‹ Les sols forestiersChapitre 72 sur 180 · Village du département de Meurthe-et-Moselle · texte numérisé non relu

Village du département de Meurthe-et-Moselle

agricoles fumés en acide phosphorique, mais qu’ils renferment,

toute proportion gardée, beaucoup plus d’acide phosphorique assimilable que ces derniers (*). Ces deux faits n’ont rien d’étonnant si l'on réfléchit que, d’une part, on a défriché les meilleurs sols forestiers pour les transformer en sols arables et que, de l’autre, la production d'acide phosphorique assimilable, grâce à l'influence des matières organiques, dépasse de beaucoup les faibles exigences des

arbres; tandis que, pour les sols agricoles, l'exportation d’acide

phosphorique par les récoltes s’élève beaucoup plus haut, et cela dans des terres qui renferment moins de substances organiques que les sols forestiers (°). »

L'importance de l’acide phosphorique pour la végétation forestière est, du reste, si bien reconnue que dans les sables pauvres de la Belgique et de la Hollande (Campine) il est de pratique courante (voir chapitre XVIL.) de répandre sur les parcelles que l’on reboise

1. La matière organo-minérale (matière noire) extraite du sol de la forêt du Mossigtal est relativement très riche en principes minéraux (82 °/) et contient plus du quart de l'acide phosphorique total du sol. C'est cette portion que M. Grandeau considère comme immédiatement assimilable. Galculons approximativement pendant combien d'années elle suffirait à la végétation forestière.

La forêt du Mossigtal sur grès vosgien ne renferme que 0,2 °/, d'acide phosphorique et porte par hectare 300 sapins de cent cinquante ans, cubant en moyenne 2 mètres cubes. La couche de 0",40 d'épaisseur dans laquelle on suppose que se trouvent toutes les racines contient par hectare 1 158 kilogr. d'acide phosphorique. En admettant le chiffre de 1“,45 donné par Ebermayer comme le quantum annuellement exigé pour la production ligneuse d'une futaie d'épicéa de cent vingt ans, on voit que la provision du sol suffit pour sept cent quatre-vingt-dix-huit ans. Quant à l'acide phosphorique assimilable, la quantité actuelle (en supposant qu'il ne s’en formât plus) — elle est de 263 kilogr. — serait épuisée en cent quatre-vingt et un ans. Ce n'est guère que la durée d'une révolution et l'on comprend que. dans de telles conditions, l'enlèvement de la couverture, source de la production de l'acide phosphorique assimilable, se ferait promptement sentir sur la végétation, d'autant plus qu’il faut toujours pour assurer l'alimentation une dose notablement plus forte que celle qu'on trouve dans les cendres. En d’autres termes, les symptômes de l énanition phosphorique se constateraient bien avant que le taux de cet élément dans le sol fût inférieur aux exigences annuelles de l'essence ; car il est évident que les racines ne forment pas un appareil assez parfait pour recueillir et absorber tout l'acide phosphorique du sol.

2. Voir pour plus de détails sur cette question si importante le travail de M. GRANDBAU « Théorie nouvelle de la fertilité des terres » dans les Annales de la Slation agronomique de l'Est, Paris-Nancy, Berger-Levrault, 1878. pp. 225-852,

“en pin des scories de déphosphoration à haute dose ; les jeunes plants prennent alors une avance surprenante sur ceux qui n’ont reçu aucun engrais.

65. Potasse. — La potasse est, comme l’acide phosphorique, au nombre de ces éléments indispensables à la végétation (*) qui existent en faible quantité dans les sols et qui émigrent des parties âgées ou mortes dans les tissus de réserve.

Comme lui aussi, elle est absorbée par la forêt en quantité bien moindre que par n'importe quelle autre culture (°).

Un peuplement de hêtre, en sol de qualité moyenne, exige par hectare environ seize fois moins de potasse qu’une prairie; une pinerale enlève quarante-six fois moins de potasse qu’une surface égale cultivée en pommes de terre.

La potasse est bien moins susceptible d’un dosage exact que l’acide phosphorique. Comme l'argile résulte surtout de la désagrégation et de la décomposition des feldspaths, dont le plus important, l’orthose, est riche en potasse, toutes les terres argileuses sont pourvues de cette base qui, même à l’état soluble, est énergiquement retenue en vertu du pouvoir absorbant du sol. De plus, il reste toujours dans tous les sols riches en potasse des éléments qui n’abandonnent pas leur potasse à l’acide chlorhydrique concentré, même après quarantehuit heures de digestion. Le taux est donc très variable et n’a pas une grande signification. :

En agriculture, « on admet d'ordinaire que les apports d’engrais potassiques sont utiles quand le sol renferme moins de 1 gramme de potasse par kilogramme de terre fine; au contraire, qu’ils sont superflus lorsque la teneur surpasse 1,5 gramme » (L. SABATIER).

Les sols forestiers en contiennent généralement des doses suffisantes et sa recherche n’a pas grand intérêt. Cependant, certains sols forestiers, les sols sablonneux purs, par exemple, dans lesquels ne

1. D'après Nosge, les grains de chlorophylle n'engendreraient d'amidon que sous l'influence de la potasse ; cette conclusion a été combattue récemment.

2. Les cendres de bois renferment plus de potasse que d'acide phosphorique, souvent le double, et dans les pays où le bois n'a pas de valeur on le brûle (ou plutôt on le brûlait) pour se procurer le carbonate de potasse de ses cendres.

Free PRIE RE TT SP TT D UD EE NP TRS RD TR

peut s'exercer le pouvoir absorbant dévolu à l'argile et à l’humus, contiennent trop peu de potasse, même pour les modestes exigences des essences les plus frugales, telles que le pin sylvestre. C’est ce que prouve l’heureux effet de la kaïnite (mélange de sulfates et de chlorures de potassium et de magnésium) qu’on a l'habitude de répandre en Campine sur les jeunes pineraies.

Il est donc urgent, dans les sols que leur état physique ou, mieux encore, leur analyse décèle comme étant pauvres en potasse, de s'opposer à l'enlèvement de la couverture et de certaines plantes sociales telles que les fougères et les ronces, qui sont très avides de cette base (n° 85) et ne se développent d’ailleurs vigoureusement que sur les sols riches en potasse.

66. Chaux.—La chaux est indispensable à la nutrition végétale (*). Tous les arbres, même ceux qui sont dits calcifuges, l’absorbent, dans les sols très pauvres en chaux, en quantité telle que la moitié environ des cendres pures, soit du bois, soit des feuilles mortes (couverture) est formée par cette base.

Dans les sols forestiers elle a une importance spéciale pour la formation du terreau neutre et la rapidité de la décomposition. C’est généralement à l’état de carbonate de chaux que cette base se rencontre dans les sols ; quelquefois à l’état de-sulfate ou de phosphate. Le silicate de chaux des feldspaths, amphiboles, pyroxènes, etc., minéraux constituants de la plupart des roches éruptives, se transforme plus vite en forêt qu'ailleurs en carbonate de chaux, grâce à l'acide carbonique dissous dans l’eau du sol.

D'autre part, le calcaire se dissout aussi en plus forte proportion dans l’eau carbonique des sols forestiers (”), si bien que la culture forestière est celle qui favorise le plus la formation de la terre sur

1. On n'est pas encore bien fixé sur son rôle physiologique : il paraît vraisemblable qu'une de ses fonctions serait de précipiter à l'état insoluble une partie des acides secrétés par les végétaux, mais une partie seulement, car dans les plantes saines, le suc cellulaire est toujours acide. La chaux existe en effet dans les plantes en combinaison avec les acides organiques (oxalate de chaux par exemple).

2. À la température ordinaire il faut 50 000 parties d’eau pure pour dissoudre une partie de carbonate de chaux ; si l'eau est saturée d'acide carbonique il n'en faut que 1 000 parties, soit 50 fois moins. |

les sols calcaires. Ceux-ci sont généralement superficiels, secs, filtrants, peu propres par suite aux récoltes agricoles. En y maintenant l’état boisé, ou augmente peu à peu leur épaisseur, à la fois par l’humus qui se forme à la surface et par les résidus minéraux (argile, silice, oxydes de fer) provenant de la lixiviation calcaire.

Le calcaire existe dans les sols soit à l’état pulvérulent, intimement mélangé à la terre fine, soit en fragments (pierrailles, pierres) plus au moins volumineux, plus ou moins compacts et souvent à peu près insolubles. Dans le premier cas, il est en contact intime avec l’eau

du sol et avec les racines, facilement soluble et assimilable ; c’est le

calaire, dit actif, c’est la forme qui agit surtout sur la végétation et qu'il importe de déterminer. En outre, le sol renferme souvent des fragments calcaires plus ou moins poreux ou fissurés qui, ne passant pas au tamis de 4 millimètre, sont pesés comme cailloux ou graviers et forment la réserve calcaire du sol. Cette portion, très importante parfois, a peu d'influence sur la végétation quand il s’agit de calcaire dur et compact, et l’on voit des arbres nettement calcifuges, tels que le châtaignier, le pin maritime, végéter fort bien sur des sols dont la base minéralogique est formée de calcaire compact très peu soluble ; les racines de ces arbres prennent leur nourriture dans la terre fine qui recouvre le sous-sol, qui n’est autre souvent que le résidu de la dissolution et dont la teneur en calcaire est des plus faibles.

C’est surtout à l’état de calcaire que la chaux se rencontre dans les sols ; elle peut être aussi combinée avec la matière organique, principalement dans les sols forestiers où les cendres des feuilles mortes renferment, au moment de leur chute, environ moitié de leur poids de chaux (p. 43) ou avec l’acide sulfurique ou avec l’acide phosphorique, ou enfin avec la silice. Sauf dans ce dernier cas, la chaux entre facilement en dissolution et, comme les silicates ne donnent qu'une augmentation de chaux insignifiante et sous une forme massimilable, on peut doser aisément toute la chaux assimilable d’un sol.

« On a adopté l’usage de doser la chaux en bloc, sans distinguer

les divers états qu’elle affecte; on opère sur des quantités de terre variables suivant que la proportion de calcaire est plus ou moins

dde dti lodn ol TS dd DE ES Ce ré 5. neo en à due de

PARTS Frog Eh

AE

grande. Pour une terre très calcaire, 1 ou 2 grammes suffisent ; pour une terre pauvre en calcaire il faut en prendre 10 ou même 20 grammes. » (M. Münrz.) |

Pour un dosage exact on précipite la chaux sous forme d’oxalate de chaux et on la pèse à l’état de chaux vive comme il est indiqué dans les Méthodes d'analyse des terres rédigées par la commission du Comité consultatif des stations agronomiques (°).

Mais il est souvent plus utile de faire un plus grand nombre d’analyses en se servant d’un procédé rapide donnant cependant une approximation suffisante. On emploie alors des appareils dits calcimètres dans lesquels on déduit la proportion du calcaire contenu dans une terre du volume d’acide carbonique dégagé par l’action de l’acide chlorhydrique. « La rapidité avec laquelle l'acide carbonique se dégage, dit M. DEHÉRAIN, indique la nature du calcaire que le sol renferme. Si le dégagement est rapide, on peut affirmer que ce cal- Caire est lerreux, actif ; si au contraire le dégagement est lent, il est dû à la décomposition d’un calcaire compact dont l'influence agricole sera bien moindre. »

Des trois principes minéraux dont le taux dans le sol préoccupe l'exploitant, la chaux est le seul qui s’y trouve parfois en quantité surabondante. De tout temps on a distingué, parmi les divers types . de sols, les sols calcaires, tellement la présence de cette base a d’influence sur la végétation, à partir d’une certaine dose de calcaire actif.

L'observation montre que la plupart des grandes essences forestières semblent indifférentes à la nature chimique du sol; le sapin, l’épicéa, le hêtre végètent également bien sur les grès et les granits (Vosges) et sur les calcaires (Jura); 1l y a de très beaux chênes rouvre et pédonculé sur les grès, les granils, les sables, les calcaires et les argiles. Cependant il y a des familles d’arbres forestiers qui sont nettement préférantes des sols riches en chaux. Il y a même des arbres forestiers importants (tels que le pin maritime, le châtaignier, le chêne-liège) sur lesquels au contraire le calcaire — il faut toujours

1. Voir les Annales de la Science agronomique française et étrangère, 1891, t. I, pp. 240-304.

entendre le calcaire actif, celui qui entre dans la composition de la terre fine, seule soumise à l’analyse — agit comme un véritable poison lorsqu'il est en proportion trop considérable.

Les recherches de MM. FLicue et GRANDEAU(') ont montré de la façon la plus nette que le pin maritime et le châtaignier sont des espèces calcifuges. Sur des sols qui contenaient 2 à 3°/,, de chaux, ces deux arbres ont une végétation normale, une croissance vigoureuse, des feuilles bien vertes; sur des sols voisins qui renfermaient dans les 10 premiers centimètres 32°/,, de chaux et 240°/,, dans la couche

prise entre 30 et 50 centimètres, « les pins maritimes offrent l’aspect |

le plus misérable; leur ramification est très grêle; leur feuillage court, jaune persiste au plus deux ans ». Il en est de même pour les châtaigniers. « Les feuilles des cépées sur sol siliceux sont bien vertes ; elles peuvent atteindre 0",95 de longueur sur 0,07 de largeur tandis que toutes les feuilles des cépées en sol calcaire sont jaunes et ont au maximum (0",15 de longueur sur 0,05 de largeur; les dernières vers l'extrémité supérieure des axes sont beaucoup plus petites, avortées, blanches ou à peu près. » Les cépées sont des plus chétives et plusieurs sont en train de mourir. L’analyse des cendres a montré que chez ces deux espèces la présence d’un excès de chaux dans le sol amenait une augmentation du taux des cendres, que la chaux est absorbée en plus grande quantité que sur les sols siliceux et enfin que cette augmentation avait pour conséquence une diminution dans le taux des autres éléments, mais surtout de la potasse. « C’est, disent les auteurs, cette diminution, celle du fer en particulier et surtout de la potasse dans une énorme proportion, qui paraît être la cause du mauvais état de végétation du pin maritime et du châtaignier sur les sols trop riches en chaux. »

67. Essais faits dans les cases de végétation de l'École forestière. — Dans le but d’observer l'influence du calcaire terreux, achf, sur divers arbres forestiers et d'apporter une faible contribu-

1. Influence de la composition chimique du sol sur la végétation du pin maritime et du châtlaignier (deux mémoires dans les Annales de la Station agronomique de l'Est, Paris, Berger-Levrault, 1878. — Annales de chimie et de physique, 1873 et 1874).

PR AE PET, PAU RTS Lu 0 ESA PER QUE A IPN PV laÿ es HAS TA # get ir APR te

tion à l’étude des causes encore mal connues de la chlorose, les quatre cases de végétation du jardin de l’École forestière (‘) furent remplies en 1896 de la façon suivante :

On mit dans chacune un lit de 20 centimètres de cailloux siliceux pour faire un fond perméable, puis la case I fut remplie avec du sable pur, fin, très blanc, provenant du Soissonnais (?). La case II reçut ce même sable mélangé intimement à 1°/, de craie de Champagne broyée ayant passé au tamis de { millimètre. Ce sol artificiel, homogène sur 1 mètre de profondeur, contenait donc environ 0,5 °/, de chaux. Dans la case II la proportion de chaux incorporée sous forme de craie s’éleva à 3°/, et à 10 °/, dans la case IV.

Au printemps de 1897, on sema ou on planta des pins maritimes, des pins laricios (de Calabre et d'Autriche), des châtaigniers, des genêts à balai, des sorbiers domestiques et des cytises. Chaque case reçut, seulement en 1897 (du 10 avril au 1° septembre), trente doses de 10 grammes de sels nutritifs dont la chaux ne faisait point partie. Elles furent arrosées au début (d'avril à septembre 1897, puis en mai et juin 1898), pour assurer la reprise des plants et la levée des graines, avec de l’eau de Moselle, très peu calcaire (30 milligrammes de calcaire par litre). Les solutions nutritives sans chaux furent données à nouveau en mai et juin 1898.

En octobre 1899, les sols des cases pris à 70 centimètres de profondeur et imbibés au maximum contenaient sur 1000 parties.

Page 1