‹ Les sols forestiersChapitre 77 sur 180 · TER SRE NT PR M TE · texte numérisé non relu

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Son rôle physiologique est encore peu connu et il ne semble pas qu’il y ait à s’en préoccuper en culture forestière sinon pour constater son influence néfaste dans certaines circonstances, quand son taux s’exagère.

Ainsi, l’on connaît la stérilité de maints sols dolomitiques des Causses, des Alpes et de la Provence. La forêt ne s’en accommode pas mieux que les autres cultures.

Dans les périmètres de reboisement des Alpes, on voit fréquemment les ferres noires (schistes marneux de l’époque jurassique) se recouvrir par places d’efflorescences blanches de sulfate de chaux ou de sulfate de magnésie et les forestiers ont toujours constaté que ces taches étaient particulièrement infertiles et qu’il était très difficile, sinon impossible, d’y implanter la végétation (°).

Fer. — Tous les sols de forêt contiennent des proportions d'oxyde de fer suffisantes pour la végétation des arbres, qui ne fixent en général dans leurs tissus que de faibles doses de ce principe.

On constate souvent dans les sols de forêt la présence de sels de fer au minimum ; autour des racines mortes, on voit une gaine de terre moins colorée; ceci est dû à la réduction des sels ferriques par les matières organiques qui empruntent aux oxydes de fer ou aux sulfates l’oxygène nécessaire à leur combustion (?).

Manganèse, — Le manganèse n’est pas indispensable aux végé-

1. Dans les marnes, on rencontre du gypse en cristaux ou en poudre provenant de la double décomposition du sulfure de fer (pyrite blanche en nodules) et du carbonate de chaux. S'il s'agit de marnes dolomitiques, il se formera aussi des cristaux ou des efflorescences de sulfate de magnésie (epsomile) à saveur légèrement amère. Huit échantillons de ces efflorescences provenant de divers périmètres des Basses-Alpes, des Hautes-Alpes, de la Drôme et recueillies sur des schistes de divers étages géologiques (lias, bathonien, oxfordien, aptien) ont été analysés à la Station agronomique de l'Est. Tous étaient formés d'epsomite (Mgo So + 7 Aq) associé à de petites quantités de gypse. Dans un cas, la roche en place et la terre provenant de sa décomposition renfermaient 1,80°/, (roche) et 1,33°/, (terre) de magnésie, 35,50°/, (roche) et 23,00 (terre) de chaux.

2. Ces phénomènes de réduction sont portés à leur maximum dans les tourbières, comme il est à prévoir. Pyrite et marcassite y sont très répandus et ajoutent leur action nuisible a celle des acides humiques et autres produits de la tourbe.

taux ; une plante peut parcourir toutes les phases de son cycle biologique sans absorber une trace de manganèse (').

Si l’on cite ici ce métal, c’est parce qu’il existe à l’état de Mn‘ 0‘ dans les cendres de certains arbres forestiers, tandis que des arbres voisins n’en contiennent pas ; la teinte verdâtre des cendres manganésifères les fait aisément reconnaître, et il semble que dans certains sols quelques essences forestières aient un pouvoir électif pour cet élément (?).

Gypse. — On sait que le gypse (ou le plâtre) répandu à petites

doses sur les prairies naturelles ou artificielles active singulièrement leur végétation ; mais si le taux de sulfate de chaux devient excessif, comme dans certains sables de Tunisie (*) ou comme dans les efflorescences gypseuses et magnésiennes des {erres noires des Alpes, toute végétation disparaît.

Sel marin. — L'administration forestière a quelquefois à faire des travaux de plantation dans les terrains salés des bords de la mer ou des lacs d'Algérie, soit pour fixer les sables mouvants, soit pour améliorer par le boisement les mauvaises conditions hygiéniques des bords de certains lacs (lac Fezzara, près de Bône, par exemple). Le sel dont ces sols sont imprégnés est un véritable poison pour la plupart des arbres, bien qu’il y ait un assez grand nombre de plantes

1. Cependant, d'après des recherches récentes de M. G. BErTranp (Comptes rendus de l’Académie des sciences, 26 décembre 1905, p. 1255), le manganèse serait utile au fonctionnement de la cellule vivante. Des expériences de laboratoire d'abord, puis des essais faits dans les conditions de la grande culture ont montré que l'addition de sulfate de manganèse, à la dose pourtant très faible de 50 kilogr. par hectare, a donné sur une sole d'avoine un supplément de récolte de 22 °/..

2. Les cendres des jeunes tiges de hêtre et surtout de charme et de coudrier de la forêt de Haye sont nettement colorées en vert par le manganèse dont le taux est assez élevé, tandis que les cendres des tiges voisines (chêne, frêne, orme, érable, alisier, etc.) ont la teinte grise habituelle. Dans l'ouvrage de Wozrr (Aschen Analysen) sont relatées des analyses de cendres de bois avec 1,15 °/, de Mn° 0* (hêtre), 8 à 11 °/, (pin sylvestre), 12,3 °/, (épicéa) et jusqu'à 33 °/, dans du sapin ayant crû sur schiste argileux (J. ScHRÔDER).

3. Sables des bords du chott El-Djerid, des dunes de Nefzaoua et surtout des par-

ties mobiles de l'oasis de Bechle (Nefzaoua) analysés au laboratoire de l'École forestière.

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herbacées, dites halophiles, qui s’en accommodent. Quelques arbres cependant, les Tamarix entre autres, peuvent végéter sur des sols très salés, certains Eucalyplus (‘), etc., et c’est à eux qu’on a recours

lorsqu'on ne peut dessaler ces sols par des irrigations d’eau douce.

70. Azote. — Outre ces principes minéraux tirés exclusivement du sol, celui-ci doit fournir à la forêt une certaine dose d’azote nécessaire à la constitution de la substance vivante des cellules végétales, autrement dit du protoplasma : mais ici le sol n’est plus lunique fournisseur ; l’arbre puise dans l’air une portion, assez faible 1l est vrai, de son alimentation azotée. Les minimes quantités d’azote combiné (ammoniaque, acide nitrique) qui, sous l’influence des effluves électriques, se forment dans l’atmosphère, aux dépens de l’azote élémentaire d’une part, de l'hydrogène et de l’oxygêne de la vapeur d’eau de l’autre, sont immédiatement assimilables soit par les feuilles, soit par les racines ; de plus, certains microorganismes (algues, bactéries) vivant soit sur les racines (°), soit sur les feuilles mortes, soit dans la terre végétale, ont la faculté de fixer l’azote libre dans leurs tissus et de le tranformer en matière organique azotée assimilable.

Sous ce rapport encore, comme sous celui de la fabrication du sol, la culture forestière est privilégiée. De toutes les cultures, c’est elle qui enlève le moins d’azote au sol et c’est elle qui, après les légumineuses, lui en apporte le plus. La forêt enrichit sans frais les sols en azote combiné, élément si indispensable à la végétation qu’on

1. Sur les bords du lac Fezzara, près de Bône (Algérie), des Eucalyptus végètent dans des sols contenant 05',55 de chlorure de sodium par kilogramme de terre desséchée à 50°.

2. M. Jamæsow, directeur de la Station de recherches agricoles d'Aberdeen (Écosse), vient de publier un travail dans lequel il espère avoir démontré « qu'il existe dans toutes les plantes qu'il a étudiées — appartenant à 17 familles — des organes (généralement des poils segmentés) qui absorbent l'azote libre de l'air et le transforment en albumine ». (Voir la traduction de son Mémoire dans les Annales de la Science agronomique française et étrangère, 3° série, 1906, t. I, fase. I [p. 61-132], paru en septembre 1906.) Il nie absolument l'importance des nodosités des racines des légumineuses pour la fixation de l'azote et l'intervention des bactéries. Sa nouvelle théorie est peut-être exacte ; mais les faits sur lesquels elle s'appuie ne semblent pas suffisamment probants, Ge ne sont que des inductions sans base expérimentale.

a pu dire avec quelque raison que la fertilité d’une terre est à peu près mesurée par la quantité d’azote qu’elle renferme.

S1 l’on implante la végétation forestière sur les sables purs des landes de Gascogne, on voit bientôt ce sol blanc, absolument dé-

pourvu d’azote, se transformer à la surface en sable noirâtre, humi-

que, recouvert d’une couche d’humus et de feuilles mortes ; le taux d’azote de cet humus atteint au moins 1,5 °/, et quelquefois 4 à 5 °/.. Comment et par quelles causes se produit ce fait d’une importance capitale pour l’augmentation de fertilité des sols? C’est ce qu'il

est particulièrement intéressant de rechercher dans la forêt où l’on

n'apporte jamais d'engrais azoté, où le résultat final — l’enrichissement en azote — est obtenu par le libre jeu des forces naturelles.

71. Statique de l'azote dans les sols forestiers. — En admettant les chiffres d’E. CHEVANDIER et des forestiers bavarois, une forêt de hêtre en plaine produit annuellement au moins 3000 kilogr. de bois et 3 000 kilogr. de feuilles, bois et feuilles supposés desséchés à 100°. |

Les 3000 kilogr. de bois renferment environ 10 kilogr. d’azote et les 3000 kilogr. de feuilles contiennent à leur chute environ 39 kilogr. de ce même principe (voir p. 39). C’est donc un chiffre total minimum de 45 kilogr. d’azote par hectare que la forêt absorbe et qu'il lui faut trouver sous peine de voir sa production diminuer et les arbres manifester les symptômes de l’inanition azotique au bout d’une période d’autant plus courte que le sol sera plus pauvre.

La différence essentielle avec les plantes agricoles consiste en ce que celles-ci sont, pour la plupart, beaucoup plus exigeantes en azote et qu’elles ne restituent au sol rien ou presque rien des principes albuminoïdes qu’elles ont absorbés (toujours à l’exception des légumineuses), tandis que la forêt, à la fin de chaque saison de végétation, rend au sol, sous forme de feuilles mortes, la plus grande partie des matières azotées empruntées à l'air et au sol. Dans la culture agricole, il ne reste au champ que l’azote des racines (céréales, prairies, cultures industrielles) et même pas dans certaines récoltes (betteraves). Aussi les agriculteurs sont-ils obligés de rapporter de temps en temps de l’azote combiné (engrais vert, fumier, sels ammo-

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