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conformément à la loi sus énoncée. Ici, on enlève toute la récolte, racines comprises, et il n’y a pas de restitution par les feuilles mortes. On imite les procédés de la culture agricole la plus épuisante et, dès lors, il faut, comme elle, apporter des engrais (chap. XVID si l’on veut que la production de la pépinière se maintienne (*).
76. Comparaison avec les récoltes agricoles.— Grâce à cette double circonstance que les trois quarts de l’azote fixé par la végétation forestière sont restitués par les feuilles et qu’il n’y a pas de déperdition d’azote par les eaux souterraines, la culture forestière, surtout avec le régime de la futaie, est la moins épuisante de toutes. En dehors des 8 à 10 kilogr. enlevés lors des exploitations, il n’y a plus à faire état que du dégagement d’azote gazeux.
Une récolte de foin sec (6 000 kilogr.) enlève 80 kilogr. d’azote ; une culture de betteraves (20 000) enlève 66 kilogr. d’azote ; de blé (18 hectolitres) ou de maïs (20 hectolitres) 46 kilogr. d’azote; de colza (30 hectolitres) 92 kilogr. d’azote; et de tabac (1 500 kilogr.) 75 kilogr. d'azote. Dans tous ces cas, même s’il s’agit de sols fertiles (?), on voit les récoltes diminuer peu à peu si l’on n’apporte pas d’engrais. C’est le contraire pour la forêt ; sa production augmente. La prairie aussi peut se maintenir indéfiniment sans engrais — il ne s’y forme pas de nitrates; mais son rendement ne s'accroît pas.
77. Épuisement en principes minéraux. — Il a déjà été question du poids (chap. IT) et de la composition chimique (chap. INF) de la couverture morte, c’est-à-dire de ce que les feuilles enlèvent au sol; mais, si l’on veut établir la statique minérale des sols forestiers, si l’on veut déterminer la quantité des principes minéraux extraits annuellement par la végétation forestière, comme on le fait pour une récolte agricole, et connaître ainsi quelles sont les essences, les régimes, les modes de traitement qui épuisent le plus leterrain,
1. W. ScamiTz-DumonT a montré qu'en un an la production de jeunes pins sylvestres d'un et de deux ans exige par hectare 938,67 d'azote, c'est-à-dire plus que les récoltes agricoles les plus exigeantes.
2. Les sols indéfiniment fertiles sans fumure (terres noires de Russie, par exemple) sont une très rare exception.
il faut examiner ce qu’enlèvent non seulement les feuilles, mais le bois ; 1l faut envisager tout l'arbre.
Si les principes minéraux fixés par les feuilles sont restitués au sol par la couverture morte — et cette fois intégralement, contrairement à ce que nous avons vu pour l’azote — il n’en est pas de même de ceux qui sont déposés dans le bois ; ceux-là sont irrémédiablement perdus et le sol ira s’appauvrissant si la forêt ne trouve pas moyen, comme pour l’azote, de récupérer ses pertes.
La première question à résoudre est celle-ci :
Voilà un sol qui porte, sur 1 hectare, 200 arbres, à peu près de même âge, appartenant à différentes espèces, ce qui est le cas général. Suffit-il, pour déterminer l’épuisement du sol en principes minéraux, d'analyser les diverses régions de l’un de ces arbres et de multiplier les nombres trouvés par les poids des mêmes régions des autres arbres (de même espèce ou non) qui couvrent la superficie, comme on ferait pour une récolte de blé ou de betteraves ?
En d’autres termes : les diverses espèces d’arbres végétant côte à côte prennent-elles, dans leurs diverses parties (bois, écorce, feuilles), les mêmes principes minéraux et en même quantité ?
On sait que la plupart des grandes essences croissent aussi bien sur les sols calcaires que sur les sols siliceux. En faut-il conclure que leurs exigences minérales sont identiques ?
Pour élucider ce point il fallait faire un travail d'ensemble sur les principales espèces d’arbres vivant sur le même sol.
Dans ce but, on a abattu en même temps dans une même parcelle (‘)
1. Parcelle M* de la série de Grande-Haye, faisant partie de la forêt domaniale de Haye. Cette forêt constitue un massif de 6500 hectares qui repose sur le médiojurassique (étages bajocien et bathonien) dont les assises de calcaire fissuré, presque horizontales, ne sont couvertes que d'une mince couche de terre, de 15 à 20 centimètres d'épaisseur, provenant de la lixiviation sur place de bancs épais de calcaire aujourd'hui disparus. Dans la parcelle M° le sol, qui est superficiel et de hauteur uniforme, a sûrement cette origine : la végétation forestière est la seule qui puisse tirer parti de terrains de cette nature, parce que les puissantes racines des arbres peuvent aller puiser leur nourriture dans les nombreuses fissures à des profondeurs inaccessibles aux plantes agricoles. Gette parcelle a été exploitée pour la dernière fois en taillis en 1838 ; elle a été éclaircie en 1863 et en 1873 ; les arbres ont été abattus rez terre en juin 1875 et transportés aussitôt au laboratoire où l'on pesa séparément à l’état frais, pour chaque essence, la tige, les branches, les feuilles, puis on procéda
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de la forêt de Haye, portant un perchis complet de trente-sept ans, presque pur en charmes avec peu de réserves, un spécimen des onze essences les plus importantes qui croissent spontanément dans la torêt. Ce sont : ù
1° Le hêtre commun (Fagus sylvatica) ;
2° Le chêne rouvre (Quercus robur) ;
3° Le charme commun (Carpinus betula) ;
4 Le coudrier (Corylus avellana) ;
9° Le frêne commun (Fraxinus excelsior) ;
6° L’orme de montagne (Ulmus montana) ;
7° L’érable champêtre (Acer campestre) ;
8° L’alisier torminal (Sorbus torminalis) ;
9% Le cerisier merisier (Cerasus avium) ;
10° Le pommier sauvage (WMalus acerba) ;
11° Le peuplier tremble (Populus tremula).
Le tableau À donne la proportion en poids de tige, de branches et de feuilles (à l’état frais) dans chaque essence, ainsi que les taux d’eau et de cendres pures (‘) dans la tige, l'écorce, les branches et les feuilles, le poids de l'arbre et de ses cendres.
Les nombres de la moitié supérieure du tableau À montrent que, quelle que soit l'espèce, les rapports du poids de la tige et des branches à celui de l’arbre total varient assez peu (*) pour ces jeunes arbres ayant de 8 à 12 centimètres de diamètre à la base. Les tiges forment de 63 °}, à 73 °|, et les branches de 20 °/, à 30 °}, du poids
à la dessiccation, à l'incinération des diverses partics et à l'analyse des cendres dans
des conditions absolument identiques. En admettant que les procédés suivis soient imparfaits ou erronés, l'exactitude relative des résultats reste inattaquable.
Cette parcelle est située à peu près au point culminant de la forêt, à 380 mètres d'altitude environ ; sa végétation est médiocre; elle représente à peine sous ce rapport la moyenne de la forêt.
Les arbres désignés pour l'analyse ont été pris autant que possible dans les mêmes conditions de végétation. c'est-à-dire qu'on a choisi ceux qui avaient pu croître librement, sans être dominés, qui présentaient une surface de feuillage en rapport avec leur diamètre et qui avaient toutes les apparences d’un organisme sain.
1. Pour avoir les cendres pures on retranche du poids des cendres brutes les poids d'acide carbonique, de sable et de charbon.
2. Sauf pour le coudrier dont les chiffres sont anormaux à cause de la faible dimen-
-sion de la tige.
ETUDES FORESTIERES
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