‹ Les sonnets de Pétrarque (volume 2)Chapitre 101 sur 155 · AU MEME · texte numérisé non relu

AU MEME

Qui, dove me\\o son, Sennuccio mio.

En ces murs, Sennuccio, demeure hospitalière , (Puissé-je près de toi m y reposer souvent!) Je suis venu pour fuir la tempête et le vent Qui portent sous mon ciel la lutte journalière.

Ici je ne crains plus leur fureur singulière : Si la foudre m'effraye en effet moins qu'avant, Si je cède moins vite au désir décevant, J'en dois rendre à ce lieu grâce particulière.

Dès que je suis entré dans cet heureux séjour, Où Laure a pris naissance, où Laure nuit et jour Répand sa douce haleine et conjure Forage j

Son charmant souvenir, secouant ma torpeur,

A rallumé ma flamme et dissipé ma peur.

Si je voyais ses yeux, quel serait mon courage!

On croit que Pétrarque se félicite de son retour à Avignon et qu'il regrette de n'y pas rencontrer Sennuccio. Les troubles de l'Italie qu'il semble désigner par la tempête et le vent, et l'accueil de Laure, moins rigoureuse peut-être depuis son couronnement au Capitole, l'avaient momentanément réconcilié avec la ville pontificale, contre laquelle il se passionnera tout à L'heure. (V. le sonnet suivant et les sonnets CV, CV1 et CVII.) Il était heureux de se réfugier auprès de Laure qui, à cause de son nom, avait la vertu d'éloigner la foudre. J'ai déjà dit, sonnet LXVI, qu'il craignait le tonnerre; il en convient dans une de ses lettres : Quod adversus fulminis fragorem timidior sim negare non possum. Comme Tibère, il se serait volontiers couronné de lauriers pendant l'orage ; aussi disait-il : Non* ultima causa lauri diligendœ quod arborent hanc non fulminari traditur.

Avignon n'est pas autrement indiqué que par amorosa reggia dont j'ai fait un heureux séjour, et l'abbé de Sade le temple de l'amour, parce que c'était la résidence de Laure.

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