Allg. Forst- und Jagdzeitung, juillet
—. quilnya pas de nitrification dans le sol forestier. Or c’est seule- —. ment l'azote à l’état de nitrate qui est entraîné par les eaux de drainage. Q
F Dans les champs cultivés, où la nitrification est énergique, surtout # après l’épandage des engrais, et dans les terres en jachère, 1l y a de ce chef une perte très importante d’azote (!).
‘4 Rien de tel ne se passe en forêt où même les sols les plus franche- . ment calcaires, tels que celui de la forêt de Haye (calcaire médio-
jurassique), ne mitrifient jamais (?), et c’est là un des plus précieux —. avantages de la culture forestière. | % Le fait est connu depuis Boussingault (°) ; mais il était intéressant … de le constater sur des sols forestiers aussi calcaires que possible.
Comme la nitrification exige la présence dans le sol d'éléments alcalins, il pouvait se faire que l’absence du ferment nitrique fût due à l'absence de chaux dans les sols forestiers expérimentés ou à leur …. acidité. Dans la forêt de Haye, les bancs de calcaire sont si près . dela surface que celle-ci est parsemée de pierres ; l’érémacausis y à À est très active ; la couche de feuilles mortes est toujours très mince. . Si de telles forêts ne nitrifient pas, aucune ne doit nitrifier.
S'il ne se forme pas de nitrates dans le sol des forêts, cela peut tenir à deux causes différentes : soit à l’absence des ferments nitreux
+2 1. M. DEenÉRAIN a trouvé dans les eaux de drainage de quatre cases, en 1895, de 110 à 130 grammes d'azote nitrique par mètre cube. De ces taux combinés avec la quantité d’eau écoulée, quantité variable suivant que le sol a été ou non travaillé, il conclut que 84 à 144 kilogr. d'azote nitrique par hectare ont été emportés par les eaux de drainage.
x 14 2, Trois échantillons de sol pris (le 20 mai 1897), en trois points d’une pièce de e terre nue de la pépinière de Bellefontaine (forêt de Haye) n'ayant pas reçu d'engrais depuis deux ans, ont accusé très nettement la réaction des nitrates avec le sulfate de diphénylamine ; deux échantillons de sol pris, en méme temps, dans la forêt, à 50 mètres des précédents, sous un massif plein de hêtres à l'état: de haut perchis, n'ont pas donné la moindre coloration bleue ; ils ne nitrifiaient donc point, pas plus ; qu'un sol pris dans la pépinière même, mais sous un gros hêtre couvrant un sol {assé et enherbé, pas plus que deux autres échantillons pris dans un bois particulier voisin. Au contraire, deux terres prises, l'une dans un champ ‘aux abords de la pépi- 4 uière, l'autre un peu plus loin, ont montré nettement l'auréole bleue. 3. Il a été vérifié depuis par divers auteurs, entre autres EBermayer (Teneur en nitrates des sols forestiers et des arbres. — A{{g. Forst- und Jagdzeitung, août 1888) et Bréaz (Annales agronomiques, t. XIII, p. 566).
et nitriques, soit à la présence des bactéries dénitrifiantes (*). On manque jusqu'alors de recherches précises à cet égard. Mais il résulte d’une expérience de M. BrÉAL (?) que les feuilles mortes sont des agents dénitrificateurs très énergiques.
Nous avons répété (septembre 1894) avec la terre du jardin de
l'École forestière l'expérience de M. BrÉAL et nous avons obtenu le même résultat. Dans un entonnoir on a mis 100 grammes de terre et dans un autre 100 grammes de la même terre qu’on a recouverte d’un ht de feuilles mortes de hêtre de 1 centimètre d'épaisseur. Vingt
jours après, on a constaté qu’il y avait des nitrates dans la terre
laissée telle quelle et qu’il n’y en avait pas dans la terre couverte de feuilles.
D'autre part, tous les expérimentateurs reconnaissent que, dans la nitrification et, plus encore, dans la dénitrification, il y a une certaine partie de l’azote combiné qui se perd sous forme d’azote gazeux. |
En somme, deux causes de perte :
L'une résultant de l’enlévement de la récolte et se chiffrant par une dizaine de kilogrammes au moins ; l’autre, qu’il est impossible d'évaluer rigoureusement(*), résultant du retour dans l'atmosphère,
{. « La transformation de la matière organique azotée du sol en nitrate exige, comme on sait, l'intervention de trois microorganismes différents : 1° un ferment ammoniacal agissant sur la matière organique pour en dégager de l'ammoniaque ; 2° un ferment nitreux, brûlant l'ammoniaque et l'amenant à l'état d'acide nitreux ou de nitrite quand il agit en présence de bases solidifiables + 3° un ferment nitrique complétant l'action oxydante du précédent et transformant les nitrites en nitrates » (Traité de Chimie agricole, par P. P. DenÉRain). D'autre part, on sait, depuis les recherches de ScuLŒsiNG, DEHÉRAIN et MAQuEnNE, BRéAL, WAGNER, WARINGTON, que, dans certaines conditions (excès de matière organique ou de tassement ou de sécheresse), les nitrates se réduisent dans le sol, méme à l'air libre, sous l'action d'autres bactéries, dites dénitrifiantes, qui ramènent à l'état libre une partie de l'azote des nitrates.
2. Annales agronomiques, 1892, p. 186. Dans le sol des prairies permanentes et des forêts, qui est si abondamment pourvu de matières végétales mortes, ce férment aerobie réducteur des nitrates doit être très répandu, dit M. Bréar, et s'opposer à toute nitrification.
3. Certains auteurs (SABATIER, Leçons élémentaires de chimie agricole, Paris,
1903, p. 105) estiment que cette perte atteint environ t/10° de l'azote total de la matière en voie de décomposition,
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comme azote libre, d’une partie de l’azote organique pendant les
. multiples transformations de celui-ci.
Gains d'azote. — Voyons maintenant les causes de gain. La première est l’apport aux plantes ou au sol d’azote combiné
(ammoniaque, acide nitrique) provenant de l’atmosphère ou des eaux
météoriques et dû à la combinaison ‘de l’azote de l'air avec l’hydrogène ou l'oxygène de la vapeur d’eau sous l'influence des effluves électriques. Cette quantité varie beaucoup suivant les régions et, pour un même point, suivant la quantité et la répartition des pluies, la direction des vents, etc. ; elle est toujours faible ("). | L’ammoniaque et l'acide nitrique sont apportés au sol par les
. pluies, brouillards, rosées, neiges, etc., et l’ammoniaque est en outre
fixée en fable proportion par les feuilles. « En évaluant de 5 à 6 kilogr. la somme de l’azote fourni à la végétation d’un hectare, tant par l’absorption directe de Pammoniaque gazeuse que par l’apport des eaux météoriques, j'estime, dit M. Münrz (?), qu’on ne saurail beaucoup s'éloigner de la vérité. »
Il est certain que si une très faible proportion seulement de l’ammoniaque des eaux météoriques est absorbée par les feuilles, tout le reste est fixé par le sol en vertu de son pouvoir absorbant qui s’exerce
sur l’ammoniaque comme sur la potasse et l’acide phosphorique. On
ne peut être aussi affirmatif pour la petite quantité d’acide nitrique qui tombe sur le sol forestier ; cependant, en raison de la rareté des nitrates en forêt et de l’avidité des végétaux pour ces sels, il est probable que tout est assimilé. Ce pouvoir absorbant du sol pour l’ammoniaque est tel que le sol humide fixe non seulement celle des pluies, mais celle de l’atmosphère. Des essais faits sur des terres sèches et humides, calcaires ou non, ont montré à M. SCHL&ŒSING que le sol emprunte de l’ammoniaque à l’air et ne lui en cède point. L'absorption est subordonnée à la rapidité de la nitrification ; mais nous n'avons pas à nous préoccuper ici de cet appoint d’azote, non négligeable pour les terres humides aptes à nitrifier, puisque Îles forêts ne nitrifient pas, et nous en restons toujours jusqu'ici pour les
1. Voir les travaux de M. ScHLŒsING, 2, Annales de la Science agronomique française el étrangère, t. I, 1896, p. 207.
210 ÉTUDES FORESTIÈRES forêts aux 5 à 6 kilogr. fournis tant par l’absorption directe de l’am-
moniaque gazeuse que par l'apport des eaux météoriques. C’est insuffisant pour combler le déficit produit dans le capital azoté pri-
milif par l'exportation du bois des coupes et par le dégagement
d’azote gazeux.
Et s’il n’y avait que la cause réparatrice énoncée ci-dessus (°), les forêts iraient constamment en s’appauvrissant en azote, ce qui n’est pas ; il doit donc y en avoir d’autres.
Nous avons vu (p. 46) que les feuilles mortes apportent chaque année au sol de la forêt un important contingent (30 à 50 kilogr.) d'azote organique. Mais ce n’est pas là une cause d’enrichissement,
puisque les principes azotés de la couverture provenaient déjà du
sol ; ils ne font qu'y retourner ; c’est une simple restitution, même pas intégrale, puisqu’une notable partie des principes azotés des feuilles émigre dans le bois à l'automne et puisqu'il est prouvé que les multiples transformations des matières azotées s’accompagnent toujours d’un dégagement d’azote gazeux.
Il ne pourrait y avoir enrichissement du sol forestier en azote par la couverture qu’en admettant que la quantité d'azote combiné qui a été puisée dans l'air et les eaux météoriques soit supérieure aux quantités perdues par l'exportation du bois et le départ d’azote libre ; ce qui ne peut être, quelque optimisme que l’on montre à cet égard.
Une deuxième cause de gain réside dans le pouvoir bien démontré aujourd'hui (*) qu'ont toutes les plantes de la grande famille des légumineuses de fixer l'azote atmosphérique dans leurs tissus et, par suite, d'enrichir en azote assimilable le sol dans lequel elles végètent.
{. Avant qu'on eût prouvé que certains végétaux avaient le pouvoir de fixer dans leurs tissus l'azote gazeux de l'air, c'est l'apport incessant d'ammoniaque dû surtout, pour la France, aux vents d'ouest ayant passé sur l'océan Atlantique, grand producteur d'ammoniaque, qui compensait dans les idées de M. ScaLæsine la différence entre la perte d'azote par les récoltes et les eaux souterraines et Ie gain, certainement moindre, dù aux effluves électriques.
2. Grâce aux beaux travaux d'Hezcritcez et Wirrarrx. On trouvera une excellente traduction du mémoire de HszLriecez dans les Annales de la Science agronomique française et étrangère, 1890, t. I, p. 84-350.