‹ Les sols forestiersChapitre 70 sur 180 · ES MEET A NT TT · texte numérisé non relu

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Malheureusement, la distinction pratique entre ces deux états est loin d’être facile ; nous savons assez mal comment se fait l’absorption par les racines et il est dès lors bien difficile de savoir où commence et où s’arrête l’assimilabilité.

De là résultent des écarts très importants dans les appréciations d'un même sol par les divers agronomes.

Certains ont proposé de ne considérer comme immédiatement assimilables que les principes solubles dans une grande quantité d’eau pure. Les nitrates — qui n’existent pas du reste dans les sols forestiers — appartiennent à cette catégorie ; ils sont solubles dans l’eau et le pouvoir absorbant du sol ne s’exerce pas sur eux. Mais l'acide phosphorique ne se dissout dans l’eau pure qu’à dose excessivement faible, savoir, d’après M. Scazæsin fils, de 0"£,1 à 3 milligrammes par litre, selon les sols (?) ; les proportions de potasse ainsi dissoutes sont également très faibles à cause du pouvoir absorbant qui retient énergiquement sur les particules de terre les sels potassiques solubles dans l’eau (la quantité varie de 06,09 à 1 miligramme par litre).

Faut-il donc substituer à l’eau pure un acide végétal plus ou moins

| concenLré ?

On comprend que des divergences fort grandes soient intervenues dans les méthodes de recherches et, comme le résullat varie avec le procédé mis en usage, il sera nécessaire, dans chaque cas, de bien indiquer quel procédé a été suivi.

Ainsi, dans une terre de Meudon, la potasse totale (dosée par la méthode rigoureuse du fluorhydrate d’ammoniaque) s'élevait à 8F,( par kilogramme de terre fine (M. BERTHELOT).

Or, par un traitement très prolongé à l’eau pure, on ne pouvait lui enlever plus de 05,2 de potasse, soit 1/45 de la quantité totale. L'eau chargée d'acide carbonique en enlevait le double, soit environ 1/22.

1. M. Scacœæsinc a observé que cette dose demeure constante, lorsque la quantité d'eau mise en contact avec la terre varie dans le rapport de 1 à 100 et même davantage. D'après ces nouvelles recherches (Comptes rendus de l'Académie des sciences, 28 décembre 1903) presque tout l'acide phosphorique (ou la potasse) absorbé par les plantes vient de la partie soluble dans l'eau du sol.

Avec l'acide acélique élendu, le poids enlevé était le triple de celui extrait par l’eau pure, soit 1/15.

Avec l’acide nitrique concentré el chaud, selon les procédés habituels des laboratoires agricoles, on recueillit seulement 18:,03 de potasse, soit au maximum 1/8 de la dose réelle.

La majeure partie demeure donc inattaquée, même par l’action prolongée de réactifs puissants (‘). Ces quantités de potasse ne seront utilisables qu’à la suite des siècles, à mesure que les silicates se transformeront en carbonates, grâce à l’action lente, mais continue,

de l’acide carbonique — action moins lente et plus prolongée, avons-

nous vu, dans les sols forestiers que dans les autres. C’est la réserve du sol.

63. Acide phosphorique total. — L’acide phosphorique est aussi Indispensable aux arbres forestiers qu'aux végétaux agricoles pour l’accroissement de leur corps végétatif et la formation de leurs graines (*). Aucune plante ne peut vivre sans phosphates ; ils jouent un rôle prépondérant dans la formation des substances albuminoïdes protoplasmiques qui renferment toujours du phosphore.

Aussi est-il très important de connaître le taux d’acide phosphorique d’un sol (*) ; c’est une des caractéristiques de sa fertilité.

{. SABATIER. Leçons élémentaires de chimie agricole, 2° édit., Paris, 1903, Masson, p. 135.

2. Dans les cendres pures de divers bois on trouve de { à 10 ©}, d'acide phosphorique ; le chiffre varie surtout suivant qu'il s'agit de feuillus ou de résineux et suivant l'âge de l’axe analysé. Les fruits des feuillus (glands, faines) contiennent de 12 à 20 °/e d'acide phosphorique et les graines de résineux (pin, sapin, épicéa) de 40 à 45 ©, presque autant que les grains de blé. C’est même de la graine d'épicéa que M. À. Gau- THIER à tout d'abord isolé (voir Comples rendus de l’Académie des sciences, 1903, t. GXXXVIE, p. 202) un principe immédiat nouveau sous forme d'une poudre blanche contenant près de 22 °/, de phosphore et représentant 1,5 à 2,2 | du poids de la graine. C’est un mélange de sels acides, de magnésie et de chaux (avec un peu de fer et de manganèse) avec l'acide phospho-organique. Il a été facile d'isoler de toutes les graines étudiées de 70 à 90 °/, de leur phosphore sous cette forme. La quantité de lécithine tirée de ces graines est relativement très faible; elle ne représente que de 1 à 7 °}, du phosphore total.

3. « L'acide phosphorique se trouve principalement en combinaison avec l'alamine et l'oxyde de fer, avec les matières organiques ou, encore, avec la chaux et la magnésie. Quels que soient ses différents états, tout l'acide phosphorique de la terre fine peut

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dudit on :

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. Les agronomes s'accordent à reconnaître comme terres très pauvres celles qui ont moins de 0,1°/,, d’acide phosphorique ; pauvres, de 0,1 à 0,5; de richesse moyenne, de 0,5 à 1; riches, de 1 à 2; très riches, plus de 2.

Les sols doivent en général renfermer au moins 0,5 d’acide phosphorique pour 1000 de terre fine pour donner des récoltes agricoles rémunératrices ; les sols forestiers sont d’ordinaire beaucoup plus pauvres en cet élément si précieux (*). En examinant la colonne 13 du tableau I qui donne les taux d’acide phosphoriquée d’un certain nombre de sols de forêts de France, on voit que, sur les quatre-vingtsix sols analysés, quatorze seulement ont plus de 1°/, d’acide phosphorique dans la terre fine. Sur les soixante-douze sols ayant moins de 1°/,., cinquante-trois, soit 62°/,, en ont moins de 0,5 et seraient à classer dans les terres pauvres; « Une terre qui contient par kilogramme moins de » décigrammes d'acide phosphorique a, d'ordinaire, besoin d'engrais phosphatés. Si on ne veut pas lui en fournir, par exemple, lorsque les autres éléments de fertilité sont médiocres, il convient de la consacrer à la culture forestière, qui est la moins exigeante en acide phosphorique (?). »

Néanmoins, la végétation forestière est d’une telle frugalité qu’elle se maintient — dans un état peu satisfaisant, 1l est vrai, — même sur les sols qui ne renferment que des traces d'acide phosphorique (mauvaises parties de la forêt de Chinon, par exemple).

La fertilité d’un sol est la résultante d’un grand nombre de conditions dont les principales sont la richesse en acide phosphorique assimilable, en azote assimilable, là profondeur et l’humidité. Comme, dans les forêts où l’on maintient la couverture intacte, il y a toujours une dose suffisante d'azote assimilable, il est à croire qu’à égalité de

être mis en dissolution et déterminé par l'analyse. Celle-ci peut ainsi évaluer très approximativement la proportion totale d'acide phosphorique des éléments terreux ; Mais elle est incapable de nous rendre compte de l'état dans lequel se trouvent les phosphates et de leur aptitude à être utilisés par les plantes » (Münrz).

1. M. GRanpEau a trouvé pour là moyenne de {0 sols agricoles fumés 4,15 d'acide phosphorique pour 1 000 de terre fine séchée à l'air libre et 0,97 seulement, soit quatre fois moins, pour la moyenne de 10 sols forestiers.

2. Leçons de chimie agricole, par SABATIER. Masson, 1903, p. 140. ÉTUDES FORESTIÈRES 12

profondeur, d'humidité et de grosseur de grain, le sol forestier sera d'autant plus fertile qu’il contiendra plus d'acide phosphorique.

Dans un travail déjà ancien (‘), mais qui a gardé toute sa valeur, SCHUTZE s’est proposé de rechercher si l’acide phosphorique, si important pour l'appréciation de la fertilité des sols agricoles, joue le même rôle vis-à-vis de la végétation forestière. Il a analysé des sols de pineraies classées, d’après leur production, comme appartenant aux 1°, 2°, 8°, 4° et 5° classes de fertilité. Dans ces sols sablonneux de Neustadt-Eberswalde, des échantillons ont été pris à trois profondeurs différentes, ce qui a permis de calculer le taux moyen d’acide phosphorique contenu dans une couche de sol de 1 mètre ou 1 mêtre et demi environ de profondeur. Il s’est trouvé de 0,501 °/,. dans une pineraie cotée par les forestiers comme étant de 4° classe; 0,569 (*), de 2° classe; 0,388, de 3° classe ; 0,299, de 4° classe; 0,236, de 5° classe.

Sauf pour la 2° classe, le taux d’acide phosphorique décroît en même temps que la fertilité.

On conçoit que, dans certains sols forestiers où la terre fine ne

contient que des traces non dosables d’acide phosphorique, les peuplements soient rabougris et malvenants par insuffisance de cet élément essentiel. Si l’on vient encore à les priver de leur couverture morte et vivante (plateau de Lannemezan, par exemple), les arbres, même les moins exigeants, meurent d’inanition phosphorique.

Il est bien évident que la profondeur du sol et la proportion des cailloux ou débris rocheux qu’il contient doivent entrer en considération. Un sol dosant, dans 1 000 de terre fine, moins d’acide phosphorique qu’un autre pourra néanmoins être plus fertile s’il est

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