l'eau qui entraîne à travers la masse des matières organiques et ferrugineuses formant ciment et de l'air qui assèche. Cette théorie nous

Mas

et parce que sa note, courte mais substantielle, n’a été signalée par aucun des auteurs étrangers qui se sont occupés de cette question (*).

D’après les nombreuses recherches faites sur ce sujet 1l semble qu’on puisse admettre

1° L’alios est un grès à ciment organique ou ferrugineux ou mixte qui se forme encore de nos jours (?) dans les terrains siliceux perméables, où se développe la bruyère. Il se rencontre dans les plaines sablonneuses de l'Allemagne du Nord, du Danemark, de la Hollande, de la Belgique, des Landes de Gascogne, et même dans les sables provenant de la décomposition des granits et des gneiss (Reseng birge, Tatras) ;

2 Sans végétation il n’y a pas d’alios, puisque ce sont les matières organiques, d’une part,-et, de l’autre, l’oxyde de fer provenant de la réduction par elles des grains d’hydroxyde de fer, de magnétite, et

paraît satisfaisante et conforme aux faits observés » (Étude sur la côle et les dunes du Médoc, par P. Burrauzr, garde général des forêts, 1897, p. 9). Elle avait été déjà émise par BauprimonT en 1852.

1. Ainsi M. Murcer, dans ses études si originales, si fouillées (Séudien über die nalürlichen Humusformen, Berlin, 1887), donne la bibliographie complète des opinivns et des travaux des auteurs allemands et danois (il en cite, voir pp. 246-266, une quinzaine) et dit n'avoir rien trouvé dans la littérature française et belge. Il est assez curieux de voir Emeis et RAMaANx se disputer la priorité de la théorie de l’alios quand ni l'un ni l’autre ne peuvent s’en attribuer la paternité, Dès 1837 M, Faye avait exprimé les idées actuellement reprises par les auteurs allemands ; il les a de nouveau émises et complétées en 1870, c'est-à-dire six ans avant Emeis dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences, recueil que personne ne laisse de côté dans une bibliographie. Si Murzer a montré l'importance pour la formation de l'alios de la couverture d’humus brut, si les analyses de Tuxen, de RAmanN et autres ont fait ressortir la forte lixiviation par les acides humiques du sable supérieur à l'alios, les auteurs allemands ou danois ne parlent pas des relations de l'alios avec la surface ni de la nécessité de la stagnation de la nappe souterraine à un certain niveau pour expliquer la reprécipitation des matières organiques et du fer. Et c'est là un point important, car on ne comprendrait pas pourquoi les éjéments minéraux et organiques ne S'infiltreraient pas beaucoup plus bas avant de se déposer.

2. En France, MM. Bauorimonr et Dezsos, Duponcrez, Faye et tous les géologues actuels croient que l'alios est de formation moderne. M. Jacquor, au contraire, comme FoncaHAMMER, pense qu'il ne se forme plus de nos jours ; c'est une erreur. « On trouve, en examinant des travaux de terrassement fraîchement faits sur une section transversale du sol, de l’alios très friable et très faiblement coloré en brun elair, qui devient à 35 centimètres plus bas dur comme pierre et noir. » H, pe Goincy.

de leur transformation en carbonate de fer soluble qui forment le ctment de ce grès parfois assez ferrugineux pour servir de minerai. Il suit de là que plus il y aura sur le sol de détritus végétaux à humus acide, et de grains .ferrugineux, plus s’accentueront les chances de production de l’alios ;

3° Il faut enfin, comme l’a fait ressortir M. FAYE, que ces matières solubles ne soient pas entraînées indéfiniment dans le sable, il faut, pour qu’elles puissent se précipiter, qu’elles rencontrent un obstacle permanent à leur pénétration, c’est le niveau d’étiage de la nappe souterraine. Là le carbonate de fer, sel instable, se décompose, l’acide carbonique se dégage, le fer se suroxyde et s’hydrate en se déposant, avec l'acide humique, autour des grains de sable et en les cimentant (‘). Le fait que la surface de l’alios dans nos Landes de Gascogne n’est pas plane, mais suit, en les atténuant, les sinuosités du relief, n’est nullement en contradiction avec ce qui vient d’être dit, puisqu'on sait (*) que le niveau de la nappe souterraine a précisément ce même profil.

1. Comme le sol est en général du sable fin, l'alios est un grès à grains fins: mais si la couche est formée de galets, ceux-ci sont également cimentés et forment un alios à gros éléments, un poudingue. Quant au ciment les proportions de matière organique et d'oxyde de fer sont variables ; mais ces deux principes y existent toujours. Dans un article sur « Le sol des landes et des dunes et la végétation du pin maritime » (voir Annales de la Station agronomique de l'Est, Berger-Levrault et Gi°, 1878, p. 353-369), nous donnons les analyses de plusieurs types d'alios et des sables supérieurs et inférieurs à ces alios. Dans un échantillon provenant de Mont-de-Marsan il y avait 15,12 de sesquioxyde de fer et 5,25 de matière organique (c'était presque un minerai de fer), tandis qu'un autre échantillon de la même localité (alios bitumineux, noir) ne contenait que 1,75 °/, de matière organique et des traces de fer. Après traitement par l'eau ammoniacale, le sable était d'un beau blanc; toute la matière organique était à l'état de matière noire qui contenait 30,8 °/, de cendres presque entièrement formées de silice et d'alumine avec un peu de potasse, de magnésie, de fer et d'acide phosphorique. Un type d'alios de la forêt domaniale de Lège renfermait 3 °/, de matière organique et 1,63 de sesquioxyde de fer. Avant RAMaNN nous avons constaté la pauvreté plus grande des sables supérieurs à l'alios. Ceux-ci contiennent à Mont-de-Marsan 0,290 °/, de matières minérales solubles dans l'acide chlorhydrique et 0,525 de matière organique tandis qu'on trouve dans les sables inférieurs 0,531 pour les premières et 0,285 pour les secondes, De même à Lège il y a dans le sable supérieur à l'alios 5.85 de matière organique et 0,41 de principes minéraux et dans le sable inférieur 0,28 de matière organique et 0,61 de matières minérales.

HUMUS BAUTS 19%

Quand ce grès, trop dur pour que les racines des arbres puissent le traverser, est presque affleurant, celles-ci, disions-nous tout à l'heure, sont obligées de ramper et de s’étaler sur lui; l'arbre doit modifier son enracinement normal, s’il est pivotant (chêne, pin), ce qui est toujours une condition fâcheuse pour la végétation. L'arbre ne croît plus en hauteur, peut même sécher en cime.

Il y a donc intérêt majeur pour le propriétaire à empêcher la formation de cette couche imperméable ou à la briser (°).

Mais, si cette couche d’alios peut être émiettée et rendue ainsi pénétrable aux racines, elle constitue un milieu beaucoup plus nutritif que les deux zones qui l’enserrent (sable gris au-dessus, sable jaune au-dessous). C’est ce que montrent diverses analyses, notamment celles de M. BRADFER (?) qui vient de se livrer à une étude approfondie de cette formation en Belgique. Il admet que « le tuf se forme par la précipitation au contact du sable jaune, riche en fer, des acides organiques qui proviennent de la décomposition des détritus des plantes dans la couche superficielle. |

« Sur les terrains couverts de bruyères il se produit di terreau acide qui attaque les bases du sol : chaux, potasse, fer, alumine. Petit à petit, les couches supérieures s’appauvrissent en ces éléments ; les acides organiques ne peuvent plus s’y neutraliser. Le lavage des eaux pluviales entraîne les combinaisons solubles et les acides organiques libres. Au contact d’une couche non épuisée 1l se forme de

1. La rupture de l’alios peut s'opérer de diverses manières, soit en creusant des trous pour y planter les végétaux. soit en le brisant par bandes s'il est assez près de la surface pour pouvoir être atteint par une défonceuse, soit en faisant ce travail de main d'homme si l'alios est situé trop profondément. On trouvera dans divers auteurs allemands, hollandais, danois : Raman, Forstliche Bodenkunde und Standortslehre, Berlin, J. Springer, 1893; Wozznx, La décomposition des matières organiques, Berger-Levrault et Gi°, Paris, 1902, pp. 532 et suiv. ; Emeis ; D' Muzrer, directeur des forêts de Danemark ; D’ SsozLEma, directeur de la station agronomique de Groningue ; VAN ScHERMBECx, professeur à l'Institut supérieur d'agriculture et de sylviculture de Wageningen) de nombreux travaux sur cette question si importante pour ces pays, mais qui, en France, offre trop peu d'intérêt forestier pour qu'il soit utile d'y insister plus longuement.

2. Le tuf humique ou Ortstein aux points de vue géologique et forestier, par Robert Brapren (Bullelin de la Société belge de géologie, de paléontologie et d'hydrologie, t. XVII, pp. 267-295, 1903).

nouvelles combinaisons plus stables ; les acides libres sont neutralisés — par le fer surtout, que le sable jaune renferme en assez forte proportion — ils se précipitent, enveloppant dans leur masse de fines particules d’humus, également entraînées par les eaux de pluie. » |

Ainsi se forme le tuf humique, dit M. BRADFER, loujours au contact du sable jaune. Partout où se rencontre l’alios on trouve à la surface la variété d’humus brut dénommée terre de bruyère surmontant une couche plus ou moins épaisse de sable gris (Bleisand des Allemands) qui touche à l’alios lequel est constamment en contact par sa face inférieure avec le sable jaune. M. BRADFER a fait de nombreuses analyses de ces quatre couches.

Le tableau ci-après donne la moyenne des chiffres obtenus pour 1000 parties de terre séchée à l’air de chacune des couches considérées.

A ordiielle ner APE shtUé Matières organiques. . . . 45,60(1) 13,10 35 à 43 0 ApoLe AOEAL LE PA FA OUPRE 1,62 4 MO 89 0e traces Oxyde de fer et alumine. . 1,90 0,85 8,10 7,30 PPT LCA UPS RE PAT 0,70 traces 4,70 traces Lotasse ne pee 0,10 0,10 0,20 0,30 Acide phosphorique. . . . 0,06 0,06 0,83 0,09 Acide sulfurique (sulfates) . 0,62 0,62 0,69 traces CHANO ET SAS 0,05 0,02 0,02 traces Silicé totale. 20e nn 940 à 950 960 à 980 950 à 960 960 à 980 Pins M MAR RUN ASE 60 14,00 39,00 9,90 -

La composition relativement assez riche de la couche superficielle s'explique par la présence des racines et des débris de la végétation spontanée. Mais on voit que le sable gris est une couche stérile constituée par de la silice à peu près pure colorée en gris par un peu de matière organique.

Le tuf (ou alios), qu’on a nommé à juste titre « la caisse d'épargne de la bruyère », est la zone la plus riche. Elle à un taux élevé en matières organiques, en chaux, en potasse et surtout en acide phos-

1. Racines de bruyère et déchets divers de nature tourbeuse, le tout d'une décomposition difficile.

. phorique. C’est là que sont venus s’accumuler les principes fertilisants enlevés par lixiviation aux couches supérieures.

Il résulte de ce qui précède que l’humus brul, dit terre de bruyére, est nuisible dans tous les cas, même sous une faible épaisseur. Le sol devient de plus en plus sec, dur, tassé, acide, ce qui se traduit par la mauvaise végétation et peu à peu le dépérissement et la mort des peuplements. Si l’on n’y prend garde, de belles et productives forêts disparaissent pour faire place à des landes couvertes de

bruyères.

On verra plus loin (chapitre XVII) par quels moyens le forestier

…. peut prévenir la formation de ce terreau et de l’alios qui enestla - conséquence, comment aussi, par des mesures assez coûteuses, il

est vrai, il peut rompre ce lacis serré des racines de la bruyère, ce

…. feutre imperméable qui empêche l’air et l’eau d'arriver au sol, pour

mettre en valeur par le boisement les portions de forêt qu bruyère

-. aenvahies et stérilisées.

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